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Allegrezza

Une fiction traduite par Littera Inkwell.

Concerto Tredici

Les quatre connaissances quittèrent finalement la salle d’attente. La trêve maintenant déclarée, Zimmer soupira en regardant sa montre. Il avait fallu une heure aux deux musiciennes pour se mettre d’accord et se décider à se contenter de jouer. Ce job était trop pénible pour un étalon de son âge. Quand il toucherait sa paye, il se réserverait des vacances permanentes sur les plages du Sri Lama.

Vinyl et Bonbon reprirent leurs places dans les gradins, tandis que Lyra et Octavia récupérèrent leur espace sur la scène. Chacune retrouva les partitions qu’elle avait dispersées dans leur échauffourée, puis elles se mirent à les étudier ensemble. Octavia remarqua une note curieuse dans les annotations éparpillées à travers les pages, qui raviva son intérêt pour le morceau.

« Intriguant, ta harpe remplace une guitare. J’imagine qu’il n’a pas pu trouver un guitariste aussi habile que toi. »

« Ni un bassiste de ton acabit. Hmm, j’espère que ce n’est pas juste un groupe de fond de garage, Octavia. »

« Je suis sûre que ça marchera. Tu as les notes bien en sabot ? »

« Mais bien sûr. Je peux me disputer avec toi et apprendre en même temps. »

Zimmer tourna le dos au quatuor, engloutit le reste de son verre, et monta sur la scène à la place du chef d’orchestre.

« Très bien, juments et étalons. Nous avons eu le temps de nous préparer, maintenant j’aimerais commencer. Les chansons seront légères, type salle de bal. Sur requête de la Princesse Célestia elle-même pour coller au caractère plus naturel du programme de cette année. Si tout le monde est prêt, à mon signal. »

Il saisit sa baguette dans un halo de magie, la fit danser devant les musiciens ; puis il décompta depuis trois en donnant des petits coups de baguette dans les airs.

Lyra débuta ainsi que le pianiste avec une mélodie légère et gaie. Bientôt le saxophoniste et Octavia se joignirent à la musique en ajoutant de la substance aux tons plus bas. L’ensemble entier progressait et trébuchait par moments, mais demeurait uni.

Au-dessus d’eux, dans les gradins, Bonbon tira quelque joie à voir Octavia et Lyra s’entendre enfin.

« Nos petites copines s’en sortent plutôt bien, tu ne trouves pas, Vinyl ? »

« Ouais, c’est dingue qu’Octavia ferme enfin son caquet pour se réconcilier avec Lyra. Mince, j’espérais un peu qu’elles se battent, elle est vraiment drôle quand elle est en colère. »

Bonbon sourit en se tournant vers la scène et vers sa petite licorne turquoise qui jouait, les yeux fermés, les sabots glissant sur les cordes. Lyra pouvait mémoriser une partition en un clin d’œil.

« Oh ne t’en fais pas. Je taquine Lyra tout le temps. »

« À propos de quoi ? »

« Oh, je ne devrais pas en parler. Mais elle a… des excentricités. »

« Maintenant je suis encore plus curieuse. »

Bonbon songea un moment, puis posa une autre question.

« Ok. Je demande quelque chose sur Octavia, tu demandes quelque chose sur Lyra. »

« Lyra ne sera pas en colère ? »

« Si, c’est ça qui est drôle. Seulement si elle l’apprend, bien sûr. »

« Tu te souviens quand tu disais qu’Octavia aurait l’air craquante en chaussettes ? C’est vrai. »

« Ohh, les deux petites coquines ! Comment c’est arrivé ? »

« On s’est saoulées chez elle il y a un bout de temps. On s’est réveillées en nœuds pap’ et en chaussettes, mais aucun souvenir de ce qui s’est passé cette nuit. »

Bonbon gloussa. Imaginer Octavia paradant avec deux paires de chaussettes la fit éclater de rire, ça faisait tellement gamin pour une jument aussi coincée.

