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La Plume d'Aurore

Une fiction écrite par Raincloud.

Chapitre 2 - Dragon Guest

Au milieu d'Atrexalcoatl, tout était devenu calme. Je n'avais jamais vu cette jungle aussi calme à vrai dire... et c'était louche. Après tout, depuis mon arrivée, tout n'était qu'agitation, panique et course-poursuite autour de moi. Donc même s'il était étrange, je profitais un peu de ce calme. Faudrait que je m'installe ici quand je prendrais ma retraite... Une petite maison à côté d'une cascade... pas mal non ?

Mais ma pause express fut perturbée par un bruissement. Fini de rêvasser, la mission reprenait ! J'avançai à pas de loup en soulevant délicatement les feuilles. Après une course des plus intense, l'heure était maintenant à la discrétion. Je ne pense pas qu'ILS m'avaient remarqué, je pouvais donc me faufiler vers le bruit qu'ILS faisaient au loin. Des cris rauques de satisfaction, un accent espagnol... bref, je n'étais pas très loin de ma cible...



Alors, je déployai mes ailes de compétition. Baissai mon chapeau sur mon front et m'auto-congratulai un peu :

« Tu es vraiment la meilleure traqueuse de l'histoire, Daring. »

Après quoi je bondis comme une flèche hors de la jungle et atterrit sur la terre mouillée d'une clairière à l'abri des regards.

Et avant de lancer mon célèbre « Rends-moi l'artefact, vil seigneur du mal ! » je constatai vite mon erreur.



En fait je m'attendais à trouver un camp, avec un petit feu, deux ou trois gangsters et quelques cris de surprise.



Mais là, pas de « Malheur, c'est Daring Do ! » ou « Comment nous a-t-elle suivis ? » et encore moins de « Enfin, nous nous retrouvons, ma pire ennemie ! »

Non non, juste une vieille baraque abandonnée au milieu de la clairière. Pourtant j'étais sûre de n'avoir entendu aucune porte claquer. Et je compris pourquoi : il n'y avait pas de porte...

Ah, les vieilles bâtisses... pendant toutes ses années de baroud, je crois que je n'avais jamais rencontré une vraie maison solide avec quatre murs et une porte... enfin bref.



Persuadée par les empreintes, que mes voleurs étaient passés par là, je me postai à nouveau en position d'infiltration, ailes soudées au corps, museau contre le sol, et entreprit l'exploration de la maisonnette.

À l'intérieur, aucune lumière, je fouillais dans ma poche pour dégoter ma lampe de secours mais... argh, elle avait dû tomber quand j'ai cogné cette licorne intrusive tout à l'heure ! Mais pas de problème, Daring Do a plus d'un tour dans son sac...



Mon esprit débrouillard reconnu bien vite dans le noir une cheminée, une plaque de métal, une longue tige en bois et des morceaux de verre. Et tout en imaginant un système ingénieux que j'aurais pu concevoir pour bricoler une torche... j'appuyais sur l'interrupteur à l'entrée pour allumer la lumière.



Un peu moins prestigieux, certes, mais de toute façon, je ne risquais rien : c'était effectivement désert. Pas un seul gars planqué pour me sauter dessus, me lier les pattes et me jeter du haut d'un ravin, non, le calme plat... tu me manques, le ravin...



Les malfaiteurs avaient dû m'entendre et faire semblant d'entrer dans la bâtisse pour détourner mon attention, avant de s'enfuir à toutes jambes...

À toutes jambes... ça m'étonnerait fortement, car bientôt, j'entendis un bruit de moteur. J'allais sortir pour essayer d'identifier l'engin mais, en prêtant bien l'oreille, je remarquai que le bruit venait plus de la maison en elle-même.



Était-ce une maison transformée en robot comme celle que l'infâme Professeur Galofis avait utilisé pour conquérir le royaume des Ponillions d'Argent dans le tome 47 ? Évidemment que non, toute son armée avait été détruite par un aborigène myope du nom de Karikstan dans le tome 49, celui qui revint sous forme de zombie pour se venger des habitants de Uatzilectoum dans le 54.

Ou peut-être était-ce le 61 pour Karikstan... et le 17 pour Galofis... De toute façon, c'était une mauvaise idée : je n'avais pas du tout envie d'affronter un zombie.



Mon regard se posa alors sur la cheminée... elle m'a semblé des plus louches... en effet, pourriez-vous me dire ce qu'elle faisait là... s'il n'y avait aucune sortie de cheminée à l'extérieur ?



C'est alors qu'une violente secousse me propulsa contre cette cheminée. Je me mis alors à cracher de la suie, le plus discrètement possible, car j'entendais bientôt des voix venant d'en haut.

« J'ai bien vu que le motor avait explosé, crétino ! Y tu as alerté toute la rrrégion ! Va m'en chercher un otro ! »

Alors je relevai mes yeux vers le haut, dans le conduit de cheminée. Une vingtaine de barreaux d'échelle étaient encastrés dans la paroi. Je souris en pensant :

« Soit j'ai trouvé la maison du Père Noël, soit je suis sur la bonne piste. »

Alors je m'agrippais aux barreaux et commençai mon ascension. Les voix se rapprochaient de plus en plus, surtout celle de l'étalon ibérique énervé.



Une fois en haut, je me retournai sur le barreau et me hissai doucement au dessus de la sortie de cheminée pour observer la scène. Nous étions dans un espèce de grenier où quatre ou cinq poneys avec des lunettes noires s'affairaient.

Parmi eux, il y en a un qui tira sur un levier. Aussitôt le toit s'ouvrit bloc par bloc avec des mécanismes ingénieux comme dans un film de science-fiction... sauf que plein de pierres et de planches de bois tombaient sur la tête des poneys présents. Conclusion : ne jamais installer son repère secret de méchant dans une vieille cabane en ruine.



Une fois que la lumière avait pénétré dans la zone, je pus mieux distinguer l'immense engin qui faisait ce bruit étrange.

