Site archivé par Silou. Le site officiel ayant disparu, toutes les fonctionnalités de recherche et de compte également. Ce site est une copie en lecture seule

Silence

Une fiction écrite par Vuld.

9. Erreur

La fatigue lui grippait les membres. La faisait frissonner. À côté de la porte, du ménage des étudiantes occupées à s'y bousculer, elle se serrait sur sa chaise, Twilight Sparkle. Elle se serrait les bras contre le torse, et elle ne disait rien. Chaque mouvement autour d'elle lui faisait un peu plus tourner la tête.

Elle aurait dû se lever, Twilight Sparkle, effacer les équations au tableau noir. Mais elle ne pouvait pas. Et dans son coeur les secondes s'égrenaient.

Enfin la foule se tut un peu, se fendit et quelqu'un s'arrêta devant son banc. La professeure attendit que Twilight ait relevé un peu la tête pour lui tendre une liasse de papier. Les prendre, les regarder, reconnaître autant d'examens d'histoire tout au long de l'année. Le noir et blanc, et la tiédeur, révélaient des copies.

Toutes les notes avaient été raturées et remplacées.

« Nous avons discuté à la direction et il s'avère que quelques corrections étaient de rigueur vis-à-vis de vos travaux. »

Airglow. La direction, c'était madame Airglow. Ces notes raturées, c'était madame Airglow. La pièce parut moins vide à Twilight, l'atmosphère moins pesante. Elle mettait du temps à réagir, feuilletait la liasse avec l'air de ne pas comprendre. Ni surprise ni plaisir, seulement cette impression qu'elle pourrait rire qui ne lui venait pas. C'était de l'indifférence.

Elle voulut rendre les examens à la professeure, mais celle-ci lui fit signe de les garder. Un geste aimable et obligé.

« N'hésitez pas à me signaler si vous trouvez encore quelque irrégularité. Mais je pense que vous serez satisfaite. »

« Je suis une privilégiée, c'est ça ? » Demanda vaguement Twilight.

Vaguement. Parce qu'elle avait de la peine à parler. Elle ne s'était pas rendue compte, depuis ce matin, faute d'avoir parlé encore, combien sa voix semblait cassée durant les premiers mots. Combien elle manquait de forces également.

La professeure sembla amusée. Toujours serviable, avec cette patience qui lui était rare, elle se permit de corriger.

« Je dirais que vous êtes brillante, et que vous savez vous faire des amies. » Elle renforça son sourire. « Vous irez loin, mademoiselle Sparkle. »

Puis baissant les yeux, avec une fausse surprise :

« Tiens ? Où est votre livre d'histoire ? »

Twilight Sparkle posa les copies d'examen, plongea les bras sous son banc pour en ressortir le livre encore humide, aux pages gondolées et collées ensemble. Elle ne dit rien. Elle resta là, le ventre serré, à attendre la sentence.

Face à elle la professeure regarda le livre abîmé, regarda Twilight et le début de colère laissa place à du souci.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Un seau d'eau est tombé dans mon casier. » Dit simplement Twilight.

Un seau d'eau était tombé dans son casier. Elle se surprit à sa propre formulation. Elle était effectivement brillante, parfois.

Quelques secondes de silence où Twilight ne regarda pas. Les yeux baissés. Les yeux ailleurs. Jusqu'à ce que la sonnerie brise l'instant. La professeure, sans plus un mot, comme mécaniquement se dirigea vers son propre banc devant toute la classe, tandis que la classe affluait à nouveau dans la pièce. Toute une foule autour du banc de Twilight Sparkle.

Il y en eut une ou deux pour jeter, au passage, un « vendue ».

Elle laissa le cours commencer.

Elle se força à écouter la voix de la professeure, à noter les dates, à noter les noms et les événements, dans l'ordre, bien ordonné, bien régulier, de ce monde simple et propre où rien ne pouvait arriver. Elle regarda la professeure effacer elle-même le tableau noir avec cette pointe de culpabilité.

