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MAI - My Arcane Intelligence

Une fiction écrite par lnomsim.

Chapitre 7 - Devenir une espionne (pour les nuls) - Partie 3

Chapitre 7 - Devenir une espionne (pour les nuls) Partie 3.


Les plaques d'obsidienne recouvrant la paroi de marbre de l'aile de la nuit défilent devant mes yeux. La roche noire vitrée reflète mon ascension vers le sommet de la tour et mon objectif. Notre Objectif. Le vent frotte dans ma crinière tandis qu'à chaque battement d'aile, Night Stalker m'envoie une nouvelle bourrasque.

Peut être que je ne suis plus assise au dessus d'un engin de mort, mais savoir que je tiens suspendue dans le vide à plusieurs centaines de mètres du sol ne fait rien pour me rassurer. Je sais que ce n'est pas la meilleure chose à faire, mais je ne peux pas m'empêcher de regarder vers le bas, à cette hauteur je peux voir tout le palais et une bonne partie de la cité royale, tandis qu'encore plus bas, en dessous du palais suspendu à flanc de montagne, les lumières de la banlieue disparaissent dans leur habituel nuage jaune.

Sa teinte est renforcée par les derniers rayons du soleil qui laisse peu à peu les tons oranges céder place aux couleurs violettes de la nuit. La lune ne devrait pas tarder à se lever et c'est alors que nous commencerons vraiment notre mission.

"Pourquoi est-ce qu'on doit y aller en volant déjà ? Il n'y a vraiment pas d'autre moyen ?" Je demande à la jument qui me tient uniquement par nos pattes avant entrelacées. Alors que l'air se refroidit et s'humidifie, je n'ai qu'une peur, que le revêtement de notre combinaison se mette à glisser. Je jette un dernier regard vers les minuscules formes géométriques vertes qui forment les jardins et déglutit bruyamment. Je n'arrive même pas à savoir s'ils sont petits ou loin, les sensations se mélangent dans ma tête et le cocktail détonant de vertige et de mal de l'air me font tourner de l'œil.

"Arrête de te débattre." Me réprimande Night Stalker. "Si tu as peur de tomber ce n'est certainement pas ça qui va arranger les choses, alors tiens toi tranquille jusqu'à ce que nous soyons arrivées, il n'y en a plus pour longtemps."

Je dois admettre que ces appareils sont une merveille, malgré le bruit du vent qui me siffle dans les oreilles et le coton qui flotte dans ma tête, je l'entends parler aussi clairement que si nous étions entourées par le silence.

"Et tu l'as vu comme moi." Continue-t-elle. "Le seul point d'accès le moins surveillé est cette fenêtre. Donc non, pas d'autre moyen." Dit-elle avec un léger agacement.

Agacement qu'elle ponctue d'un puissant battement d'aile. Peut être trop puissant, je me sens légèrement glisser de sa prise et laisse échapper un cri d'angoisse, en donnant de nouveaux coups de sabots dans le vide pour tenter de me rattraper. Le peu d'altitude que nous avons gagné à l'aide de cette manœuvre est très vite perdue quand Night Stalker pour reprendre sa prise trouve pour seule méthode de me lâcher avant de me lancer en l'air pour me rattraper.

Mon cri de terreur est rapidement rejoint par l'écume qui me coule du bord de la bouche et un claquement de dent incontrôlable. C'est la troisième fois qu'elle me fait le coup depuis le début de notre ascension, et je pense sérieusement que je ne m'y ferai jamais, pire, ça ne fait que renforcer mon appréhension de cette méthode d' 'infiltration'.

Si le son de ses battements d'ailes est supprimé par la membrane qui les recouvre, au même titre que le son de nos sabots, il n'en est rien de mes lamentations, piaillements et hurlements. Mon cœur et ma respiration reprennent un rythme normal quand nous dépassons une nouvelle bordure dorée ceinturant la tour, signalant que le sol s'est éloigné de nous d'une autre cinquantaine de mètres.

L'aile de la nuit est une annexe de la grande tour se situant à plus de trois cent cinquante mètres du sol du palais, et plus de huit-cents mètres de la vallée au dessus de laquelle elle est perchée dans le vide. Son revêtement noir marque un contraste flagrant avec le marbre blanc de la Grande tour et de l'aile du soleil. Mais lorsque la lune se lève, son reflet sur l'obsidienne donne à l'annexe un blanc pur encore plus éclatant, l'aile de la nuit se met alors à briller comme un phare dans la nuit d'Equestria.

Habituellement c'est un spectacle que j'admirerais, mais à huit cent mètres de la mort et collée contre la surface réfléchissante, les premiers rayons de la lune ne parviennent qu'à m'éblouir. Ajouter à ceci les frissons qui parcourent mon corps et la peur du vide, le spectacle perd tout de suite de sa superbe.

"Y'en a encore pour longtemps ?" Je demande d'une voix tremblotante.

"Plus qu'une centaine de mètres, prépare-toi." Répond-elle avec une voix amusée. Je peux voir dans son reflet son grand sourire. Elle met son museau dans ma nuque et mon image disparaît de la roche noire, ne me montrant plus que Night Stalker lançant du vide dans les airs. Vide qui malgré son égosillement lorsqu'il commence à tomber ne produit pas un son.

Elle passe un sabot dans son cou et son image disparaît à son tour avant que je sente ma chute stoppée nette par deux sabots me serrant par la taille. Je repense à ma coéquipière et elle réapparait au dessus de moi quand je lève la tête. En revanche nos reflets sont toujours absents de la surface lisse de la tour.

"V-vous pourriez au moins prévenir avant de faire ça !" Je lui hurle, remerciant l'enchantement de couvrir ma voix. "J'aurais pu mourir !"

"Je trouve que tu râle beaucoup pour une jument morte." Répond-elle calmement.

"Je ne râle pas, je laisse s'exprimer ma colère et ma peur, deux choses que j'aimerai éviter de ressentir quand je suis suspendue dans le vide." Je lui dis en grognant.

"Courage on y est presque."

Nous passons une nouvelle bordure dorée, plus qu'une cinquante mètre avant que nous atteignons notre premier objectif. C'est une fenêtre dans un couloir de service du premier étage de l'aile de la nuit, les rondes y sont moins fréquentes et il ne devrait y avoir aucun garde dans le couloir, c'est par là que nous entrerons dans l'annexe.

