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Le dernier sortilège

Une fiction écrite par Acylius.

LDS - Chapitre 18

L’isard poussa sans ménagements Spike dans la grange. Le petit dragon trébucha mais se releva stoïquement. Devant lui, des dizaines de poneys étaient allongés dans la paille ou à même le sol. Il faisait encore nuit et l’endroit n’était éclairé que par quelques lampes à la lumière jaunâtre. Le jeune reptile rejoignit les poneys allongés parmi les ballots de paille et s’assit sans rien dire. À côté de lui, deux pégases étaient occupés à attacher de leur mieux une attelle à la patte d’un de leur compagnon. L’assistant détourna les yeux et s’enfouit le visage dans les mains.

Après la débandade face à Caprésia, plusieurs vaisseaux s’étaient écrasés ou avaient été forcés d’atterrir en catastrophe dans la vallée. Les carcasses de ceux dont les ballons d’hydrogène s’étaient enflammés terminaient de se consumer, la lumière des feux dansant dans la nuit et se reflétant sur les falaises. Les caprésiens s’étaient rapidement mis en chasse pour rattraper les poneys dans la vallée, mais la plupart de ceux qui avaient pu s’extraire des épaves étaient blessés et n’avaient eu d’autre choix que de se rendre. Les bouquetins les avaient rassemblés dans les granges d’un des hameaux qui occupaient le fond du vallon. Au dessus d’eux, la lourde silhouette du dernier vaisseau de guerre sillonnait la vallée depuis la tombée de la nuit, ses phares balayant les ombres à la recherche des fuyards.

Dans la cour de la ferme, Shining Armor, les pattes enchaînées, se tenait devant l’intendant Griezel, qui le considérait avec une bienveillance condescendante. Le bouquetin brun était assis derrière une table grossière qui faisait office de bureau provisoire.

- Vous avez bien fait de vous rendre, fit le bouquetin brun d’un ton qu’il voulait rassurant. Sans vaisseaux et avec autant de blessés, vous n’auriez pas pu faire grand chose d’autre, ajouta-t-il en fixant l’étalon.

Le capitaine serra les dents. Il ressentait encore dans ses tripes la vague impalpable qui avait déferlé sur lui et les siens et les avait brusquement privés de tous leurs pouvoirs. Sa magie s’était évanouie à nouveau, de la même façon qu’elle avait disparu lors de l’assaut des caprésiens sur l’Empire de Cristal.

- Qu’allez-vous faire de nous ? demanda-t-il en soutenant le regard de l’intendant.

Un rictus presque imperceptible se dessina sur le visage du bouquetin.

- Son Altesse devrait être ravie d’apprendre que de nouvelles licornes ont été faites prisonnières. Je pense que le mieux à faire est de les lui présenter au plus vite.

- J’exige de parler à Namar face à face, siffla l’étalon.

- Vous en aurez très bientôt l’occasion, ne vous inquiétez pas, répondit le bouquetin d’un ton neutre. Je suis sûr qu’il aura grand hâte de rencontrer le meneur d’une entreprise aussi téméraire que la vôtre.

Sans attendre de réponse, il leva la patte. Deux des gardes qui se tenaient après d’eux pointèrent leurs lances sur le capitaine et l’aiguillèrent vers la grange où étaient entassés les autres poneys. Quand il entra, juments et étalons levèrent en silence les yeux vers lui. Il garda le tête haute, s’avança vers le ballot de paille contre lequel était assis Spike et s’étendit à ses côtés, toujours sans un mot. Les poneys finirent par détourner le regard mais le silence persista. Ils avaient échoué. Le lendemain, le vaisseau ennemi les emmènerait rejoindre Célestia et les autres captifs, dans leurs cachots creusés au coeur des montagnes.

- J’espère que Twilight s’en est mieux sortie que nous, souffla-t-il juste assez fort pour que Spike l’entende avant de fermer les yeux en soupirant.

À côté de lui, le jeune assistant leva la tête et promena avec tristesse son regard autour de lui, dans la grange encombrée et mal éclairée. Depuis qu’il s’était extrait de la carcasse du vaisseau, il n’avait vu aucune trace de Rainbow Dash et de Spitfire.

 

Au même instant, dans la citadelle caprésienne, Applejack jeta un dernier regard dans le couloir de pierre avant de fermer avec précaution la lourde porte derrière laquelle Ulrich et Rarity s’étaient déjà glissés. De vagues cris retentissaient encore au loin, portés en écho par le labyrinthe de tunnels. Une fois la porte fermée, la terrestre au chapeau suivit les deux autres dans la pièce. Rarity s’était immobilisée à un mètre au devant, une grimace d’inquiétude sur le visage.

