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La maladie venue d'ailleurs

Une fiction écrite par GeekWriter.

Chapitre 4

Jack renâcla et expulsa l’air de ses naseaux. Devant lui se trouvait une petite chose habillée en noir et cagoulé. Ou bien… était-ce une larve interstellaire ? Un extra-terrestre ? Ca ? Il n’empêchait que cette créature était visiblement en train de fureter, de comploter, de préparer des pièges et, si ça se trouve, d’empoisonner le café ! Il fallait la détruire ! LA TUER. La saisir par les pattes et l’ouvrir en deux comme une bonne pomme et la vider de ses pépins.

La créature réagit aussi soudainement qu’elle était vile et l’aveugla avec un rayon d’énergie venant de son troisième œil.

***

Geek Writer retint son souffle alors qu’elle dépassait les étranges ailes du pégase taille maxi. Une chance qu’elle connaissait quelques sorts d’illusion, là elle venait de l’aveugler, mais sans doute que ce poney bodybuildé était retourné à l’état sauvage et n’allait pas tarder à la pister à l’odeur. Elle parcourut les couloirs au galop, transpirant à grosses gouttes. Elle savait qu’elle devrait mieux se maîtriser si elle voulait s’en sortir, mais son cœur battait tellement fort et elle entendait déjà les sabots de l’autre dégénéré derrière un angle de couloir.

Sa corne s’illumina et une image d’elle-même, crinière violette au vent, continua de gambader dans le couloir alors qu’elle trouva refuge dans un placard. Elle retint son souffle alors que le galop dépassa sa position. L’illusion était fait en sorte de reproduire l’apparence mais aussi les bruits et l’odeur de l’individu afin que le sort puisse fonctionner autant sur les poneys que les bêtes sauvages. Un hurlement la fit sursauter et sa tête cogna contre une étagère. Normalement, elle aurait été flattée d’être poursuivie par une célébrité, mais pas quand il s’agit d’une légende urbaine connue pour avoir tenté de découper des poneys menus.

La ponette en costume de cambriolage s’autorisa un coup d’œil discret par l’embrassure de la porte. La voie semblait libre. Elle était tentée de s’enfuir par là où elle était entrée, mais elle avait peur de se faire coincer par le pégase fou pendant qu’elle accrochait la corde au balcon. Elle tendit l’oreille, inquiète du moindre bruit de sabot ou de mouvement d’air généré par des ailes immenses. Elle avala le plus silencieusement sa salive alors qu’elle arpentait les couloirs sombres où régnaient un tueur et un silence de mort.

Trouvant des escaliers, la journaliste descendit les marches, effrayée à l’idée de se faire surprendre par Jack Steel Wing. Tremblante, elle franchit les marches une à une, s’arrêtant à chacune pour écouter, mais pour l’instant seul le silence répondit à son geste. Elle poussa la porte du bout du sabot. Ne voyant rien, elle décida de l’ouvrir et se rendit de l’autre côté.

Elle tomba museau à museau avec un poney terrestre d’une grande stature encastré à moitié dans le mur, son front saignant et ses pattes antérieures positionné dans un angle étrange. L’écrivaine en eu le souffle coupé et se détourna de cette vision pour se tourner vers le couloir avant de hurler de terreur : le couloir était encombré de poneys amochés, les membres brisés, parfois du sang coulant sur le coin de leur bouche. Certains gémissaient encore en appelant leur mère.

Une porte derrière elle vola alors en éclat et la silhouette gigantesque de Jack se dessina dans les ténèbres. La légende urbaine déplia ses ailes en murmurant avec force « Toi… », le son de ses sabots résonnant avec encore plus de force alors qu’il se rapprochait. La ponette tâcha de se calmer et se concentra pour utiliser un autre sort. Mais Jack se couvrit les yeux avec ses ailes immenses, ce qui arrêta le rayon aveuglant à la grande surprise de la ponette. Normalement les ailes ne sont pas assez denses pour arrêter un sort.

Le tueur chargea dans sa direction, profitant que la pseudo cambrioleuse soit désemparée pour se rapprocher. Geek Writer glissa et dérapa en tentant de faire demi-tour à toute vitesse. La ponette n’était pas une athlète et elle entendit peu à peu la galopade du cinglé aux muscles surdéveloppés se rapprocher doucement mais sûrement. Elle changea soudainement de trajectoire pour prendre un autre couloir alors qu’il était à un cheveu d’elle et le pégase fou claqua ses ailes, comme pour essayer de s’envoler. La poursuivie ressentit aussitôt une vive douleur à sa patte droite antérieure et chuta sur le flanc.

