Site archivé par Silou. Le site officiel ayant disparu, toutes les fonctionnalités de recherche et de compte également. Ce site est une copie en lecture seule

MAI - My Arcane Intelligence

Une fiction écrite par lnomsim.

Chapitre 8 - Nouveau départ

Chapitre 8 - Nouveau départ


La tête par la fenêtre, je laisse ma crinière flotter dans le vent, savourant chaque bouffée d'air. Mon sourire ne s'accorde pas aux larmes qui remplissent mes yeux, ni à mon estomac qui me torture depuis deux jours.

Sans trop de surprise, Princesse Celestia a approuvé la décision de sa sœur de nous envoyer sur le terrain. Après une rapide réprimande de Princesse Luna concernant un certain fonctionnaire ayant manqué sa nuit de travail pour se réveiller sous son bureau, nous avons préparé le matériel dont nous avions besoin et prit la route.

Lorsque Night Stalker a demandé à ce que nous fassions le voyage en carrosse plutôt que par train, j'aurais pu me mettre à sauter dans tous les sens pour montrer ma joie. Joie qui s'est très vite dissipée lorsque nous sommes arrivées devant le véhicule qui nous attendait à la sortie du palais.

Quatre roues en bois dont les arrêtes sont recouvertes de caoutchouc, un siège de cocher et une cheminée. En dehors des mécanismes qui courent sous la nacelle et du moteur à charbon qui remplace les poneys, il n'y a pas grand chose qui différencie les auto-carts de première génération aux carrosses d'antan. J'ignorais que de telles antiquités existaient encore, cela va faire bien longtemps que nous avons abandonné l'usage d'énergies fossiles comme le charbon pour alimenter les moteurs.

Ce que je perds de nausée par la faible vitesse de cette monstruosité, je le gagne par ses échappements nauséabonds et les cris injurieux des autres conducteurs sur la voie royale. Et voilà deux jours que ça dure. Avec ses quarante cinq kilomètre par heure en vitesse de croisière, la structure en bois se traine lentement sur l'axe le plus important du pays. Malgré ses suspensions par chambre à air, le véhicule ne cesse de trembler sous l'effet de la vitesse, parfois je me demande s'il réussira à atteindre Green Pasturges sans tomber en morceaux.

La cabine en elle même n'est pas si mauvaise. Les banquettes rembourrées et recouvertes de doux velours son très confortables et réussissent à absorber la plupart des chocs que les suspensions ne font pas. Les parois des portières et des murs sont recouvertes de faux cuir marron dont la couleur se marie bien avec les montants en bois.

Lorsque je ne suis pas à la fenêtre pour m'aérer, je suis simplement assise à l'intérieur, seule avec mon ennui. Il n'y a même pas d'autoradio ! Rien d'étonnant, je doute que la radio existait quand cette chose a été construite. Si j'avais su, j'aurais pris un livre, même plusieurs, probablement une longue saga. Quoi que, je doute que c'aurait pu arranger mon mal des transports.

Autour de nous, les autres véhicules nous dépassent à toute allure tandis que les malchanceux bloqués derrière nous ne cessent de klaxonner. Même les bus vont plus vite que nous. Les auto-carts d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec cette antiquité, la plupart ne méritent même plus de posséder 'cart' dans leur nom.

Les plus modernes ont une caisse en métal et plastique synthétique, beaucoup plus bas que les carrosses. Seuls quelques centimètres les séparent du sol, mais leurs suspensions permettent d'absorber tous les chocs et éviter que le véhicule ne frotte contre la voie. Leur forme a été arrondie, a la fois en longueur et en largeur afin de limiter les frottements de l'air et leur permettre une plus grande vitesse.

La place de cocher a complètement disparue, la conduite se faisant maintenant depuis l'intérieur de l'habitacle. Les premiers modèles avaient des postes de conduite séparés de l'habitacle principal, les riches propriétaires refusant de partager leur voyage avec leur conducteur.