« Oh, on a tous vécu ce genre de nuit, Vinyl. Je suppose que tu veux connaître le secret de Lyra ? »

« Oui, continue. »

« Elle… pense qu’elle peut voir… des humains. »

« Oh, elle… ok. »

« Ouais. Célestia soit louée elle voit des thérapeutes. Mais elle prétend toujours les voir partout. Les fenêtres, les miroirs, les télés, ils l’observent. Ça l’obsède, mais je suis parvenue à l’aider à se calmer. »

« Oh… ok. Cool. »

Vinyl détourna le regard vers la scène, au moins pour ne pas prolonger l’embarrassante conversation. En bas, Zimmer fit un grand mouvement de la baguette, avant de s’arrêter net, l’instrument placé au niveau de l’ensemble. Il le rangea calmement pendant que le quatuor finissait le morceau, puis s’éclaircit la gorge.

« Bien, en dépit quelques… altercations au début, nous sommes largement en avance. Vous avez tous appris le morceau plus vite que prévu, j’apprécie votre habilité. Dans ce cas, et vu l’avance que nous avons dans le programme, je pense que nous pouvons terminer cette session ici. Nous travaillerons ce morceau la prochaine fois, puis nous poursuivrons sur les autres. Bonne soirée à tous. »

Zimmer s’inclina et ses musiciens imitèrent le geste, puis il rangea son équipement et se dirigea vers une petite taverne sur les quais de Canterlot qu’il fréquentait régulièrement. Ils servaient une marque de bière faite-maison qui était pile ce dont il avait besoin après une rude journée de boulot. Octavia enfonça son violoncelle dans l’étui, puis trotta rapidement vers Vinyl comme une petite écolière à la pause du goûter. Elle remarqua bien vite ce manque total de maîtrise de soi, et se ressaisit, légèrement.

« Alors, Vinyl. Y a-t-il un endroit particulier où tu souhaiterais te rendre ? »

Vinyl se gratta la tête d’un sabot tout se dandinant sur ceux qui restaient au sol.

« Euuh, j’ai… du boulot, Octy. Désolée. On se revoit que demain, d’accord ? Vraiment désolée, mais, t’sais, ça paye les factures. »

« Oh, je ne peux pas te forcer à délaisser ton boulot, bien sûr ! Je… Je me demandais juste si je pourrais venir. »

« Oh, non. Ça ne te plairait vraiment pas, Octy, crois-moi. »

« Je… d’accord. Je te revois demain, dans ce cas. »

« Je suis désolée, Octy, je fais juste ça pour le salaire, ok ? »

Vinyl fit volte-face, trotta lentement vers la porte, puis prit de la vitesse et partit. Octavia la regarda s’en aller, chagrinée par le peu d’explications. Bonbon vint se placer à côté d’elle pendant que Lyra rangeait toujours son instrument.

« Tu sais, je n’ai jamais entendu Vinyl mentionner le moindre engagement avant maintenant. »

Octavia tourna sur elle-même pour faire face à Bonbon, les yeux soudainement emplis d’inquiétude.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Eh bien, on dirait qu’elle te snobe, Octavia. Elle a peut-être des choses plus importantes à faire. »

« Comme quoi ? »

« Oh, tu connais les DJ. Ce sont des poneys plutôt… prolifiques. »

Octavia suivit du regard Bonbon qui descendait vers la scène pour rejoindre Lyra. Sa curiosité eut le dessus sur la politesse et la confiance, et elle franchit finalement la porte au petit galop après Vinyl. Elle parcourut rapidement les couloirs du hall de concert, l’étui rebondissant sur son dos, et quitta enfin le bâtiment. Elle arriva à temps pour repérer Vinyl qui descendait la rue d’un pas quelque peu pressé. Octavia était derrière la DJ, à passer de couverture en couverture comme le personnage d’un vieux film de détectives.