En face d’eux, une dizaine de yacks se reposaient dans ce qui ressemblait à une étable souterraine. La pièce n’était éclairée que par quelques lampes à huile et ses coins étaient plongés dans la pénombre. Le sol était jonché de paille et une odeur de poussière emplissait l’atmosphère.

Quand les deux ponettes et le bouquetin gris entrèrent, les bêtes tournèrent à l’unisson leurs énormes têtes dans leur direction. Elles étaient bien plus imposantes que tous les quadrupèdes que les deux juments avaient déjà pu rencontrer ; même les bisons d’Appleloosa leur arrivaient à peine à l’épaule.

- Ne vous inquiétez pas, les rassura Ulrich, qui s’avançait déjà. Ils sont dociles comme des agneaux.

Il leva la patte pour tapoter le flanc du bovin le plus proche, qui se détourna pour se replonger tranquillement dans la mangeoire.

- Personne ne viendra ici avant demain, expliqua le vieux bouquetin. Ce déraillement risque de les occuper pendant un bon moment, ajouta-t-il sans le moindre enthousiasme.

- Et eux, ils ne risquent pas de donner l’alerte ? fit Applejack d’un ton méfiant et désignant les yacks.

- Ils ne disent jamais rien, répondit Ulrich d’un ton las. Ils ne parlent qu’entre eux.

Applejack s’avança prudemment vers une des bêtes. Le yack la suivit du regard, l’air vaguement curieux. Son assurance retrouvée, la fermière leva une patte et palpa à son tour la toison épaisse et grasse du bovin. Elle s’en détourna ensuite et fit du regard le tour de la pièce.

L’étable était bien plus grande qu’elle n’en avait eu l’impression en entrant. D’énormes poutres soutenaient le plafond de pierre sur au moins une vingtaine de mètres. Une grande porte cochère, fermée par plusieurs barres en bois glissées transversalement en travers des battants, occupait le mur d’en face, à l’opposé de la porte par laquelle ils étaient entrés. On pouvait entendre le vent souffler par en dessous, signe qu’elle donnait directement sur l'extérieur. Le long d’un des autres murs, plusieurs chariots et carrioles étaient alignés, masqués par la pénombre

La fermière fut tirée de son inspection par Ulrich, à présent occupé à pousser de la paille fraîche pour en faire un tas dans un coin de la pièce. Applejack se tourna vers lui puis vers Rarity, toujours debout à l'entrée de l’étable, les yeux fixés sur les yacks. Elle croisa son regard, puis toutes deux rejoignirent le vieux bouquetin pour l’aider. Quand leur couche de fortune fut prête, tous trois s’allongèrent avec soulagement. Même Rarity, qu’Applejack s’attendait à entendre se plaindre à chaque seconde de l’inconfort et de la saleté des lieux, se coucha sans faire de manières. La licorne blanche semblait toujours ébranlée par l'onde qui avait déferlé sur eux tandis qu’ils galopaient dans le tunnel avec Twilight.

- Eh, tu es sûre que ça va ? fit gentiment la fermière.

Rarity soupira. Sa crinière à moitié défaite et salie par la poussière lui tombait sur la joue, mais elle semblait ne pas s’en soucier.

- J’ai… j’ai besoin de repos, fit-elle sans croiser le regard de son amie.

Elle s’écarta pour se blottir dans la paille et posa la tête contre son poitrail, dos aux autres. Applejack la regarda avec tristesse, puis replia à son tour ses pattes sous elle et s’installa du mieux qu’elle put. À côté d’elle, Ulrich s’était lui aussi couché, cependant il gardait la tête levée, comme pour monter la garde.

- Si j’ai bien compris, ils vous avaient enfermé parce que vous avez aidé Twilight à s'échapper, fit-elle d’une voix neutre après l’avoir observé en silence pendant de longues secondes. Pourquoi est-ce que vous avez fait ça ?

Le bouquetin au pelage grisonnant soupira en baissant le tête.

- La licorne Trixie est morte à cause des effets secondaires de l’antimagie, fit-il avec aigreur. Je ne voulais pas que quelqu’un d’autre subisse le même sort.