Aujourd'hui, il n'y a même plus besoin de tenir le volant ou actionner des pédales, il suffit de savoir où aller et le moteur arcane s'occupe du reste. Mais pas avec le notre, la traction hippique ayant été remplacée par une chambre à combustion, il a fallu adapter les mécanismes pour faire rouler le véhicule et tourner les roues. Ajouter à cela le haut point d'équilibre, et le véhicule est quasiment impossible à manœuvrer. Rien d'étonnant qu'ils aient vite disparu de la circulation.

Malgré tout, il est plutôt bien conservé. La peinture rougeâtre à l'extérieur n'est pas caillée et semble même neuve, les roues ont encore la clarté du bois fraichement traité, quant à la chambre à air sur lequel repose la cabine, elle remplit relativement bien ses fonctions. La cabine, contrairement à ce que je m'attendais ne sent pas le renfermé, le velour est bien conservé, le cuir n'est pas craquelé et les lampes à mèche sont inutilisées. Je pourrais même croire que le véhicule a été spécialement construit pour nous.

Mais c'est une idée idiote, les moteurs à charbons n'existent plus depuis plusieurs siècles, même si le savoir faire dans la construction des carrosse s'est préservé dans notre patrimoine, il n'y a absolument aucun intérêt à construire l'abomination qui nous sert de traction.

C'est une sorte de chaufferie placée sous le siège de cocher dans lequel on fait brûler du charbon, celui-ci génère des gaz combustibles réinjectés dans un moteur à explosion qui actionne les roues comme sur n'importe quel vieux véhicule. Mais la cheminée d'échappement rejette énormément de fumée et de gaz nocifs.

Un simple moteur au gaz accompagné d'un moteur arcane, comme en sont équipés les véhicules modernes auraient amplement suffit. J'aurais même pu profiter de la compagnie de Night Stalker, le voyage aurait probablement été moins ennuyeux.

En parlant d'elle, j'entends frapper quelques coups contre la cloison et sort la tête par la fenêtre pour voir ce qu'elle veut. L'avantage de la faible vitesse permet d'éviter que le vent soit une gêne en faisant une telle opération. Il m'arrive même parfois de rejoindre la jument noire au cocher, jusqu'à ce que la fumée devienne irrespirable et la nausée insupportable.

Night Stalker se retourne, le visage et ses lunettes de pilote recouverts de suie. Elle me lance son sourire plein de dent, qui comme à leur habitude sont elles aussi noircies. Je me demande comment elle fait pour respirer là haut, je ne voudrais pas avoir tout ces déchets dans ma bouche ni même sur mon visage. Elle redresse son chapeau de cheminot et me fait signe de la rejoindre.

J'enfile une écharpe autour de mon museau, une casquette sur la tête pour protéger ma crinière, puis mes propres lunettes de conduite avant de grimper sur le toit par la fenêtre grande ouverte. J'ai droit à de nouveaux coups de klaxons et injures des autres utilisateurs de la voie royale quand ils voient ma cascade, les obligeant à faire un écart avec notre véhicule.

Je longe le toit me prenant les fumées en pleine figure avant d'atteindre l'habitacle suspendu au dessus du vide. Ma camarade habillée dans son accoutrement parodiant un conducteur de locomotive m'y attend, dès que je suis assise, elle prend la parole.

"Je crois qu'on a assez roulé pour aujourd'hui, j'ai besoin de prendre l'air et d'un bon bain, de toutes façons, il ne va pas tarder à ce que nous devions entretenir le moteur. Je propose que nous nous arrêtions au prochain village étape." Crie-t-elle au dessus du boucan dudit moteur.

Je n'ai rien contre me dégourdir les pattes. En général nous faisons trois arrêts dans la journée, pour prendre l'air, manger et se reposer. Et surtout le dernier pour se débarrasser de la poisse dont le véhicule et nous sommes recouvert, ainsi que passer une bonne nuit de sommeil.