Elle ne comprenait pas, comment a-t-il fait pour lui faire une profonde entaille sans la toucher avec quoi que ce soit ? C’était un pégase, pas une licorne, et en ce moment il n’y avait personne d’autre. Elle se redressa maladroitement et boitilla aussi vite qu’elle put vers la porte d’entrée, le rire dément du malade derrière elle. Elle ne s’encombra plus de la discrétion et manipula une chaise pour défoncer la porte d’entrée du restaurant. Ressentant de nouveau le souffle chaud de son poursuivant, la ponette se laissa tomber et glisser sous une table. Elle se rendit compte alors qu’elle était dans la partie du bâtiment où l’on servait les clients, juste entre la cuisine et sa porte de sortie.

Alors que sa couverture se disloqua en d’innombrables morceaux, elle prit appui sur ses trois pattes valides et se poussa vers le dessous d’une autre table. Elle sentit les traits d’airs lui frôler les joues et la gorge sur le bref chemin et rampa vers une autre table, utilisant sa magie pour jeter à la tête de Jack une chaise puis une autre.

« JE VAIS FAIRE DE TOI UN COUSCOUS ! ET AVEC TES ENTRAILLES ON TRESSERA DES CORDES. Je vais alors prendre la mer et embrocher ton maître, le cuisiner avec mes lames ! »

L’intimidation fonctionnait très rarement sur la journaliste. Cependant quand l’agresseur était un immense poney arrivant à découper des tables sans rien tenir à la bouche, donc visiblement, avec la force de son esprit, l’intimidation était beaucoup plus efficace. Sentant les larmes de la terreur lui couler des yeux, Geeky redoubla d’efforts et sentit avec bonheur le verre brisé sous elle alors qu’elle se traînait à la sortie. Un sabot hypertrophié se rabattit cependant juste à côté de sa tête et cette ultime intimidation acheva sa volonté. Elle se pétrifia de terreur et se retourna sur le dos, regardant son futur meurtrier dans les yeux, résignée.

Celui-ci s’arrêta devant son regard, à son tour pétrifié, à moins qu’il ne profitait de sa future victoire. La bave qui dégoulinait de sa bouche parcouru son museau et tomba sur la joue ainsi que la gorge de la journaliste. Il déplia de nouveau ses ailes, comme pour la frapper et se prit l’instant d’après deux sabots de destrier noir dans la figure. Soft Driver, le cheval qui servait de conducteur venait d’arriver en renfort et celui-ci, voyant la taille de son adversaire avait fait quelque chose qu’il utilisait qu’en dernier recours : une ruade bien placée. Jack recula de six bon pas sous le coup et ploya, assommé mais toujours conscient.

« Par Celestia… Qui est-ce ? Un justicier qui a mal tourné ?

-On verra ça plus tard… aide moi Soft… »

Le chauffeur était plutôt tenté d’aller régler le cas du poney aux ailes étrangement grandes, mais la sécurité de la jeune reporter lui parut tout de même plus importante, surtout qu’elle était épuisée et qu’elle ne pouvait presque plus bouger. Il saisit la ponette à la robe grise par sa combinaison et la transporta à la diligence comme une mère chat avec sa progéniture. Une fois à l’intérieur, la journaliste s’occupa déjà de se saisir de la trousse des premiers secours avec sa magie.

« Il s’agit de Jack Steel Wing. Il ne faut pas rester ici, surtout avec le barouf que j’ai fait. »

Rapidement, elle nettoya sa plaie à sa patte et grimaça. Elle était beaucoup plus profonde que la ponette le pensait. Dehors, le cheval sombre au long manteau mit l’attelage sur son dos et l’attacha solidement.

« Attache toi bien et essaye de te détendre. Ca va secouer.

-Oui, oui. » Répondit l’écrivaine en se saisissant de papier et de sa plume pour écrire son article malgré l’action qui se prépare. Il fallait impérativement qu’elle l’écrive sur le trajet, sans quoi elle perdrait trop de temps pour pouvoir éditer son article à temps.