On aurait dit un grand dirigeable, avec une nacelle assez grande en bois. Plusieurs hélices étaient plantées dans la nacelle et devaient être un moyen de propulsion. Le ballon était gonflé au maximum, on pouvait lire en plein milieu : Hélium & Co, location de dirigeable pour un prix discount avec un poney souriant qui clignait de l’œil.

Je me mis à soupirer : je savais que mon ennemi était plutôt du genre près de ses sous...



Et quand on parle du loup, il était là, juste devant. Fier de lui, fier de son acquisition. Il me faisait dos mais je le reconnus immédiatement avec sa crinière noire brushinguée, sa chemise blanche sur pelage gris, sa barbe de quatre jours et demi et son crâne doré en guise de marque. Il tenait dans sa patte une roche brillante et rouge.



Au milieu de son rire diabolique, je poussai sur mes pattes pour m'envoler en salto avant et retomber, prête à en découdre, juste dans son dos.

« Tu nous fausses compagnie, Caballeron ? »

Tous ses comparses se tournèrent vers moi. Lui se retourna façon grand génie maléfique, c'est-à-dire avec un sursaut de peur.

« Oh malheur, mais c'est... euh... nos conecemos, señorita ? »



Après un nouveau soupir, je passai ma patte sur mon visage afin d'enlever la suie qui m'avait rendue plus sombre. Non mais, je dois avouer, c'est vrai, ça devait être perturbant et difficile de me reconnaître...

« Oh caramba, s'écria-t-il après un « Ah d'accord ! », c'est Daring Do ! Changement de programme, les gars, on embarque ! »



Il jeta sa roche à un de ses larbins, qui la jeta à un autre, qui la jeta à un autre qui faillit la rater, avant de la jeter à un autre qui l'envoya dans la nacelle du dirigeable.

« On peut pas partir ! s'écria un poney. On n'a pas de moteur, patron !

- Alors vous allez pédaler ! » dit Caballeron en l'attrapant par le col et le jetant dans la nacelle.



Puis il embarqua avec lui et tous ses autres amis. Je me précipitai pour me payer une place à bord, mais un des gars aux lunettes noires me frappa alors d'une grosse planche et je tombai au sol.

« Tu salueras tes bleus de ma part ! » lança Caballeron tandis que son engin décollait.

Une flamme fit rapidement monter le ballon. Et les hélices se mirent à tourner. Le bruit de moteur fut remplacé par les essoufflements des quatre poneys qui pédalaient comme des coureurs cyclistes pour faire marcher l'engin volant.



En parlant de volant, il me semble que Caballeron avait oublié un truc... Je me relevai assez vite, déployai mes ailes et décollai comme une fusée vers le dirigeable.

J'entendis Caballeron gémir :

« Oh caramba, ces pégases ! Débarrassez-moi de cette teigne !

- Canon à sève enclenché, patron ! »



Le larbin restant dégaina alors une espèce de mitraillette qui se clipsa sur le rebord de la nacelle et qui se mit à me viser.

« Pfff, soupirais-je... pourquoi j'ai pas fait éleveuse de moutons ? Quelles sont les chances d'être visé par un canon à sève en tant qu'éleveuse de moutons ? »

Alors une rafale de tirs gluants fondit sur moi. Je les évitai avec des tonneaux, des passages par dessous et toutes sortes de galipettes aériennes.



Le gars du canon commençait à s'énerver. Il donna un coup dans la machine qui se mit à tirer n'importe comment. Lui se prit une cartouche qui le colla au sol de la nacelle. Quant à moi, je n'eus pas le temps de rire que je fus touchée également.

La sève se mit à coller à mes ailes, je n'arrivais plus à les faire battre. Condamnée à chuter sous les yeux d'un Caballeron satisfait, j'essayai de trouver vite une solution.

Par chance, une longue corde raccrochée à la nacelle se balançait au gré du vent. Je fondis sur cette dernière chance et la rattrapai à son extrémité en poussant un cri de victoire.



Caballeron se mit à enrager :

« Aaaah ! Qui est l'abruti qui a laissé cette longue corde raccrochée à la nacelle se balancer au gré du vent ?! Elle a fondu sur cette dernière chance et l'a rattrapé à son extrémité en poussant un cri de victoire ! »

Aussitôt, un gars originairement en train de pédaler dégaina un couteau et se mit à scier la corde. Je remontai en vitesse comme je savais si bien le faire et lui donna un coup de patte arrière dans le museau. Après quoi j'atterris dans la nacelle, attrapai le couteau et le jetai sur la veste d'un nouvel attaquant.

Celui-ci se retrouva épinglé à la nacelle, coincé, mais bien content que je n'ai pas visé ailleurs.



Alors je me retournai vers Caballeron qui commença à reculer, vers la proue.

« Hé hé, Daring... tu sais qu'on peut s'arranger... je suis très bon en arrangement... »



Je me jetai sur lui et le plaquai à terre avec une prise d'arts martiaux. Puis je lançais la question qui me taraudait depuis un moment :

« Où est LA PLUME D'AURORE ?!

- Que... quoi ? répondit-il étonné. La Plume d'Aurore... mais je... je croyais que tu voulais la Rune d'Atrexalcoatl !

- J'ai pris ton dirigeable, je récupérerai la Rune dans tous les cas. Mais j'ai besoin que tu me dises où tu as planqué la Plume ! »



Je tirais un peu plus sur la jambe que j'étais en train de lui déboîter depuis ma prise.

« Aïe ! Mais... Ouille ! Je sais pas ! Je sais pas où elle est !

- Tu vas me dire qu'elle n'est pas avec toi ?

- Non ! »

Je ne pus m'empêcher de tirer un peu plus.

« Ayayayayayayayay ! Je suis sérieux ! »

Alors je le lâchais et il se redressa... enfin plus ou moins tordu...

« Je l'ai pas vu depuis des mois ! dit-il en regardant sa jambe.