Je peux déjà voir les premières statues et gargouilles s'approcher, figures de pierres polies par le temps représentant diverses créatures de la nuit. Chouettes, hiboux, chauves souris, et les plus imposantes montrant dans une pose fière et stricte des gardes de nuit. Si cette dernière était plus sombre, j'aurais probablement du mal à les différencier avec les vrais poneys aux ailles en peau et oreilles pointues.

En parlant de ceux-ci, deux d'entre eux viennent de sortir sur l'un des balcons en marbre noir pour prendre leur envol. Nos plans ne prévoyaient pas de patrouille aérienne. Je les regarde inquiète alors qu'ils commencent à faire des cercles autour de l'annexe, leurs images les suivant fidèlement sur la paroi, accompagnées du clair de lune. Deux reflets qui se rapprochent dangereusement de l'absence des notre. Avec un grand battement d'aile, Night Stalker change brusquement sa trajectoire et nous évitons les deux gardes de justesse. Ils continuent leur patrouille sans même s'arrêter ou dresser l'oreille. Je soupire de soulagement ; ils ne nous ont pas remarqués.

Nous restons en vol stationnaire en attendant qu'ils disparaissent derrière la tour pour ouvrir la fenêtre et rentrer dans l'aile de la nuit. C'est une fenêtre des plus banales, tout juste assez grande pour nous laisser passer. Night Stalker se retourne et donne un puissant coup de ses pattes arrière contre le montant qui craque et va s'écraser sur le sol à l'intérieur. Assez surprenant, le verre de ses quatre carreaux est resté intact, et les pièces en bois qui les entoure sont à peine abimées. Lorsque l'ensemble touche le sol, le son est amortit par la moquette qui le recouvre.

Ma coéquipière m'aide à me hisser à l'intérieur, je pose les pattes avant sur le rebord puis elle me pousse pour que je suis puisse enfin rentrer, je suis obligée de rentrer la tête dans les épaules pour ne pas me cogner. Finalement avec un dernier coup dans mon arrière train, Night Stalker m'envoie m'écraser dans le couloir à côté du montant de la fenêtre.

Je me relève en grognant et m'époussetant, elle n'est pas obligée d'être aussi violente. Je regarde à nouveau l'ouverture étroite dans le mur et je réalise qu'en fin de compte, elle va avoir du mal à passer. Même en pliant la tête, il faudrait qu'elle plie ses ailes pour passer.

"Vous ne pourriez pas faire plus attention ?" Je lui demande en me remettant sur mes sabots. "Et comment est-ce que vous allez faire pour rentrer ?"

"Pousses-toi." me répond-elle simplement.

"Pard-"

Je n'ai pas le temps de finir qu'elle s'éloigne de la fenêtre en prenant de l'altitude. Elle plie alors ses ailes et se laisse tomber en piqué jusqu'à ce qu'elle soit à peine plus haute que la fenêtre. Elle déploie alors rapidement ses ailes et redresse le nez, se propulsant vers l'ouverture, et accessoirement, moi qui suis juste derrière. J'écarquille les yeux lorsqu'elle colle les deux membres contre son corps, déplie ses pattes avant et arrière juste avant de traverser le seuil de la fenêtre, et venir se connecter avec moi, m'arrachant l'air des poumons lorsque je m'écrase contre le mur derrière moi.

Je retrouve mes esprits pour trouver Night Stalker assise sur ses hanches, se frottant le menton du bout des ailes. Elle a le regard qui se promène entre le trou dans le mur et le montant posé au sol.

"Mmh, ça commence mal." Dit-elle gravement en voyant que je suis de nouveau sur pattes.

"Qu'est-ce qu'il y a ?" Je lui demande en essayant de cacher mon agacement. Je pense connaître la réponse, nous venons tout juste de nous infiltrer et j'ai déjà été lâchée quatre fois dans le vide, me suis cassé la figure en entrant pour me faire écraser par un pégase lancé à toute vitesse contre un mur de pierre plus solide que mes os. Je remercie la combinaison de n'avoir rien de cassé.

"Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, le montant de la fenêtre n'est pas à sa place et les gardes seront ici dans moins de deux minutes. Nous serons chanceuses s'ils pensent que c'est à cause du vent..." Je doute aussi que des gardes aussi bêtes soient en charge du sanctuaire de Luna.

"Peut être que vous n'auriez pas dû frapper aussi fort, je suis plus étonnée que le montant soit intact que ce qu'il ait été simplement délogé." Je réponds réellement impressionnée. Quoi qu'au final je viens juste de goûter à ce qu'elle pouvait faire avec sa force. Je me demande avec quoi sont faites ces fenêtres.

"Il n'y a rien d'étonnant, les vents peuvent être vraiment violents à cette altitude, toutes les fenêtres sont renforcées. Je ne pouvais pas savoir que ce serait le liant qui lâcherait. Tu crois que tu peux faire quelque chose ?" Dit-elle avec une lueur d'espoir dans les yeux quand elle se tourne vers moi.

"Qu'est-ce que vous voulez que je puisse y faire ?" Je demande incrédule. Je n'ai pas plus de connaissances en fenêtres cassées qu'elles.

"Ben..." Commence-t-elle en laissant trainer un sabot hésitant sur la moquette bleue. "Tu es une terrestre, tu dois bien pouvoir la réparer ?"

Quoi ?! Elle est sérieuse, de nos jours ? Je laisse la surprise s'effacer de mon visage pour la remplacer par de l'ennui. "C'est du tribalisme." Je réponds platement.

"Qui ne tente rien-" Grogne-t-elle sous un souffle presque inaudible.

Je soupire et m'approche pour prendre le montant, je le pose dans le seuil et donne quelques coups de sabots jusqu'à ce qu'il s'encastre et ne bouge plus. "Rien qu'un pégase ne saurait faire." Je dis entre mes dents. "On a plus qu'à espérer que le vent ne la fasse pas tomber."

Je me retourne et observe le couloir. Le mur extérieur, comme le reste de la tour est en marbre poli sans aucun revêtement. A la différence de la tour principale, celui-ci est noir et non blanc. Le mur intérieur qui lui fait face est en blocs de pierres recouvert de tapisseries, de la même façon que dans les baraquements L'espace entre les deux murs est assez large pour que plusieurs poneys puissent se croiser sans se toucher, Night Stalker pourrait se tenir à côté de moi, ses larges ailes complètement déployées qu'il y aurait encore un peu de place avant de toucher les murs.