La diligence se mit en branle alors que Soft Driver se mit en route, tractant la diligence. Il commença à suivre les rues, esquivant parfois un passant ou un poulain délirant d’un mouvement brusque. Heureusement, depuis le temps, Geek Writer avait appris à sentir venir ce genre de manœuvres plus ou moins agressives et à se préparer en conséquence. Comme arrêter d’écrire une seconde pour ne pas devoir refaire tout une page, appliquer un sort de colle temporaire pour éviter que le carnet vole partout sous les soubresauts de l’habitacle… Ce genre de choses.

La ponette à la crinière mauve et reflets verts tendit l’oreille. Elle avait entendu un bruit d’aile. Une sorte de typhon. Comme si un énorme poid se ramenait à tire d’aile. Elle sortit sa tête de la fenêtre et ressentit aussitôt une vive douleur à la joue ainsi qu’un fluide chaud sur son œil qui l’a fit crier et sursauter. Elle s’essuya du revers du sabot et trembla en humant l’odeur du sang.

« Soft ! Il est derrière nous ! »

Le conducteur s’autorisa un coup d’œil rapide en arrière. Jack Steel Wings était bien derrière eux, ses ailes immenses battant l’air à une vitesse raisonnable et soutenue pour les rattraper. Bientôt le destrier pu entendre des trucs tomber sur l’habitacle et il comprit que le pégase fou essayait de les bombarder avec des poids ou en tout cas les attaquaient à distance. Et comme si ça ne suffisait pas, d’autres diligences sortirent de nulle part pour les prendre en chasse. Le conducteur immense s’engagea aussitôt dans une ruelle, ce qui força un imprudent à se crasher sur une bouche à incendie en essayant de les rattraper avant que la carriole trafiquée ne s’enfonce dans la ruelle.

« Geeky ! Combien ils sont ?! »

La journaliste qui avait essuyé le sang de son œil sortit plus prudemment sa tête de l’habitacle.

« Encore trois diligences et toujours l’autre psychopathe… Oh. Plus que deux. »

Sous les yeux effarés de la ponette, le psychopathe en question hurla soudainement et se laissa tomber sur la diligence de queue pour l’écrabouiller sous son poid et prit appuie juste après pour remonter encore plus haut.

« L’agent de Ca est à moi. A MOI ! JE VAIS VOUS PROTEGER ! »

Il prit alors de la vitesse et dans une manœuvre aérienne complexe, il se rapprocha des brides de la deuxième carriole. D’un bref claquement d’aile qui lui fit perdre un peu de vitesse, il les coupa net à distance. La troisième et dernière carriole répliqua aussitôt et quatre licornes sortirent leur frimousse de la fenêtre pour tirer des rayons d’énergies répulsives sur le dingue volant. L’effet fut immédiat, sa trajectoire de vol s’inversa et il tomba à la renverse au fond de la ruelle alors que les deux dernières voitures en courses en sortirent, atteignant une avenue traversée par un pont.

Les deux diligences prirent de la vitesse, profitant du vide complet de la voie. La puissance des deux attelages était cependant équivalente même si les poursuivants étaient tractés par deux épais terrestres de bonne carrure. La journaliste allait devoir agir si elle voulait mettre un terme à cette course poursuite ou bien ils allaient les suivre jusqu’au journal et les piéger comme des poulains. Fort heureusement, la diligence avait été trafiquée non seulement pour le confort d’une bonne planque mobile, mais aussi pour se débarrasser d’un ou deux importuns trop collants.

Elle ouvrit le siège et regarda à l’intérieur avant de réfléchir quelques secondes. Une violente secousse indiqua que les licornes derrières eux avaient finalement décidé d’en finir. Fort heureusement, Soft Driver était terriblement fort, assez pour maintenir sa course et sa trajectoire malgré les tirs d’énergies de quatre individus. L’écrivaine cria alors :

« Soft Driver ! Faut que tu ralentisses !

-S’ils se rapprochent, leurs sorts seront plus puissants et on risque l’accident !