Au printemps, affaire de Jumentville. Mort de l'émissaire. Deux mois plus tard, bataille de Great Meadows. Début d'une guerre de sept ans. Grand dérangement. Incendie de Grimrose. Chute de Québeak, puis de Mountréal. Elle releva la tête : la classe en était encore aux grandes plaines, six ans en arrière. Sur le tableau s'étalaient les mouvements de craie.

Dans son dos elle pouvait sentir les regards.

Impossible de se concentrer, de suivre ce que la professeure écrivait. Twilight ferma les yeux, baissa la tête. Regarda ses notes où tout était si clair. Regarda le tableau noir. Elle passa de l'un à l'autre sans comprendre, ce quelque chose qui n'allait pas, un doute qui perça par-dessus le malaise.

Ne pas se laisser distraire. Quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas le mal de tête, pas la fatigue, ce n'était pas la vision trouble et pénible. Elle notait, en marge, scrupuleusement tout ce que la professeure pouvait dire, et les dates et les lieux auraient dû être les mêmes. Ils étaient les mêmes. Mais la craie et l'encre différaient.

Twilight en oublia le cours. Oublia la classe et les peccadilles. C'était une intuition, c'était sans doute faux mais c'était une échappatoire.

Elle ressortir les examens, un seul, le posa à côté de ses notes. La professeure semblait toute absorbée par son cours, ou ne pas s'en soucier. La classe pouvait faire ce que la classe voulait. Elle posa les deux feuilles au plus près, le papier ligné contre le papier quadrillé, et elle passa de l'une à l'autre rapidement, jusqu'à ce que son front lui brûle et qu'elle soit forcée d'arrêter.

Alors elle décida d'écrire, juste au hasard, juste un mot d'un papier à l'autre, pour comprendre ce qui se passait.

Le mot ville. Elle voulut l'écrire, eut l'impression de l'écrire faux, s'arrêta, se crispa et reprit. Avec soin, tenter d'écrire bien chaque lettre. Tout son bras était tendu pour lui obéir. Chaque lettre était ratée, complètement déformée dans une écriture attachée débilitante. Comme si son corps ne lui obéissait plus. Comme si elle ne savait plus écrire. Jusqu'à ce qu'arrêtant de forcer elle acheva le mot d'un trait naturel et sur cette fin ne vit plus de problème.

Tester. Rester rationnelle. Elle récupéra dans sa trousse un crayon et, sur la copie d'examen, elle réécrit le mot ville par-dessus celui d'origine. Son trait dévia complètement, jusqu'à raturer la copie. Et deux mots ville écrits complètement différemment se superposèrent.

Mais cette fois elle le vit. Comme une illusion d'optique brisée.

Le mot qu'elle venait d'écrire avait la forme d'une vague, comme une écriture d'enfant.

****

Dehors, l'air frais. En face, la cantine. Aller chercher un repas pour madame Airglow et pour elle. Mais d'abord, d'abord, d'abord retrouver le petit coin de cour sous l'arbre, et espérer.

Dans sa tête les hypothèses bataillaient, tiraient par volées de poudre noire. Elle entendit à peine des étudiantes la héler plus loin dans la cour, n'y prêta pas d'attention. Le pas pressé. Mille idées, mille conclusions. Mille choses à dire à madame Airglow. Un mélange d'abime et d'excitation.

Le jour ici était plus frais, gardait des reliquats de la pluie d'hier. Comme si dimanche ne s'était jamais achevé. Elle oubliait tout, Twilight Sparkle, elle ne savait plus où elle allait. D'abord, récupérer la bille. Mais tellement de choses à penser.

Elle écrivait comme une enfant.

On la rattrapa. Trois filles qui l'encadrèrent, qui lui bloquèrent le chemin. Toutes ses pensées s'effondrèrent. Souvenirs. Craintes. Elle se raidit devant autant d'expressions détestables.

« Reste là, chipie ! » Jubila l'une.

Une autre tira Twilight par le bras, assez fort pour lui faire mal, et elles la collèrent à l'arbre de la cour. Twilight voulut se débattre. On la tenait.