- Elle a disparu il y a une semaine.

- Tu vois, ça peut pas être moi ! Je suis qu'une modeste archéologue moi, je ne m'intéresse qu'aux pierres, aux anneaux anciens, aux reliques qui valent una fortuna, pas aux vieilles légendes dragonniques même pas fondées !

- Tu me jures que tu ne l'as pas vu et que tu ne saurais pas où elle pourrait être ?

- Juré sur la tête de ma fille...

- Je t'interdis de jurer sur la tête de ta fille !!

- Attends, j'ai peut-être une idée de qui l'a emmené mais ça va pas te plaire...

- Dis-le ou je te casse l'autre jambe !

- Très bien... très bien... euh... Ahuizotl...

- AHUIZOTL ?! T'es sérieux ?! Il est ici, à Atrexalcoatl ? Comment a-t-il pu avoir ma Plume ? J'ai tout fait pour qu'il ne sache jamais qu'elle existe !

- Oh... j'ai peut-être accidentellement mentionné une fois... ou deux... en sa présence... son existence... et peut-être... sa cachette...

- Je le savais ! m'écriais-je. J'en étais sûre ! Tu n'es qu'un irresponsable, Caballeron !

- Euh... dit-il pas très convaincu... c'est Docteur Caballeron...

- Tu es responsable de la Plume d'Aurore autant que moi, Caballeron ! C'est la seule chose que j'ai accepté de partager avec toi. Les circonstances ont fait qu'elle t'appartient légitimement, mais ce n'est pas une raison pour la livrer à Ahuizotl sur un plateau d'argent !

- Eh, calmos ! Je lui ai pas vendu non plus ! D'ailleurs, je me demande combien j'aurais pu en tirer... Eh ! Il a fait ça dans mon dos en fait !

- Je te déteste... » soupirais-je.



C'est alors que deux poneys aux lunettes noires me tombèrent dessus. J'en frappai un avec ma queue et l'autre avec le poing. Puis j'attrapai la rune rouge qu'il gardait dans sa poche et me mit à courir vers le bord de la nacelle.

« Tu peux toujours t'enfuir, lança Caballeron. Mais compte sur nous pour te poursuivre avec ce dirigeable de compétition !

- Excuse-moi, mais j'ai un léger doute. »

D'un coup de tête, je montrais à Caballeron le poney collé par la sève, l'autre coincé par un couteau et les trois autres assommés, avant de conclure :

« Qui pédale ? »



L'archéologue se précipita sur le bord pour voir que le dirigeable chutait désespérément vers les arbres de la jungle.

« On se retrouvera, Daring Do ! grinça-t-il.

- J'y compte bien ! dis-je en sautant du rebord. Faudra qu'on s'explique ! »

Puis j'attrapai la corde en vol et glissai en saluant mes ennemis. À son extrémité, un saut puis une roulade et je me retrouvai sur la terre ferme.



Là, j'empoignai une branche pour me décoller cette sève de mes ailes.

C'est alors que je sentis quelque chose craquer dans la poche où j'avais glissé la rune d'Atrexalcoatl. En l'ouvrant je découvris une multitude de poussière et de cailloux disloqués. En attrapant et frottant un des cailloux, je parvins à faire partir la peinture rouge qui le recouvrait.



Folle de rage, je le jetai au sol, tout en entendant au loin une voix pleine d'accent :

« Il n'y a pas que toi qui peut-être maliiiiiiiiiiiiin ! Cette rune remboursera ma garantie de locatioooooooon ! »



Sans me retourner, j'entendis aussi une nacelle de dirigeable se détruire au milieu des arbres et des insultes en espagnol, ce qui me redonna un peu de sourire dans cette matinée peu fructueuse.



Le chemin du retour, fut plutôt court, grâce à ma bonne connaissance de la jungle d'Atrexalcoatl. Je repassai devant la cabane puis refis tout le chemin inverse en courant.

J'arrivai sans être épuisée dans le petit coin tropical d'où j'étais parti en trombe.



D'abord un peu essoufflée, ce n'est que plus tard que je remarquai une individue assise sur un tronc, les bras croisés et crachant un peu de fumée désapprobatrice.

Oui, de la fumée, par les naseaux, c'est normal pour une dragonne non ?



Celle-ci avait des écailles magenta, des griffes incarnat très peu aiguisées, ainsi que de grands yeux dorés. Plutôt fine pour son espèce, elle agitait sa longue queue tirant vers l'orange. La crête corail qui parcourait son dos retombait sur son front comme une frange de crinière.



Et elle me fixait comme si j'avais manqué un rendez-vous très important. À son regard fâché, je répondis simplement :

« Affaire d'état, désolée de t'avoir coupé au milieu de ta phrase. »

Callisto, de son nom, me dévisagea. Elle s'adoucit un peu et décroisa les bras.

« Si c'est pour la bonne cause, madame Yearling... Puis-je savoir ce que vous avez fait de votre manteau et vos lunettes ?

- Bazardés, répondis-je. Trop encombrants pour traquer ceux qui veulent détruire le monde.

- Vous êtes une drôle d'écrivaine, madame Yearling...

- Je sais où est la Plume d'Aurore, Callisto. »



Elle ouvrit grand ses yeux déjà immenses et s'approcha de moi. Elle n'était pas très imposante debout. En tant qu'adolescente plutôt jeune, elle faisait à peine trois têtes de plus que moi.

« Merci, j'étais sûre que vous nous alliez nous aider !

- Ce sera difficile de la récupérer. Et il faut s'y prendre le plus tôt possible, car nos ennemis ont aussi la Rune d'Atrexalcoatl.

- Alors, allons de ce pas l'annoncer aux Dragolithiques. » dit Callisto de sa voix à la fois douce et ferme qui la caractérisait.



J'aimais bien Callisto. Elle était aventureuse comme moi et complètement dévouée à sa cause. C'est son enthousiasme qui m'a convaincu d'aider les Dragolithiques... enfin, en vérité, j'étais surtout très inquiète par la disparition de la Plume d'Aurore.