Ceux-ci sont éclairés d'une légère teinte violette, provenant du ciel crépusculaire, filtrant à travers les quatre fenêtres identiques à celle que nous avons traversé, seules sources de lumière du passage. Le sol, apparemment en plancher pour ce que laisse deviner les craquements occasionnel est recouvert d'une moquette bleue nuit, rendu presque invisible par le teint ambiant. L'atténuation de mes pas par la combinaison et la douceur du sol qui disparait dans le néant me donne l'impression de voler.

Ce n'est peut être pas la meilleure métaphore à employer. Je me sens soudainement prise d'étourdissement et vais m'assoir à côté de Night Stalker qui m'observe en haussant un sourcil.

"Quelque chose ne va pas ?" Me demande-t-elle.

"J'ai le vertige." Je réponds en retenant un hoquet nauséeux.

"On est au sol." Juge-t-elle utile de me faire remarquer.

"Dites ça à mon cerveau." Je rétorque en essayant de masquer mon ennui. "Et maintenant, on fait quoi ?" Je demande en jetant un coup d'œil vers la fenêtre qui semble tenir sans trop de courant d'air.

"On s'en tient au plan." Répond-elle en reprenant son sérieux. "On attend que la garde fasse sa ronde en passant par ici et on en profite pour passer par la porte, ils ne devraient plus tarder." Dit-elle en se levant et se dirigeant vers l'une des deux extrémités du couloir.

Je la suis, laissant la paroi extérieure sur notre gauche. C'est un couloir de service qui fait la jonction entre la grande tour et l'aile de la nuit. Elle est utilisée par les serviteurs qui apportent la nourriture, les draps ou matériel de bureau. A cette heure elle est peu utilisée, mais ce n'est qu'une question de temps avant que Princesse Luna ne revienne de son office et que des poneys affluent dans l'annexe pour lui donner vie. Il faudrait que nous soyons parties avant ce moment, ou dans le pire des cas, tenter de se mêler au flot pour sortir par la petite porte.

Nous arrivons au bout juste au moment ou deux gardes vêtu d'une armure bleue sombre pénètrent dans le passage, leurs ailes de chauve souris et leurs oreilles ne laissent aucun doute sur leur appartenance à la garde de nuit. Les yeux en fente de l'un d'eux se pose sur moi et je suis figée par la surprise, est-ce qu'il me voit ?

Il s'arrête un moment et sa pupille se dilate pour laisser la lumière de la lune entrer dans ses yeux. Ils semblent briller lorsqu'ils scannent l'endroit où je me trouve. Il renifle légèrement et tend l'oreille, à la recherche de ma présence. Il tend un sabot dans ma direction lorsque je sens tirer sur ma crinière et me retrouve soudainement dans un hall bien plus éclairé, puis la porte se referme derrière le garde.

"Je peux savoir ce que tu fais ?" Me réprimande Night Stalker en lâchant ma crinière de sa bouche. "On a pas de temps à perdre, Luna sera de retour dans moins de vingt minutes."

"Je suis sûre qu'il me voyait." Je réponds d'un air absente, encore sous le choc d'avoir faillit me faire découvrir.

"Bien sûr que non, il faut des enchantements spéciaux pour nous voir. Enchantement qu'ils n'ont pas." Dit-elle toujours en gardant les yeux froncés. "En revanche nos combinaisons n'effacent pas notre existence, alors fait plus attention la prochaine fois, et ne reste pas bêtement plantée sans bouger quand ils s'approchent de toi." Elle prend une grande inspiration puis un ton légèrement plus calme. "Allez, reprends toi, comme je te l'ai dis, ils ont une excellente perception, c'est toujours surprenant la première fois, mais on doit y aller."

Elle reprend la marche au beau milieu du hall et je lui emboîte le pas après avoir pris un grand bol d'air. Le Hall est assez large et traverse toute l'aile de la nuit parallèlement à la grande tour, avant d'en croiser un autre qui lui part de la tour jusqu'aux quartiers de la princesse. A chacune de ses extrémités se trouve un gigantesque vitrail, partant du sol jusqu'au plafond présentant chacun une alicorne et un astre. Celui que nous laissons derrière nous en direction de l'ouest montre une alicorne bleue, tête vers le bas regardant la pleine lune, tandis que celui en face de nous met en scène une alicorne blanche, tête vers le haut regardant le soleil. Les deux emblèmes d'Equestria, même si elles ne sont pas sur le même support, les deux sœurs continuent à se faire face pour veiller sur le pays.

Je me demande pourquoi elles se font face plutôt que d'être côte à côte. Pourtant les fois où je les ais rencontrées, aucune d'elle ne semblait prendre le dessus sur l'autre ou s'opposer, mais bien au contraire, elles travaillaient ensembles et poursuivaient leurs idées. Elles se complétaient. Le seul souvenir d'elles que j'ai - que l'histoire a - d'une quelconque confrontation entre elles remonte a trois cents quarante sept ans, après le premier retour de Princesse Luna lorsqu'elle était sous l'influence de Nightmare Moon. L'emblème du pays était déjà celui-là avant son exil-

"Hm-Hm" Night Stalker me sort de ma rêverie d'un raclement de gorge. "J'apprécie que tu utilises tes talents d'observation, mais révise tes leçons d'histoire une prochaine fois veux-tu. Essaie plutôt de faire attention à ce qui se passe autour de toi, je ne voudrais pas que tu rentre dans un garde ou te prenne les pieds dans le tapis."

"Pardon ?"

Elle tape sur l'appareil accroché autour de son oreille gauche. Ah oui, ne pas laisser mes pensées s'échapper ou elle entend tout. "Il n'y a pas moyen que ça ne laisse filtrer que ce que je veux dire ?"

"C'est ce que c'est censé faire, il va falloir apprendre à gérer tes pensées. Maintenant concentre toi sur la mission."

A ces mots, une flèche apparaît sur la boussole dans mon champ de vision, en direction des quartiers de Luna. Mais avant d'y arriver, nous devons terminer de traverser le hall. Ce dernier, bien que plus richement décoré n'est pas si différents des baraquements. Des colonnes de marbre noir lustré séparent l'allée principale de la ronde et montent pour soutenir le haut plafond en voûte. Du sommet de chaque ogive pend un luminaire de cristal dont les reflets clairs viennent s'ajouter à la lumière des appliques murales sur les colonnes et les murs de pierre. Si les appliques ont la lumière dansante et tremblotante typiques de la bougie, les appliques ont elles la couleur bleutée de l'éclairage au gaz, encore un signe de la préservation historique du palais je suppose.