Les villages étape ne sont pas ce qui manque le long de la voie royale. Celle-ci reliant les villes les plus importantes du pays à Canterlot, même les villes et villages éloignés de l'axe ont eu tendance à se développer dans sa direction. On peut trouver des relais approximativement tous les cinq kilomètres dans les zones les plus peuplées. Sinon il y a toujours les aires de repos, beaucoup plus chères et moins conviviales.

Je regarde les pavés lisses glisser sous nos roues. La route est composée de bloc de granite orangé rectangulaires posés en quinconce tout le long de la voie. Ils sont recouvert d'un enduis transparent et rugueux permettant d'absorber la lumière éblouissante du soleil et améliorer la tenue de route tout en lui laissant cet aspect clair et lisse.

Le soleil est encore loin de l'horizon mais le ciel commence déjà à se teindre d'orange. Je laisse échapper un bâillement étouffé par mon écharpe en m'étirant avant de lui donner mon accord pour s'arrêter pour aujourd'hui. Nous devrions atteindre Green Pasturges demain dans la mi-journée, nous sommes dans les temps. Après ça, Fillydelphia ne sera plus qu'à trois jours de route.

Nous continuons à longer la voie de droite en attendant que les panneaux qui enjambe chacune des quatre autres nous annonce le prochain village. Les quatre autres voies du sens de circulation opposé sont séparées par une longue haie bien entretenue, bloquant le son des véhicules frottant contre la chaussée, mais aussi la vue sur le paysage.

Le seul avantage que nous avons perché aussi loin du sol, c'est que la haie n'est pas un obstacle pour nous. Je peux voir les plaines vertes d'Equestria s'étendre dans toues les directions ainsi que les villages qui les parsèment. Sur notre gauche à l'horizon, les eaux calmes de l'Equis nous suivent en direction de l'Est, reflétant la masse imposante de la Foal Mountain et des forêts qui peuplent son pied.

Sur notre droite, en aval du terre-plein sur lequel se trouve la voie royale, perché sur son propre talus, se dresse le tunnel de verre du Maglev. Occasionnellement, le train sous vide passe à toute allure sur le monorail à l'intérieur, en quelques secondes l'ensemble de wagons disparaissent au loin comme le train n'avait été qu'une illusion.

Chaque passage me donne un hoquet nauséeux, me rappelant l'expérience que j'ai pu avoir dans ce train de l'enfer. Même si les wagons sont conçus pour absorber les changements brusques de vitesse aux entrées et sorties de gare, ils n'empêchent pas mon estomac de remonter mes intestins à chaque fois.

Vite, un sac ! Je ne remercierai jamais assez Night Stalker, que ce soit dans la cabine ou le siège de cochet, elle a toujours des sacs en papier à porté de sabot. Cet arrêt sera aussi l'occasion d'en refaire le plein et de jeter ceux... 'Usagés'.

Je me passe un sabot au coin des lèvres avant de remettre l'écharpe en place et cacher le sac nauséabond. "Je vous suis reconnaissante d'avoir choisi un mode de transport lent, mais on était obligé de prendre ça ?" Je demande d'une faible voix avec un grand geste de la patte pour montrer l'antiquité sur laquelle nous voyageons. "Où est-ce que les princesses ont bien pu trouver un tel véhicule, elles tiennent un musée ?"

Elle laisse échapper un rire sonore, inhalant par la même occasion un nouveau nuage de fumée. Je ne comprends pas pourquoi elle s'obstine à ne pas vouloir porter d'écharpe.

"Même si elles tiennent effectivement un musée, ce bijou est bien mieux conservé que les épaves qu'elles y exposent."

"Ce bijou ?" Je demande incrédule. D'accord, il est mieux conservé et confortable qu'il n'y laisse paraître, mais ce n'est certainement pas ce que j'appellerais un bijou. Celui de Scarlet Day en revanche... Il était spacieux, le design intérieur beaucoup plus moderne, avec de vrais sièges et des banquettes plus larges. Son bois noir et son plastique beige lui donnaient une aura de luxe et de confort. Là j'ai juste l'impression que mon arrière grand mère me fait faire un tour dans son taco.