« Au fait, Callisto, dis-je en grimpant sur le tronc d'arbre. Maintenant qu'on se connaît bien, tu peux m'appeler par mon vrai nom...

- Parce que vous n'êtes pas A.K. Yearling ?

- Si, aussi... mais je préfère... Daring Do. »



Elle s'envola vers le village des Dragolithiques en riant. Quant à moi, je la suivais en réfléchissant déjà à quel titre j'allais donner à cette nouvelle aventure passionnante et dangereuse.



Nous rejoignîmes alors un groupe de dragons volants, qui se posèrent près du gros des troupes se dirigeant vers le village. Callisto en profita pour faire son rapport à sa chef Cassiopée, la grande et magnifique dragonne aux écailles argentées et à la crête dorée qui volait au-dessus de tout le monde.



De mon côté, je dus répondre à d'autres questions sur mes lunettes perdues venant des dragons...

Ils n'étaient pas méchants, mais le fait de devoir tout leur répéter deux fois commençait à m'agacer. Après avoir expliqué à une dizaine que A.K. Yearling et Daring Do étaient la même personne, puis après avoir répondu à ceux qui disaient adorer mes livres, mais les confondaient avec ceux de J.F.F. Polkien, nous débouchâmes enfin dans la clairière Dragolithique.



Et là, ce fut le choc. Là, en plein milieu de la place de rassemblement, accoudée comme une étrange créature à deux pattes sur un totem qui représentait un dieu du soleil dont j'ai oublié le nom (oui, on dirait pas, mais ça peut m'arriver), une licorne verte souriait comme si elle attendait notre venue depuis toujours.



« Les Dragolithiques ? Bonjour, j'ai besoin de votre... »

Je m'écartais un peu du rang pour m'approcher d'elle. Lorsque je la reconnus et qu'elle fit de même, nous nous écriâmes au même moment :

« Toi ?! »

Les Dragolithiques nous regardèrent l'une puis l'autre, avant de se mettre à chuchoter.

« Tu es la malpolie de tout à l'heure ! s'écria la licorne. Et il fallait que je te rencontre à nouveau ! Hé attends, si la dragonne qui se trouve à tes côtés est bien la fameuse Callisto, j'en conclus que tu es T.K. Bowling ! Ah, mais je me suis bien faite avoir ! Je croyais que madame recherchait un artefact dangereux et au lieu de ça vous vous promenez avec une dragonne ! Si ça se trouve, vous êtes là juste pour me nuire, ou juste pour leur nuire ! Fourbe ! Menteuse ! »



Je me jetai sur elle et la plaquai à terre. La prise de la jambe de Caballeron en moins, je voulais pas de problème avec ses amies licornes...

« Alors, premièrement, tu vas me dire ce que TOI tu fais ici. Je trouve ça particulièrement louche que tu dises rechercher quelque chose et que tu te retrouves ici. Je commence à croire que tu veux la même chose et que tu travailles pour je ne sais quel cerveau diabolique. Alors avoue-le, t'es une espionne d'Ahuizotl !

- Ahuiz... Mais pas du tout, je cherchais un phénix ! »



Soudain, je sentis une chaleur intense sur mon cou. La brûlure fut si forte que je dus lâcher la licorne. Alors je vis un oiseau de feu décoller au dessus de moi et se poser sur la corne de cette espionne.

« Ah, tu l'as entraîné pour me brûler, sorcière !

- Ce n'est qu'un bébé ! répondit-elle. Et il s'excuse, hein, Peewee ? »

Elle adressa un regard au phénix, qui se contenta de me tirer la langue et s'envoler en haut du totem.



J'allais à nouveau lui sauter dessus, mais Cassiopée me retint par la queue.

« Calme-toi, dit-elle. Elle m'a davantage l'air d'une licorne égarée que d'une criminelle.

- Et je pense que ces dragons doivent avoir confiance en vous, dit la licorne en me regardant.

- Ils ont fait appel à mon aide.

- Vous êtes une espèce de chercheuse de trésors ?

- Gagné, maintenant, intéressons-nous à ton cas ! »



Je me mis à tourner autour de la licorne. À moi d'interroger cette fois-ci.

« Tu jures que tu n'es pas envoyée par Ahuizotl ?

- À vos souhaits...

- Tu ne connais pas le Docteur Caballeron ?

- J'essaie d'éviter les médecins...

- Et tu ne comptes pas mettre la patte sur la Plume d'Aurore ?

- Ah si, je suis là pour ça. »

Les Dragolithiques poussèrent un « oh ! » de surprise.

« Mais je suis pas contre vous ! s'exclama-t-elle en me regardant à nouveau. Je suppose que cette histoire de Plume vous a attiré comme moi et... tiens, j'ai même l'impression vu votre regard légèrement inquiet que vous tenez plus à cette Plume que n'importe quel Dragolithique ici présent... »



Elle sourit et je reculai. Cette licorne était décidément étonnante. J'avais envie de la croire lorsqu'elle démentait son lien avec nos ennemis, mais son esprit de déduction était très déstabilisant. Elle avait certes compris que je serais prête à mourir pour cette Plume, mais elle n'avait tout de même pas lu tous les détails de la véritable histoire dans mes pensées... si ?



« Je crois qu'elle veut nous proposer son aide, dit Callisto à mon oreille.

- J'ai pas confiance envers les licornes, répondis-je.

- Y a-t-il une raison à cela ?

- J'en ai quatre : King Sombra, Nightmare Moon, Caballeron et mon odieuse maîtresse à l'école primaire...

- Caballeron n'est pas une licorne...

- Mais je suis sûre qu'il est de la famille de la maîtresse...

- Eh bien, je vous croyais un peu plus avenante en tant qu'autrice, reprit la licorne. Mais je vois que vous aimez vous arrêter à la première impression, madame T.K. Bowling.