Néanmoins, je dois reconnaitre que l'effet ajouté par les appliques teintées, plongeant le hall bien éclairé dans une ambiance sombre et froide, est des plus réussis. Les murs en pierre sombre reflètent par-ci par-là les flammes des luminaires et donnent à l'endroit la vie qui lui manque, sans pour autant changer quoi que ce soit à son silence.

Je n'ai pas vraiment à m'inquiéter de rentrer dans un garde ou qui que ce soit. La plupart d'entre eux sont en poste dans les allées latérales, aussi rigides et imposant que la garde de jour. Si ce n'est pour leur apparence digne d'un compte sombre pour poulains. Les anciennes histoires décrivent les batponies comme des êtres de la nuit vivant dans des lieux sombres et humides, dans des zones inhospitalière. On raconte qu'ils se nourrissaient du sang des victimes infortunées qui leur demandaient refuge en Germaneigh. Si Princesse Luna les a pris sous son aile pour qu'ils composent la garde de nuit, elle n'a jamais démentie ces rumeurs.

Les seuls poneys partageant le tapis bleu roi qui recouvre le sol sont quelques gardes faisant leur ronde et certains dignitaires prenant ou terminant leur service. Ils se dirigent vers leur bureau ou la sortie de l'aile de la nuit. Sérieusement, l'espace est assez vaste pour que nous ne risquions quoi que ce soit, c'est presque trop facile. Le seul risque que nous courrons vraiment pourrait venir de la fenêtre si celle-ci venait à se déloger et donner l'alerte.

Parfois je me hais. A peine ais-je terminé cette pensée qu'un voyant rouge apparaît dans mon champs de vision, indiquant que les réserves de mon enchantement sont presque épuisées. Peu importe que je rentre dans un garde ou que je me trouve à proximité de l'un d'eux ayant des sens aigus. Si je réapparais soudainement au milieu du hall bien éclairé, je ne serais pas difficile à repérer.

"Euh, Night Stalker ?" Je l'interpelle, même si peu peuvent le voir, j'ai du mal à cacher ma nervosité, j'ai les oreilles baissées et ma démarche comme ma voix deviennent plus hésitantes. "Je crois que mon enchantement ne va pas tarder à s'arrêter."

Elle tourne la tête sans diminuer le pas - bien au contraire, en l'accélérant - et lâche un léger grognement. "C'était à prévoir, on les a activés trop tôt et on a perdu trop de temps dans le couloir."

Est-ce que je sens comme un air de reproche dans sa voix ? Dois-je lui rappeler que si nous avons perdu du temps c'est en grande partie à cause d'elle, et que c'est elle qui a activé nos talismans ?

"Et donc, qu'est-ce qu'on fait ?" Je demande en plissant le museau, légèrement ennuyée.

Elle s'arrête et jette un coup d'œil autour de nous, elle repère un poney en costume se dirigeant vers l'une des portes en bois d'une allée latérale sur notre gauche. Elle se dirige vers lui en me faisant signe de la suivre. Alors que le poney ouvre la porte qui mène dans un large bureau, nous nous engouffrons à sa suite et lorsqu'il referme la porte derrière lui, la jument noire lui assène un grand coup de sabot sur la nuque. Il s'effondre lourdement mais Night Stalker le retient pour éviter qu'il ne fasse trop de bruit en tombant sur les vieilles lattes de bois qui recouvrent le sol.

"Mais qu'est-ce que vous faites ?!" Je crie les yeux écarquillés par le choc.

Elle se contente de traîner sa victime derrière le bureau massif qui trône au milieu de la pièce et de le déposer derrière, à l'abri des regards qui pourraient venir de la porte. Elle s'approche ensuite de moi, d'un sabot elle donne un petit coup dans ma nuque tandis que de l'autre elle me fait signe de me taire.

Je m'apprête à recevoir le coup fatal en me repliant dans mes épaules quand son sabot vient délicatement tapoter mon talisman. Je peux de nouveaux sentir mon souffle anxieux et mon soupir de soulagement, tout indique qu'elle a mis fin à l'enchantement de discrétion. Elle fait de même avec sa combinaison puis retourne vers le bureau en me faisant signe de la suivre, sans aucune parole.

La pièce a une taille plus raisonnable que le gigantisme du hall, gigantisme que je retrouve tout de même dans la taille des meubles. Le bureau est immense, une fois assis derrière ce dernier, il faudrait de nouveau se lever et le contourner pour pouvoir accéder à certains documents et objets rangés sur celui-ci. Les murs sont recouverts de bibliothèques et porte-documents ne laissant aucun espace entre leur sommet et le plafond. Ils sont agrémentés d'une échelle coulissante permettant d'accéder aux derniers rayonnages. Les rares parcelles de murs qui ne sont pas recouvertes par ces meubles massifs sont décorées de tableaux décrivant la gloire de la princesse de la nuit. Je trouve même certains d'entre eux éblouissants, j'aimerai vraiment la voir sourire comme sur ces derniers, ça me changerait de son regard sévère, mais ajouterai aussi à sa beauté.

Au pied des tableaux se trouvent des petites commodes surmontées de fleurs de la nuit, commençant tout juste à s'ouvrir, leur couleur blanche ou rosée contrastant sur le ton noir grisé des murs de pierre ou marron des meubles en bois. Derrière le bureau, au lieu d'une grande fenêtre comme on pourrait s'y attendre, il n'y a qu'une grande banderole de l'emblème Equestrian. A côté de cette dernière siège une simple vitrine surmontant un mini placard, mettant en valeur quelques photographies de la victime de ma camarade et de sa famille, ainsi qu'une formidable collection d'alcools. Je n'ose même pas essayer d'imaginer qui nous venons d'agresser.

Night Stalker sort les plans de l'aile de la nuit de je ne sais où et les déplies sur le bureau en pointant une pièce. Si je me fie à mon sens de l'orientation, c'est là où nous nous trouvons, nous ne sommes vraiment plus très loin des quartiers de Luna, plus que quelques pièces à passer, bifurquer dans le hall faisant la liaison entre la grande tour et la chambre de la princesse, faire une vingtaine de mètres et nous y serions.