Un nouveau silence s’installa, rompu seulement par la respiration et le ruminement des yacks. Puis, lentement, une mélopée grave commença à s’élever. Dans la pénombre de l’étable, les énormes bêtes fredonnaient ensemble une mélodie sans paroles. Applejack leva le tête pour écouter. Le son grave et lent évoquait les montagnes et les hauts plateaux, les grottes et les cavernes, le vent et le froid. De longues minutes s’écoulèrent tandis qu’elle se laissait emporter par le fredonnement.

- Quel était cet objet, dans la sacoche la princesse Sparkle ? finit par demander Ulrich d’un ton grave.

- L’Amulette Alicorne, répondit Applejack d’une voix lasse. Un bijou qui rend la magie encore plus puissante. Mais Twilight savait que c’était dangereux, elle n’aurait pas dû s’en servir.

- C’est pourtant ce qui nous a sauvés.

Applejack ne répondit pas et se replongea dans la mélopée que fredonnaient toujours les yacks.

- Qu’est-ce qui va se passer, maintenant ? finit-elle par lâcher en posant la tête sur la paille.

Ulrich soupira à nouveau.

- Namar veut utiliser les alicornes pour faire disparaître toute forme de magie dans le monde. C’est pour cette raison qu’il voulait les faire prisonnières. Ce qui c’est passé aujourd’hui n’était qu’un premier essai. Bientôt, quand il se sera procuré d’autres sources, il recommencera à encore plus grande échelle.

- Mais pourquoi est-ce que moi aussi je l’ai senti ? Je ne suis pas une licorne !

- Je l’ignore. Les alicornes sont des créatures très spéciales ; peut être tous les poneys sont-ils liés à elles, même ceux qui ne sont pas des licornes.

Un nouveau silence s’installa, pesant. Derrière eux, Rarity frémit dans son sommeil. Tous deux tournèrent la tête pour l’observer.

- Nous allons attendre ici jusqu’à l’aube, fit le bouquetin. Ensuite, le mieux à faire est de se faufiler au dehors et de tenter de regagner la vallée.

- Il faut retrouver Twilight, fit Applejack, déterminée. Je suis sûre qu’elle a essayé de rejoindre Célestia par magie.

- La mine est à plus d’une centaine de kilomètres d’ici, souffla le bouquetin. Mieux vaut pour elle qu’elle y soit parvenue. Il ne fait pas bon se perdre la nuit en pleine montagne.

Un nouveau silence s’installa, bercé par la mélopée des yacks.

- Vous… vous êtes des personnes proches de la princesse Sparkle ? finit-il par demander.

Applejack tourna la tête vers Rarity, roulée en boule à côté d’elle.

- Nous sommes ses meilleures amies, répondit-elle sans hésitation. Nous ferons tout pour la secourir, où qu’elle soit.

Le vieux bouquetin resta pensif, le regard dans le vague. Applejack se laissa bercer par le fredonnement jusqu’à ce que la fatigue s’empare d’elle à son tour. Elle se lova dans la paille près de Rarity et ferma les yeux. À côté d’elle, Ulrich resta éveillé pendant encore de longues minutes avant de se laisser aller à son tour au sommeil.

 

Un bruit soudain réveilla de vieux bouquetin en sursaut. Il leva la tête, les yeux encore embués par le sommeil. L’étable creusée dans le roc était éclairée par la clarté blanche du jour qui perçait par en dessous du portail extérieur et s’ajoutait à celle des lampes suspendues aux poutres. Sur le mur opposé, Applejack était occupée à pousser une lourde caisse contre la porte qui menait au couloir. D’autres objets s’entassaient déjà devant le panneau de bois, telle une barricade. Des bruits de coups résonnaient, comme si quelqu’un essayait d’enfoncer la porte depuis l’extérieur.

Alors que le vieux bouquetin se levait aussi vite qu’il le pouvait, Rarity se précipita vers lui.

- Les gardes nous ont retrouvés ! Qu’est-ce qu’on va faire ?!

- Venez plutôt m’aider au lieu de causer ! lança rageusement Applejack, qui se précipitait déjà vers une autre caisse pour la pousser à son tour contre la porte.

Rarity s’élança et baissa la tête pour tenter de faire léviter d’autre objets. Tandis qu’elle fermais les yeux en grimaçant, une faible lueur bleutée entoura sa corne pendant quelques secondes avant de s’éteindre comme une chandelle en plein vent.

- Ça ne fonctionne toujours pas ! gémit-elle.

- Alors viens m’aider à pousser ! lança Applejack avec hargne.

Les coups sur la porte se succédaient, faisant trembler la barricade d’objets.