- Je peux savoir pourquoi tu m'appelles T.K. Bowling depuis le début ?

- Ce n'est pas votre nom ?

- Qui t'as dit ça ?

- Vous connaissez Garble ?

- Le nigaud qui tourne autour de Callisto ?

- Vous aussi vous le trouvez bête ? Et bien ça nous fait au moins un point commun. »



Elle se mit à rire, puis s'approcha de moi et me prit la patte. Mon cœur se mit à battre, je m'attendais à ce qu'elle m'attrape le cou et me jette au sol avec une prise de catch surprise. À la place elle déclara :

« Écoutez, on est parti un peu du mauvais sabot toutes les deux. Si on reprenait depuis le début, sans se rentrer dedans et avec politesse ? »



Elle lâcha ma patte (ouf, soulagement !) et s'adressa à l'ensemble des Dragolithiques :

« Enchanté, je m'appelle Lyra Heartstrings, musicienne à l'orchestre de Canterlot et amatrice d'enquêtes. Je vis à Ponyville en colocation avec une confiseuse. Depuis mon enfance passionnée par l'art, les énigmes et les êtres humains.

- Êtres hu... quoi ? répétais-je.

- Non, laissez tomber, c'est sortit tout seul. A vous de vous présenter, madame Bowling. »



Après un soupir, je me mis à grimper sur un rocher tout proche, puis déclarai :

« Si je ne te dis pas mon nom, tu vas m'appeler Bowling pendant toute la journée ?

- Exactement !

- Ok, alors je vais te le dire. Tiens-toi bien, tu es prête ?

- Vas-y...

- Tu as devant toi... la célèbre archéologue, aventurière et chasseuse de trésor... Daring... Dooooooo ! »



Mon « Doooooooo » était censé durer plus longtemps. Mais l'autre se permit de me couper :

« Vous êtes censée être connue ? »

Je restais perplexe. D'habitude quand je fais ça, les gens applaudissent ou alors ils me huent. Mais je n'avais jamais vu tant d'incompréhension.

« Euh... c'est que... un peu quand même...

- Vous faites de la politique ou du spectacle ?

- Je... suis une héroïne de romans...

- Un personnage de fiction ?

- Ouais, puisque j'écris ce qui m'est arrivé...

- Ah, vous êtes dans... la saga Twilight ?

- Non...

- Le Seigneur des Sabots ?

- Nan... répondis-je de plus en plus dépitée.

- Pas Le Monde de Ponarnia quand même ?

- NON, Daring Do ! Je suis dans les bouquins Daring Do ! Je pars en quête d'aventures et j'écris des livres de mes expériences pour ceux qui ne peuvent pas les vivre ! Faites un effort, ça vous dit vraiment rien ? »

La licorne se mit à réfléchir intensément. Je soupirais :

« Y aurais pas une pégase bleue à Ponyville qui vous a réveillé au milieu de la nuit en criant qu'elle avait reçu un album en avance ?

- Toutes les nuits pendant un mois vous voulez dire ? Ah oui, ça me dit quelque chose... »



Sur ce, notre conversation fut coupée par un atterrissage. Celui d'un dragon rouge adolescent. Il atterrit face à moi, me jeta un regard dédaigneux puis se tourna directement vers Lyra.

« Ça y est, Frida, j'ai retrouvé ta pégase perdue...

- Oh oui, je l'avais presque oublié celle-là...

- Elle est coincée dans un grand arbre au nord-est, près du ruisseau Quetzamazone.

- Le fleuve Quetzamazone tu veux dire ? rectifiais-je.

- Ouais bof, de la hauteur où je volais, il ressemblait plus à un ruisseau...

- Et ça ne t'est absolument pas venu à l'esprit de la secourir et me la ramener ? demanda Lyra.

- Excuse-moi, ce n'était pas dans le contrat ! J'ai fait ce que tu m'as demandé, maintenant à toi de me ramener la Plume d'Aurore si tu veux revoir ta broche !

- Pardon Garble, intervint Callisto. On peut savoir en quel honneur tu recherches cette Plume ? Je pensais que l'avenir de cette jungle t'intéressait peu... »



Garble se tourna vers la dragonne et devint encore plus rouge.

« Mais pas du tout, je suis très dévoué à votre cause... ouh là là, je ne voudrais surtout pas que les Dragolithiques s'éteignent, après tout vous êtes de très beaux spécimens de dragon surtout... non, je ne parle pas que de toi, Callisto, même si tu es très jolie... euh, je veux dire non, tu n'es pas jolie... enfin si, mais pas dans le sens de... ah, Xira, dit quelque chose !

- Garble est raide dingue de toi. » dit le plus basiquement possible Lyra.



Et tandis que le dragon tentait de s'expliquer devant la dragonne aux bras croisés qui leva un sourcil à chaque mot de travers, la licorne verte m'entraîna par le veston.

« Mademoiselle Do, je ne sais pas si vous êtes en train de sauver, le monde, ou le royaume, ou la région d'Atrexa... Atrax... Axo...

- Atrexalcoatl.

- Axalto... Axelat... Axoar... de sauver cette jungle. Sachez que je n'ai pas l'intention d'être un élément perturbateur et que je ne m'immiscerais pas dans votre enquête si vous refusez mon aide. Mais cette affaire à l'air particulièrement intéressante, alors j'aimerais juste savoir... »

Elle colla son museau contre le mien. Comment pouvait-on être aussi intrusive dans l'espace vital des gens ?

« ... ce que c'est que cette Plume d'Aurore et de quelle menace elle est censée nous protéger ? »



Alors, je la tirais dans un coin de la place, là où tous les Dragolithiques convergeaient, et avouai :

« Je suis pas très bonne pour les récits à l'oral. Mais je connais quelqu'un qui se fera un plaisir de te raconter sa légende. »

Nous pénétrâmes dans la plus grande hutte du village Dragolithique. C'est là que les meneurs de l'expédition s'agitaient autour de schémas et esquisses de la Plume d'Aurore, complètement différentes d'un dragon à l'autre, ou de cartes de la région, également très hétéroclites et sujettes de quelques disputes.