"Ca va se corser." Dit-elle gravement. "Sans l'enchantement, sous serons plus facilement détectées, surtout si tu continue à laisser ton esprit vagabonder." Elle dit ça en relevant la tête et me fixant avec ses yeux durs. "Je pensais que nous pourrions compter sur nos combinaisons jusqu'à ce que nous atteignions les quartiers de la princesse, mais ça semble maintenant impossible." Elle marque une pause le temps de réfléchir calmement.

Mon regard se porte sur notre victime qu'elle a cachée sous le bureau. Son costume qui se plie à chaque montée de ses côtes indique qu'il respire encore, et son visage ne montre aucun signe de douleur, j'ai juste l'impression qu'il est en train de dormir.

"C'était vraiment nécessaire ?" Je demande en pointant du sabot dans sa direction.

"A moins que tu aies préféré qu'il crie à la garde, oui." Répond-elle froidement. "Ne t'attends pas à ce que nous nous contentions toujours à rentrer dans un lieu, complètement invisibles et ressortir comme si rien ne s'était passé. La plupart du temps nous ne saurons même pas où chercher ni à quoi s'attendre. Notre situation actuelle en est un bon exemple."

"Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On attend que les talismans se rechargent ? Euh..." Je continue hésitante. "Et ça ne pose pas de problème de parler à voix haute ? On pourrait nous entendre."

Elle se tourne vers la lourde porte en bois. "Aucun risque, les bureaucrates tiennent à leur intimité, et à la discrétion, on pourrait s'égosiller qu'aucun son ne sortirait de cette pièce." Puis elle se retourne vers moi. "Sinon, nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre, ça prendrait trop de temps, Luna ne va pas tarder à revenir. Et les premiers serviteurs vont commencer à affluer d'un instant à l'autre." Elle prend un air songeur un instant avant de reprendre. "En fait c'est peut être une opportunité. Est-ce que tu as observé les arcs des allées latérale ?"

"Je n'ai pas vraiment eu le temps." Je réponds sincèrement, j'étais au bord de la panique et je n'ai pas eu le temps de prêter attention à quoi que ce soit lorsque nous sommes passées sous les arcs avant d'atteindre le bureau.

"Les colonnes qui soutiennent les arcs les reliant au mur sont soutenues par des poutres à la base de l'arc. Avec un peu d'agilité, on devrait pouvoir atteindre les quartiers de Princesse Luna en passant par là."

"Est-ce que les gardes ne risquent pas de nous repérer ?"

"Pas si nous profitons des premiers serviteurs, le hall sera bientôt rempli, il y aura plus de bruit et leur attention sera plus portée sur le flux de poneys que sur les arcs. Il faudra juste être vigilantes."

"Et comment est-ce qu'on est censé atteindre ces poutres ? Les colonnes montent à plus de cinq mètres de hauts, je doute qu'il soit possible d'escalader du marbre poli, encore moins de façon discrète."

"Il nous reste un peu d'énergie, ça devrait être suffisant pour que je nous emmène là haut, et j'espère qu'il en restera assez pour pénétrer dans les quartiers." Elle replie les plans et les fait disparaître sous son aile gauche avant de se tourner vers moi. "Il va falloir que je te montre une fonction de la lunette, ta boussole est affichée ?"

"Oui." Je lui réponds en hochant la tête, elle m'indique toujours un point bleu dans le cercle intérieur sur la position de Night Stalker, un point jaune en direction du bureau, probablement le poney assommé, et une myriade de point rouges ainsi que quelques rares jaunes dans les cercles intermédiaires et extérieurs. Ainsi que la flèche indiquant la direction des documents que nous venons 'voler'.

"Bien, maintenant concentre toi sur les points qu'elle affiche, pense aux poneys qu'ils représentent, tu veux savoir où ils sont, où ils vont, où ils regardent, tu y arrives ?"

Je me concentre, contractant tous les muscles de mon visage et fermant les yeux, je sens la sueur se former sur mon front et quand je rouvre les yeux, haletante, c'est sans trop de surprise que je me rends compte que rien n'a changé.

"Pas comme ça." Me dit Night Stalker. "Il faut que ce soit naturel, tu n'as pas besoin de te forcer, dis toi juste que tu vas pouvoir voir à travers les murs, fait comme si c'était moi que tu voulais voir, mais avec les points sur la boussole."

Je réessaye et peu à peu je vois les gardes apparaître à travers les murs et les meubles, je dois avouer que c'est assez troublant. J'ai l'impression de les voir flotter dans le vide, comme s'ils n'avaient rien à faire là où ils sont. Je vois les gardes comme les bureaucrates et les premiers serviteurs, certains immobiles, encastrés dans cette bibliothèque ou cette commode. D'autre se déplaçant d'une pierre à l'autre du mur en traversant un tableau ou piétinant les fleurs sans leur prêter la moindre attention. Cette vue commence à me donner le tournis, je n'arrive plus à différencier le décor du bureau de l'espace dans lequel tous ces poneys se trouvent.

Je tourne légèrement de l'œil avant de me laisser tomber lourdement sur les hanches en forçant mes yeux fermés. Mais les images semblent s'obstiner à vouloir rester.

"Quelque chose ne va pas ?" Me demande Night Stalker, je peux entendre l'inquiétude dans sa voix tandis qu'elle se rapproche.

"Je crois que j'ai un peu forcé." Je lui réponds avec un grognement de douleur. "Les images sont trop nettes et me causent un mal de crâne, même en fermant les yeux elles ne veulent pas partir."

Je la sens s'approcher de moi et tirer quelque chose dans ma nuque. "Déconnexion." Indique la voix dans ma tête. Je rouvre les yeux et les images ainsi que la boussole ont disparues, j'ai juste un filtre vert devant mon œil gauche, je soupire de soulagement et elle rebranche la lunette à mon implant. De nouveau des chiffres et une barre de chargement envahissent mon champ de vision avant que la voix ne m'indique que la synchronisation est terminée. La boussole refait son apparition ainsi que tous les points qui l'accompagnent. Je repense aux documents dans les quartiers de Luna et la flèche vient compléter le tout.

"On recommence." Dit Night Stalker qui commence à s'impatienter en jetant des regards furtifs vers la porte. "Concentre toi uniquement sur leur présence, pas sur leur apparence, tu devrais voir apparaître des spectres de couleurs et non les poneys en eux même."

Je peux comprendre son envie d'en terminer au plus vite, Luna devrait être de retour dans moins de cinq minutes et les nombre de points sur la boussole augmente de manière affolante, bientôt le hall sera bondé de poneys commençant leur service et leur nuit de travail. Je me concentre une dernière fois, et en effet au lieu de voir à travers les murs, des tâches jaunes et rouges apparaissent devant moi. Apparemment, plus le poney est loin, plus sa tâche est petite et moins saturée. Night Stalker quant à elle est entourée d'une aura bleue vivide qui lui donne un aspect presque mystique.