"C'est mon propre auto-cart, quand on me l'a offert il n'était guère mieux qu'une épave." Elle marque une pause en riant de nouveau avant de reprendre. "Tu sais, parfois tu peux avoir une vie très ennuyeuse. Pendant que tu te contentais de vivre cloîtrée chez toi, j'avais tout le temps nécessaire pour le restaurer. Et regarde maintenant, il est comme neuf, comme sorti d'un atelier de montage, je dois avouer que je suis assez fière de moi." En effet, je l'entends bien dans sa voix et son regard couvert de suie ne laisse pas de doute non plus à ce sujet.

En revanche je ne peux empêcher mon œil droit de tiquer à la mention de sa mission d'observation, et de mon mode de vie. Mais je vais laisser passer, rien ne sert de s'énerver, de toutes façons je n'aurais pas de réponses. Oui, on respire et on souffle, rien ne sert de s'énerver. On respire et on... tousse. Une fois que l'écharpe est imbibée des fumées toxiques et de suie, son effet filtrant n'est plus aussi efficace.

"Je retourne à l'intérieur." J'informe ma camarade en grommelant.

Le soleil s'approche lentement de l'horizon derrière nous. Il disparaît derrière l'ombre massive de Canterlot, faisant deviner sa silhouette par ses rayons filtrant à travers la brume et le smog. Déjà devant nous les premiers halos de la lune se montrent au dessus des collines, leur donnant une apparence spectrale. Ce côté du pays a une apparence de pureté que n'a pas l'ouest. C'est probablement dû à ses forêts qui sont moins denses et agressives qu'Everfree. Ici la météo est contrôlée par les pégases partout. En plissant les yeux je peux discerner les différentes zones, au dessus de nos têtes jusqu'à la capitale, le ciel est dégagé, tandis que loin vers l'Est et au Nord au dessus des montagnes il y a une légère couche nuageuse.

Je retire mon accoutrement et passe le reste du voyage adossée à la portière, admirant le ciel et le paysage. Les premières étoiles apparaissent coloriant le ciel de son violet habituel. Nous quittons la voie royale au moment même où la lune commence à percer l'horizon et éclairer l'aile de la nuit, suivie de prêt par l'apparition des hologrammes patriotiques au dessus du palais royal. Même s'ils sont moins visibles qu'à Ponyville, les voir d'un endroit aussi reculé reste impressionnant.

Nous arrivons au village quelques dizaines de minutes plus tard, il s'agit plus d'une petite ville qu'un d'un village. Le plus haut bâtiment est son beffroi qui dépasse la plupart des bâtiments de plusieurs dizaines de mètres. Le centre ville est entouré de petites maisons individuelles à la toiture en ardoise noire. La pente des toits indique qu'il doit neiger abondamment en hiver, ce qui doit aussi expliquer les murs uniquement en pierre.

Le centre-ville consiste en de simples bâtisses collées les unes aux autres, noircies par le temps et pour la plupart décrépite, je peux voir les briques à travers l'enduis de certaines. C'est un bel exemple de l'exode rural, peu de fenêtre sont allumées et la plupart des rues sont sombres et désertes. En dehors des maisons, seuls les bâtiments autour de la place centrale semblent être occupés. Des lampadaires au gaz illuminent la place et se réverbèrent sur les façades claires, accompagnées par l'écho de notre moteur.

Les rares passant que nous croisons nous lancent des regards mauvais, je ne sais pas si c'est à cause du bruit, de l'odeur ou du fait que les étrangers ne soient pas les bienvenus. Je pense que nous allons encore devoir passer la nuit à l'extérieur de la ville. Heureusement que les banquettes sont confortables. Mais avant ça, nous devons trouver un endroit où nous laver, je ne supporterai pas de rester dans cette crasse un instant de plus.

Nous repérons la mairie, adossée au beffroi au nord de la place. Nous nous arrêtons à la sortie de la ville au bord d'un chemin de terre avant de retourner vers le bâtiment pour trouver un endroit où passer la nuit. Je ne saurais dire si la tour a été construite après la mairie ou si c'est le contraire. De toute évidence, par le style architectural les deux bâtiments n'ont pas été construits à la même époque.

