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Changing life

Une fiction écrite par Ponycroc.

Quelqu'un d'unique

Atterrissant lourdement à cause de la vitesse, le pégase bleu foncé se remit difficilement sur ses sabots. Les tuiles des toits l’avaient écorché sur les genoux. Rien de grave, mais la douleur ne le laissait pas indifférent. Peu importe ! Il était sur la bonne voie, il allait enfin quitter cette ville infernale.

Plus qu’un train à prendre, ça ne devait pas être impossible pour un changelin. Mais est-ce qu’il y en avait encore à cette heure ? Sugar avait prévu leur plan pour qu’ils arrivent en fin de journée. Elle l’avait tout de même rassuré en disant qu’il y aurait encore des trains beaucoup plus tard. Mais était-ce le cas au beau milieu de la nuit ?

De toute façon, il n’avait pas d’autre choix. Quand il s’était envolé pour mettre le plus de distance entre lui et le corps de Sugar – qu’il avait caché des indésirables – il avait aussitôt remarqué les gardes posés en faction sur les toits. Aussitôt, il s’était rabattu au sol en rampant à toute allure sur les façades des maisons. Quitter cette ville par les airs était tout bonnement impensable. Chercher une autre sortie aussi. Jusque-là, il avait été aidé par Sugar, mais maintenant faire une journée de plus à Canterlot était hors de question.

Il ne connaissait pas le chemin, mais lorsqu’il avait été en l’air, il avait pu distinguer le grand mur qui entourait la cité, et une ouverture proche de lui, là où le train devait passer, sans aucun doute.

Sugar aurait pu le guider sans problème jusque-là, mais ça l’aurait obligé à la suivre. Unique était un changelin, il s’en fichait des poneys, tous autant qu’ils étaient. Même elle. Il aurait pu s’en débarrasser de bien des manières, mais pour la remercier, il l’avait juste quittée en la laissant s’endormir. Avec de la chance, elle se réveillerait doucement et reprendrait le cours de sa vie. Une vie calme et en paix, comme elle était avant qu’elle ne le rencontre, et après qu’elle ne perde son fiancé.

Il s’obstinait à oublier Sugar, à rejeter le moindre doute quant à sa sécurité. Il n’en avait rien à faire d’elle, il devait l’oublier… pour son bien. Cette jument ressemblait étrangement à un changelin. Tout comme eux, elle s’était réfugiée dans un cocon, un endroit sûr et impénétrable. Attendant le bon moment pour sortir, attendant la personne de confiance pour la réveiller, pour ensuite obéir selon ses principes, servir… ou aider les gens dans son cas.

Parce qu’au fond, elle n’avait pas vu un changelin lors de la première rencontre, elle avait vu quelqu’un lui demander à l’aide. À elle, une simple pharmacienne. Elle avait toujours eu peur de l’inconnu, mais aussi incroyable que ça pouvait l'être, elle était capable de cacher ça au plus doué des changelins.

Il n’avait jamais essayé d’attaquer la jument. Dès le début, elle s’était présentée comme une alliée. Une alliée des changelins ? Ou simplement de lui ? Il avait fait tout ce chemin grâce à elle. Rien ne pourrait sembler d’insurmontable pour quelqu’un comme lui, mais bon nombre d’épreuves lui avait rendu la tâche ardue. Elle avait tant fait pour lui : le soigner, le nourrir, le protéger, le cacher, l’éduquer sur la vie des poneys, l’aimer. Sur ce dernier point, elle avait été totalement inconsciente.

Mais qu’avait-elle cherché à faire ? Aucun indice n’avait jamais indiqué Unique sur les intentions de la pégase. Elle voulait juste aider. Mais cette nuit, dans ce lit, il n’avait jamais rien vécu de tel, ça avait été excitant, et effrayant. Mais qui était le plus fautif dans cette histoire ? Cette jument qui avait envie de se faire berner, ou ce changelin qui en quelques jours avait détruit son cocon pour l’obliger à faire face au monde ?

Lui comme elle étaient démunis face à ce monde immense.

Bientôt, il entendit des bruits au coin de la rue. Même avec le déguisement, il ne put s’empêcher de se cacher derrière la première poubelle qu’il trouva au loin, il pouvait voir des lumières s’agiter.