"C'est bon, ça marche." Je m'empresse de lui répondre.

Nous attendons que deux tâches rouges passent devant la porte avant d'activer nos combinaisons et sortir du bureau. Malgré le flot de poneys dans le hall, celui-ci reste relativement silencieux. Certains bureaucrates s'arrêtent pour discuter à voix basse tandis que le pas des autres est étouffé par le tapis bleu. La majorité du son provient des lampes à gaz qui laissent s'échapper le combustible pour éclairer l'allée principale.

Night Stalker me saisit par le buste avec ses pattes avant pour nous déposer sur la poutre au dessus de nos têtes. Une fois posées, elle passer devant moi et nous désactivons les talismans pour apparaître de nouveau. Les allées secondaires ne sont éclairées que par les reflets de l'allée principale sur les pierres des murs et le marbre des colonnes. A l'exception de quelques portes surmontées d'une lampe. En revanche le haut des arcades reste assez sombre, la paroi est bloquée par les ogives du hall, tandis qu'un réseau d'épaisses poutre en bois relie chaque arc et poutre de soutient.

Ce sont sur celles-ci que Night Stalker prend les devants, mon museau à seulement quelques centimètres derrière elle. Si même en l'absence d'enchantement les combinaisons continuent d'atténuer le son de nos pas, il n'en est rien pour les grincements des morceaux de bois sur lesquels nous progressons. A chacun d'eux, je les accompagne d'un grincement de dents.

Comme le disais ma camarade, les gardes semblent plus préoccupés par la petite foule dans l'allée principale que le craquement des édifices en bois, mais cela ne me rassure que de peu. Si Night Stalker est agile et marche debout gracieusement sur nos supports, je suis presque recroquevillée, les jambes tremblantes et suantes, mesurant chacun de mes pas avec une précision scientifique, espérant ne pas me louper pour m'empaler cinq mètres plus bas sur la hallebarde d'un garde.

Au plus nous approchons des quartiers de la princesse de la nuit, au plus les spectres rouges se font nombreux et denses. Et alors que la grande porte avance vers nous à grand pas, une question me vient à l'esprit, comment sommes nous censé rentrer ?

"Patience," me répond Night Stalker à travers l'appareil. "Des serviteurs devraient être en train de s'occuper de sa chambre, dès qu'ils sortent, on en profite pour entrer. Ton enchantement a encore de l'énergie ?" Je regarde la barre rouge au coin de ma vision et lui répond par la positive. "Parfait." Dit-elle en continuant notre marche de haute voltige.

A peine sommes nous arrivé à proximité de la grande porte d'ébène que celle-ci commence à s'entre-ouvrir. Les battants sont si grands que la petite ouverture suffit pour créer un courant d'air assez fort pour faire gigoter les bougies des luminaires. Les reflets cristallins se mettent à danser dans tout le hall, certains parviennent jusqu'à nous et je serre la mâchoire dans l'espoir que personne ne lèvera les yeux, nous sommes éclairées comme des guirlandes d'hearth warming eve.

Ma vision se trouble lorsque je disparais et un cri de surprise silencieux s'échappe de ma gorge alors que nous nous élançons en plein vol pour franchir la lourde porte renforcée d'acier aussi noir que le bois qui la compose. Une fois à l'intérieur, les derniers serviteurs à la nuque apparente quittent la pièce laissant l'immense structure se refermer derrière eux. Si nous n'étions pas dans ce qui semble être la chambre de Princesse Luna, je trouverais cette action assez sinistre. Le vent vient m'ébouriffer la crinière avant de s'échapper par un balcon qui est resté ouvert.

Contrairement au hall aux murs sombres mais aux lumières claires, la chambre se perd dans les abîmes malgré les décors de ses parois. Seul le mur sur lequel repose la porte est fait du même marbre sombre qui compose les colonnes dehors. Comme elles, il brille légèrement dans la lumière ambiante. Celle ci provient en grande partie du ciel violet à travers les larges fenêtres, des étoiles et de la lune qui a quitté l'horizon.

Les autres murs semblent recouverts de paillettes leur donnant le même aspect que le ciel étoilé. Au fur et mesure que l'astre monte dans le ciel, la lumière scintillante danse et part se propager dans toute la pièce et les éléments qui la composent.

Pour la majorité, il s'agit de grandes pièces de tissus jouant sur les gris et les mauves, donnant à la chambre un aspect fantomatique. Que ce soit les rideaux du balcon ou des fenêtres, les tapisseries pendant du plafond ou encore les pièces attachées au large lit au milieu de la pièce, tous se bercent sous le souffle léger de la brise.

En dehors du lit, la chambre est assez sobre, il y a une grande armoire posée contre l'un des murs ainsi qu'une maquilleuse, mais ce sont les seuls meubles que je peux voir dans la pénombre. A ma surprise, aucun d'eux n'est dans les tons sombres qui règnent dans toute l'aile de la nuit, mais plutôt dans les couleurs platine, c'est probablement la raison pour laquelle j'arrive à les voir aussi clairement.

"On n'a pas le temps d'admirer le paysage, la lune est déjà levée, Luna ne va pas tarder à arriver, bouge-toi."

Je sors de mes pensées et me rend compte que nous sommes posées sur la moquette grise de la chambre, Night Stalker est déjà devant la porte menant à la salle d'étude de la princesse et son enchantement a pris fin, comme le mien quand je regarde mes sabots.

Je m'empresse de la suivre et nous entrons dans la pièce suivante. Au même moment, une grande silhouette sombre se pose sur le balcon et la grande porte s'ouvre de nouveau. Night Stalker ferme la porte du bureau derrière nous et tente désespérément de réactiver son talisman, mais il n'y a rien à faire. Je n'obtiens pas plus de résultats qu'elle.

Nous n'avons même pas le temps de commencer à chercher que la porte s'ouvre de nouveau, déversant un flot de batponies, nous encerclant et nous tenant en respect de la pointe de leurs lances et hallebardes.

"On ne bouge plus !" Nous ordonne l'un d'eux. Son armure est plus brillante que les autres et son casque est recouvert en son centre de crin dressé. Son visage est sévère et ne laisse pas de toute quant à ce qui nous arrivera si nous ne l'écoutons pas.

