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Humanity Online

Une fiction écrite par Usui.

Troisième étape : Famille

La neige tombait toujours sur la cité et depuis que Chopin avait pour la première fois contemplé les flocons, une mince couche de poudreuse s'était formée sur les routes et trottoirs. Ce dernier était toujours guidé par une Ciel des plus enthousiastes qui lui faisait part de maintes observations sur les lieux et la façon dont ils s'intégraient dans l'univers du jeu, portant toujours sa mitraillette dans les mains ainsi qu'une sacoche en bandoullière. L'avatar de Score n'écoutait qu'à moitié ce flux intarissable d'informations, se sentant plus concerné par son sort et par ses parents, qu'il imaginait morts d'inquiétude vu l'heure.



De plus, il tremblait de tous ses membres, la température simulée n'ayant toujours pas augmenté. Ciel s'en aperçut assez vite, le toisant de haut en bas avant d'annoncer :



« Va falloir changer ta tenue. Tu peux pas te balader dans ces haillons plus longtemps. Ça devrait pouvoir s'arranger quand on sera sur place. Serre les dents et avance, mon gars ! ».



Une fois qu'elle eut dit cela, elle lui donna une tape amicale dans le dos, avant de fouiller la poche intérieure de son manteau pour en ressortir un petit paquet enveloppé, ainsi qu'un objet rectangulaire en métal inconnu pour Chopin. D'un geste habile de la main, elle fit apparaître un tube marron qu'elle tendit à son protégé :



« T'en veux ? Ça te réchauffera un peu. »



Il répondit silencieusement par la négative. Il avait encore en mémoire son expérience avec l'alcool et s'attendait à quelque chose de ce genre. Ciel haussa les épaules :



« Comme tu veux. »



Elle prit cependant pour elle un de ces tubes, puis le porta à sa bouche, avant de lever l'objet jusqu'à placer le couvercle sous le tube. Elle releva celui-ci, et d'un geste du pouce, actionna une sorte de roulette en fer, ce qui fit jaillir une flamme au niveau d'une mèche, l'embrasant, d'où émanait désormais une fumée. Chopin regardait attentivement ce que faisait Ciel, celle-ci inspirant, accélérant la combustion du tube, avant de le retirer de sa bouche pour expirer la fumée. Au fur et à mesure qu'elle fumait, elle se débarrassait des cendres, qui tombèrent sur la poudreuse, tachant sa blancheur immaculée.



La route se poursuivit jusqu'à parvenir devant un grand bâtiment, dont le toit était supporté par tout un ensemble de colonnes de granit rose. Du point de vue des deux joueurs, on aurait dit une sorte de temple. Ciel jeta son mégot sur le bitume, avant de désigner l'endroit à Chopin avec un large sourire :



« Voici Pennsylvania Station, Penn Station pour les intimes. Il s'agit de l'une des gares principales de la ville. Les vagabonds éternels crèchent à l'intérieur.

-Vous vous servez d'une gare comme base ? demanda l'avatar de Score, dubitatif. Pourquoi ne pas occuper l'Empire State Building, comme les autres familles ?

-Tu comprendras quand on sera arrivés sur les quais. »



Le duo franchit la porte d'entrée, pénétrant dans un hall immense une fois quelques marches descendues. Sous leurs yeux s'étendaient des colonnes plus grandes encore que celles de l'extérieur, supportant une voûte. Sur le sol de marbre étaient postés des deux côtés des lampadaires dotés chacun de cinq lampes. Seul le bruit de leurs pas sur le sol rompait le silence. Arrivée à mi-chemin, Ciel s'arrêta et examina les alentours, semblant chercher son chemin. Après un petit soubresaut qui surprit son membre temporaire, elle prit l'escalier à sa gauche, Chopin à sa suite.



Ils parvinrent dans la zone des quais, abritée sous ce que Chopin devinait être une ancienne structure en verre, au vu de son état qu'elle devait probablement aux monstres. Mais le regard du joueur coincé ne s'attarda pas sur la structure, mais davantage sur ce qui était sur les rails, en l'occurrence un train. Il était doté de trois wagons et d'une locomotive noire. Le premier wagon était doté d'une cheminée, ce que Chopin ne comprenait pas, vu qu'il y en avait déjà une sur la locomotive. Il avait été construit à partir de fer. Celui du milieu, lui aussi en fer, était le plus grand de tous et le plus luxueux, s'étendant sur une dizaine de mètres. C'était d'ailleurs le seul d'où émanait de la lumière. Enfin, le dernier était en bois et sur le côté, on voyait une image représentant un chat noir à l'affût.



Ciel se plaça devant le véhicule avant de déclamer avec fierté :



« Voici notre base !

-Un train, c'est ça votre repaire ? »



Chopin avait du mal à y croire, et pourtant la fille insista :



« Je t'avais expliqué que cette famille se déplaçait sur tout le continent. On se sert par conséquent du réseau ferroviaire. Au lancement du jeu, il n'y avait pas grand-chose suite à l'attaque des créatures des déchirures. Mais avec le temps, les joueurs ont acquis les connaissances et les matériaux pour en refaire. Du coup, les longs déplacements sont facilités, avant, on devait souvent avoir recours à des chevaux.

-Et les autres véhicules ?

-À part les bateaux à vapeur ou les voiliers, le reste dépend de l'essence, et c'est pas si simple d'en avoir. En général, on préfère la conserver pour se rendre sur un autre continent en avion, c'est plus rapide que traverser les océans par la voie maritime. Par conséquent, le train est le meilleur rapport qualité/prix puisqu'il utilise du charbon.

-Je vois. »



La jeune fille lui détailla depuis l'extérieur les wagons. Celui le plus en avant sur lequel s'interrogeait Chopin était en réalité un wagon-restaurant. Ciel avoua alors qu'ils avaient passé deux mois à économiser juste pour l'avoir :



« C'est moi qui avais désiré ça. J'en avais marre qu'on perde du temps à trouver des restaurants ou des boutiques pour se nourrir, alors qu'on a un cuisinier dans le groupe. »



Elle poursuivit avec le wagon le plus en arrière, qui était l'entrepôt. C'est là que les vagabonds déposaient leurs surplus d'affaires ainsi que les marchandises. La chef de famille expliqua que leur activité principale consistait à explorer le continent pour récupérer de quoi remplir ce wagon, puis le revendre. L'objectif à terme étant d'être suffisamment équipé, entraîné et riche afin de se rendre la tête haute sur le continent européen :



« La rumeur dit que le boss final se situerait en Europe, les monstres étant plus forts que ceux des autres territoires. Personne ne l'a jamais affronté en deux ans d'existence et à mon avis... il faudrait être très nombreux.

-Pourquoi ?

-Certains boss rien qu'ici sont déjà à peine adaptés pour une famille comme la nôtre. On a dû planifier comme des fous pour certains, et on a parfois perdu presque la totalité du groupe. Ce qui signifie que nos morts n'ont pas eu droit à leur part de loot*. Une fois, on était même plus que deux, je peux t'assurer qu'on a été moins récompensés que ce qu'on avait investi. Du coup, je n'ose pas imaginer à quoi ressemble l'ultime créature de HO. »

Cette parenthèse effectuée, Ciel acheva sa présentation par le wagon du milieu, à savoir le cœur de la base. En effet, c'était ici que la famille préparait leurs expéditions, discutait et s'amusait entre leurs différents membres. Comme leur chef l'avait prévu, il y avait encore au moins un joueur de connecté.



« Bien, j'espère que tu es prêt. Essaye d'être un peu plus souriant, tu ne voudrais pas que les autres aient une mauvaise première impression de toi ?

-C'est pas toi qui es coincée dans un jeu vidéo, rappela ironiquement Chopin.

-Certes, mais si tu veux vraiment notre aide, va falloir t'intégrer. Allez, on y va maintenant. »



Ciel ouvrit la marche et grimpa les quelques marches pour atteindre la porte du wagon, Chopin sur ses talons. La fille aux cheveux noirs en cascade ouvrit la porte, qui laissa place à l'intérieur du wagon. Si l'entrée et la sortie du wagon étaient remplies de sièges, le centre abritait une grande table ronde avec des sièges de bar. Trois joueurs, comme l'avait estimé Ciel, étaient présents, terminant leur journée sur une partie de 421. Le trio avait l'air de bien s'amuser, jusqu'à ce que leur patronne se mette à tousser bruyamment. Instantanément, leurs yeux se tournèrent vers elle. La seule fille du groupuscule, ayant l'apparence d'une adolescente de taille moyenne, à la peau blanche, avec une chevelure rousse coiffée de sorte à ce qu'elle soit divisée en deux pour les laisser tomber devant ses épaules, arborant des taches de rousseur sur le visage, dotée de yeux céruléens, et portant une robe courte à carreaux rouges et blancs entourée d'une ceinture en cuir, où pendaient trois couteaux d'apparence légers, des collants rouges et enfin des ballerines blanches, fut la première à se lever pour s'adresser à Ciel :



« Ta ballade s'est bien passée ?

-Hmm, hmm, fit la propriétaire de la Thompson en hochant affirmativement sa tête brune. J'avais raison lorsque je vous disais que c'était pas stupide de revenir de temps en temps à New-York. Car j'ai enfin déniché ce qui manquait à notre troupe : un musicien ! »



Sur ces derniers mots, elle s'écarta, laissant les autres voir Chopin, qui était un peu mal à l'aise de se présenter à eux avec ses frusques. Néanmoins, ce fut pour lui le premier contact avec des gens avec lesquels il passerait au moins le temps d'être libéré de HO. En dehors de la rouquine, les deux autres étaient des hommes... enfin un seul d'entre eux, vu que l'autre avait l'apparence d'un enfant de dix ans. Évidemment de petite taille Il portait une casquette à l'envers, avait de fins cheveux blonds, des traits au niveau visage d'une grande douceur, arborait des yeux bleus, et il était habillé d'un jean ainsi que d'un maillot sportif.