-Ils vont nous avoir à l’usure si ça continue. Fait ce que je te dis par Célestia ! »

Un autre tir secoua de nouveau la cabine et tandis que la ponette mit en place un levier secret afin de se préparer à l’actionner, le cheval à robe noir leva le sabot sur la vitesse. Les coups redoublèrent peu à peu d’ardeur. Geek qui devait se maintenir d’un seul sabot au levier secret avait du mal à se stabiliser et se cogna à sa blessure contre la paroi, gémissant de douleur. Les assaillants cessèrent cependant le feu lorsqu’ils arrivèrent au niveau de la diligence spéciale des poursuivis. Les deux terrestres conducteurs sommèrent alors Soft Driver de se ranger sur le côté et de ne pas faire d’histoire sous peine de se prendre les sorts de quatre licornes prêt à tout pour l’arrêter lui et la fouineuse à l’arrière. A l’intérieur de l’habitacle, la ponette observa la fenêtre pour bien calculer son coup. Malgré les efforts de Soft Driver pour stabiliser sa vitesse, l’autre attelage ne se donnait pas cette peine et commença à donner des coups latéraux avec son propre habitacle, faisant voler la passagère poursuivit à l’autre bout.

Elle se releva avec peine et se traîna jusqu’au levier secret. Il était temps de laisser faire le hasard, et donc le Chaos. Voyons voir là, maintenant, tout de suite, si elle était vraiment sous les augures de Discord. Si elle ratait son coup, les licornes allaient certainement s’en rendre compte de ce qu’elle tentait faire et s’éloigneraient pour les pilonner à distance avec des sorts beaucoup plus efficace.

« Tapis… Rien ne va plus… »

Et elle actionna le levier qui fit sortir une scie circulaire de scierie. Dentelé et tranchante à souhait, l’arme improvisé coupa net la roue avant de l’ennemi. L’attelage perdit aussitôt l’équilibre et le tout bascula avant de tomber dans le canal. Geek Writer et son protecteur sombre traversèrent alors le pont et continuèrent quelques dizaines de minutes, temps mis à profit par la journaliste qui tâcha de terminer son article. Alors qu’elle mit un point final les deux compères entendirent à nouveau le terrible bruit des ailes qui claquaient bien trop fort pour appartenir à un pégase normal. Le sombre équidé ralentit alors et se gara dans une rue commerciale, encore vide à cette heure avancée de la nuit. Geeky boitilla à l’extérieur de la diligence esquintée, une lueur inquiète dans le regard.

« Non… Soft c’est une idée qui sent aussi bon que…

-Je sais » coupa aussitôt le cheval en plaçant avec douceur son sabot sur le museau de sa protégée. « Je vais le retenir le temps que tu aille te mettre en sécurité au journal. C’est à quelques ruelles d’ici. Va.
-Ce n’est pas n’importe qui.

-Non en effet. Je ne sais pas qui il a été… » Le destrier fit le tour de l’habitacle et prit entre ses dents un petit objet étincellent avant de le lâcher devant les sabots de l’écrivaine. « C’était quelqu’un d’ingénieux avant que la folie ne l’emporte. Je ne sais pas comment il a pu avoir des ailes d’une aussi grande taille malgré son bodybuilding… mais il a réussi à mettre des couteaux entre les plumes pour ensuite les lancer. Sa précision doit venir d’un entraînement rigoureux. »

Il lui sourit alors avant de lui faire un clin d’œil.

« Tu m’as appris quelques ficelles de déductions mine de rien. Ait confiance. »

Elle ne put lui sourire en retour, mais lui accorda un signe de tête avant de lui répondre d’une voix tremblante :

« Tu as intérêt à survivre. Ou je te botterai le train. »

Elle partit alors, toujours boitillante. Le conducteur qui entendit alors le battement des ailes se rapprocher observa avec un petit pincement au cœur la ponette s’éloigner. Il aurait aimé au moins un sourire de l’être qu’il aimait, ne sachant s’il y aurait un lendemain pour lui. Il reprit le couteau entre ses dents et attendit de bien voir l’adversaire avant de le lancer dans sa direction. A tout malheur, il y avait quelque chose de bon, au moins il n’avait pas à retenir sa puissance de peur d’arracher la tête de son adversaire. Il roula sur le sol pour éviter une volée de couteaux et se prépara en position défensive, son long manteau volant un instant dans le sillage de son mouvement. Par contre, il en avait perdu son chapeau, mit en pièce par le pégase dingue, et ça, ça allait se payer.