« On doit être arrivés », informa-t-il en portant son regard sur la rue vide en pensant trouver une jument familière. La solitude était sa plus grande peur, mais il fallait bien ça pour la protéger.

Mais comment allait-il se débrouiller maintenant ? Il était arrivé à la gare, mais qu’est-ce qu’il devait faire ? S’il se présentait devant les gardes avec son déguisement, il se ferait aussitôt contrôler. Voler lui était interdit. Quoi qu’il fasse, il devait impérativement trouver un moyen de se rapprocher le plus du train. S’il y en avait un…

S’approchant le plus furtivement possible, la peur au ventre, Unique put enfin distinguer les premiers gardes. Leurs armures reflétaient la lumière de leurs torches. Unique était assez loin pour être en sécurité, pourtant, une boule se forma dans son estomac. Comment allait-il passer ?

Son instinct de changelin prit le contrôle sur le reste et c’est presque automatiquement qu’il revêtit l’apparence d’un des soldats. Oui, mais avec sa veste et sans l’uniforme, il ressemblait à n’importe quel civil. Il devait revêtir l’une de leurs armures. Pour ça, il devait se rapprocher et isoler l’un d’entre eux. Il était déterminé, il était prêt à tout.

...

Lentement, elle s’effondra en avant. Il la regardait tristement en la rattrapant avant la chute. Voyant ceci, Unique repensa au jour où il s’était réveillé dans le lit de Sugar et où il l’avait vue pour la première fois. C’était la première fois qu’ils se rencontraient, c’est peut-être la logique des choses qui voulait que ça se termine de la même manière.

Il se souvint encore qu’elle l’avait porté sur son dos pour éviter qu’il ne tombe avant de le remettre dans le lit. Il en fit de même en la portant soigneusement dans la ruelle étroite et isolée qu’ils avaient quittée avant l’agression.

Pendant qu’il la déposait délicatement en la cachant derrière une benne qu'il déplaça pour la dissimuler au mieux, elle gémissait en grommelant quelque chose. Elle pouvait encore garder un œil à demi-ouvert, mais arrivait à peine à bouger les sabots.

« Gnn… »

Il lui porta un regard. Elle avait du mal à le regarder, mais il semblait triste. Il dit quelque chose qu’elle ne comprit pas, trop occupée à lutter contre la fatigue. Elle cligna des yeux, et l’instant d’après, il n’était plus là, envolé.

Elle ne pouvait pas le laisser partir, pas après tout ce qu’il avait fait. Elle l’avait guidé tout ce temps et il pensait pouvoir se débrouiller sans elle ? Il n’était même pas fichu de se laver seul. Mais chaque mouvement devenait de plus en plus pénible et ses paupières étaient lourdes. Seul le reste d’adrénaline des derniers événements avait réussi à la tenir éveillée une seconde après sa chute.

Adossée au mur, elle fouilla dans la poche de son sac de selle qui pendait à son côté. D’un seul sabot, elle sortit une boîte de seringues déjà préparée et choisit l’une d’elles, toujours en somnolant. Sa vision se troublait et elle n’arrivait plus à bouger le moindre muscle, excepté le bras qui tenait toujours l’instrument. Elle le planta sans ménagement dans sa cuisse.

Quelques secondes plus tard, sa respiration se fit plus bruyante. Pourtant, elle n’arrivait toujours pas à se relever. Le mélange de ces deux produits dans le corps avait un effet totalement imprévu. Sugar le savait, ça n’allait peut-être rien arranger, et les premiers effets qu’elle ressentait le lui prouvaient bien.

Son corps était toujours sourd à ses ordres, pourtant, son cœur battait la chamade et elle s’essoufflait. Elle continuait à pousser son corps à se relever, tout en secouant la tête pour chasser la fatigue. L’adrénaline qu’elle s’était injectée ferait bien vite effet sur l’ensemble de son corps et la réveillerait aussitôt… ou alors elle était partie pour somnoler pendant un bon moment.

C’en était trop. Rassemblant toutes ses forces, elle se pencha brusquement en avant. Autant pour se mouvoir que pour éviter de tomber de fatigue. Cela eut pour effet de la faire tomber la tête la première sur le sol.