Quant au dernier, c'était le plus grand parmi les cinq personnes présentes. La peau brune, des cheveux noirs frisés, ainsi que des yeux à la couleur proche de l'onyx, il portait une barbe hirsute assez longue. Il s'était habillé de chaussures noires, ainsi que d'un pantalon kaki et d'un pull couleur vanille, offrant un contraste fort avec sa tête.



En tout cas, chacun des trois jaugeait avec curiosité Chopin, tout en s'interrogeant sur la raison faisant qu'il était vêtu de haillons. Ciel encouragea sa nouvelle recrue à se présenter de lui-même, ce qu'il fit d'une manière mal assurée :



« Euh... bonsoir à vous... je m'appelle Chopin et je serai votre pianiste pendant quelques temps. »



Voyant la mine dubitative du trio, Ciel se chargea de compléter :



« En fait, c'est un nouveau joueur, il s'est fait attaquer en début de soirée par des PKs… et depuis, il ne peut plus se déconnecter. Comme je peux peut-être régler ce problème et qu'il est doué au piano, je lui ai proposé de venir parmi nous pour l'instant. Après, si tu te plais ici, adressa-t-elle à son protégé, libre à toi. »



À l'instant où elle avait entendu qu'il ne pouvait plus se déconnecter, les yeux de la fille en robe s'écarquillèrent d'intérêt. Elle fut aussi la première à se diriger vers le pianiste en devenir et se présentant à lui d'un ton enjoué tout en lui tendant la main droite :



« Ravie de te rencontrer, Chopin. Moi, c'est Alina, je suis danseuse dans cette famille. Du coup, on travaillera sans doute ensemble dans les bars. Je me bats à la rapière et aux couteaux de lancer. Je peux toujours me débrouiller pour les récupérer, c'est pas le cas de balles. C'est mieux, non ? Ah, tu peux aussi faire totalement confiance à Ciel pour trouver une solution à ton problème !

-Je vois, merci, répondit le nouveau joueur en lui serrant la main, tout en trouvant qu'elle devait être du genre bavarde. »



La dénommée Alina laissa place au géant de la bande. Quand il se posa devant Chopin, il remarqua que sa tête n'arrivait qu'au torse du joueur. Ce dernier tendit une main qui ne fit pas défaut au restant de son corps :



« Salut Chopin. Je suis Greenline, je suis le cuisinier ici. J'étais pas très utile au départ, mais maintenant que Ciel a payé avec notre budget commun ce wagon-restaurant, j'ai eu largement le temps de m'y entraîner, mais ça, je pense que tu le sais déjà : elle adore se vanter de son idée ! En tout cas, tu peux compter sur moi pour te mitonner de bons petits plats. Content de faire équipe avec toi, en tout cas.

-De même. »



Greenline eut droit au même traitement qu'Alina. Quand vint le tour de l'enfant, il s'apprêta à se présenter, mais fut brutalement coupé par Ciel :



« Ah, oui, tu dois te demander pourquoi il ressemble à un gamin ? En fait, tu as devant toi l'un des joueurs qui s'est acheté le jeu et l'a lancé dès le premier jour. À l'époque, le système de création était beaucoup plus personnalisé. Pour se marrer, il a fait exprès de se créer un perso nommé Kid ayant l'apparence d'un enfant. Ce qu'il ne savait pas, c'est que c'était un personnage par compte. Donc, il a un peu la haine à ce sujet. »



Ciel comme Alina éclatèrent de rire, ce qui énerva Kid, qui leur rappela qu'il ne pouvait pas savoir. Lorsque les deux filles se reprirent, Alina prit le relais de leur chef :



« Il paraît qu'on peut quand même incarner un enfant dans la version actuelle du jeu. Mais il faudrait donner des réponses vraiment immatures.

-Hé, je ne suis pas un gamin en vrai ! s'insurgea Kid.

-C'est pas très adulte de faire exprès de créer un enfant, tu sais ? le taquina Alina.

-L'intérêt d'un jeu comme ça, c'est d'incarner qui l'on veut. J'avais envie de jouer un gosse, point final. »



Le restant des vagabonds ne relevèrent pas, s'étant déjà bien amusés, hormis Greenline qui commençait à montrer des signes de lassitude de cette blague récurrente. Chaque fois qu'un nouveau membre se présentait, les filles ressortaient la plaisanterie, et même si Kid faisait celui qui pestait, il avait suffisamment d'auto-dérision pour ne pas se sentir vexé. D'ailleurs, il enchaîna sur son rôle dans l'équipe, à savoir éclaireur, sa petite taille lui permettant de se dissimuler facilement. Ciel ajouta à cela qu'il adoptait le style de jeu qui avait été jusqu'à présent celui de Chopin, ce à quoi Kid déclara tout en serrant à son tour la main de ce dernier :



« J'espère que tu ne piqueras pas ma place : toi, t'es le pianiste ! »



Il asséna un coup de coude amical à ce dernier, qui se décida à rester sur la lancée de la bonne humeur ambiante :



« Faudra bien que je fasse quelque chose pendant les combats ! »



Ciel se frappa le front, se rappelant ce qu'elle avait promis à sa recrue : un nouvel équipement. Elle fit signe à Chopin de la suivre jusqu'au wagon arrière. Quand il fut à l'intérieur, il constata d'emblée qu'il n'y avait pas beaucoup de place pour se mouvoir dedans. À vrai dire, il y avait seulement une ligne droite au milieu faisant la largeur d'un joueur, le reste du wagon étant rempli de caisses en métal, à raison de quatre par côté, cela en faisait huit. Notant la bouche grande ouverte de son pianiste, Ciel lui expliqua que seules les cinq premières étaient remplies :



« On ne lésine pas sur l'inventaire ici, comme tu peux le voir. Bon, je vais te laisser te changer, mais juste un conseil : opte pour un sac en bandoulière, c'est plus facile à transporter. Le plus important au départ n'est pas la place, c'est d'être mobile, surtout en ce qui te concerne, donc ne mets à l'intérieur que des munitions, explosifs, de l'eau et un repas. Pour ces deux-là, tu peux aller te fournir au wagon-restaurant, avertis-en juste Greenline. Sur ce, amuse-toi bien à fouiller, pendant ce temps, je vais aller voir avec les autres pour qu'on se décide sur notre prochaine destination. À tout de suite ! »



La joueuse colla le dos contre l'une des caisses et se faufila adroitement sans toucher Chopin, qui était bien embarrassé à la vue de tout cet équipement. Lequel était les vêtements ? Lequel les armes ? Les sacs ? Il soupira, puis se mit au travail.



De son côté, Ciel était revenue comme elle l'avait dit vers les autres, qui s'étaient rassis devant leur table de jeu, mais attendaient avec impatience le retour de leur cheftaine, qui posa derechef la question suivante :



« Vous en pensez quoi alors ? »



Le trio se regarda, cherchant quelque peu ses mots. Ce fut Kid qui se prononça le premier :



« Il a l'air sympa, mais cette histoire de déconnexion impossible sent un peu le pipeau...

-Je verrai ça tout à l'heure avec mon contact, rappela Ciel. Il devrait tirer tout ça au clair.

-On s'en fiche un peu dans un sens qu'il mente ou non ? annonça d'une voix tranquille Alina tout en tripotant de l'index l'une de ses couettes flamboyantes.

-Tant que ce n'est pas un PK qui nous frappera dans le dos avec notre propre équipement, oui, répliqua Ciel, montrant qu'elle restait sur ses gardes. Néanmoins, nous allons nous comporter à son égard en assumant qu'il dit la vérité. Le marché que j'ai passé avec lui consiste à l'aider autant que possible en échange de ses talents de musicien. »



Elle s'appuya sur la table, regardant les yeux attentifs d'Alina, Greenline et Kid, puis posa la question suivante :



« Où devrions-nous nous rendre à présent ? Il va falloir faire progresser rapidement notre jeune ami... dans tous les domaines. Il est important qu'il se rende utile aussi vite que possible. Je ne sais pas avec quel équipement il réapparaîtra devant nous, mais il a un coût, qu'il devra rembourser.

-En clair, résuma Greenline, il faut lui trouver une ville au niveau de difficulté abordable, en travail d'équipe, mais aussi de quoi l'éduquer et augmenter sa compétence musicale, tout en le faisant gagner sa contribution aux économies de la famille. C'est bien ça, Ciel ? »



L'interpellée opina du chef, avant de compléter :

« Des suggestions ? À mon avis, on devrait taper dans un lieu pas trop éloigné, une journée ou deux grand maximum en train. »



Greenline retira alors la piste de dés et adressa un regard à Alina, qui mit quelques secondes à comprendre. Elle se leva alors pour se rendre à sa place dans le wagon, où se trouvait au sol sa sacoche, afin de récupérer sa carte du pays. Le cuisinier aurait pu demander cela à n'importe qui d'autre, mais il se trouvait que la jeune danseuse fut la première à se présenter dans son champ de vision. L'objet en main, elle le déplia sur la table, les quatre joueurs se penchant dessus avec attention.