***

Il fallut une dizaine de minutes à l’auteure pour atteindre le Dailymane et dix de plus pour atteindre le bon étage. Elle ouvrit la porte menant aux presses, haletante et épuisée pour trouver une salle silencieuse et vide. Etrange, à cette heure-ci, il y avait toujours quelqu’un en train de préparer l’édition du lendemain. Elle s’avança alors un peu plus lorsqu’elle sentit soudainement du tissu lui recouvrir le museau et ses quatre sabots, la faisant chuter sur le flanc où elle se cogna la tête. Etourdie, elle observa par un filtre très flou quelques poneys se rapprocher et se mettre en pleine lumière pour l’observer. Elle ne reconnut pas les trois tout de suite, la première était sa toute nouvelle directrice, le second ressemblait au directeur de l’hôpital St SnowDrop et le troisième lui était inconnu. Alors que le flou se dissipait, elle entendit d’autres sabots résonner dans le cœur du journal.

« On a trouvé celui-là qui traînait dans le coin. »

Le troisième poney se tourna vers Money Maker, il avait un physique épais et imposant sans pour autant être grand, comme s’il avait abusé des bonnes choses. Il portait un costume bleu avec une cravate jaune, ce qui ne collait pas vraiment avec la couleur de sa robe brune, ses yeux vert ainsi que sa courte queue et crinière gris foncé qui semblaient gominés. Elle remua péniblement en gémissant dans ses entraves. Elle ne pouvait pas faire grand-chose devant autant de poneys la surveillant, elle allait devoir attendre la suite.

« Vous le connaissez celui-là ?

- Lâchez-moi ! » Prononça vivement la voix de Hard Mouth.

« Oh, tout vas bien, je le connais et de plus… il ne porte pas notre petite fouineuse dans son cœur non plus. »

Deux épaisses licornes mâles déposèrent le nouveau rédacteur en chef auprès des trois poneys. La vision de la prisonnière n’était plus flou et à présent qu’elle se remettait du choc physique, elle ressenti le choc psychologique arriver lorsqu’elle aperçut la marque de beauté du troisième poney : une part de pizza. Le troisième poney était Pizza Slice, le très possible parrain des Easy Money bien que rien ne le prouve. Celui-ci se tourna vers Geeky, la regardant droit dans les yeux sans sourire.

« Bonsoir mademoiselle Writer. Vous avez presque faillit nous berner avec votre planque, mais seule votre cousine invente des outils comme celui que vous avez utilisé plus tôt cette nuit. Je vois à vos yeux que vous venez de me reconnaître. »

Ce fut au tour du médecin de se pencher vers elle, réajustant ses lunettes dissimulant à peine son regard mauvais.

« Vous m’avez causé bien des problèmes. Heureusement que notre partenariat m’a permis de faire subsister mon hôpital. »

Partenariat ? La jeune écrivaine comprit rapidement que Money Maker, Heal Search et Pizza Slice avait certainement uni leurs fonds et compétences pour racheter le DailyMane après l’article qu’elle a écrit sur St Snowdrop. Cependant, si Pizza Slice était bien le parrain, il devait avoir assez de fond personnels et n’avait donc pas besoin des deux autres, de même, aucun des deux n’avaient d’intérêt à aider le directeur d’hôpital normalement. La journaliste y réfléchirait bien, mais là pour l’instant, elle était attachée, prisonnière et cernée par ce qui semblaient bien être des mafieux. La ponette couleur cerise adressa un regard entendu à celui en blouse blanche qui sortit une seringue de son sac. Le poney lourd fronça aussitôt des sourcils et prit aussitôt sa grosse voix :

« Vous faites quoi doc’ ?

-Son dossier médical mentionne qu’elle était accro au sel. Je vais lui injecter une overdose ‘’raisonnable’’ pour faire croire aux autorités qu’elle a replongé. Le sel va lui causer une hypertension et son co…
-Ce n’est pas la question ! » Coupa aussitôt le chef de la mafia en claquant du sabot, ce qui eut pour effet de provoquer un mouvement de recul et de défense du médecin. « Il n’était pas question de tuer des poneys lors de notre association.

-Mais c’est mon idée mon cher Slice… » trancha à son tour la directrice du quotidien de sa voix mielleuse. Pizza Slice et Hard Mouth en eurent aussitôt la bouche bée, le regard choqué et effrayé, en particulier pour le poney à forte stature. Le directeur d’hôpital se contenta de baisser honteusement la tête. La journaliste d’abord choquée elle aussi, se contenta de fermer les yeux, résignée, une larme coulant sur sa joue.