La seule qui restait calme et posée était leur chef. En voyant la licorne arrivée, elle se plaça derrière la marmite au centre de la hutte et y jeta une poudre bleue.



Alors un nuage de fumée nébuleuse donna un caractère mystérieux à la demeure et tous les autres se turent.

« Je vois dans tes yeux inquisiteurs, dit-elle à la licorne avec une voix de fantôme, que tu aimerais connaître la légende de la Plume d'Aurore...

- Très bonne déduction, répondit l'intéressée. Mais je peux mieux faire : vous êtes Cassiopée, la chef des Dragolithiques et la tante de Garble.

- Et qu'est-ce qui te fait dire ça ? questionna-t-elle toujours de la même voix.

- Si vous vous permettez de balancer de la poudre dans cette marmite, c'est que cette maison doit être la vôtre. Or elle est deux fois plus grande et ornée que les autres, ce qui fait de vous une personne d'influence. Aussi, sur votre plafond est dessiné une multitude d'étoiles en vrac. En vrac, pas tellement, puisqu'elle forme exactement la constellation de Cassiopeia, ou Cassiopée. Et j'ai remarqué d'après le nom de Callisto que les Dragolithiques aimaient les prénoms de l'espace... »



Après un silence et un rire charmé, Cassiopée se tourna vers ses collaborateurs.

« Qu'en pensez-vous ? Elle a largement le droit de connaître l'histoire non ? »

Comme tout le monde approuvait, elle jeta une nouvelle poudre dans la marmite, ce qui assombrit la pièce.

La seule lumière ne provenait plus que du phénix, qui vint se poser à côté de Lyra qui venait de s'asseoir. Quant à moi, je m'allongeais dans un hamac sur le côté en tripotant une vieille statuette prise sur une étagère.



Alors deux dragons crachèrent de petites flammes pour faire apparaître les grands yeux bleu océan de Cassiopée, qui commença l'histoire que j'avais déjà entendu des dizaines de fois :

« Comme tu le sais certainement, cette jungle est en lieu reclus d'Equestria, peuplé par des émigrés des terres dragonniques, nous, les Dragolithiques. Notre village et toutes nos fondations sont installés sur ce qu'on appelle...

- Le plateau d'Atrexo... Atrixa...

- Atrexalcoatl, oui. Mais les anciennes légendes racontent que ce plateau, auparavant, surplombait la terre ferme, qu'il s'élevait au dessus des nuages, qu'il était un rocher planant dans le ciel...

- Une... une île flottante ? déclara Lyra les yeux exorbités.

- Parfaitement, mais loin d'un paradis, cette île au milieu des nuages n'était qu'une terre aride et sombre, ou régnaient de dangereuses créatures aux têtes de coqs et aux queues de serpents.

La brume commença à se dissiper. Lyra s'interrogeait.

« Des basilics ? Vous me faites marcher, c'est des contes pour enfants ça.

- Oh non, lançais-je depuis mon hamac. Quoique si tu avais rencontré les mêmes créatures effrayantes que moi, tu prendrais une armée de basilics pour un conte de fées effectivement.

- Mais ils sont très dangereux et sont un peu les pires ennemis des Dragolithiques, reprit Cassiopée.

- Pourquoi un peu ? demanda Lyra.

- Eh bien... parce qu'on en a pas vu depuis des années...

- Qu'est-ce qui leur est arrivé ?

- C'est là que notre légende commence. Les dragons qui sont nos ancêtres étaient émerveillés par ce rocher volant et sauvage. Ils souhaitaient s'y installer de tout leur cœur, mais chaque dragon qui partait y tenter sa chance n'en revenait pas... Un jour pourtant, on dit qu'un dieu entendit leur prière.

- Un dieu... rien que ça...

- Le Grand Serpent aux Plumes d'Aurore... le dieu le plus puissant de la mythologie de nos contrées. On raconte que celui-ci, en échange des mille et unes offrandes des dragons, avait offert ce territoire à nos ancêtres. De sa force titanesque, il abaissait l'île dans les nuages à la hauteur de notre sol et la planta entre Equestria et les terres des dragons. Par sa puissante magie, il chassa tous les basilics assoiffés de rage dans un secteur d'Atrexalcoatl et y bâtit une pyramide. Afin de repousser à jamais ses êtres destructeurs et assassins, il scella leur prison grâce à un verrou magique... l'écrin d'Ameraude.

- Ce truc a l'air important, glissa Lyra à son phénix. Je devrais le retenir...

- Il invita alors les dragons qui n'avaient plus rien à craindre sur ces terres où ils purent vivre en paix et cultiver la végétation. Ainsi naquirent les premiers Dragolithiques, pacifistes et végétariens, qui vouèrent un culte presque absolu à celui qui leur avait confié leur chez eux.

- Je suis sûre qu'il y a une explication scientifique à tout cela... marmonna Lyra.

- Mais avant de quitter les lieux... le Grand Serpent confia une pierre magique aux Dragolithiques. Une clé qui, couplée à l'écrin d'Ameraude dans la pyramide au fond de la jungle, pouvait à tout moment ouvrir la prison des basilics. On la nomme aujourd'hui la Rune d'Atrexalcoatl.

- Pourquoi ne pas l'avoir détruite ? s'exclama la licorne.

- Tu oserais te débarrasser du présent d'un dieu ? répondis-je. Je crois que les Dragolithiques avaient plus peur d'une catastrophe provoquée par la destruction de la rune que par l'ouverture de la pyramide.

- Et pourtant, reprit Cassiopée, il y a une prophétie.

- Ben voyons, dit Lyra en roulant des yeux. C'est pas un peu cliché la prophétie ?

- Un avertissement scandé par les oracles du Grand Serpent : un jour sombre, la Rune d'Atrexalcoatl sera volée par un être cruel et obscur, aux motivations opaques et à la soif de pouvoir...