La tour est faite de quatre grandes poutres de bois verticales formant les coins, entre chacune d'elle s'élève un mur de pierre de plusieurs mètres, séparés par une poutre horizontale. Les pierres grises sont légèrement usées, leurs bords sont arrondis et le liant s'effrite à quelques endroits. Une des parois est couverte de lierre grimpant à mi hauteur. Néanmoins l'horloge et le clocher à son sommet semblent en bon état. Les larges aiguilles de métal n'ont pas l'air oxydées et la charpente bien que brunie par le temps ne porte aucune marque de fissure ou quelque autre ravage.

La mairie en revanche possède des fondations en brique blanche tandis que le reste de sa façade est couverte d'enduis blanc et de poutres apparentes. De hautes fenêtres rectangulaires en bois peint siègent dans des seuils sculptés à intervalle régulier. L'entrée de la bâtisse se trouve sous un balcon supporté par de piliers en pierre blanche.

Nous grimpons les quelques marches qui mènent sous le porche avant de nous rendre dans le hall d'accueil. Un poney solitaire a le nez plongé dans de la paperasse, assis derrière un comptoir juxtaposé au double escalier qui mène à l'unique étage. Il relève la tête en nous entendant approcher et prend un léger recul en voyant notre apparence.

C'est un poney terrestre aux couleurs beiges, sont pelage est clair tandis que sa longue crinière coulant librement contre son cou est légèrement plus foncée. D'où l'on est, je ne peux pas voir sa cutie mark, mais pour l'attention qu'il porte à sa tâche, je n'aurais pas de mal à imaginer un parchemin ou un encrier.

Night Stalker a laissé ses lunettes et son chapeau au carrosse. Malgré son pelage sombre, on peut très bien discerner les reflets suintant de la suie sur sa peau, je ne peux même plus voir sa cutie mark malgré le vert éclatant des verres. C'est encore plus flagrant sur son visage, là où ses lunettes de conduite la protégeaient, il y a une très nette marque séparant le contour de ses yeux gris du reste de son visage complètement poisseux.

Je n'ai pas passé beaucoup de temps à l'extérieur du véhicule, mais mon pelage aussi a de légères marques noires qui le strie a proximité du buste et sur le cou. Je doute que mon visage soit dans un meilleur état, lorsque j'ai retiré l'écharpe elle était totalement imbibée de la substance gluante.

"Excusez-nous" Demande Night Stalker en s'approchant du guichet. "Nous cherchons un endroit où nous pourrions nous laver et passer la nuit."

L'étalon terrestre de l'autre côté du comptoir plisse légèrement le nez en nous dévisageant avant qu'un sourire plus courtois que volontaire n'apparaisse sur son visage. "Oh, certainement." Dit-il en se levant pour que son visage apparaisse au niveau du notre. Plus du miens que celui de ma camarade, il lui faudrait plusieurs centimètres de plus pour réussir cet exploit.

"Veuillez m'excuser, nous ne recevons pas beaucoup de visiteurs dans le coin, la plupart sont seulement de passage et ne daignent s'arrêter que pour recharger leur véhicule et acheter à manger."

Il se tait et un silence pesant commence à s'installer. Nous nous regardons tous trois dans le blanc des yeux, je commence à dandiner légèrement sous cette situation gênante. "Et donc ?" Demande Night Stalker. "Où pouvons nous passer la nuit ?"

L'étalon sursaute surpris par la question. "Hein ? Ah, oui. Désolé, je pense que vous devrez vous débrouiller ou dormir chez l'habitant. Nous n'avons pas l'habitude de recevoir des étrangers, la plupart sont seulement de passage et ne daignent s'arrêter que pour recharger leur véhicule et acheter à manger." Répète-t-il nerveusement.

"Vous l'avez déjà dit." Répond calmement Night Stalker "Et vous pourriez nous conseiller quelqu'un pour nous héberger ?"