« Il nous suffirait de la virer de la ville, comme pour Wright Quill.

-Ce n’est pas suffisant, elle a beaucoup trop de ressources. Elle est bien trop dangereuse, vous savez ce que l’on dit d’elle. La fille de Discord. Celle qui est sous son augure. Elle réapparaîtrait et un mois plus tard, nous serons tous au donjon. »

Elle se planta alors devant l’étalon qui était en train de la contredire, son attitude mielleuse disparaissant aussitôt pour prendre un ton cruel et dominateur alors que sa corne s’illumina. Elle utilisa sa télékinésie pour se saisir du sac de la victime au sol pour le fouiller et en retirer l’article qu’elle parcouru en quelques instants.

« D’ailleurs, si vous tenez tant que ça à la sauver, j’ai largement les moyens, ici présent avec cette article de vous envoyer définitivement au pire donjon ultra-sécurisé d’Equestria. Voir au Tartare. Vous, et tout votre petit gang de sabots cassés et d’imbéciles heureux. »

Le chef déglutit mais ne détourna aucunement le regard. La directrice du journal entama aussitôt un interrogatoire sur le rédacteur en chef.

« Que faisiez-vous encore dans le bâtiment à cette heure-ci ?

-Je terminais un article et je bouclais l’édition de demain.

-Ca vous prend jusqu’au milieu de la nuit ?

-Je prends mes marques, si vous n’êtes pas satisfaite vous pouvez toujours changer de rédacteur en chef. »

Les yeux de la ponette couleur cerise étaient en train de tirer des éclairs, mais elle savait bien qu’elle ne peut pas effectuer la moindre action punitive à la fois sur lui et sur l’employée ligotée à ses sabots sans se faire griller par les enquêteurs de la Garde. Elle sourit alors, une idée en tête.

« Directeur Search… Hard Mouth travaillait chez vous auparavant non ? »

L’intéressé leva aussitôt la tête, reprenant contenance malgré la pression.

« Oui, il était médecin, spécialisé dans les diagnostiques. On l’a viré quand il faisait des choses contre l’avis du Conseil.

-Alors mon cher Hard Mouth… Tu vas t’occuper de l’injection.

-Vous êtes monstrueuse… » marmonna le parrain entre ses dents alors que la licorne confia la seringue dans la bouche du rédacteur en chef qui ne cilla pas. Il remua des sabots pour organiser de la place autour de la ‘’patiente’’ et s’installa près de son ventre. Geek avait gardé les yeux fermés, ayant abandonné tout espoir.

« On ne vous voit pas faire mon petit… » chantonna presque Money Maker.

« Il va faire l’injection dans une artère près du cœur. Vu comment elle est attachée, ce ne doit pas être évident à faire. » hésita le poney en blouse blanche.

L’instigatrice du meurtre grogna de frustration et laissa faire, trouvant tout de même le temps long. Une fois le forfait effectué, l’ancien médecin s’éloigner, la tête basse, blasé et tout aussi résigné que la ponette à la crinière verte.

« Bien. Monsieur Slice, prenez la avec vos hommes et occupez-vous de son cas. Gardez la quelques temps et jetez-la ensuite dans un caniveau. »

C’est ce qu’entendit Geek Writer alors qu’une vive douleur à sa poitrine la mena peu à peu à l’inconscience.

***

« Je m’excuse patron… je n’ai rien pu faire. »

D’un signe de sabot, le patron fit savoir à Truth Walker qu’il était inutile de s’excuser car de toute manière il ne pouvait rien faire, tout comme les autres poneys.

« Elle… elle est en train d’agoniser ? »

Le poney à la crinière gominé observa la journaliste étendue sur la banquette opposée et maintenue par deux poneys ayant visiblement des sentiments confus.

« Non… Ce terrestre mal léché l’a sauvé. »

Devant le regard incrédule de l’avocat, le maître de la pizza à Manehattan sourit alors avant de lui éclairer sa lanterne.

« Il ne lui a injecté que la moitié. Il faudra d’ailleurs envoyer dare-dare deux de nos gars pour l’aider chez lui.

-Il s’est injecté l’autre moitié… je comprends mieux. Vous avez donc décidé d’affronter Money Maker ?

-Affronter est un bien grand mot… et un trop grand risque pour notre famille. Mais je peux au moins éviter qu’un acte contre-nature soit mené à bien.