Vinyl regarda derrière elle, forçant Octavia à se cacher derrière une charrette en marche et à avancer en rythme pour rester cachée. Elle aperçut Vinyl tourner au coin de la rue, et coupa par une allée pour la rattraper, tout en restant hors de vue. Ces cachotteries, peu caractéristiques de Vinyl, l’inquiétaient. Toutes les formes de pensées circulaient dans son esprit. Et si elle n’était pas le seul poney à être avec Vinyl en ce moment ? Juste une ponette parmi tant d’autres. Elle se pencha derrière une benne à ordures alors que l’adultère potentielle passait devant la fin de l’allée d’une allure maintenant plus assurée. Octavia jeta un œil depuis sa cachette juste à temps pour la voir entrer dans un grand bâtiment gris.

Octavia attendit dehors un moment. Le bâtiment ne laissait rien paraître de sa fonction. Il semblait subir quelque rénovation, les panneaux avaient été retirés tandis que les murs de briques gris étaient partiellement peints en rouge. Elle réprima ses peurs, saisit le dragon par les piques, et poussa la porte.

Elle déboucha dans une salle de réception. Chaleureuse, confortable, mais loin d’être moderne. Elle semblait avoir manqué de soutien financier pendant une période qui se mesurait en décennies. La réceptionniste l’accueillit chaleureusement alors qu’elle approchait.

« Bonsoir, madame, vous semblez perdue. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous aider ? »

« Je… Je cherche une jument. Pelage blanc, crinière bleue, marque de note. Son nom est- »

« Vinyl, oui. Elle est dans la salle là-bas, j’ignorais qu’elle avait trouvé une autre musicienne pour l’aider. »

« Une autre musicienne ?! »

C’était vrai, tout était vrai. Vinyl devait être avec un autre poney, comment Octavia avait-elle pu être aussi stupide ? Son cœur cherchait l’espoir et la confiance tandis que son esprit l’intimidait de mots impitoyables, en clamant qu’Octavia était idiote d’avoir fait confiance à un poney pareil.

La réceptionniste remarqua la pause à la fin de la conversation. Elle contourna le comptoir pour se placer à côté d’elle.

« Oh, pardon. Je pensais que vous étiez là pour aider. Je peux vous montrer où elle est, si vous voulez. C’est dans la salle juste là. »

« Une s-salle ? Qu’est-ce qu’elle fait là ? »

Elles atteignirent la porte avant que la question d’Octavia ne requière de réponse verbale. Dans la salle, une série de lumières colorées vibrait et clignotait. Vinyl se tenait sur une scène de bois, et effectuait cette chose atroce qu’elle appelait musique. Le sol était investi par à peu près vingt poneys, poulains et pouliches, tous très jeunes.

« C’est gentil de sa part de faire ça pour nous, les enfants l’attendent toutes les semaines avec impatience. »

« J’ai entendu dire qu’elle était une sacré DJ. Et elle est bien payée, à en juger ses fanfaronnades. »

« Oh, ça ne doit pas être nous, j’en ai peur. Nous n’avons pas à la payer, elle est volontaire… depuis des années. »

« Pourquoi ça ? Je ne la pensais pas du genre à faire des boulots non rémunérés. »

La réceptionniste pencha la tête, le visage baigné de confusion.

« Vous… Savez-vous où vous êtes, Madame ? »

« Non, le panneau dehors est parti. »

« Ah, toutes mes excuses. Vinyl est une de nos amies de longue date, depuis son enfance. Elle a même obtenu sa marque ici. Il vaut mieux que je vous amène à elle et vous explique en chemin. »

* * * * * *

Vinyl envoya le disque dans les airs, le saisit dans sa magie et le fit d’évaporer sous les yeux des enfants assis devant elle. Des ‘Ooh’ et des ‘Aah’ furent poussés, suivis par un léger vacarme de sabots tapant contre le sol de bois.

« Bon, celle là c’est fait. Quelqu’un veut plus de musique ? »

Un chœur de jeunes voix répondit par l’affirmative.

« Ooh, allez les jeunes, ces haut-parleurs m’ont rendue sourde. Allez, plus fort ! »

Les cris décrochèrent pratiquement les oreilles de Vinyl. Elle sourit, hocha la tête, plaça un autre disque sur la platine et le mit en route. Un toussotement dans son dos la tira de son activité, et elle se tourna pour voir Octavia qui la regardait droit dans les yeux.