- Traduisez... Ahuizotl... dis-je en serrant la statuette avec colère.

- Cette créature du mal aura l'intention de relier la Rune à l'Écrin d'Ameraude. On ne sait pas ce qui se passera alors, mais les pires scénarios présentent le retour des basilics qui détruiront nos cultures et déferleront leur rage sur la jungle, voire même sur Equestria. Ils parlent aussi d'une nouvelle élévation du plateau, qui redeviendra un rocher sec et dangereux au-dessus du sol.

- Mince... dit Lyra. Et on peut rien faire pour arrêter ça ?

- Si, dit Cassiopée en fronçant soudainement les sourcils. La prophétie parle également d'une sauveuse. Une étrangère aventureuse qui viendra en aide aux dragons en traversant mille périples...

- J'espère que j'en aurais à traverser un peu moins que mille... murmurais-je à moi-même.

- À ces côtés, deux valeureux héros, une puissante divinatrice et une chevaucheuse du vent. Ensemble, ils ramèneront la paix et vaincront le mal.

- Je n'en suis pas encore sûre, dis-je en me retournant vers Lyra. Mais je crois que la divinatrice c'est Cassiopée et la chevaucheuse du vent c'est Callisto. Quant à la sauveuse, je pense que tout le monde sait de qui il s'agit, sans vouloir me vanter...

- Et par quel miracle comptez-vous déjouer les plans machiavéliques du gros méchant ?

- La légende raconte que le Grand Serpent aurait laissé un dernier moyen de défense aux Dragolithiques avant de disparaître, continuais-je sur l'accord de Cassiopée. Celui ou celle qui la retrouvera sera le valeureux héros de la prophétie.

- Encore un gadget au nom compliqué ?

- Pas du tout, répliqua Cassiopée, il s'agit d'une simple plume tombée du corps divin du Serpent. Une plume qui aurait le pouvoir d'appeler à nouveau le Serpent pour qu'il exerce son pouvoir comme jadis...

- La Plume d'Aurore... conclus-je, étrangement en même temps que Lyra, subjuguée par les paroles de la chef.

- Donc ce serait une plume du serpent légendaire qui permettrait de le rappeler pour qu'il stoppe, grâce à son pouvoir divin surpuissant, Ahuichose ?

- Ça, ce n'est que la partie légende mystique, dis-je en bondissant du hamac. On est presque sûr que cette Plume, désolée pour les pieux dans la salle, est davantage un outil qui freinerait les plans d'Ahuizotl de manière beaucoup plus concrète.

- Et qu'elle ne peut pas descendre d'un dieu puisqu'elle vous appartient personnellement, n'est-ce pas, Daring Do ? Quel secret cachez-vous avec cet artefact ? »



Elle se mit à me regarder suspicieusement, comme tous les dragons de l'assistance. Je baissai mon chapeau sur mon front et me dirigeai vers la porte.

« Tu n'es aucunement obligée de le savoir. De toute façon, tu n'es même pas conviée à cette expédition.

- Parce que vous partez ? Où allez-vous ?

- À la pyramide d'Ameraude.

- Déjà, mais je croyais qu'il fallait récolter la Plume, invoquer un Serpent légendaire et entraîner chevalier du vent, divinatrice et tout le bazar !

- Ce n'est qu'une question de temps avant que Caballeron ne livre la Rune à Ahuizotl. Nous n'avons pas de temps à perdre.

- Et la pl...

- Il a aussi la Plume ! Il s'en est emparé pour s'assurer qu'on ne déjouerai pas ses plans. Tous les éléments de la prophétie seront bientôt réunis à la pyramide !

- Calmons-nous, Daring, dit Cassiopée. Les dragons sont épuisés par leur recherche de la journée. Nous devrions attendre demain matin. D'autant que j'ai entendu dire que ce Caballeron n'avait plus de moyens de locomotion...

- Demain ? Vous voulez donc voir votre plateau s'arracher du sol pendant que vous dormez ?

- Nous avons confiance en la protection du Grand Serpent.

- Le Grand... aaah, très bien ! Si c'est ce que vous voulez, nous partirons demain, mais à la première heure, hein ? »



Je lâchais un sourire discret que la licorne avait sans doute remarqué. Qu'importe... ce n'est pas son expression douteuse qui allait m'empêcher de mener à bien mon projet... cette nuit-même !



Attendre... ah ! Les travailleurs attendent leur bus le matin, les observateurs d'oiseaux attendent la saison des amours, les tortues attendent le printemps pour se réveiller, mais Daring Do, elle, n'attend pas !

Cette nuit-là, je traçai dans mon esprit un trajet vers la pyramide d'Ameraude, allongée dans un hamac, qui n'était plus celui de Cassiopée, mais celui de Callisto.



Qu'elle m'ait invitée à dormir chez elle me semblait normal, mais pourquoi avoir invité également la licorne et le phénix et, par dessus le marché, Garble qui ronflait à faire trembler les murs !

D'accord, il venait de se faire virer de chez sa tante à cause d'une histoire de tabasco, mais si elle voulait qu'elle le lâche, lui donner son lit n'était peut-être pas la meilleure idée.



Lorsque je fus persuadée que tout le monde dormait à poings fermés, je fis tournoyer mon hamac et tomba sur le tapis sans un bruit. Furtivement, je passai devant un autre hamac où était blotti un phénix endormi, puis devant le lit que Garble avait conquit. Conquit dans le sens où chaque parcelle du lit contenait un morceau de son corps.



Je le contemplais en soupirant, il était vraiment avachi n'importe comment, la tête au niveau des pieds et tout près de tomber et... BRAM !

Je sursautais, le dragon venait de tomber juste devant moi inerte, sur le sol... et à l'exact endroit où se trouvait ma queue.

« Pourquoi ça n'arrive qu'à moi ? » me dis-je en commençant à tirer.