Ils examinèrent sans mot dire les différents lieux à proximité, cherchant le plus approprié pour leur nouvel élément. Une minute passa sans qu'aucun d'eux ne propose quelque chose et ce fut au final Kid qui osa élever la voix :



« Peut-être Washington. »



Les autres le dévisagèrent. On aurait pu s'attendre à ce que sa suggestion ne rencontre que le fou rire, vu son apparente réputation. Mais ils avaient l'air d'envisager la chose très sérieusement. Ce fut Ciel qui se chargea la première de répondre à l'avatar enfantin :



« C'est vrai que c'est la capitale des États-Unis. C'est un endroit clé du jeu. Il me semble que c'est là qu'il y a la plus grande bibliothèque de tout HO ?

-Celle du congrès, oui, répondit Alina. Même en Europe, il n'y a pas mieux. Il trouverait là-bas de quoi mieux comprendre ce monde. Sans compter qu'on y trouve également des partitions, ce serait parfait pour lui. Il en prendra quelques-unes avec lui et il les jouera dans les bars du coin. Par contre, il reste un problème...

-Les monstres à l'intérieur, compléta Kid. Ils ne sont pas très forts, mais ça risque d'être difficile pour lui seul, surtout s'il se bat comme moi. Il faudrait qu'un de nous au moins l'accompagne durant ses recherches. Quelqu'un comme Klamp. »



Le restant du groupe était d'accord avec ce plan. Pourtant, les créatures présentes dans la bibliothèque du congrès ne représentaient pas selon eux un défi apte à vraiment faire progresser Chopin. Il lui fallait davantage un vrai donjon, et l'idée leur vint assez vite, puisqu'ils tombèrent d'accord sur la Maison Blanche :



« C'est vrai, cette zone est sympa à faire, surtout le boss, déclara Greenline. C'est un des plus intéressants à ce niveau. Pas forcément impressionnant, mais il force bien à exploiter les différents aspects du jeu.

-Cependant, le lieu du combat n'est pas très vaste, nota Kid. On ne devrait pas déployer toute la famille, sous peine de se gêner. Un groupe de quatre serait amplement suffisant. Je déclare forfait néanmoins, s'il décide de conserver sa façon de se battre. On ferait doublon.

-Ça, c'est lui qui en décide en ce moment, rappela Alina. Il doit avoir du mal à se fixer, par ailleurs... »



Ils poursuivirent leur planification des prochains jours un moment encore, choisissant que faire de Chopin à quel moment, sans même lui demander son avis. Ils partaient du principe que si on lui posait la question, il ne saurait quoi répondre, débutant oblige. Le principal sujet des débats nocturnes finit par réapparaître devant eux. Le Chopin nouveau avait opté pour un costume trois-pièce noir rehaussé d'une cravate blanche lui donnant clairement l'élégance qu'il n'avait pas avec ses vêtements déchirés au lancement du jeu, même si sa chevelure tranchait avec le reste, celle-ci étant néanmoins coiffée d'un borsalino dont la couleur allait de pair avec le reste. Il avait suivi les recommandations de Ciel en prenant un sac en bandoulière. Sa main serrait une canne en apparence en bois dotée d'une bague en or avec une sorte d'excroissance semblant glisser.



Le quatuor le toisa, semblant de toute évidence très intrigué par le choix du nouveau joueur. Il était impossible de rougir dans Humanity Online, mais Chopin l'aurait fait dans des conditions normales, se sentant mal à l'aise d'être depuis quelques temps le centre de l'attention. Les yeux céruléens d'Alina étaient rivés sur la canne, sa curiosité étant à sa comble, elle ne se retint pas de demander :



« Pourquoi t'as choisi cette arme, parmi tout ce qu'on avait ? »



En effet, la canne qu'avait récupérée Chopin dans l'arsenal dissimulait en vérité une lame très courte, à peine plus grande qu'un poignard. Elle pouvait tout aussi bien trancher que percer sa cible. Ce n'était toutefois pas une arme très prisée des joueurs. Les vagabonds en avaient plusieurs exemplaires comme celui-là, et ils n'arrivaient pas à les vendre à autrui. D'où la question d'Alina à laquelle finit par répondre le pianiste :

« Euh... comment dire ? Vu que je m'étais habillé comme un membre de la haute-société, pour aller avec l'image que je me faisais d'un pianiste, je me suis dit que ça irait bien. En plus, j'aime bien l'idée de pouvoir endormir la méfiance d'un adversaire, pour le frapper là où il ne s'attend pas. »



Ses alliés éclatèrent de rire en entendant son explication, et Chopin se sentit ridicule. Néanmoins, ce n'était pas vraiment par moquerie, puisque Ciel lui dévoila :



« C'est une arme connue de la plupart des joueurs, elle perd son effet de surprise contre eux. Néanmoins, ça reste un choix intéressant dans le domaine du corps-à-corps. Faudra juste te trouver des modèles plus évolués pour la suite, comme des versions enduites de poison. Ouep, ça t'irait bien. Et t'as pris quoi pour la distance? »



Chopin dévoila le côté gauche de sa veste, exhibant un holster soutenant un Colt M1911, un pistolet comprenant un chargeur de huit balles, avec une portée efficiente pouvant aller jusqu'à cinquante mètres. Ciel et le restant du groupe furent rassurés de le voir choisir quelque chose de plus conventionnel. Se sentant soulagé devant leur réaction, le gentleman désigna sa sacoche en expliquant :



« J'ai pris également pris deux grenades à fragmentation. Heureusement que j'ai eu l'aide du jeu, je n'aurais jamais su ce que cela faisait. J'en aurais sans doute dégoupillé une sans savoir...

-Alors, toi, mon gaillard, révéla Kid soudain très sérieux, tu aurais fait ça, Ciel t'aurais dérouillé lors de ton respawn.

-Je pense même qu'elle lui aurait fait passer l'envie de jouer à HO, renchérit Alina.

-À voir quand ça arrivera, fit la principale intéressée. Toutefois, mon cher Chopin, laisse-moi te dire que tu trimeras au moins jusqu'à ce que tu rembourses ce matos.

-Hé, mais tu m'avais dit de me servir comme je voulais ! » se plaignit Chopin.



En dépit de ce qu'il venait de dire à l'instant, il comprenait que l'échange ne devait pas être à sens unique, surtout s'il décidait effectivement de quitter les vagabonds une fois son souci principal réglé. Par conséquent, il s'excusa auprès de ces derniers. Ciel ne prit pas la mouche pour si peu, lui rétorquant avec un sourire que ce n'était rien. Puis elle l'invita à se rapprocher de sorte à lui faire part de leur projet.



Chopin posa ses yeux sur la carte qu'il détenait avant son agression, tandis qu'Alina lui désigna le point sélectionné. Si le débutant réalisa rapidement que le lieu était proche, compte tenu de la superficie du territoire, il ne représentait rien pour lui. La bande se chargea alors brièvement de lui expliquer les possibilités de la capitale pour un joueur de son niveau. Il donna finalement son accord à l'issue de l'exposé. Alina replia la carte pour la ranger à sa place tandis que Ciel, toute contente, asséna d'une voix forte :



« C'est décidé ! Notre prochaine destination sera Washington D.C. Reste à décider si on part ce soir ou demain après-midi. Quelqu'un a encore du temps à lui consacrer? »



Les habitués, Ciel incluse, regardèrent leurs montres. Kid expliqua ensuite qu'il allait devoir partir, et qu'il ne se connecterait pas le lendemain. Greenline, pour sa part, avait encore un peu moins d'une heure. Il ajouta :



« Je pense que Chopin doit avoir faim. C'est le cas ? »



Le principal concerné examina sa jauge d'endurance. Celle-ci était quasiment vide. Il ne s'était pas restauré depuis qu'il avait mis les pieds dans les égouts. Un peu honteux, il répondit par l'affirmative.



« Ok, je vais te faire ça juste après, lui annonça le chef. Normalement, je devrais avoir le temps de t'expliquer le fonctionnement du train. Si tu ne peux vraiment pas te déconnecter, autant que tu fasses pour nous une partie du trajet.

-Faut que j'y aille, les gars, rappela Kid. À plus ! »



Le restant des membres lui souhaitèrent une bonne soirée, tandis que l'enfant disparut dans une gerbe de lumière. Alina se leva à sa suite, expliquant qu'elle allait se faire taper sur les sabots si elle traînait davantage. Juste avant qu'elle ne parte, Ciel lui suggéra :



« Ne te connecte pas trop tôt demain. Je compte passer te voir après mes cours. »



La mine qui semblait toujours radieuse jusque-là de la danseuse s'assombrit quelque peu, ce qui n'échappa pas au nouveau, qui exhibait un visage interrogateur. Elle déclara néanmoins que cela marchait et s'évanouit de la même manière que Kid. Ciel fut la suivante sur le départ, expliquant à Chopin qu'elle aurait peut-être une chance de voir son contact cette nuit. Elle donna également le feu vert à Greenline pour faire office de didacticiel sur le fonctionnement du véhicule. Elle salua les deux joueurs restants, puis se déconnecta, ne laissant plus que le cuisinier et le pianiste. Ce dernier fut alors invité par Greenline à le suivre dans le wagon restaurant.



Chopin n'avait pas encore eu l'occasion de voir la fierté de celle l'ayant recruté. Quand il fit son premier pas, il comprit aisément pourquoi. Des trois, c'était le wagon le plus luxueux : un lustre splendide suspendu au plafond, trois tables pouvant accueillir jusqu'à douze personnes, un mini-bar, comportant l'éventail le plus large possible de boissons pour le niveau de la famille, idéalement placé à côté des deux placards abritant la vaisselle pour l'un, les ingrédients et ustensiles de cuisine pour l'autre. Greenline le pria de s'installer et lui proposa de boire un coup en attendant qu'il lui prépare un plat :



« Il y a même du bon alcool, comme du whisky, si tu veux, ajouta-t-il.

-On va éviter quand même, avoua Chopin. J'aime pas ce qui suit.