Elle entendit : « Allez Twilight, donne la bille. »

Par réflexe, elle porta la main à son noeud papillon. Pour protéger la bille. Pour s'assurer qu'elle était là. Juste avant de se rappeler qu'elle n'y était plus, justement. Mais ce geste excita les autres qui l'empoignèrent et lui tirèrent le noeud pour le défaire. Puis, ne trouvant rien, elles s'envenimèrent.

Le col défait s'ouvrit un peu. Son bras serré lui faisait toujours mal. De sa seule main libre Twilight cherchait à les repousser, et elles encouragées la collèrent pour prendre son sac et tout déverser par terre, dans l'herbe.

Le reste de l'école les ignorait.

Il n'y avait presque personne. Pas de professeure. Seulement une ou deux étudiantes qui passaient rapidement, sans regarder de ce côté, malgré les éclats de voix. Twilight n'appelait pas à l'aide, cherchait seulement une issue du regard, et à échapper au spectacle de ses affaires étalées à ses pieds.

« C'est la directrice qui l'a ? C'est ça ? » Siffla l'une des filles.

Elle n'eut pas le temps de répondre. On voulut lui défaire sa chemise, lui retirer ses chaussures. Elle cria, se débattit pour les arrêter.

Son regard happa une étudiante au loin. La hippie. Elle reconnut les cheveux sous le foulard, les habits exotiques. C'était elle qui passait là-bas, l'air de ne rien voir. Alors Twilight appela à l'aide. L'étudiante là-bas continua sans entendre.

On plaqua une main sur sa bouche.

« T'as vraiment foiré, Twilight. »

Elles jetèrent les chaussures plus loin. Twilight, dos au tronc, n'essayait plus que de garder sa chemise fermée. Elle se rendit compte qu'on ne la brusquait plus. Les filles s'étaient arrêtées, semblaient se disputer. « C'est bon, ça va » disait une face aux autres frustrées, qui voulaient toujours trouver la bille. On la tenait toujours, mais elles avaient arrêté.

Twilight se rendit compte qu'elle était en pleurs.

L'étudiante se plaça face à Twilight et, de ce regard qu'elle voulait le plus dur possible, plongé dans celui pitoyable de Twilight, elle dit :

« Donne-nous juste la bille, Twilight, et on te laisse tranquille. »

Twilight se contenta de sangloter. Aucune réponse ne lui venait en tête. Juste de la confusion, de la peur et une haine sourde. Et la conviction que cette fille-là lui était familière.

Puis deux petits aboiements brefs firent tourner la tête au groupe.

Le petit chiot passa à toute vitesse entre leurs jambes et les étudiantes, prises de court, le regardèrent bondir dans les buissons. Puis l'une d'elles s'effraya : « La directrice ! » Et la prise sur le bras de Twilight disparut tout à fait.

Toutes s'enfuirent comme des flèches, dans trois directions différentes. Déjà la directrice leur criait d'arrêter, comme des glapissements étranglés. Une seule fille avait comme hésité, comme hébétée, et avait ensuite voulu fuir dans la direction même d'où venait madame Airglow. Quand elle s'en rendit compte, elle hésita encore et la directrice, dans sa petite course pénible, parvint à la saisir à l'épaule.

« Crystal Star ! » Brûla madame Airglow. « Va récupérer tes affaires et quitte mon école ! Je ne veux plus te voir dans mon enceinte ! »

« Vous ne pouvez pas ! » Se défendit l'étudiante.

« Je peux et je le fais ! Dehors ! Toi et tes petites copines ! Dehors ! »

De sa main rêche la directrice poussa l'étudiante qui, effrayée soudain, et rageuse, jeta un regard noir à Twilight avant de s'éloigner. Persuadée, sans doute, que c'étaient des menaces en l'air. Persuadée que ses parents la protègeraient. La directrice, cependant, s'était déjà portée à Twilight pour l'aider.