« Pourquoi tu ne m’as pas dit, Vinyl ? Pourquoi garder le secret ? »

Vinyl ne savait pas mentir, et maintenant qu’elle était prise le sabot dans le sac, ça ne lui aurait plus servi à rien. La musique couvrit leur conversation pendant que les enfants continuaient de jouer et de danser.

« Pardon, Octy. C’est… quelque chose que j’ai toujours fait. C’est bon de voir les gosses sourire ici, même si ça ne dure pas longtemps. Je sais que je ne reçois rien en échange, mais, eh… j’aime ça. »

« Quand est-ce que ça a commencé ? »

« Il y a des années, j’avais un frère, Bright Minim. On était plutôt proches, et un jour… il est tombé malade. Je venais ici jouer pour lui, tous les jours, pour qu’il se sente mieux. Plus tard je me suis retrouvée à jouer pour tout le monde. Et quand… quand il est parti, j’ai continué. Il y a tellement de gosses qui méritent de sourire ici, Octy. Pardon de t’avoir caché ça. »

Octavia sourit et enlaça Vinyl tendrement.

« Espèce d’imbécile, cloche, et idiote. Tu es une idiote, je te l’ai déjà dit, Vinyl ? »

« Merci, Octy. Cent fois par jour. »

« Pourquoi pensais-tu que je désapprouverais… ? Pourquoi me le cacher ? »

Vinyl enroula lentement ses propres pattes autour d’Octavia, et les deux se balancèrent doucement ensemble comme le plus léger des métronomes.

« Mon père n’aimait pas ça. Il disait que depuis la mort de Bright, ce n’était plus la peine d’y aller. Je salissais sa mémoire et perdais mon temps à travailler pour rien. J’ai continué de faire ça en plus de mon vrai travail. Je… Je ne voulais pas te décevoir… pas toi aussi. »

Octavia planta un baiser sur la joue de Vinyl, et se blottit contre elle en riant.

« Tu sais Vinyl, tu es tellement bornée que ça en est attachant. Je ne suis pas déçue, je suis stupéfaite que tu aies un tel cœur d’or. Et que tu ne m’aies jamais demandé de te donner un coup de sabot. »

« Tu le veux vraiment ? Je…Je ne voudrais pas te forcer. »

« Écoute. Si ça compte beaucoup pour toi, ça compte autant pour moi. Tu rends la vie agréable à ces enfants. »

« Tu sais, Octy, je suis là depuis dix ans. J’en ai vu plein venir et puis… partir. »

Octavia serra Vinyl plus fort avant de se dérober à l’étreinte, bien que Vinyl y oppose une certaine résistance mais finalement la laissa faire.

« On peux en parler plus tard, si tu veux. En plus, je crois qu’il y a des poulains et des pouliches qui nous regardent. »

Vinyl fit volte-face pour rencontrer son petit public les yeux rivés sur elle et Octavia, à sourire jusqu’aux oreilles. Elle trotta vers le bord de la scène et s’assit en laissant pendre ses pattes arrière. Après un moment, Octavia la rejoignit en saluant timidement les enfants malades. D’ici elle pouvait voir que certains avaient des touffes de cheveux manquantes, ou que d’autres étaient très maigres. Tous, cependant, regardaient Vinyl avec des yeux brillants d’adoration alors qu’elle riait et blaguait avec eux.

Tous ce temps, Octavia restait assise et regardait, puis elle rejoignit Vinyl sur la scène pour une fausse bataille musicale. La tirade était peu sérieuse et joviale, et tira de nombreux sourires de joie aux enfants. En dépit de son rôle d’Arche-violoncelliste, à chaque fois qu’Octavia regardait Vinyl, elle éprouvait le plus puissant des sentiments qu’elle ait jamais ressenti. Une combinaison volatile d’affection et de fierté pour la jument, qui consacrait son temps à la joie des autres, et haussait les épaules en disant que ce n’était rien.

Octavia s’émerveillait de la petite existence de Vinyl Scratch. Chaque jour révélait une nouvelle raison de passer sa vie entière avec elle.

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