Il nous regarde nerveusement, ses yeux verts passant d'elle à moi plusieurs fois avant de respirer un grand coup. Il se rassoit, fait mine de chercher dans plusieurs papiers avant de nouveau nous jeter des regards furtifs.

Night Stalker attend patiemment sans bouger de sa place, le visage complètement neutre, essayant de ne pas top fixer la boule de nerf en face de nous. Pour ma part, je commence à m'impatienter et taper du sabot contre le sol froid de pierre. Avec le cliquetis de l'horloge derrière l'étalon, c'est le seul son qui remplit le grand hall vide.

Au plus le temps passe, au plus j'ai l'impression qu'il a oublié que nous étions là, il remue les papiers de plus en plus frénétiquement, mais il cesse peu à peu de nous regarder. Je me racle la gorge pour attirer son attention et des feuilles se mettent à voler dans tous les sens. J'ignorais que j'avais le pouvoir de faire paniquer les autres à ce point. Alors qu'il se baisse pour commencer à ramasser, sa longue crinière part de côté et je fais un pas en arrière sous la surprise.

Il n'a ni implant ni cicatrice, qu'est-ce qu'un lowcast fait à travailler dans une mairie ? C'est une première. Si on commence à donner des postes importants aux lowcasts, je me demande où va le monde. Rien d'étonnant au service auquel nous avons eu droit depuis que nous sommes rentré.

En voyant ma réaction, Night Stalker me lance un regard désapprobateur avant de contourner le guichet et aider l'étalon à ramasser ses papiers. "Alors, vous savez qui pourrait nous héberger ?" Lui redemande-t-elle.

Il attend d'avoir reposé les papiers sur son bureau derrière le guichet avant de prendre une grande inspiration et répondre. "Personne."

"Comment ça ?" Je lui demande. "Nous n'avons pas croisé grand monde, mais il doit bien y a voir quelqu'un dans la ville qui héberge les étrangers, non ?"

Il se tourne vers moi et toute anxiété semble avoir disparu, au contraire, son regard est dur et aussi froid que sa voix. "Pas pour des poneys comme vous, vous êtes les bienvenues si vous venez pour acheter, mais n'en attendez pas plus de notre hospitalité." Il grogne et retourne à ses papiers.

J'ai du mal à comprendre ce changement soudain de comportement, c'est comme avec Scarlet Day. C'est pour ça que je n'aime pas les lowcasts, ils sont imprévisibles et pour le peu qui possèdent une once d'intelligence, ils sont incapables de faire la moindre preuve de respect.

"Comment ça des poneys comme nous ?" Je demande irritée. Sérieusement, pour qui se prend-il, il ne sait rien de nous et il se permet de nous juger après nous avoir fait poireauter pendant plusieurs minutes ?

Night Stalker me lance un nouveau regard désapprobateur, mais pour le moment je n'en ai rien à faire. L'étalon peut s'estimer heureux que je ne lui demande pas des excuses en plus de ses explications.

Il me jette rapidement un regard mauvais, les sourcils froncés et des dagues dans les yeux avant de reporter son attention sur ses documents. Je sens le sang me monter à la tête, je commence à en avoir marre qu'il nous ignore et qu'il nous parle seulement avec des moitiés de phrases. J'avance vers le guichet d'un pas décidé et frape mes deux pattes avant contre celui-ci.

"Je vous ai posé une question." Je lui dis d'un ton menaçant.

Il n'est pas plus surpris qu'il ne daigne me prêter attention. Bien au contraire, il laisse s'échapper un léger hérissement en restant le museau dans les papiers. Je commence à avoir le souffle court et la colère commence à monter. Je m'apprête à répéter ma question légèrement moins courtoisement quand un grand coup de sabot dans la nuque me fait vaciller et tomber du guichet sur le sol.

"Veuillez pardonner ma camarade." Dit Night Stalker en se tenant au dessus de moi. Elle n'y est pas allé doucement, la douleur me coure du crâne au dos, je frotte vigoureusement là où elle m'a frappé mais la douleur ne semble pas vouloir partir, tout ce que je réussi à faire c'est remplir mes yeux de larmes. La colère est remplacée par la confusion, à quoi elle joue ?