La pièce est plutôt petite et c'est tous juste si nous tenons tous à l'intérieur. Mon postérieur est collé à celui de Night Stalker, et je peux sentir plusieurs lames collées contre ma gorge et mes flancs.

Tout est allé si vite que je n'ai même pas eu le temps de réagir ou de paniquer. Nous sommes entrées dans la chambre il n'y a que quelques secondes et voilà que nous sommes à la merci de la garde. Je commence enfin sentir mon corps répondre à la situation, je sue à grosses gouttes et chaque déglutition se fait plus bruyante et difficile. Mon cœur s'emballe et l'adrénaline mélangée à la peur brouille tous mes sens. Ma vue se voile et mes oreilles bourdonnent, le sol déjà cotonneux sous les effets de la combinaison semble se rétracter sous lui même et je n'ai pas d'autre choix que de l'accompagner dans sa chute, je ne ressens même pas de douleur quand mes fesses viennent heurter à grande vitesse le parquet, me pliant les jambes sous un mauvais angle et leur causant plusieurs crampes.

Le souffle court, je ne peux m'empêcher de penser à ce qui va nous arriver. Cachot, bannissement, torture, mort ? Je n'arrive pas à croire que j'ai dû vivre l'enfer ces deux dernières semaines, à devoir suivre les caprices de deux groupes de sœurs obnubilées par un pouvoir dont je n'ai rien à faire pour simplement finir décapitée par des gardes au visage enragé.

Une grande silhouette entre dans la pièce et les gardes s'écartent pour la laisser passer, certains sont même obligés de sortir pour lui faire de la place. Elle nous observe le visage sévère puis un sourire apparaît sur ses lèvres lorsqu'elle se concentre sur ma camarade, qui elle semble plutôt calme compte tenu de la situation.

"Nous avons gagné." Dit Princesse Luna victorieuse. "Tu as beau être l'une des meilleures, ne surestimes pas tes capacités Night Stalker."

"J'avais un handicap." Grogne la jument noire en retour.

Princesse Luna tourne son regard vers moi, son sourire ne la quittant pas, mais une légère stupéfaction s'ajoutant à son air de victoire. "Cela-dit, Nous sommes agréablement surprise de voir que vous êtes arrivées jusqu'ici. Vos combinaisons ne se seraient pas désactivées lorsque vous avez franchit la porte, vous auriez probablement réussi votre mission. Si Nous ne vous avions pas trouvées, ce dont Nous doutons." Me dit-elle en posant fièrement un sabot sur sa poitrine.

Je suis complètement perdue, je comprends de moins en moins ce qui est en train de se passer.

"Sergent." Dit la princesse à l'attention du batpony à l'armure brillante. "Vous pouvez disposer et renvoyer vos gardes à leur poste."

Une fois la pièce vidée et plus respirable, la princesse nous fait signe de la suivre dans sa chambre. En voyant mon état de détresse et de béatitude Night Stalker me donne un léger coup de flanc. "Détends-toi." Me dit-elle d'un ton léger. "La mission est terminée, plus besoin de stresser."

Je tourne lentement la tête vers elle, la crinière collée sur mon front et mon cou par la sueur, les yeux rouges marqués par la soudaine fatigue et le stress, et la bouche bée. Je dois avoir l'air d'un lowcast décérébré à l'heure actuelle. "Mission terminée, Echec." La voix de mon implant semble juger utile de rajouter. La boussole et tous les voyants lumineux disparaissent de ma vision, me laissant avec cette stupide lunette verte sur la moitié du regard.

"qu'estcequisepasse?" Je demande bêtement à ma camarade.

Princesse Luna invoque une légère lumière blanche dans la chambre qui suffit tout juste à éclairer les moindres recoins mais lui laisse cet aspect sinistre et merveilleux. Enfin une lumière qui n'agresse pas mes pauvres yeux.

Elle nous fait signe de nous assoir autour d'une table basse qui n'était pas là il y a un instant. Nous nous exécutons puis un groupe de serviteur arrive avec un chariot chargé de tasses, de thé et de biscuits. Pas le genre de châtiment que j'aurais imaginé pour avoir violer le sanctuaire d'une déesse.

Les poneys habillés de noir et à l'implant bien visible se chargent de dresser la table d'une légère nappe blanche brodée sur laquelle ils déposent les coupelles, un pot de sucre et la théière après nous avoir servi.

L'arôme vient effleurer mes narines et je prends une gorgée après que la princesse et Night Stalker aient fait de même. Le liquide chaud au goût de fleur d'oranger agrémenté de la légère acidité de la pomme réussit un peu à me calmer. Mes muscles se détendent un a un et l'air que je retenais inconsciemment prisonnier dans mes poumons s'échappe dans un long soupir. J'ajoute deux sucres dans ma tasse et remue avant de prendre une nouvelle gorgée pour finalement la reposer dans sa coupelle.

Les deux autres juments à la table me lancent un regard plutôt... satisfait ?

"Ca y'est, tu t'es calmée ?" Me demande Night Stalker.

"Je crois." Je réponds gênée en regardant mes sabots. J'ignore pourquoi mais je trouve la présence de la princesse plutôt intimidante. Ce qui n'était pourtant pas le cas de nos rencontres précédentes. D'un autre côté, je ne prenais pas le thé avec elle ces fois là, je n'avais aucun risque que mon manque de tenue ne pose de problèmes.

En parlant de ça, je regarde avec horreur quand les serviteurs posent la boîte de biscuit sur la table. Je ne supporterai pas de voir l'appétit vorace de la pégase noire me causer de l'embarras devant un haut dignitaire deux fois dans la même journée.

Princesse Luna prend Night Stalker de vitesse en saisissant rapidement un biscuit enrobé de chocolat et croquant joyeusement dedans, faisant voler des miettes dans tous les sens. Elle n'a pas finit de savourer cette première bouchée que la seconde moitié vient la rejoindre dans sa bouche. Elle mâche gaiement les joues pleines en faisant quelques gémissements de plaisir, très vite rejoints par ceux de Night Stalker qui a mangé son biscuit avec la même hâte et délicatesse.

Je me demande si je ne me prends pas un peu trop la tête avec la tenue de table. Tout à coup la princesse n'a plus rien d'intimidant.

"Princesse," dit Night Stalker la bouche encore pleine. "Si Morgan a le meilleur chef cuisinier, vous avez le meilleur chef pâtissier du pays. Même les Cakes ne parviennent pas à mettre autant d'amour et de passion dans leurs créations."