Même à terre, elle réussit à relativiser. Au moins sa chute lui avait donné une bonne claque pour la réveiller. Lentement, elle souleva son corps à l’aide de ses quatre sabots. Chacun devait être manié avec habileté et un seul à la fois. Une fois debout, elle s’accorda un sourire fier. Maintenant, il allait falloir marcher. Des sueurs froides parcoururent son corps quand elle imagina le premier pas.

Il vint assez vite finalement. Les autres encore plus vite, quand elle tenta désespérément de récupérer son équilibre. Heureusement, la benne à ordures la rattrapa au dernier moment. Elle grommela en se frottant le museau qui avait percuté le métal froid. Elle n’avait pas besoin du changelin pour en prendre plein la face…

Nouvel essai, nouvelle chute. Cette fois-ci provoqué par son sabot qui avait décidé de marcher sur l’une de ses ailes, qui traînaient à même le sol. Étalée de tout son long, elle hésitait à se relever. Le sol n’était pas si mal dans son genre. En se redressant, elle remarqua qu’il était toujours aussi près d’elle. Peut-être que ça aurait aidé que de dresser les antérieurs en plus des postérieurs…

Mais ce n’était pas ça qui allait l’arrêter. Elle poussa et réussit à se déplacer en rampant. Maintenant qu’elle venait de trouver le moyen de se déplacer, il allait voir de quel bois elle se chauffait.

Des nigauds comme ça, elle n’en avait jamais connu qu’un avant lui. Il était aussi empoté qu’Unique, mais il avait, tout comme lui, ce côté attachant qui fait qu’on ne peut pas leur en vouloir. Ils veulent toujours bien faire, mais au final, ça part toujours en sucette. Ils pensent toujours pouvoir tout faire tout seul, mais ils arrivent à peine à mettre un sabot devant l’autre. Ils veulent protéger Sugar, et c’est pour ça qu’ils l’abandonnent. Mais c’était son rôle de les protéger…

Se remettant enfin sur ses sabots après plusieurs mètres franchis à ras du sol, elle posa un sabot lourd devant elle. Elle n’en avait pas fini avec lui.

Ça avait toujours été à elle de s’occuper des autres. C’est ce qu’elle savait faire de mieux. Smile Dust avait eu besoin d’elle, désormais, c’était au tour d’Unique. Il ne savait pas ce qu’il faisait, ni même ce qu’il voulait. Il pensait que ce monde était pire que le sien. Elle allait l’aider, elle allait le sauver.

Au fond, il n’était qu’un enfant. Incapable de se débrouiller seul, ignorant tout du monde qui l’entoure. Elle avait bien conscience du rôle qu’elle avait joué à ses côtés. Oui, elle s’était prise pour une mère. Toujours consciemment, sans jamais oublier qu’elle ne faisait que semblant. Il se sentait mieux ainsi, ça se voyait. Elle n’allait pas tomber dans sa propre farce, c’était juste un rôle, un déguisement.

Sans s’en rendre compte, Sugar s’était mise à galoper. Ça voulait dire que l’adrénaline l’avait emporté sur les somnifères.

Mais que fera-t-elle après tout ça ? Elle se battait pour ce changelin, mais comment tout cela allait-il finir ? Il l’abandonnerait ? C’était ce pour quoi elle l’aidait après tout, il était logique qu’il s’en aille et qu’ils ne se revoient plus jamais. Et puis, un changelin n’était pas d’une compagnie très reposante. Mais pouvait-elle le laisser tomber ?

Toujours en chavirant, elle tourna dans la rue qui était censée l’amener au niveau de la gare. Tournant la tête, elle eut l’impression que ses yeux en avaient fait quatre fois le tour. Elle n’était plus très loin,

....

Il y avait très peu de bruit. L'obscurité était quasi-complète. Unique, dans l'apparence d'un étalon noir, se déplaçait pas à pas dans ce qui devait être, à en juger par les grosses caisses, une zone de débarquement. La peur était omniprésente, un nœud lui serrait l'estomac. Ventre à terre, il essayait de se faire le plus discret possible

Il imagina devoir reproduire ce même parcours avec Sugar, ça aurait été tout bonnement impossible. Il s'empressa aussitôt de chasser l'image persistante de la pégase, il fallait l'oublier. Sa robe blanche n'aurait certainement pas aidé. Quant à sa crinière, elle était encore assez sombre avec ce mélange de noir et de bordeaux. Ce rouge si particulier qui se reflétait jusque dans ses yeux et était encore accentué par des petites taches de rousseur de la même couleur. Ce rouge qu'elle arborait se retrouvait aussi sur la plume qui marquait son flanc. Unique se frappa la tête pour fuir la jument qui le suivait jusqu'au fond de son crâne. Il n'avait été avec elle que pendant quelques jours, mais ça avait suffi pour laisser une marque indélébile.