Elle était vraiment bien coincée. Quand je réussis enfin à l'extirper, j'avais mis tellement de force que je tombais à la renverse. Encore plus bruyamment que Garble, ma tête vint heurter le lit de Callisto, ou plutôt sa table de nuit.



Je secouai mon crâne et relevai alors mes yeux. Ils rencontrèrent alors ceux de Lyra, figée de surprise. Elle venait de poser la patte sur la broche que tout le monde avait vu Callisto poser sur sa table de chevet avant de s'endormir.



Je me relevai d'un bond et m'écriai en chuchotant :

« Je le savais ! Tu es une espionne et une voleuse !

- Non, Daring, ce n'est pas...

- Je me suis bien fait rouler !

- Cette broche est...

- C'était ta cible hein ? Tu vas la revendre à Ahuizotl en échange de renseignements sur la Plume, avoue !

- Eh ! Calme-toi ou je dis à tout le monde que tu comptais filer en douce pendant cette nuit ! »



Un point pour elle. Je la laissai s'expliquer, sans lâcher mes soupçons.

« Cette broche m'appartient... Garble me l'a prise et lui a offert... J'avais peur de ne pas être levée avant le départ de Callisto donc je voulais la récupérer avant... Tu comprends...

- Non.

- Moi oui... » dit une voix dans un nouveau chuchotement.



C'était celle de Callisto qui s'était redressée sur son matelas et regardait Lyra en souriant.

« Je te la rends volontiers. Garble n'a jamais su me faire des cadeaux qui me font plaisir. De plus, je ne la trouve pas très jolie...

- Merci... hé, attends, qu'est-ce que tu viens de dire sur ma broche ? »

Puis la dragonne se tourna vers moi.

« Daring, tu veux vraiment partir ?

- Le plus tôt sera le mieux, répondis-je décidée.

- Autant de courage... tu ne peux être que l'héroïne de la prophétie... Même si je pense que ce n'est pas la meilleure solution, c'est la tienne et tu dois avoir tes raisons. Sache que dès demain à l'aube, nous te rejoindrons à la pyramide.

- Il vaut mieux être seule pour récupérer discrètement la Plume d'Aurore. Si vous avez un bon timing, vous devriez être là au moment où Ahuizotl me tapera dessus pour la récupérer.

- Ok, Daring, dit la licorne en plaçant la broche dans sa crinière. Oublie tout ce que je t'ai dit sur l'élément perturbateur et le refus de mon aide. Je viens avec toi ! »



Je me précipitai hors de la hutte. Elle me suivit.

« Je peux t'aider, laisse-moi réveiller Peewee et...

- Je travaille en solo !

- La prophétie a dit que tu devais être accompagnée !

- Oui, Callisto et Cassiopée me rejoindrons demain.

- Très bien, et moi, que vais-je faire ? J'ai encore quelqu'un à trouver dans cette jungle et sans un guide je n'y arriverais pas, je veux que tu sois ce guide, Daring Do, même si je n'ai lu aucun de tes romans !

- Je suis touchée... au revoir.

- Attends... dit la licorne un peu triste... Est-ce que tu accepterais... au moins... de passer du côté du fleuve Quetzamazone et récupérer... mon amie pégase ? »



Je me retournais. Elle avait les pupilles énormes qui me fixaient comme un petit chaton, le genre de regard qui ferait fondre Ahuizotl lui-même. Bien, tant que je restais en solo...

« D'accord... je vais voir si je peux faire un détour...

- Oh merci !

- Mais toi, tu restes là hein ?

- Promis ! » conclut-elle en filant dans la hutte et en bondissant dans son hamac.



Alors je visais la pointe de l'édifice qui se dressait au loin au milieu des arbres. Direction la pyramide en ligne droite, je m'occuperais du fleuve au retour...

Je me mis à courir au milieu de la forêt. C'était décidément mon passe-temps préféré.

Les rayons de la lune me guidèrent dans la jungle sauvage, la chasseuse de trésors repartait à l'aventure, sans bruit, à toute allure, la crinière au vent et seule au monde.



Enfin, il faut croire que je n'étais pas si seule que ça... Sans broncher, je continuai mon expédition nocturne, tout en prêtant une attention particulière aux petits cris de phénix derrière moi et à la voix féminine qui essayait de lui fermer son bec... Je me mis à ralentir pour qu'elles puissent suivre.

Bon, bah... adieu la solitude... et direction le fleuve Quetzamazone…

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Note de l'auteur

Voui, j'ai changé de narrateur... et voui, j'aime les dragons...
Je vous parlais de mon envie d'intégrer une Sherlock au chapitre d'avant, mais c'est bien la quête de Daring Do que je voulais écrire en premier lieu. Ouais, ça fait un moment que je voulais raconter une petite aventure de cette chère Casse-cou et la série a fait en sorte qu'elle puisse interagir avec le commun des mortels. Alors pourquoi se gêner de confronter son univers à celui de deux background ponies de Ponyville ?

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Acylius
Acylius : #28009
Pour ça je te fais confiance, ne t'inquiète pas.
Il y a 2 ans · Répondre
Raincloud
Raincloud : #27469
Je ne vais pas confirmer ton idée, ni l'infirmer Acylius, parce que je tiens quand même à l'effet de surprise.
Mais je crois que j'ai réussi à assez bien mener ma barque dans les chapitres suivants pour que l'enjeu de cette histoire soit bien plus grand que l'accomplissement de cette prophétie...
Il y a 2 ans · Répondre
Acylius
Acylius : #27262
Il faudrait vraiment être la dernière des andouilles pour ne pas voir que les deux compagnons de la prophétie ce sont Lyra et Derpy. C'est même tellement évident que je me demande si tu ne l'as pas fait exprès pour nous induire en erreur...
Modifié · Il y a 2 ans · Répondre
fredericdu2375
fredericdu2375 : #25312
allez daring tu las fait avec rainbow tu peux le faire avec lyra
Il y a 3 ans · Répondre

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