"Tu Nous flattes capitaine." Répond la princesse en rougissant légèrement après avoir avalé bruyamment sa bouchée. "Je les ais fait moi même pour célébrer ma victoire."

"Oh ?" Dis Night Stalker en avalant tout aussi discrètement. "J'espère que vous nous avez préparé vos donuts ?" Elle se tourne vers moi. "La princesse fait les meilleurs donuts que j'ai jamais gouté, la rumeur dit qu'elle a été enseignée par Donut Joe lui même. Quel gâchis que sa ligne ait été absorbée par Pink&Cakes."

Princesse Luna ne contrôle plus son rougissement, et je suis encore plus perdue qu'il y a quelques instants.

"Excusez-moi." Je les interromps abasourdie. "On a échoué, est-ce que quelqu'un peut m'expliquer comment on passe de l'infiltration ratée des quartiers de la Princesse à s'empiffrer de biscuits autour d'une tasse de thé aromatisé ?" Je demande alors que l'une des servantes vient justement re-remplir ma tasse du breuvage odorant.

Princesse Luna me fixe du regard, toujours aussi léger. Je voulais la voir sourire, je suis servie, j'ai même du mal à me rappeler du regard scrutateur et sévère qu'elle me lançait il n'y a de ça que quelques jours. Elle avale une gorgée de thé avant de me répondre.

"Vous ne pensiez tout de même pas que vous réussiriez à vous infiltrer dans l'endroit le mieux protégé du pays et dérober quelque chose qui m'appartient ?" Ces mots me semblent étrangement familiers. J'ai honte de l'admettre, mais même si ma fierté voulait que nous réussissions l'impossible, les chances d'y arriver étaient quasi-inexistantes.

"La garde de nuit est l'élite de l'élite." Ajoute Night Stalker. "Les batponies ont des sens et des réflexes beaucoup plus développés que la plupart des autres espèces hippiques, ce qui leur donne un don naturel pour les activités martiales. La plupart des membres de la garde de nuit ont étés recrutés dans les services spéciaux, je dois être la seule à avoir plus d'expérience et de talent qu'eux, c'est même mon talent spécial. Ma cutie mark représente des lunettes de vision nocturne, un vieux modèle qui a été abandonné depuis plusieurs années. Toujours est-il que cette mission servait surtout à évaluer jusqu'où tu pouvais aller, il n'y avait aucune chance que nous réussissions, et c'est même plutôt rassurant."

"Imaginez s'il suffisait de deux poneys dont un totalement inexpérimenté pour pouvoir voler les secrets du pays, ce serait inacceptable, et nos ennemis s'en donneraient à cœur joie." Reprend Princesse Luna. "Mais encore une fois Nous tenons à indiquer que Nous sommes plus que satisfaite par les résultats. Nous croyons que vous êtes prêtes pour partir sur le terrain. Nous en parlerons à Notre sœur demain matin, Nous sommes sûres qu'elle approuvera. Pour le moment profitez du thé."

"Et pour l'ordre de mission ?" Je me sens obligée de demander puisque les deux autres semblent plus intéressées par la nourriture que par la vraie raison de notre présence ici.

Il y a un 'plop' et un parchemin apparaît dans les airs entourée d'une aura bleue. Princesse Luna tend ce dernier à Night Stalker qui en brise le sceau, le déroule et commence à le lire.

"Comme convenu," commence la princesse sur un ton plus sérieux. "Vous irez à Fillydelphia. Avec la corruption qui y règne, vous ne devriez pas avoir trop de mal à trouver quelque chose. N'hésitez pas à faire le ménage en chemin, les autorités se sont montrées assez laxistes. A ce sujet," elle se tourne vers moi. "Nous avons une mission qui devrait vous aider à gagner la confiance des Me. Vous connaissez Green Pasturges ?"

Je réfléchis un instant avant de répondre mais je suis interrompue par mon MAI. "Green Pasturges, petite ville ayant gagnée en notoriété après l'ouverture des complexes Hôteliers Rich&daughters. Chaque années, les hôtels ainsi que les centres de soin et de beauté attirent des milliers de touristes dans cette petite ville située dans les plaines au pied de la Foal Mountain."

"Maintenant oui." Je réponds presque étonnée, voilà deux semaines que je n'avais pas reçu d'informations de mon implant.

"Parfait." Déclare la princesse. "Nous gagnerons du temps. Plusieurs vacanciers se sont plaints de certaines pratiques dans les hôtels et certains centres de soin, mais les autorités locales ne semblent pas vouloir agir. Nous voudrions que vous vous rendiez sur place, c'est sur le chemin de Fillydelphia sur la voie royale, vous n'aurez pas un grand détour à faire. Enquêtez et essayez d'obtenir des réponses de l'autorité, s'ils ne se montrent pas coopératif, n'hésitez surtout pas à les livrer aux Me, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser la... 'Gangrène' se répandre dans les petites villes."

"Excusez-moi Princesse." Demande Night Stalker en relevant la tête du parchemin. "Il est écrit que nous nous déplaceront en prenant le train, mais Free Will réagit plutôt... violemment aux transports rapides. Je pense que nous devrions plutôt nous contenter d'un carrosse, ça ne rallongera le voyage que de quelques jours. J'ai déjà entendu parler de la situation à Green Pasturges, à mon avis il ne nous faudra pas beaucoup de temps pour la régler. De plus ce n'est pas comme si les choses allaient miraculeusement s'arranger à Fillydelphia pendant notre voyage."

Princesse Luna semble réfléchir à la demande pendant un moment. Elle reprend une gorgé thé qui a commencé à refroidir et repose la tasse sur sa coupelle. "Nous en parlerons avec Notre sœur demain à l'aube, mais personnellement, Nous n'y voyons pas d'inconvénient, tans que votre tâche sera effectuée. Vous trouverez toutes les informations dont vous avez besoin demain matin dans votre salle de briefing."

Alors qu'elle termine sa phrase, un nouveau servant entre dans la chambre, tenant un plateau sous cloche dans son aura. Il s'approche et dépose le plateau sur la table à côté de la théière avant d'en retirer la cloche pour en dévoiler de nombreux beignets troués en leur milieu et suintant d'huile et de sucre glace.

"Mais avant ça." Reprend la princesse. "Nous vous en prions, partagez Notre déjeuné avec Nous."

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