« Ces vautours ! Ces filles de rien ! Elles vont payer, ah elles vont payer ! »

Impossible de répondre. La voix trop enrouée, la poitrine vide d'air. Le regard de Twilight était suppliant. La directrice tira un mouchoir, lui tapota les yeux et chercha à remettre un peu la chemise, puis se mit à récupérer les affaires répandues par terre et Twilight, précipitemment, voulut l'arrêter et le faire à sa place. Elles se retrouvèrent à quatre pattes, l'étudiante muette et la directrice qui vitupérait.

La directrice vit les ouvrages endommagés par l'eau, s'arrêta net, comme livide. On aurait dit qu'un monde s'effondrait.

Mais enfin Twilight fut sur pieds, à peu près rétablie, et la directrice acheva de lui refaire son noeud, avec des mots gentils entre deux sifflements de colère. Twilight, de sa petite voit, lui assura que tout irait bien. Elle allait chercher les repas, elles se retrouverait au laboratoire. Que la routine reprenne. Juste, que la routine reprenne. Madame Airglow lui intima de n'en rien faire, et qu'elle se chargeait des repas.

Madame Airglow s'éloigna. Twilight se retrouva seule, et un peu effrayée, mais après quelques instants, comme tout se tenait tranquille, elle osa bouger. Elle fit quelques pas vers les buissons, pour récupérer ses chaussures. Pour retrouver son chien.

Le petit chiot sortit la tête d'entre les feuillages. Un petit jappement joyeux. Twilight lui caressa la tête.

« Bon chien. » Dit-elle avec son sourire brisé. « Bon chien. »

Puis, après lui avoir gratté encore un peu au-dessus de l'oreille, et après l'avoir regardé haleter de bonheur, elle glissa les mains autour de son collier pour y récupérer la bille.

****

Madame Airglow rendit le téléphone à son assistante.

« Effectivement. Une minute de différence. Il faudrait voir comment ces appareils fonctionnent pour comprendre l'effet exact de l'artefact. » Et : « Je suppose que votre mère refusera qu'on le démonte ? »

Twilight hocha la tête.

On n'aurait pas dit qu'elle avait traversé le déluge, Twilight Sparkle. Dans sa blouse de scientifique improvisée, trop grande pour elle, elle rayonnait, Twilight Sparkle. Elle tenait le bloc-notes contre elle et elle répondait avec enthousiasme.

Il y avait juste quelques traces sur ses joues pour la trahir.

« Et ce n'est pas tout ! » S'empressa-t-elle de rajouter pour madame Airglow. « J'ai aussi testé la bille sur mon chien ! Et ce matin, j'ai découvert quelque chose de fascinant ! »

Elle tendit le rapport bien scolaire sur ses observations canines que la directrice prit avec curiosité, feuilleta puis délaissa un instant.

« Votre chien ? » Et elle sourcilla : « Petit, le poil mauve, moins d'un an d'âge ? »

Twilight comprit. Elle baissa la tête, embarrassée, et regarda ailleurs. Puis, même si c'était inutile, elle avoua.

La directrice fronça les sourcils, posa le rapport près des appareils, à l'écart, et se détourna.

« Je suis déçue, Twilight Sparkle. Votre méthode scientifique laisse à désirer et vous avez enfreint le règlement de l'école. »

Twilight voulut dire quelque chose, se retint et, vaincue, admit que oui. Elle était prête à encaisser ça. Venant de madame Airglow, elle était prête à encaisser ça.

Madame Airglow tourna la tête vers elle, après une seconde, et lui sourit :

« Et ? Quelles sont les résultats ? »

****

Rapport daté. Recherches sur le principe macrolinéaire. Hypothèses. Ordre et détail des expériences. Remarques. Dans les remarques, Twilight ajouta ses propres observations, sur le téléphone, sur son chien, sur l'écriture. Une sorte de fierté à figurer aux côtés des grandes recherches de madame Airglow dont madame Airglow ne fit pas cas. Conclusion. Signatures. Imprimer deux autres exemplaires.

« Ah, demain après-midi je serai occupée. Vous pourrez rentrer plus tôt chez vous. »

Twilight détourna son attention de la vieille photocopieuse. Madame Airglow avait retiré la bille du cube antigravitique Le compteur, à côté, continuait de cliqueter. Il était prévu de laisser tourner la machine toute la nuit.