- On sait que vous êtes là-dedans ! lança une voix à travers le panneau. Ouvrez ou on fait sauter la porte !

- Allez vous faire voir ! lança Applejack sans s’arrêter.

- Qu’est-ce qu’on va faire ?! répéta Rarity, de plus en plus paniquée.

Ulrich était toujours debout devant elle, sans savoir que faire. Ses yeux se posèrent alors sur une des carrioles alignées contre le mur. Alors qu’elle s’arrêtait pour souffler, Applejack croisa son regard et considéra à son tour la carriole et, plus loin, le portail fermé qui donnait sur l’extérieur. Comme si elle avait immédiatement compris à quoi il pensait, elle se précipita vers l’autre bout de l’étable.

- J’me charge d’ouvrir ! lança-t-elle en s’attaquant aux poutres transversales qui bloquaient les battants. Vous deux, occupez-vous de la carriole !

Rarity croisa à son tour le regard d’Ulrich puis tous deux s’élancèrent vers la carriole la plus proche.

- Il faut les atteler ! fit le bouquetin en désignant les yacks, qui continuaient à ruminer sans prêter attention à ce qui se passait autour d’eux.

Rarity s’avança vers les bêtes, toujours aussi inquiète. Ulrich la dépassa et, sans hésiter, donna un grand coup de corne sur la croupe des deux bovins les plus proches. Les bêtes grognèrent avant de s’avancer lourdement vers la carriole, comme si elles savaient ce qu’on attendait d’elles. Tandis qu’elles se plaçaient docilement à leur place dans l’attelage, Rarity se retourna vers la porte qui menait au couloir. Les coups avaient cessé, cependant on entendait toujours les gardes s’affairer derrière. De l’autre côté de la salle, Applejack avait déjà retiré deux des trois poutres qui barraient la porte.

Sans attendre, la licorne banche rejoignit Ulrich pour sangler les yacks. Quand ce fut fait, il l’aida à grimper dans le véhicule avant de se saisir du fouet et de le faire claquer au dessus des bovins, qui se mirent enfin en mouvement. Devant eux, Applejack poussait de toute ses forces pour faire coulisser la dernière poutre qui barrait la sortie.

Soudain, une déflagration secoua la pièce. Derrière eux, la porte du couloir et sa barricade venaient de voler en éclats.

- Ils sont là ! lança un des soldats en se précipitant par dessous la fumée et les débris de bois.

Il s’élança en compagnie d’une dizaine d’autres, lance en avant. Au milieu de la pièce, les yacks, affolés par l’explosion, mugissaient et tournaient la tête de tous côtés. Les deux bêtes qui tiraient la carriole se cabrèrent et s’élancèrent au trot.

- Grimpez, vite ! cria Ulrich à Applejack, toujours occupé à ouvrir la porte.

La jument au chapeau, le front couvert de sueur, donna une dernière ruade sur la poutre, qui coulissa enfin complètement. Elle galopa alors vers la carriole qui fonçait dans sa direction et, d’un bond, se hissa sur le siège. Elle prit le fouet des pattes d’Ulrich et le fit claquer de toutes ses forces. Les deux bêtes de traits mugirent de plus belle et accélérèrent leur charge vers la porte, dont les battants étaient encore fermés. Sans ralentir, elles les heurtèrent de plein fouet. Sous la force de l’impact, les lourds panneaux de bois s’ouvrirent en grand vers l’extérieur. Les deux juments et le vieux bouquetin plissèrent les yeux, aveuglés par la lumière du jour.

L’étable donnait sur une prairies qui descendait en pente douce au milieu des pics et des falaises. Elle était traversée par une route pavée qui s’étirait jusque de l’autre côté, où elle s’engouffrait dans un défilé qui s’ouvrait entre deux hautes parois de de pierre. Les yacks continuèrent leur course et la carriole s’élança à toute allure. Derrière eux, ils entendirent les soldats crier. Rarity se retourna vers eux.

- Ils s’arrêtent ! cria-t-elle à Applejack par dessus les cahots. Ils ne nous poursuivent pas !

- Ils vont atteler une autre carriole pour nous courser ! répondit la fermière. Allez, plus vite ! lança-elle aux yacks en faisant à nouveau claquer le fouet.