"Elle a quelques problèmes de comportement, je n'arrête pas de lui dire qu'elle devrait sortir plus souvent pour rencontrer du monde et savoir se tenir." Elle dit ces mots en me fixant dans les yeux et je me fais toute petite collée sur le sol. "Nous ne voulons pas d'ennuis, seulement nous laver et dormir. Si vous pouviez trouver quelqu'un d'assez aimable, je suis sûre qu'elle fera un effort."

Je ne vois pas ce qu'il fait, mais le son des papiers s'est arrêté pour être de nouveau remplacé par le silence. Night Stalker lance un sourire chaleureux de l'autre côté du guichet. Malgré son visage crasseux, son sourire et ses yeux à moitié fermés inspirent la confiance. Même à moi qu'elle vient juste de mettre à terre d'un seul coup de sabot. Avec un gémissement de douleur, je me remets sur pattes, luttant contre les pulsations dans mes tempes.

La première chose que je vois, c'est l'air benêt sur le visage de l'étalon qui se transforme vite en dédain lorsqu'il se rend compte que je suis de nouveau debout. "Je peux vous arranger quelque chose." Dit-il à l'attention de la pégase noire. "Ma mairie possède une chambre d'hôte pour ce rare genre d'occasion. Mais à deux conditions, vous dinez avec moi et elle quitte la ville." Dit-il en pointant dans ma direction, sans même me lancer un regard.

Night Stalker réfléchit un moment avant de donner sa réponse. "C'est d'accord." Dit-elle avec un grand sourire. "Laissez-moi le temps de récupérer quelques affaires et la raccompagner au carrosse."

Je suis bouche bée, j'ai bien entendu ? Elle va me laisser dormir dans le froid au milieu de la campagne, seule et poisseuse alors qu'elle va avoir droit à un vrai dîner en tête à tête, un bain chaud et une chambre de luxe ? Ou quoi que ce soit qui puisse répondre aux critères de luxe de cette ville décrépite. Et Sa Mairie, qu'est-ce qu'il veut dire par Sa Mairie, je le trouve bien présomptueux pour un lowcast.

Aucun son ne sort de ma bouche mais ma mâchoire mime chacun de mes mots. Je me sens lentement tirée sur le sol de pierre par la queue tandis que Night Stalker me traîne vers la sortie. Une fois dehors son sourire a disparu et son regard est tout sauf attendrissant.

"Je peux à savoir à quoi tu joues ?" Me réprimande-t-elle.

"Je pourrais vous poser la même question, il vient de se passer quoi au juste ?" Son regard d'instructrice ne marche pas cette fois. La colère parvient même à surpasser la douleur qui continue à m'agresser le crâne et le dos.

"JE te pose une question." Insiste-t-elle.

"Je ne supporte pas qu'un vulgaire lowcast me manque de respect !" Je lui crie au visage.

Les quelques passants devant la mairie s'arrêtent choqués avant de repartir en laissant derrière eux quelques jurons et hennissements de mépris.

Le regard de Night Stalker se durcit encore. Elle lève les pattes avant et je me protège la tête du coup que je sens venir. Au lieu de ça, elle me saisit par le buste et nous nous envolons en quelques battements d'ailes. Arrivées au carrosse, elle me lâche à plusieurs centimètres du sol avant de me plaquer contre le véhicule, me serrant à la gorge comme la première fois que nous nous sommes rencontré.

Plus rien en elle n'est amical. Sa posture guerrière, son souffle court, la dureté de son regard, la douleur dans mes pattes, ma nuque et la pression sur ma gorge. Je déglutis bruyamment et me laisse envahir par la terreur, une sueur froide inondant mon visage et coulant le long de mon dos.