-Je n’arrive pas à croire que cette ponette veuille… accomplir un meurtre. »

Un frisson d’horreur parcouru l’ensemble de l’habitacle et l’un des garde commença à blêmir. Le meurtre. Chez les poneys, ça ne se faisait pas. Même chez les griffons ou les dragons ça ne se faisait pas. C’était comme si c’était contre nature envers l’univers lui-même.

« Elle veut acquérir ses droits d’auteurs.

-En quoi elle pourrait prétendre avoir le droit de les récupérer après son décès ?

-C’est sa mère… »

Alors que Truth bloqua sur cette phrase, l’un des gardes laissa échapper un souffle de stupéfaction. Le chef prit alors un morceau de papier déplié en trois.

« C’est la lettre qu’elle voulait envoyer à une certaine Sketchy Paw, à Ponyville, avant sa petite incursion chez nous, et que l’on a intercepté bien entendu. Je vous la lit… »

Ma très chère amie

Tout part à vau l’eau ici, de plus en plus de poulains deviennent dingues et je ne comprends pas encore pourquoi on ne nous envoie aucune aide. Ne viens surtout pas me soutenir en lisant cette lettre, car nous ne savons toujours pas qu’elle est la cause de la Terreur Diurne.

Cependant, il y a pire. Ma mère est réapparut et a repris le journal. Elle va certainement chercher à me virer ou à pousser les habitants de Manehattan à me virer de la ville. Je ne t’ai jamais parlé d’elle encore, tout ce que je t’ai dit, c’est qu’elle est en partie responsable du départ de mon père. Sa seule motivation est l’argent et son accumulation, c’en est presque maladif et obsessionnel. Rien d’autre ne la motive ou ne l’affecte. Aucune valeur ou aucun sentiment. Juste les bits.

J’ai bien peur de perdre tout ce que j’ai construit ici, si cela arrive, je viendrai certainement chez toi le temps de rebondir et de redémarrer une nouvelle vie, quelque part. Par contre, si au bout d’un mois (à partir de la date d’envoi) je ne suis toujours pas là… ne m’attends plus, on a mis fin à mon existence ou la maladie s’est propagée aux adultes. Mais quoi qu’il arrive, ne met pas les sabots à Manehattan, c’est devenu une poudrière et tout peut exploser.

Ton amie, Geeky

Le parrain termina sa lecture et s’empara d’une enveloppe neuve.

« Je doute qu’elle nous rejoigne, surtout que l’on va l’enfermer pour sa propre sécurité. Mais je veux qu’elle soit aussi bien traitée que n’importe lequel d’entre nous. Je veux que tous les gars qui seront à son lieu de captivité se sentent concerné par ce qui se passe.

-Je mettrai les poneys appropriés à ce poste.

-Envoi aussi nos meilleurs cambrioleurs chez elle, qu’ils prennent de quoi l’occuper. On va envoyer cette lettre et préparer son déménagement. Tu t’occuperas de briefer son ami pour qu’elle la garde chez elle le temps que l’on trouve une solution pour le monstre. Qu’en est-il de Jack ?

-Juste avant que l’on monte dans la voiture, un pégase est venu m’avertir que l’on a retrouvé Jack à côté de leur… Locomotion trafiqué. Avec du sang partout, mais pas le sien, il n’a aucune plaie, seulement des coups et des contusions. Peut-être des côtes cassées au pire.

-Très bien. Vous le soignerez au même endroit où Geek Writer sera retenu. Ca la dissuadera de faire une bêtise. Essayez de retrouver le poney ayant réussi cet exploit, j’aviserai de son cas une fois que l’on saura qui c’est. »

La voiture s’arrêta alors devant une très belle maison du beau quartier de la ville. Le parrain desserra sa cravate et se leva pour descendre de la voiture.

« Truth, occupe-toi de la suite, on se retrouvera à la société demain où tu me fera le topo de tes décisions. Je vais voir quelqu’un pour le moment. »

Alors que le boss des Easy Money descendit de la diligence, l’avocat releva ses lunettes, notant l’émotion des deux autres poneys dans la voiture, toujours sous le choc de la discussion qui venait d’avoir lieu céans. Aussitôt, les poneys tractant la voiture se remirent en route, s’enfonçant dans le ventre de la ville et ses ténèbres.

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