La porte de l’étable était déjà à plusieurs centaines de mètres derrière eux, à présent. L’attelage filait sur la route en direction du défilé rocheux qui fermait l’alpage, droit devant. Une autre carriole surgit alors de l’étable et s’élança à toute allure à leurs trousses. Applejack fit claquer le fouet de plus belle, mais déjà les yacks fatiguaient et ralentissaient l’allure. Ils arrivèrent enfin de l’autre côté de la prairie et s’engagèrent avec fracas dans le défilé, bientôt suivis pas leurs poursuivants.

- Ils sont derrière nous ! hurla Rarity.

Applejack jeta un bref coup d’oeil en arrière puis, d’un bond, elle se leva et jeta le fouet et les rênes dans les pattes d’Ulrich.

- Ne vous arrêtez pas ! ordonna-t-elle.

- Mais qu’est-ce que…

Avant qu’il n’ait pu terminer sa question, la jument au chapeau sauta hors de la carriole. Elle se reçut avec souplesse et se dressa au milieu de la route, entre les deux parois de pierres qui fermaient le défilé. La carriole des gardes fonçait vers elle sans ralentir, les deux yacks qui la tiraient grondant et écumant comme des locomotives.

Sans hésiter, la fermière bondit vers un des murs de pierres, se retourna et, de ses pattes arrières, frappa de toutes ses forces un des rochers qui formaient la parois. Les pierres empilées tremblèrent sous l’impact. Applejack frappa à nouveau, jusqu’à ce que le rocher se détache et tombe. Le reste des pierres qui formaient le mur s’ébranla et chuta comme une avalanche. En une seconde, la jument bondit hors d’atteinte de la pluie de pierres et partit au galop. Elle entendit derrière elle les cris paniqués des gardes et le beuglement des yacks. Ils freinèrent tant qu’ils purent, mais trop tard. Dans un fracas de bois brisé, les roues avant heurtèrent de plein fouet les pierres éboulées et la carriole se retourna complètement.

Sans regarder derrière elle, Applejack continua à galoper pour rejoindre Rarity et Ulrich et sauta à bord de la carriole par l’arrière. Elle se retourna enfin et vit l’attelage ennemi reversé dans les rochers et les gardes qui s’extrayaient tandis que les yacks continuaient à courir en escaladant les éboulis avant de s’arrêter en grognant. Elle s’affala ensuite sur le plancher, essoufflée. La carriole continua sa route au trot, sans un mot.

 

De longues heures s’étaient écoulées. La route pavée avait laissé place à une piste en terre que les yacks suivaient au pas. Le ciel se faisait de plus en plus gris et un vent froid s’était levé, amenant avec lui quelques maigres flocons qui fondaient aussitôt qu’ils touchaient le sol.

Ulrich tenait les rênes en silence, Rarity à ses côtés. Derrière, Applejack était allongée sur le plancher. Tout comme la jument blanche, elle frissonnait et son ventre affamé commençait à gronder, cependant aucune n’osait se plaindre. Depuis leur fuite de Caprésia, ils n’avaient croisé personne sur la route et n’avaient vu aucun signe de leurs poursuivants. Ils avançaient seuls entre les sommets et le long des crêtes, droit vers le nord.

Un bourdonnement commença alors à s’élever derrière eux, dans la grisaille Applejack se redressa et leva la tête pour scruter le ciel, soudain prise de peur. Rarity se leva à son tour et croisa son regard. Le vrombissement s'amplifiait, de plus en plus proche.

- On dirait le…

Avant que la jument au chapeau n’ait pu terminer sa phrase, une immense ombre se dessina dans la grisaille derrière eux, accompagnée par le bourdonnement qui se renforçait encore. Avec horreur, les deux ponettes et le vieux bouquetin virent l’énorme forme sombre du dernier vaisseau de guerre caprésien se découper dans le ciel et s’avancer vers eux.

- Ce sont eux ! Ils vont nous voir ! lança Rarity, au bord de la panique.

- Ils faut nous cacher, vite ! cris à son tour Applejack.

Déjà, Ulrich jouait du fouet et des rênes pour que les yacks quittent la route et les conduisent à l'abri d’un bouquet de pins qui se dressait au bord du chemin. Le dirigeable se rapprochait toujours, comme si lui aussi suivait la route en direction du nord.

- Cachez-vous en dessous de la carriole ! lança le bouquetin gris aux ponettes une fois sous les arbres. Il faut être sûrs qu’ils ne vous voient pas !

Aussitôt, Applejack saisit Rarity par la patte et sauta avec elle au sol avant de l’entraîner sous le plancher, entre les roues. La licorne grimaça en rampant sur le sol de terre mais se tint immobile. Le dirigeable passa en vrombissant, les plongeant dans son ombre. Les deux ponettes attendirent de longues minutes qu’il se soit éloigné.