-Ah, ah, ton avatar digère mal, on dirait, s'amusa Greenline. Dans ce cas, tu veux quoi ?

-Y a du jus d'orange ? s'enquit le nouveau venu.

-Ça doit pouvoir se faire », lui révéla Greenline avec un sourire.



Le cuistot fouilla le mini-bar pour en extirper le liquide promis, puis récupéra un grand verre, ainsi qu'un glaçon, avant de le remplir allègrement, puis le servit à Chopin qui le remercia sobrement. Il regarda son contenu pensivement, et ne put se retenir de poser cette question à Greenline :



« Dis-moi... Alina et Ciel se connaissent en vrai ?

-On dirait bien, répondit le géant en toute honnêteté. En tout cas, Alina était la première membre de la famille. Un risotto, ça te convient ? »



Chopin hocha affirmativement la tête et Greenline se mit au travail, récupérant les ingrédients nécessaires et les couverts, avant d'ouvrir son menu pour vérifier. Au moment de faire bouillir l'eau au feu de bois, il se tourna vers son « client », afin de lui faire remarquer :



« Néanmoins, tu devrais te retenir de poser ce genre de questions. Tu connais le mot d'ordre de ce jeu, non ? « Ce qu'il se passe là-bas y reste », ben... c'est pareil pour Equestria. On joue tous à ce jeu pour se détendre, après tout.

-Ou pour fuir quelque chose... fit sombrement Chopin avant de commencer à boire son jus. Un peu comme moi... »



Greenline ne releva pas, commençant à faire cuire le riz. Il garda ses yeux sur sa mixture tout en élevant à nouveau la voix :



« À mon tour de te demander une chose : Ciel t'a officiellement intégré dans notre famille ?

-Je n'ai pas reçu d'invitation dans le menu, en tout cas.

-C'est la preuve qu'elle te laisse décider si tu veux rester une fois qu'elle aura résolu ce bug de déconnexion, dévoila-t-il tout en versant le riz dans la poêle, puis d'émincer un oignon. Si tu es là parce que tu ne te sens pas bien chez toi, je pense que tu pourras t'amuser un peu avec nous. Enfin, ce n'est que mon avis, tu en fais ce que tu veux.

-Je prends note, merci », annonça Chopin, après avoir terminé son verre.



Le cuisinier barbu rajouta de la sauce tomate dans son plat, et la cuisson était presque terminée. Il fit patienter encore une minute le jeune joueur avant de lui servir son assiette et de s'installer en face de lui. Ce dernier entama son repas et le trouva vraiment bon, avant même de voir son endurance remonter progressivement. Il complimenta Greenline avant d'ajouter :



« Mon dernier sandwich remonte au moment où je faisais équipe avec Break.

-Break ? »



Le gentleman d'apparence lui raconta rapidement ce qu'il s'était passé depuis son entrée dans le jeu. Greenline parut plus surpris encore que Ciel en apprenant le sort de son allié tatoué. Il fut toujours aussi honnête en lui faisant part de son point de vue : son histoire était vraiment étrange et il ne comprenait pas pourquoi des PKs auraient enlevé un joueur, débutant qui plus est. Chopin avait alors haussé les épaules, s'accoutumant à cette réaction.



« J'espère juste qu'il va bien », conclut le pianiste en continuant de manger.



Il était dix heures et demi du soir à la montre de Greenline lorsque Chopin eut terminé son repas. Ils avaient tout le long discuté de sujets moins sérieux, comme le nombre de plats que le géant était en mesure de concocter avec le contenu du wagon-restaurant, par exemple. Celui-ci desservit la table et fit la vaisselle, puis fit venir Chopin dans la locomotive.

À l'intérieur, il vit trois sacs de charbon en compagnie d'une pelle, ainsi que la cheminée, inerte bien entendu. Il remarqua également deux leviers en face de lui. À sa gauche était placardé une autre carte des États-Unis, celle-ci ayant la particularité d'être annotée en maints points. Pendant qu'il examinait tout cela, Greenline alluma le feu, le nourrissant par la suite de charbon en s'aidant de la pelle. La première instruction dont il fit part à son apprenti était de penser à bien en ajouter régulièrement pour que le train puisse rouler. Il servit par la suite d'exemple en démarrant la locomotive avec le levier de gauche. L'engin avança lentement, puis Greenline le remit en place. Chopin nota intérieurement, tandis que son maître d'un soir lui expliqua que plus il pousserait ce levier, plus le train irait vite.



« Toutefois, tu devras mettre plus de charbon. »



Il passa ensuite au levier de droite, qu'il actionna de la même manière. Le véhicule recula quelques secondes plus tard avant de s'interrompre des mains du cuisinier. Il se tourna vers Chopin avant de lui avouer :



« C'est aussi simple que ça. Normalement, on laisse ça à Klamp, mais on apprend tous à le conduire au cas où. Ah si, y a encore une subtilité : sur le chemin de fer, il y a des aiguillages sur la route. Réfère-toi à la carte pour savoir quelle direction prendre. Pense bien à arrêter le train pour ne pas les dépasser. Et sois très attentif : les chemins de fer ont été rétablis mais certains monstres peuvent les détruire. D'ailleurs, si tu en croises, arrête la locomotive, coupe toutes les lumières et terre-toi dans un wagon. C'est plus prudent pour toi. Les monstres attaqueront un peu, puis repartiront si tu ne fais pas un bruit. »



Le pianiste au borsalino assimila tant bien que mal le flux soudain de recommandations de son supérieur, mais il comprit qu'il fallait être sur ses gardes tout le temps que le moteur tournait. Une fois qu'il eut prouvé à Greenline qu'il avait parfaitement retenu la leçon, il s'étira tout en annonçant :



« Je pense que je vais attendre demain matin pour partir. J'aimerais bien aller dormir sur l'une des banquettes là. »



À cet instant, le cuisinier lui lança un regard paraissant empli de compassion, mais qui lui parut très étrange, suffisamment pour lui demander :



« J'ai dit quelque chose de mal ? »



Greenline sembla chercher ses mots, pour finalement lui dire, juste avant de disparaître :



« Non, rien. Je pense que tu comprendras très vite. Essaye quand même de passer une bonne nuit. »



Il n'eut même pas le temps de lui dire au revoir. De son point de vue, on aurait dit que son instructeur nocturne avait essayé d'esquiver un point important. Néanmoins, il remisa ceci dans un coin de la tête et ne changea rien de ce qu'il avait envisagé. Après tout ce qu'il avait vécu ces dernières heures, son esprit avait grand besoin d'oublier qu'il était coincé dans un univers virtuel. Par conséquent, il était reparti dans le deuxième wagon, trouva une banquette sans affaires d'autres vagabonds dessus, puis s'allongea en fermant les yeux.

Il fit le vide dans ses pensées, essayant d'occulter Break et surtout ses parents. Mais même ainsi, son HUD* ne disparaissait pas. Il se dit que ce n'était pas ça qui allait l'empêcher de dormir. Le temps s'écoulait et Marephée n'embrassait toujours pas l'être qu'incarnait Score. Au bout d'un quart d'heure, il se redressa et quitta le train, laissant sa canne.



Chopin était sûr qu'il était possible de trouver le sommeil dans ce jeu. Les créateurs d'HO avaient pensé à tellement d'éléments, ils ne pouvaient pas avoir négligé quelque chose d'aussi fondamental. C'était improbable. Si ça se trouve, il devait juste vider son endurance. Ce fut cette raison qui le poussa à revenir dans le hall de Penn Station, le prenant pour un circuit d'athlétisme. Score n'avait jamais été très sportif, mais il savait bien une chose : un effort intensif fatigue.



Il décrivit tout en courant des ovales le long des lampadaires pendant une dizaine de minutes. Il déployait le maximum qu'était capable de fournir son avatar à son niveau actuel. Mais finalement, s'il eut le souffle court, le sommeil ne vint pas à lui. Il comprit alors une vérité essentielle de l'univers d'HO : on ne peut dormir. Et c'était logique dans un sens : le jeu était immersif, mais il demeurait un jeu. Il fallait revenir un moment où l'autre dans Equestria et mener sa véritable existence. Les concepteurs avaient donc retiré la notion de fatigue et ce qu'elle entraînait : rêver.



Ce qu'ils n'avaient sans doute pas envisagé, c'était qu'un joueur fût bloqué de force dans ce monde. Et dans ces conditions, celui-ci entrait dans un cauchemar éveillé. En retournant par dépit dans la locomotive pour la mettre en route, Chopin se rappela de la réaction de Greenline. Dans un sens, il saisissait qu'il n'aurait sans doute pas cru le joueur s'il lui avait révélé ce détail, mais il aurait aimé au fond de lui qu'on brise ses illusions.



Toutefois, songea-t-il tandis que le train laissait derrière lui la gare, roulant désormais sur une couche de neige ayant encore augmenté depuis que Chopin s'était abrité, il était reconnaissant de l'attitude du géant, puisqu'elle semblait révéler que celui-ci le croyait. Le joueur piégé tenta donc de faire route vers Washington, avec la nuit glaciale, heureusement atténuée par le feu de la cheminée, pour seule compagnie...



* * *



Pendant que Chopin poursuivait son apprentissage dans Humanity Online, une pégase au pelage bleu marine, à la courte queue et crinière argentée, cette dernière étant redressée en arrière, aux flancs ornés d'une cutie mark représentant un nuage troué, rouvrit ses yeux indigo dans sa chambre, de retour à Equestria. Elle se redressa, enlevant son casque, se frotta les yeux du sabot, puis rejeta le peu de crinière qu'elle avait en arrière avec un soupir.