"Tous ces grands discours sur l'égalité et la liberté, te connaissant j'aurais du savoir que c'était trop beau pour être vrai, comme si les Me avaient pu t'ouvrir les yeux." Dit-elle froidement, néanmoins je peux entendre un léger tremblement dans sa voix. Son visage est collé contre le mien, ses yeux plongés dans mon regard, me paralysant, et son souffle chaud brûlant comme du fer à blanc. A chaque mot elle agrandit peu à peu la pression sur mon buste et mes poumons.

"Quand est-ce que tu t'es rendue compte que c'était un lowcast ?" Me demande-t-elle aussi froidement.

"Qu-quoi ?" Je demande surprise, l'esprit embrouillé par cette situation soudaine.

"Répond ! Quand est-ce que tu t'es rendue compte que c'était un lowcast ?"

"Quand il s'est baissé pour ramasser les papiers." Je lui réponds rapidement haletante.

Elle lève son sabot droit et je ferme les yeux en attendant la douleur. Mais elle ne vient que dans mon oreille gauche lorsqu'elle frappe le bois rouge derrière moi. D'un rapide regard du coin de l'œil, je vois que le coup a enfoncé le bois de la portière.

"Est-ce que tu as observé la ville quand nous sommes arrivées ?"

Je hoche la tête pour toutes réponse, ma voix ne veut même plus sortir tant je suis paralysée par la peur.

"Tu as observé les poneys, les bâtiments, la chaussée ? Tu n'as rien remarqué d'étrange, tu ne connais pas d'autres villes lui ressemblant ?"

Je sens les neurones se mettre à fonctionner et les informations se bousculer dans ma tête. Des bâtiments gris et mal entretenus, des rues sombres et désertes. Des ruines et de l'abandon. Mes yeux s'écarquillent quand la réponse arrive. "Low Garden".

"Et les poneys ?"

Le MAI programme les poneys pour être tolérants et accueillant, la base dans une société 'parfaite', accepter les autres, c'est ce qui rend les commoners si soumis aux uppers. Seuls les uppers sont capables de dédain, ou des poneys n'étant pas sous l'influence de l'endoctrinement, les lowcasts.

"Ca y'est, tu comprends enfin ?" Demande Night Stalker toujours aussi dure. "C'est une ville de lowcasts, dis toi bien une chose, et ça a intérêt à bien rentrer dans ta tête. Si tu déteste les uppers, dis-toi que ce n'est rien comparé à ce que peuvent ressentir la plupart des lowcasts envers les implantés, et surtout ceux qui se comportent comme toi." Elle hennit furieusement en coupant le contact de nos regards avant de revenir aussi dur. "Dis moi, en quoi était tu différente d'une upper là bas ?"

Elle me relâche et je m'effondre sur le chemin de terre, me frottant la gorge et respirant à grande bouffée, l'air frottant bruyamment en entrant et sortant de mes poumons.

"La nuit porte conseil." Dit-elle en me tournant le dos. "J'essaierai de convaincre le maire de te laisser utiliser une salle de bain demain, si tu es capable de lui faire des excuses sincères. Réfléchis bien à ce que tu as fait, et je ne veux plus jamais que ça se reproduise."

Sans ne me jeter aucun autre regard, elle s'envole et disparaît dans le ciel étoilé en direction du beffroi. Elle me laisse seule dans la poussière, haletante, dégoulinante de sueur et de suie, avec pour seul lit les banquettes du carrosse et pour couverture le froid de la nuit. Je n'ai même pas à manger. Les jambes lourdes, je me relève, ouvre la portière dentée par la jument noire avant de m'écrouler à même le sol, des larmes de peur et de honte ruisselant sur mon visage.

Vous avez aimé ?

Coup de cœur
S'abonner à l'auteur

N’hésitez pas à donner une vraie critique au texte, tant sur le fond que sur la forme ! Cela ne peut qu’aider l’auteur à améliorer et à travailler son style.

Chapitre précédent Chapitre suivant

Pour donner votre avis, connectez-vous ou inscrivez-vous.

Aucun commentaire n'a été publié. Sois le premier à donner ton avis !

Nouveau message privé