« Madame Bellbean ne devrait pas tarder. » Ajouta-t-elle en amenant la bille. « Désormais, il y aura toujours un professeur à proximité. »

« Ce n'est pas utile. »

L'étudiante prit la bille entre ses deux. La directrice prit l'étudiante à deux mains.

« Arrêtez de les défendre. Vos congénères n'ont que ce qu'elles méritent. Et si elles réessaient, vous pourrez leur dire que Pinkie Pie sera la prochaine. Parfois les animaux ne comprennent que la force. »

« Ce ne sont pas des animaux ! » S'exclama Twilight. « Ce sont… j'aurais fait pareil à leur place. »

« Non, vous vous seriez montrée meilleure qu'elles. Nous nous devons d'être… »

La directrice s'arrêta. Se renfrogna. Soupira.

« Très bien. Très bien. Je discuterai avec leurs parents, et je chercherai à être conciliante. Mais qu'elles prennent garde. Moi aussi, je suis une animale. »

Twilight serra la bille contre son ventre.

Elles sortirent, refermèrent la porte blindée derrière elles, la lumière toujours allumée, la machine tournant toujours là-bas, bientôt étouffée. Elles remontèrent le couloir et le silence avait quelque chose d'oppressant.

Madame Bellbean arriva, l'air pressée, l'air agacée par ce dérangement. Twilight détourna la tête comme une coupable. Après quelques mots échangés, la professeure emmena son étudiante en salle de classe.

****

Dernière heure de la journée. Twilight avait gagné la salle de classe la première, se plongea dans son siège et s'y recroquevilla autant que possible. Madame Bellbean, à la porte, attendait l'arrivée de sa pair. Les autres étudiantes ne seraient pas là avant plusieurs minutes.

Quelques regards de madame Bellbean à cette étudiante dans cette salle de cours vide, qui alignait ses affaires.

Puis il y eut les étudiantes, puis encore de l'attente où madame Bellbean s'impatientait. Dans la salle, deux places désertes, là où deux étudiantes auraient dû être. Toutes les filles ne semblaient parler toujours que de ça. Toute la classe. Toute l'école.

Enfin monsieur Blank Check gagna la porte, plaisanta un peu avec madame Bellbean qui, s'excusant, se dépêcha de partir. Twilight l'écouta rentrer, traverser la classe et gagner son banc.

« Twilight ! » Se réjouit le professeur.

Twilight leva un peu la tête, sourit vaguement.

« J'ai discuté avec mes collègues, et j'ai appris qu'on avait corrigé des notes en ta faveur. Toutes mes félicitations. »

Le sourire diminua. Mais la bonne humeur du professeur était encourageante. La classe, elle, grondait dans son coin avec ce réconfort du cours qui ne commençait pas.

« Du coup j'ai vérifié de mon côté et j'ai vu que moi aussi je m'étais trompé. »

Et le professeur sortit de sa serviette son propre feuillet d'examens, avec encore le rouge des corrections surmarqué de bleu et, partout, les notes raturées, remplacées. Le sourire diminua un peu plus.

Chaque examen, posé tour à tour, solennellement, sur son banc. Entre deux gestes, le professeur pointait l'une des rares erreurs de Twilight, expliquait en quoi ce n'était pas une erreur et, à chaque fois, il y avait la note maximale. Jusqu'au dernier. La note maximale, partout. Le professeur s'enthousiasmait.

« Je suis fier de toi, Twilight ! Tu n'es pas une flemmarde qui ne pense qu'à jouer et à tricher aux examens ! Tu es la seule ici à travailler. Continue comme ça ! »

Le sourire avait tout à fait disparu.

Mais déjà le professeur était retourné au tableau et commençait le cours. Théorie de l'offre et de la demande. Un graphique simple, si simple, où deux traits entrecroisés décidaient à coup sûr du prix. Plus les gens demandaient quelque chose, plus le prix augmentait. Moins il y avait de cette chose à offrir, plus le prix augmentait. Et le monde fonctionnait.