Son regard se posa sur l'une des nombreuses affiches placardées sur les murs de sa chambre au papier peint jaune clair représentant toutes des athlètes en provenance de Cloudsdale, la cité où résidait cette pégase nommée Skydiver et s'apprêtant à célébrer son dix-septième printemps. Celle-ci pensait que la soirée avait été bien remplie dans HO, pour changer. En effet, elle trouvait que la famille commençait à s'enliser dans une routine tenace. Bien entendu, elle était consciente, en raison de sa position de chef des vagabonds éternels, d'être à l'origine de cette situation, avec son idée d'être excessivement préparée avant de se rendre sur le continent européen.



C'était pourquoi elle était vraiment contente d'être tombée sur ce Chopin. Oh, bien sûr, elle avait du mal à avaler son histoire, mais ça allait pimenter les prochaines parties, de son point de vue. Et dans tous les cas, elle saurait tout dans les prochains jours. Elle appréciait cette facette du jeu, lorsque son chemin croisait celui d'un joueur auquel on ne pouvait pas nécessairement faire confiance, et s'il s'avérait que ce pianiste coiffé d'un borsalino avait menti, elle prévoyait quand même de le conserver au sein du groupe. S'il ne leur faisait pas entre-temps de coup de Trhoofalgar, cependant.



Elle rangea par la suite le casque auprès de la console comprenant la galette de Humanity Online. C'était le seul jeu qu'elle possédait, et elle avait acheté l'équipement uniquement pour lui. Skydiver n'exhibait pas normalement un attrait pour le virtuel, c'était quasiment à l'opposé de ce qu'elle aimait faire pour se détendre. Elle ne se l'était pas également procurée par effet de mode.



Quoi qu'il en fût, cela faisait déjà une année bien tassée qu'elle incarnait régulièrement Ciel, et si ses motivations de se lancer dans cet autre monde étaient bien différentes du commun des joueurs, elle y avait pris peu à peu goût. Là-bas, elle pouvait voyager, faire davantage de rencontres qu'à Cloudsdale, vivre une aventure... ce qui convenait parfaitement à son tempérament d'origine.



Sentant son ventre crier famine, conséquence logique pour avoir passé plus de cinq heures d'affilée dans un jeu vidéo depuis cinq heures de l'après-midi, Skydiver prit la décision d'aller dîner. Mais elle fit d'abord son rituel quotidien, à savoir regarder les cadres posés sur sa commode, en particulier un la montrant beaucoup plus jeune, pétillante, pleine de vie dans une fête foraine, en compagnie de ses parents. Son père et sa mère, tous deux également pégases, étaient souriants. La petite pouliche avait le même visage et yeux que sa génitrice, même si cette dernière était dotée d'une crinière beaucoup plus opulente.



Cette photo, prise alors qu'elle avait onze ans, portait une signification particulière dans son cœur. C'était son moment de bonheur le plus intense, mais celui-ci fut de courte durée. Quelques semaines plus tard, La mère qu'elle aimait tant lui fut arrachée. Un véritable désastre. La réputation de sécurité du réseau de chemin d'Equestria ne s'étendait malheureusement pas à ceux qui l'entretenaient. La mère de Skydiver se rendait à Hoofington pour son travail en tant que réceptionniste à la poste. Mais ce matin-là, le train dérailla de façon soudaine, faisant une chute de cinquante mètres, ne laissant qu'une dizaine de survivants.



Skydiver, comme son père, en étaient ressortis brisés. Celui-ci, bien que subvenant toujours aux besoins de sa fille unique de la façon la plus louable qui soit, maintenait désormais une distance avec elle. La pégase bleu marine le sentait bien : elle lui rappelait son épouse. Mais il savait qu'elle n'était pas elle au fond. Elles n'avaient pas du tout le même caractère, ni la même robe et crinière. Skydiver avait seulement hérité de son doux visage et de ses yeux. Et ça, ce devait être une souffrance sans nom pour lui.



Quant à sa fille, elle rêvait depuis toute petite de voyager dans les autres villes, et ce qu'elle envisageait comme profession lui permettrait aisément d'accomplir cela. Mais le sort tragique de sa mère eut une autre conséquence : elle avait développé une phobie de tous les moyens de transport. Elle s'en était aperçue un an environ après l'incident, alors qu'elle comptait aller voir ses grands-parents, passant une retraite paisible à Ponyville. Au moment de monter dans le wagon, elle avait été prise de violents tremblements et son esprit s'interdisait d'entrer, malgré les paroles de son père afin de la rassurer. Au final, les deux étaient restés à quai, et l'étalon avait dû se faire rembourser les tickets, ainsi qu'annuler en catastrophe la visite chez ses parents.



Le pire pour elle étant que n'importe quel moyen de locomotion lui faisait cet effet. Même une simple montgolfière la terrifiait. Pourtant, on aurait pu lui dire que c'était entièrement sûr pour elle, vu ses ailes, mais elle aurait machinalement sorti une excuse évoquant telle montagne sur laquelle pourrait s'écraser l'engin, la tuant ainsi que tous les passagers. Elle suivait depuis deux-trois ans un psychologue, mais elle était très loin encore de la guérison.



Toutefois, à sa grande surprise, cette peur n'avait pas de prise dans HO. Sans doute parce qu'elle savait qu'il était impossible de mourir dans un jeu vidéo. Néanmoins, elle y voyait là une lueur d'espoir, celle de pouvoir guérir en voyageant dans ce monde virtuel. C'était pour cette raison qu'elle avait insisté auprès des vagabonds pour acheter un train plutôt qu'un camion. C'était pour elle une occasion unique de résoudre son traumatisme. Il s'agissait d'un désir quelque peu égoïste, mais vu que personne ne s'en était plaint...



Skydiver descendit les marches, la conduisant dans le salon. Celui-ci était un « tout-en-un » comprenant une partie consacrée à la cuisine et une autre pour discuter, manger, regarder l'écran magique fait de cristal pour voir des films ou des émissions. Son père, un étalon semblant encore dans la fleur de l'âge, avait allongé son corps écarlate sur le sofa blanc, sa mince crinière blonde platine décoiffée par l'oreiller sur lequel elle était posé. Sa position ne trahissait pas le moins du monde sa cutie mark ayant pour image un étalon, le sabot ayant l'air d'écraser un cristal. Ses yeux vert pâle fixaient l'écran d'un air éteint, ce dernier diffusant les informations de la soirée.



Un père normal aurait sans doute fait des remontrances sur l'heure où son enfant décidait de prendre son dîner, mais lui aurait donné l'impression à un inconnu qu'il n'était même pas conscient de la présence de sa fille. Celle-ci savait parfaitement que ce n'était qu'une façade : il était au fait de la situation rien que par le son caractéristique de ses sabots sur les marches. Il avait seulement l'air de ne pas avoir envie d'engager la conversation avec sa progéniture. Cependant, il répondit par un signe de tête quand elle lui souhaita bonsoir.



La jeune pégase se dirigea dans la partie cuisine, se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir faire. Elle se sentait plutôt paresseuse, aussi elle orienta son choix sur du froid, en l'occurrence un simple sandwich au foin, garni de tranches d'emmental. Très classique, mais néanmoins nourrissant.


L'hiver s'étant installé depuis quelques temps, elle se sentit un peu frileuse. Elle se prépara en guise d'accompagnement du thé à la menthe. Pendant qu'elle laissait l'eau bouillir, elle mangeait son sandwich, se faisant pardonner de son estomac pour l'avoir ainsi malmené. Lorsque le thé fut prêt, elle s'en versa une tasse et l'apporta jusqu'à la petite table circulaire au centre de la pièce, tout en sentant une agréable chaleur dans les mains, et une douce odeur mentholée dans les narines.


Prenant place, elle but doucement une gorgée, pour ne pas se brûler, laissant un sentiment revigorant entrer en elle, lui donnant des forces pour ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle n'avait pas vraiment le choix, elle l'avait promis et les conditions étaient réunies. La gorgée digérée, elle posa la tasse avant de s'adresser à son père :



« Dis papa, je peux te poser une question sur le jeu ? »



En effet, le fameux contact qu'elle avait évoqué à Chopin était son propre père, qui faisait partie de Moon Circle, l'équipe de développement de Humanity Online. Il s'agissait de la raison l'ayant poussé à se procurer le jeu un an après sa sortie. Le développement avait été de longue haleine, s'égrenant sur plusieurs années, et elle lui avait au départ attribué la distance la séparant de son paternel. Cependant, une fois HO paru, rien n'avait changé, et Skydiver en était venue à la conclusion que sa ressemblance avec sa mère était l'origine du problème.



Elle avait par conséquent adopté un raisonnement inversé : et si elle découvrait l'univers que son père avait passé tant de temps à concevoir ? Elle s'était alors dit que si elle prenait la peine de se pencher sur son travail et de lui poser des questions dessus, elle finirait bien par effacer l'écart entre eux deux qui la tourmentait tant.



Elle était ainsi devenue Ciel. C'était son premier jeu, et l'apprentissage avait été rude, surtout le système de compétences. Pour elle, ça n'était que des chiffres sans réelle importance à son arrivée. Elle avait aussi naïvement pensé qu'elle pouvait faire les égouts à elle seule. Elle avait payé cher son impertinence en mourant au stade des chéloniens. Et la respawn (1) dans ce jeu était cruelle : pendant une heure, les statistiques étaient réduites de 50%. On appelait cela le mal de résurrection. Cet élément tendait également à expliquer l'abondance de PKs.