- C’est bon, il est loin, finit par leur souffler Ulrich. Vous pouvez sortir.

- Vous croyez qu’il nous cherche ? demanda Applejack tandis qu’elle et Rarity sortaient et se secouaient pour chasser la poussière.

- Je ne pense pas, sinon il ne serait pas passé aussi vite. Mais quoi qu’il en soit, il vaut mieux ne pas prendre le risque que quelqu’un vous voie. Nous n’aurions pas dû suivre la route sur une aussi longue distance.

Applejack se tourna vers le vaisseau qui s’éloignait dans la grisaille, pensive. Ulrich descendit de la carriole et s’avança à ses côtés.

- Il se dirige vers la mine. Si ce sont des renforts, nous n’avons aucune chance de pouvoir nous infiltrer, encore moins de libérer qui que ce soit.

- Il faut quand même essayer, trancha Applejack. Twilight compte sur nous.

Ulrich soupira et tourna le regard vers l’ouest, où les premiers rougeoiements du ciel se devinaient à travers le voile de nuages.

- Il va falloir nous arrêter pour la nuit. C’est top dangereux de traverser les montagnes dans l’obscurité.

- Il a raison, fit Rarity en les rejoignant. Nous avons tous besoin de repos. Trouvons un abri et installons-nous pour la nuit. Ensuite, nous déciderons de ce qu’il faut faire.

Applejack soupira à son tour.

 

Mois d’une heure plus tard, les yacks tirèrent la carriole à l’abri d’un caverne ouverte sur le flanc d’une pente, à l’ombre d’une haute paroi. Rarity et Applejack était déjà descendues et inspectaient l’endroit. La licorne ferma les yeux et se concentra pour illuminer sa corne afin de s’en servir comme lampe. Elle parvint à produire une faible rayon de lumière bleutée, suffisant néanmoins pour éclairer les murs de pierre.

- On dirait que ça revient, fit Applejack en souriant doucement.

- Petit à petit, répondit Rarity d’un air triste. Mais j’ai l’impression qu’il faudra du temps pour que je puisse à nouveau lancer tous mes autres sorts.

Derrière elle, les yacks grognèrent tandis qu’Ulrich défaisait les sangles qui les retenaient à l’attelage. Ils s’éloignèrent ensuite sans un mot et se couchèrent avec lourdeur dans un coin de la caverne.

- Ils ne vont pas se faire la malle pendant qu’on dort ? demanda Applejack.

- Pas de risque, fit Ulrich en tapotant une nouvelle fois avec douceur l’épaule d’une des bêtes. Ils sont aussi épuisés que nous.

Un des bovins tourna son énorme tête et fixa Applejack sous ses épais sourcils, comme pour lui signifier qu’elle ne risquait rien.

- Est-ce qu’on pourrait allumer un feu ? demanda Rarity, pleine d’espoir.

Il avait fait froid toute la journée et la température continuait de descendre à mesure que la nuit tombait. Ulrich et Applejack se regardèrent en silence.

- Ce serait trop risqué. Nous ne pouvons pas prendre le risque que quelqu’un nous découvre.

Un des yacks grogna alors vers Applejack, comme pour l’appeler. La jument croisa à nouveau son regard. Le bovin souffla, laissant échapper un nuage de vapeur devant ses naseaux.

- Je pense qu’il nous propose de nous mettre au chaud près de lui, fit la fermière en souriant.

Rarity grimaça, mais déjà Applejack s’avançait. Elle caressa l’épaisse toison de la bête puis se laissa tomber contre son flanc. Elle lança un nouveau regard malicieux à Rarity, qui fronça le museau.

- Allez-y, fit Ulrich avec douceur vers la licorne blanche. Je vais rester debout et monter la garde.

Rarity soupira et s’avança à son tour. Le yack la fixa sans aucune malveillance. Prudemment, elle s’assit contre son flanc à côté de sa consoeur.

- C’est vrai que ce n’est pas si mal, finit-elle pas concéder.

Tandis qu’elle et Applejack terminaient de s’installer, le vieux bouquetin s’avança vers l’entrée de la caverne et contempla les dernières lueurs du crépuscule, loin à l’ouest. Il resta debout jusqu’à ce que le noir de la nuit ait entièrement recouvert les montagnes puis vint à son tour s’allonger au côté des ponettes.

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