« Ca, c'est le modèle statique ! Twilight, quel est le contraire de statique ? »

Il fallut une à deux secondes à Twilight pour trouver la réponse, tant cela sortait de nulle part. mais enfin :

« Dynamique ? »

« Excellent ! » Et à la classe : « Vous voyez ? Twilight suit le cours, elle. Elle comprend tout, parce qu'elle est intelligente. Entre nous elle n'a même pas besoin d'être ici, elle a trois ans d'avance sur vous toutes. D'ailleurs, elle pourrait donner le cours. Tu veux prendre ma place une minute, Twilight ? »

Sur son siège, Twilight ne répondit rien. N'entendait plus vraiment. L'intensité de la bille était réduite en présence de craie, de limaille de fer et de charbon. La quantité influençait la taille du champ, la proportion influençait la fréquence. Le professeur avait toujours sa craie tendue vers elle.

« Non ? Dommage. Dans ce cas, modèle dynamique ! Parce que l'économie n'est pas que des chiffres, mais aussi des comportements : et les gens réagissent au changement. »

Il était impossible d'isoler totalement la bille de son environnement. Même dans un espace à vide, il y avait toujours un contact minimal, et au minimum l'influence de la gravité. Même dans un confinement antigravitique, il restait des échanges de photons.

Rentrer. Vérifier les premières mesures, et terminer le détecteur.

Rentrer.

« Si l'offre diminue, le prix augmente, du moins si la demande reste égale. Mais la demande réagit au prix. La réaction peut être plus ou moins grande, ce qu'on appelle l'élasticité. Twilight, tu veux bien dire ce qu'est l'élasticité ? »

Repliée sur sa chaise, Twilight Sparkle répondit difficilement.

« L'élasticité… quand la variation… est plus grande… »

« Exact ! J'espère que vous avez noté, toutes, parce que c'est une question d'examen. »

Le bruit de la craie sur le tableau noir portait aussi loin qu'il voulait dans la classe. On regardait faire. On murmurait. On ne disait presque rien. Il y eut juste le bruit de la plume de Twilight Sparkle tombant au sol pour y rouler un petit moment. Elle ne bougeait pas, Twilight Sparkle. La classe attendait.

Le professeur s'arrêta à nouveau et sembla choqué.

« Oh non ! Twilight, ta plume ! Toi là » dit-il dédaigneusement, « va récupérer sa plume. Et sois gentille, donne-lui ton livre aussi. Elle en fera un meilleur usage que toi. Allez, allez. »

Silence. Attente. Puis mouvement. Une étudiante passa devant le banc de Twilight, se baissa, posa la plume devant les poings serrés de Twilight. Repartir, revint, posa l'ouvrage sur le côté du banc. Retourna s'asseoir. Silence. Attente.

« Un instant, nous ne pouvons pas continuer le cours avant que Twilight Sparkle ne nous prête attention. Tout va bien, Twilight ? Tu veux que j'aille ouvrir la fenêtre ? »

« Arrêtez… » Supplia Twilight.

« Oh, tu voudrais quelque chose à boire ? Je peux envoyer une élève te chercher un verre. »

« Arrêtez… » Supplia Twilight. « Arrêtez, arrêtez… »

Elle avait relevé la tête un instant, Twilight Sparkle, pour regarder le professeur qui assis contre son bureau la regardait larmoyer, et qui avait un sourire en coin. Elle se renferma sur son banc, serra les bras, gémit toute seule.

La classe la laissa faire jusqu'à la fin.

Vous avez aimé ?

Coup de cœur
S'abonner à l'auteur

N’hésitez pas à donner une vraie critique au texte, tant sur le fond que sur la forme ! Cela ne peut qu’aider l’auteur à améliorer et à travailler son style.

Chapitre précédent Chapitre suivant

Pour donner votre avis, connectez-vous ou inscrivez-vous.

Aucun commentaire n'a été publié. Sois le premier à donner ton avis !

Nouveau message privé