Toutefois, elle avait appris de ses erreurs par sa propre expérience, mais aussi en posant des questions à son père. Elle avait été ravie de voir que celui-ci devenait d'un seul coup plus loquace en lui conseillant notamment de trouver un groupe de joueurs le temps de devenir auto-suffisante, si elle souhaitait jouer seule. Elle avait suivi son conseil et avait été recrutée dans une famille relativement grande. C'était d'ailleurs ainsi qu'elle avait fait la connaissance de Kid. Puis quand elle s'était sentie prête à voler de ses propres ailes, elle était partie et avait fondé les vagabonds éternels avec Alina. Ciel n'avait retrouvé Kid que quelques temps plus tard, celui-ci étant parti parce qu'il considérait que l'ambiance se dégradait.



Malheureusement pour elle, son père devenait progressivement las de la voir en permanence poser des questions toujours sur ce domaine. Ce qui avait bien évidemment ramené Skydiver au point de départ. Mais elle n'avait pas pour autant cessé de jouer, elle y avait pris goût, s'était forgée un groupe agréable. Et puis, il y avait le cas d'Alina... elle n'avait pas le droit d'arrêter par égard pour elle, en sa qualité de meilleure amie.



Pour en revenir à la demande qu'elle venait de formuler à son père, ce dernier lui asséna un regard las tout en se redressant avant de se décider à lui répondre :



« Si c'est encore pour me demander des conseils pour gérer ta famille, ça attendra une autre fois, je suis rincé là. »



Skydiver ne se démonta pas, puisqu'elle était en mesure de prouver que ce n'était pas le cas :



« En fait, j'ai recruté un nouveau joueur tout à l'heure. Il prétend qu'il ne peut plus se déconnecter depuis qu'un groupe l'a agressé. Est-ce que c'est possible ? »



Le pupilles du père se dilatèrent, signe qu'elle était parvenue à l'intriguer. Il ne lui restait plus qu'à connaître sa réponse, et elle pourrait enfin cerner Chopin. Malgré tout, elle ne fut pas vraiment avancée par ce que lui dévoila son père :



« Ça paraît difficile à imaginer. Le jeu ne devrait plus comporter un bug si puissant qu'il en bloque un joueur. Mais tu devrais le savoir aussi bien que moi : un poney est faillible. Donc oui, la possibilité existe. »



La jument continua de boire son thé, la mine sombre. La négligence, même involontaire, était une chose impossible à totalement éradiquer. Mais s'il s'agissait bien d'un bug, cela signifiait probablement que certains l'avaient découvert et en profitaient pour s'amuser aux dépens des autres. Elle fit en fit part à son père qui lui répliqua :



« Écoute, je verrai ça avec l'équipe demain. Tu te rappelles du pseudonyme de ton joueur ?

-Chopin.

-Pas commun, ça. Je devrais le retenir. On vérifiera s'il y a un problème avec son compte.

-Merci, papa. »



Elle termina sa tasse, la mettant dans l'évier et s'étira les ailes autant que possible, la fatigue s'installant. Elle souhaita une bonne nuit à son père, dont elle était persuadée qu'il passerait la nuit sur le sofa. Il ne dormait presque plus dans sa chambre, et c'était compréhensible. Leur vie commune était figée dans le temps depuis six ans. Elle remonta dans sa propre chambre, éteignit la lumière, plongea sur le matelas dos et ailes en premiers, les yeux rivés sur le plafond obscurci.



Skydiver n'avait pour le moment aucune information démentant les propos de son pianiste temporaire. Mais si ce type était sincère, songea la pégase avant de clore les paupières, il allait vivre l'enfer dans cet univers. Ne pas pouvoir dormir... elle n'arrivait même pas à s'imaginer quel effet cela pouvait faire faire... Contrairement à lui s'il ne mentait pas, elle put trouver le sommeil.



Le lendemain matin, Skydiver se réveilla avec fracas quand elle sentit un rayon de Soleil sur la joue droite. Vu la saison, elle savait ce que cela signifiait : elle était en retard et son réveil l'avait laissé tomber. Elle se dépêcha de prendre une douche bien chaude et recouvrer le plus vite possible toutes ses facultés. Elle enfila le sweat-shirt le plus chaud qu'elle possédait et descendit quatre à quatre les marches menant au salon.



Comme d'habitude, son père était déjà parti, mais pour une fois, elle mit de côté les considérations familiales, but simplement l'intégralité d'une bouteille d'eau fraîche, en récupéra une petite qu'elle mit dans la poche droite de son sweat, puis laissa la maison derrière elle en oubliant presque de fermer la porte à clef. Sa faute réparée, elle s'envola à vive allure en hauteur, lui permettant de voir, comme chaque jour la capitale des pégases.



Un siècle après le couronnement de Twilight Sparkle, Cloudsdale n'était pas vraiment la cité équestre la plus développée. Elle faisait même pâle figure par rapport à Canterlot. Le principal souci qu'elle rencontrait étant qu'elle ne pouvait pas construire de trop grands bâtiments sur les nuages, ce qui réduisait drastiquement le taux de population. Cependant, il fallait reconnaître que si la population était encore majoritairement composée de pégases, des progrès avaient été effectués pour ouvrir davantage la ville aérienne aux autres peuples.



C'était la princesse Twilight qui avait diffusé à grande échelle un sort qu'elle avait employé afin de rendre possible la marche sur les nuages des licornes et des terrestres. L'avancée technologique sur les cristaux avait même rendu possible l'insertion de la magie dans l'un d'eux, permettant à qui le maintenait d'en bénéficier. Pour faciliter le déplacement vers les différentes parties de Cloudsdale, une ligne de tramway faite de matériaux suffisamment légers et résistants pour relier les nuages entre eux avait été établie. Skydiver l'avait autrefois emprunté, lorsqu'elle ne savait pas encore voler, et elle avait beaucoup aimé la vitesse de l'engin. Maintenant, il ne lui inspirait que de la crainte au point qu'elle en pervertissait son souvenir d'enfance. Elle pouvait être en retard de tout le temps dont on l'accuserait : elle ne poserait pas un sabot dans ce tram.



La pégase bleu marine avait arrêté son cursus scolaire initial. Elle n'était pas cependant en position d'échec, et sans être excellente, elle avait montré qu'elle était intelligente. En vérité, depuis toute petite, elle entretenait une véritable admiration pour les athlètes pégases. Cela remontait à la retransmission des jeux équestriens lorsqu'elle avait cinq ans. Elle avait été littéralement bluffée par la performance des sportifs ailés, au point que ce fut l'élément déclencheur de son apprentissage aérien. Elle n'était pas vraiment en retard par rapport à la moyenne, mais il était vrai que certains commençaient très tôt, parfois à peine âgés de quelques mois. Skydiver était par la suite parvenue à obtenir sa cutie mark à force de persévérance. Quelques sportifs étaient doués de nature, mais ce n'était pas son cas : elle s'entraînait sur un rythme régulier, sans se décourager, même si elle avait le sentiment qu'elle ne progressait pas assez vite, parce que finalement, si elle comparait ses débuts et ce qu'elle était capable de faire désormais, sa marge de progression s'avérait énorme.



Tout du moins, suffisamment grande pour que son dossier d'inscription dans une école supérieure de voltige fût retenu. Cela avait constitué pour elle l'un des plus grands instants de sa vie au cours des années ayant suivi le décès de sa mère, mais son intensité avait quand même été amoindrie au final. De plus, elle avait quelques tracas dans cet établissement : elle n'était pas mauvaise dans sa promotion, composée d'une trentaine d'élèves, elle était même dans la seconde partie du panier. Néanmoins, ce n'était pas suffisant pour se faire remarquer par un entraîneur professionnel. De toute manière, elle ne pouvait même pas décemment en rêver. Sa phobie venait en effet lui pourrir la vie jusque-là : comment pouvait-elle espérer dénicher un protecteur alors qu'elle ne pouvait même pas voyager sans utiliser son propre corps ?



Son avenir ne s'annonçait pas rose par conséquent. Pourtant, elle ne se relâchait pas dans les efforts qu'elle fournissait. Elle sentait bien que tout était conditionné par son mental, il lui fallait dépasser cela pour réussir son objectif : intégrer l'équipe de Cloudsdale au cours des prochains jeux équestriens. Le chemin serait encore long et ardu, mais elle pouvait se détendre dans ce jeu où elle était beaucoup plus forte que celle qu'elle était à Equestria.



Après une bonne vingtaine de minutes, elle finit par arriver en vue de son école. Celle-ci avait été bâtie sur un ensemble de nuages situés parmi les plus hauts de la capitale pégase. Cela était utile en particulier pour les exercices de plongée, là où la pégase à la courte crinière argentée excellait le plus. Elle n'avait aucun mal à se laisser tomber, franchir les multiples anneaux brumeux dans sa chute, et la terminer en se redressant au dernier moment. C'était même la seule discipline où Skydiver pouvait se targuer d'avoir atteint le top cinq de sa promotion. Manque de chance pour elle, la plongée n'était pas au programme de cette matinée, qui allait lui sembler bien longue, même en étant parvenue involontairement à grappiller du temps.



Elle se posa au niveau du stade ovale, où faisait le tour en volant depuis déjà un moment sa classe. Elle galopa en direction de son professeur, un ancien membre de l'équipe de course d'endurance de la cité aérienne, étalon ailé à la robe rouge, la crinière rousse en partie dissimulée sous une casquette monochrome rayée, les yeux opale, la cutie mark représentant un huit couché, portant autour du cou un sifflet. La forme qu'il affichait trahissait son expérience. Skydiver s'excusa de son retard, ce à quoi répondit le pégase :



« L'important, c'est que tu sois quand même présente. Tu aurais très bien pu ne pas venir du tout. Toutefois, il faut que tu voles aussi longtemps que les autres. Tu resteras donc après leur départ.

-Très bien, je commence de suite.

-C'est le bon état d'esprit, mademoiselle. »



« Mademoiselle » déploya ses ailes, déposa les sabots sur la ligne de départ, prit appui, et enfin s'envola. Ce matin, le cours portait sur la course d'endurance. Skydiver allait peiner : elle n'avait pas mangé et de toute façon, elle n'était guère bonne sur la durée. Elle avait la sale manie de mettre plus de force qu'il n'en fallait dans ses ailes, et si cela passait dans des sprints ou des relais, dans cette matière, elle prenait régulièrement des pauses sur le nuage initial, le temps de boire et de laisser ses membranes se reposer. Autant dire que ce n'était pas ainsi qu'elle se rendrait ailleurs sans recourir aux véhicules.



Il lui fallait en tout accomplir l'équivalent de deux heures de vol, tout en traversant les anneaux disposés tout le long du stade, sachant que le cours durait trois heures au total. Cela laissait donc une heure au grand maximum qu'elle pouvait passer à reprendre des forces, ce qui était très large. Bien entendu, le professeur valorisait un élève qui prenait peu de repos. Skydiver vola par conséquent comme à son habitude, se laissant donner l'impression d'être plus rapide que le restant des pégases, ce qui n'était que pure illusion bien sûr.



Elle tint le coup à cette cadence pendant un quart d'heure avant de cesser le vol à travers les anneaux, complètement essoufflée et contrainte de boire un peu dans la bouteille d'eau qu'elle avait embarquée avant de quitter la maison. Cela la revigora quelque peu, mais son regard indigo croisa celui de son professeur, qui paraissait soupirer. En même temps, prendre une pause après seulement quinze minutes, c'était très faible à leur niveau. Et il lui restait encore à tenir les sept huitièmes qu'elle n'avait pas encore accompli.



Elle reprit dès lors le travail et continua de décrire des ovales, les pauses durant de plus en plus longtemps, et les phases aériennes de moins en moins. Elle termina dans la douleur, s'affalant sur le nuage placé au départ sous les yeux pratiquement agacés du professeur, qui était resté plus d'une demi-heure après le départ du restant de la classe, et qui commençait à avoir terriblement envie de manger. Envie qui taraudait Skydiver depuis qu'elle avait débuté son cours, et qu'elle s'était efforcée de réprimer. Quand l'étalon la congédia, elle se précipita au réfectoire pour se rassasier et se remettre d'aplomb avant son cours de l'après-midi, du relais aérien si elle avait bonne mémoire.



Hélas pour notre traîne-au-lit, il n'y avait plus rien en stock au comptoir. Elle avait été beaucoup trop lente pour récupérer sa part. Elle pensa à cet instant quitter l'établissement pour passer dans une boutique du genre boulangerie. Sauf que dans sa hâte matinale, elle n'avait pas pris d'argent sur elle, et elle n'aurait jamais le temps de rentrer chez elle, d'acheter son repas et d'arriver à temps au cours. Partie dans les toilettes pour remplir sa bouteille, Skydiver murmura à l'intention de son reflet :



« Je vais déguster, mais d'une force... elle va bien se moquer de moi, la miss, je le sens. »



Le pire dans l'histoire, c'est que ce scénario avait tendance à se répéter. Et qu'il pourrait être facilement évité. C'était dire à quel point sa phobie lui rendait la vie dure. Mais elle devait faire avec pour l'instant. Elle serra les dents et se dirigea à nouveau au niveau du stade, le relais y prenant également place. Ce fut l'occasion pour Skydiver de saluer enfin correctement ses camarades. Elle n'avait aucune difficulté à se montrer sociale, pourtant, elle avait tendance à se montrer aussi distante avec sa promotion que son propre père l'était avec elle. La jeune pégase détestait montrer aux autres ses faiblesses, à l'exception d'une jument, puisque cette dernière ne la rabaisserait jamais. C'est pour cette raison qu'elle refusait régulièrement les invitations qu'on pouvait lui faire, ce qui signifiait de son point de vue moins de temps possible avec cette personne. Bref, elle jetait aux autres des « non » à tout va, les autres la considérant étrange entre eux quand elle avait le dos tourné.



Ce qui ne facilitait en rien son rapprochement avec ne serait-ce qu'un petit groupe était que les professeurs avaient une sévère inclinaison à changer les équipes entre chaque cours. C'était d'ailleurs encore le cas aujourd'hui. Ils semblaient penser qu'un bon équipier devait faire une confiance absolue à ses partenaires, quels qu'ils soient. Résultat : Skydiver ne se contentait que d'échanger des politesses avec les autres. Mais ça, ça ne la gênait pas, surtout depuis qu'elle avait fondé les vagabonds éternels.



Le cours sembla passer à la vitesse d'un escargot pour la jument qui se tenait presque constamment l'abdomen du sabot tout en tenant de l'autre le relais. Ses ailes l'entraînaient tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Elle se serait vue faire, elle aurait directement assimilé la chose à ses premières cuites dans HO. Néanmoins, sa conscience professionnelle gardait le dessus et elle ne commit pas une seule réelle erreur avec le témoin, si ce n'est celui d'avoir été assez lente.



Lorsqu'enfin elle fut libérée de ses obligations scolaires et prit une douche pour évacuer la sueur, un soupir accompagna son nouveau dilemme : elle était morte de faim et avait bien envie de faire un saut à la maison pour se restaurer. L'ennui, c'est qu'elle lui avait dit la veille qu'elle passerait avant qu'elle ne se connecte, et elle était parfaitement consciente que c'était le moment qu'elle attendait le plus de la journée. Elle s'envola péniblement en pensant que l'amitié et les promesses passaient d'abord.



Sa destination s'avéra être l'hôpital. Elle n'aimait pas trop s'y rendre, néanmoins c'était un passage obligé pour elles deux. Surtout Skydiver à vrai dire, qui y voyait le meilleur moyen de parler de choses en privé. C'était très difficile à faire dans HO. Vous pouviez être sûr qu'un joueur non impliqué apparaîtrait au mauvais moment. Par conséquent, même si elle éprouvait une certaine aversion pour ce lieu et ce qu'il signifiait, la pégase s'y rendait quand elle avait besoin de parler sérieusement avec son amie.



L'hôpital général de Cloudsdale était comme la plupart de ses congénères, formé de plusieurs pavillons séparés les uns des autres et reliés par des couloirs. À l'intérieur, quelques patients à l'état en apparence sans gravité attendaient dans la salle d'attente, tandis que quelques infirmiers passaient de temps à autre, parfois avec un brancard, un poney allongé dessus. Le lieu était quand même peu fréquenté, la sécurité de la société équestrienne n'ayant plus grand-chose à prouver, en dehors des exceptions.



L'athlète fatiguée passa à l'accueil et fit sa demande habituelle. Skydiver commençait à être connue du personnel, de sorte que la secrétaire la laissa passer sans même prendre la peine de lui indiquer le chemin. La pégase ne le savait que trop bien tandis qu'elle emprunta la voie menant aux pavillons des maladies graves. Le bruit de ses sabots rompant le silence des couloirs était un son qu'elle avait en horreur. Elle avait l'impression d'annoncer la mort aux différents patients ayant la malchance d'être hospitalisés dans cette zone. Elle s'immobilisa devant la chambre 106 et toqua du sabot. Quelques secondes plus tard, une voix un peu rauque lui fit :



« Entre, Ciel. »



Elle obéit, pénétrant dans la chambre qui lui était désormais familière : un endroit baigné de blanc, un écran à cristaux, une chaise en bois peint en blanc pour être associé au teint général de la pièce. Les seules couleurs rompant l'uniformité de l'endroit furent celles d'un bouquet de violettes, le gris d'un casque de jeu et enfin un corps mauve rachitique de pégase, ses ailes peu développées, celui-ci étant percé de deux perfusions. Sa crinière était belle en comparaison, d'un vert émeraude, soigneusement bouclée. Les yeux oranges étaient en amandes. Ses flancs étaient vierges de toute cutie mark.



La jument visitant cette pégase lui lança un léger regard de reproche quand leurs yeux se rencontrèrent, y associant la parole :



« Nia, combien de fois je t'ai dit de ne pas m'appeler ainsi en dehors du jeu ? Ici, c'est et ça restera Skydiver. »



Harmonia Vita était le nom complet de cette malade presque aussi âgée que la pégase bleu marine. Il s'agissait de l'amie d'enfance de Skydiver. Les deux s'entendaient à la perfection depuis l'âge de trois ans. Néanmoins, la pégase mauve avait toujours été de constitution fragile, et lorsqu'elle eut treize ans, le diagnostic fut enfin dévoilé au grand jour : Harmonia souffrait d'une hypertrophie progressive du corps, qui à terme s'en prendrait aux organes. Les médecins ignoraient qui du cœur ou des poumons lâcheraient en premier, mais ils s'accordaient sur le fait qu'il lui restait environ un an à vivre. Et ils ne pouvaient rien y faire, si ce n'était ralentir le processus.



Le plus frustrant pour Harmonia n'était pas la promesse à venir de sa disparition, c'était d'être immobilisée dans un lit sans même avoir obtenu sa cutie mark. Quant à sa meilleure amie, c'était aussi pour ça qu'elle fréquentait un psychologue : accepter ce qui allait fatalement arriver et s'y préparer. Ce fut à l'issue d'une consultation où il lui avait conseillé de passer d'une façon ou d'une autre de autant de temps que possible à s'amuser avec Harmonia qu'elle avait trouvé la meilleure idée possible : le faire jouer à HO avec elle.



En effet, en incarnant Alina, Harmonia ne ressentait pas durant toute son immersion sa douleur réelle. Aussi, Skydiver avait expliqué le procédé à sa famille et au personnel de l'hôpital afin qu'ils autorisent l'achat du casque et du jeu. La famille, d'abord réticente, avait finalement accepté quand les médecins avaient expliqué que les moniteurs de surveillance de son état de santé pourraient toujours les prévenir en cas d'aggravation subite de son état de santé. C'était l'athlétique pégase qui s'était procuré via son père tout l'équipement sous l'excuse d'un cadeau d'anniversaire tardif.



C'est ainsi qu'Harmonia s'était mise au jeu, même si son univers ne l'intéressait pas trop au départ. Une fois qu'elle eut terminé le didacticiel, Ciel l'avait accueillie au port et avait fondé dès que possible les vagabonds éternels, faisant de la nouvelle identité de la malade sa première recrue.

Néanmoins, l'alitée n'avait le droit de jouer que quelques heures par jour, c'est pour cette raison qu'elle attendait tardivement pour se connecter, pour qu'au moins Ciel soit présente.



Harmonia s'excusa avec un petit rire bref, priant son amie de s'installer sur la chaise. Celle-ci accepta volontiers, vu comment elle était lessivée. Elle raconta sa folle équipée à la patiente, qui, comme elle l'avait escompté le midi, se moqua gentiment d'elle. C'était une partie d'elle que Skydiver appréciait énormément : quelle que soit la progression de l'hypertrophie, Harmonia aurait toujours ce tempérament taquin. Cependant, elle était aussi habile à voir au fond des choses. Elle le prouva juste après avec cette question :



« De quoi voulais-tu me parler, Sky ? »



L'interpellée regarda rapidement à travers les rideaux avant de confronter ses yeux indigo sur son amie mal en point. C'était le plus dur pour elle quand elle venait voir Harmonia : soutenir la vue de son corps. Elle finit par s'expliquer :



« T'en penses quoi de Chopin ? Il est sincère,selon toi ?

-Tu as pu en parler à ton père ? rétorqua Harmonia par une autre question. C'est lui le plus à même de tirer ça au clair, pas moi.

-Ben... avoua avec embarras la fille du concepteur, il a dit que c'était possible, mais qu'il lui faudrait vérifier son compte. »



Un long silence suivit, et Skydiver dévia à nouveau son regard en direction de la fenêtre. Il fallut qu'Harmonia toussât brutalement pour la contraindre à la regarder en face, avant d'ajouter :



« Je déteste quand tu fais ça. Je ne suis pas si horrible à voir que ça.

-Désolée.

-Pour en revenir à Chopin, je ne pense pas. Il m'a l'air surtout complètement paumé dans ce monde. Pas du genre à nous attaquer en traître. Mais pour la déconnexion, ça, y a que ton père qui peut t'expliquer. »



Son amie soupira et demanda son accord pour allumer l'écran et mettre la chaîne musicale. Elle commençait à se sentir oppressée dans ce silence. Harmonia accepta et Skydiver se chargea de la tâche. La première chaîne sur laquelle elle tomba fut celle des informations en continu. La pégase fatiguée allait machinalement changer lorsqu'un détail attira son attention. La licorne journaliste rose à la crinière brune soigneusement coiffée, vêtue de la partie haute d'un tailleur se trouvait en face de l'hôpital national de Canterlot et était en plein milieu d'une phrase. Elle enchaîna aussitôt :



« Trois poneys ont également vu les cristaux de leur casque de jeu imploser. Ils ont été transporté aux urgences dans un profond coma. Pour l'instant, personne n'a fait de commentaire supplémentaire, que ce soit les développeurs d'Humanity Online, les princesses ou le personnel urgentiste.

-Quoi ?! hurla presque Skydiver en se redressant.

-Chut, Sky. Ils vont répéter l'information si tu nous laisses l'entendre.

-L'information urgente de la journée est, nous vous le rappelons, qu'une dizaine de personnes jouant à Humanity Online ne se sont pas déconnectés depuis plus d'une dizaine d'heures, qu'importent les efforts des familles. Certaines ont tenté de débrancher de force le casque de jeu, provoquant son implosion, même si on nous a dit il y a peu de temps que l'un d'eux a rencontré ce cas de figure sans raison apparente. Les joueurs aux casques intacts ont été transportés dans les hôpitaux les plus proches, sans leur retirer. Le studio Moon Circle recommande à toute famille dont l'un des membres ne s'est pas déconnecté depuis un certain temps de ne PAS retirer le casque et d'appeler immédiatement les secours. Il est aussi fortement déconseillé aux joueurs de jouer à Humanity Online sans plus d'informations. »



Harmonia eut alors un étrange sourire en coin alors qu'elle contemplait l'expression ahurie de son amie d'enfance :



« On dirait bien qu'il ne mentait pas, au final... »

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Note de l'auteur

Lexique MMO :

-Le loot est le terme désignant le butin déniché au terme d'un combat, d'une expédition ou d'une quête.

-Le HUD désigne l'interface de jeu, ici les jauges et le schéma de l'anatomie humaine.

-Le respawn désigne la réapparition après la mort d'un joueur.

Les anecdotes :

-Ça fait un moment que j'ai posté, j'ai beaucoup peiné sur l'ouverture de ce chapitre et les examens approchaient. J'ai été néanmoins surpris d'arriver à 6000 mots sur la partie HO. Dans ma tête, je m'attendais à n'en faire que 4000 grand maximum. Comme quoi... En tout cas, je pense qu'on peut dire que le prologue est achevé avec ce chapitre. Les persos principaux sont présents, l'élément perturbateur est dévoilé au grand jour... voici par conséquent le thème de la fic dans son ensemble, Time's Scar de Chrono Cross. Pour une fois, je mets la vidéo où elle est jouée, l'occasion de vous partager l'une des meilleures intros l'ère PS1, si ce n'est l'une des meilleures tout court =) : [lien]

-Mon projet de départ concernant la base des vagabonds n'était pas un train, mais plutôt une camionnette de style militaire, l'inventaire étant placé dans un chariot couvert d'une bâche. Mais je me suis dit qu'il n'y aurait pas assez de place pour dix membres, et l'essence aurait posé un problème pour les activités du groupe. Par conséquent, j'ai remplacé cela par le train et le charbon.

-Concernant Ciel/Skydiver, je n'avais pas prévu avant d'y être de lui donner sa phobie. Au départ, son unique problème est l'écart qu'il existe entre son père et elle. Néanmoins, j'ai dû penser à Sinon dans l'arc Phantom Bullet de SAO, et son traumatisme des armes à feu. Je me suis dit que vu le destin de sa mère, ce serait logique que Skydiver en porte quelques séquelles. D'ailleurs, je n'ai pas laissé le choix de la ligne au hasard. Ceux qui auront une bonne mémoire pourront sans doute prévoir un événement futur ^^.

-Alina/Harmonia Vita : Bon, là encore, c'est SAO qui m'a inspiré pour elle, l'excellent arc scénaristique « Mother's Rosario » pour être plus précis. Cependant, là encore, je vais traiter cela à ma manière, et j'ai une vision plus sombre pour un personnage de ce type. Son nom poney reprend le titre d'une chanson d'Aya Hirano, qui est celle clôturant Sigma Harmonics, un jeu très original injustement resté au Japon. Son thème est Broken Balance, toujours de Eternal Sonata. En effet, je donne des thèmes de ce jeu à tout personnage entretenant un lien fort avec Score/Chopin ou ayant une importance considérable dans l'intrigue : [lien]

-Pas grand-chose à dire sur Kid, il n'est pas vraiment inspiré de quelque chose, quoique en y repensant, il ressemble à Emporio, l'un des personnages de la sixième partie de JoJo's Bizarre Adventure, Stone Ocean : [lien] . C'est plus un personnage comique, même si je pense le faire évoluer. Son thème est Unending Clear Blue Sky : [lien]

-Quant à Greenline, même s'il est très différent de ce personnage, j'ai pensé au regretté Michael Clarke Duncan dans La Ligne verte, d'où le nom. Son thème est Restaurant, d'Odin Sphere : [lien]

-Et pour terminer, le thème des vagabonds éternels en tant que groupe est Hot Blood, de La Tale. En passant, c'est la première musique de MMO que j'insère ici : [lien]

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Epsilonist
Epsilonist : #39806
Je viens de me rappeler que j'avais lu cette fic il y a un an, et je suis un peu déçu qu'il n'y ait pas de suite. Dans tous les cas, j'ai adoré le début et j'en ai gardé un très bon souvenir!
Il y a 2 ans · Répondre
cedricc666
cedricc666 : #25271
Et bien c'est cool. Prends ton temps, moi tant que j'ai une suite (et surtout une fin) cela me va. ;)
Il y a 3 ans · Répondre
Usui
Usui : #25266
cedricc66607 août 2015 - #25261
La suite de cette remarquable épopée virtuelle est t-elle toujours d'actualité?


Oui, c'est toujours prévu, c'est juste que je mets beaucoup de temps, vu que je suis plus occupé qu'avant et que le chapitre en cours de rédaction risque fort d'être long vu ce qu'il me reste encore à mettre ^^'. Je vais essayer d'accélérer quand même, sinon je risque pas d'en finir de sitôt ;)
Il y a 3 ans · Répondre
cedricc666
cedricc666 : #25261
La suite de cette remarquable épopée virtuelle est t-elle toujours d'actualité?
Il y a 3 ans · Répondre
AxHell
AxHell : #13322
Tu connais déjà mon avis sur ce chapitre et je le redis : c'est un excellent chapitre qui met parfaitement en place les nouveaux personnages et l'histoire
On a déjà discuté du reste donc je te souhaite bon courage pour le prochain !
Il y a 3 ans · Répondre

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