Au loin, Unique pouvait apercevoir un train sur les rails. Plusieurs poneys semblaient s'affairer pour le déchargement de certains wagons, et le chargement d'autres. Monter dans ce train n'avait pas l'air chose facile. Il lui fallait trouver un endroit isolé pour traverser l'espace entre la zone de débarquement et le train qui était à la vue de tous.

En observant mieux autour de lui, il put voir que la zone de débarquement était entourée par les maisons. Sur sa gauche, les gardes ailés patrouillaient sur les toits en ayant une vue plongeante sur tout le secteur. Mais sur sa droite se trouvait un grand bâtiment équipé d'une tour de garde. Aucun poney n'y était posté. C'était une occasion en or pour le changelin.

Il se déplaça lentement entre les conteneurs, faisant halte en se plaquant au sol quand il entendait des bruits de sabots. La couleur sombre qu'il portait lui permettait d'être presque totalement invisible, sauf si un garde s'approchait de trop près avec une torche.

Le bâtiment n'était pas trop loin. Même s'il y avait de la lumière à l'intérieur, très peu de gardes patrouillaient dans ses alentours, et aucune vigie ailée n'était à déclarer. C'était le meilleur moyen de passer la zone à vue qui était entre le train et la caserne.

Caché derrière les caisses, le fugitif aperçut deux gardes pégases se poser sur un conteneur pour discuter :

« Voilà, ici on sera un peu plus tranquille pour surveiller.

— Surveiller quoi ? » interrogea le second. « À part le train, il n'y a rien à voir ici.

— Oh détends-toi. Je crois qu'il y a assez de troupes pour surveiller les environs sans nous tu sais. Et puis, faut bien garder un œil sur le train, non ?

— Mouais… t'as peut-être raison.

— Bien sûr que j'ai raison. Bon, de quoi on parlait déjà avant ? Ah oui, moi je trouve que les gens sont trop durs en général. »

Unique pesta sur le destin qui voulut mettre ces deux gardes sur son chemin. Ce n'était pas déjà assez difficile comme ça ? Désormais, sa seule option était de faire le tour de la caserne pour quitter rapidement la zone de débarquement qui était bloquée par ces deux idiots.

Cela semblait être un meilleur plan que le premier étant donné qu'il arriverait encore plus proche du train avant de se lancer, mais les endroits où se cacher une fois près de la caserne se retrouvaient considérablement réduits. Au moindre soldat qu'il croiserait, il ne pourrait que s'en remettre à sa chance… autrement dit, il serait perdu.

Une ombre se déplaça rapidement derrière les deux gardes sans qu'ils ne remarquent quoi que ce soit. Le changelin se plaqua aussitôt contre le mur de la caserne juste en dessous de la fenêtre qui projetait l'ombre d'un poney à l'intérieur. Il s'en était fallut d'un crin, mais ce n'était pas encore fini. Comme il l'avait craint, il n'avait plus aucun endroit où se mettre à l'abri. Il devait avancer, et vite !

Sans perdre de temps, Unique se mit en marche, évitant néanmoins de galoper pour faire un minimum de bruit avec les sabots. Sa blessure à l'épaule ne le lançait presque plus du tout, un léger tiraillement tout au plus, rien d'insurmontable. Le seul problème était qu'il devait garder la veste que Sugar lui avait donné, ainsi que le bandage.

Surveillant les alentours, Unique ne vit aucun mouvement, il était seul. Contournant encore la caserne, il arriva bientôt à son entrée principale. Une grande porte massive en haut d'un escalier usé par le temps. Elle semblait avoir été construite il y a fort longtemps quand Canterlot ne disposait pas encore de train et servait sûrement d'avant-poste. Unique déduisit ceci sur la simple apparence du bâtiment qui jurait avec celle de toutes les autres bâtisses, et même de la gare. Les apparences… une chose sur laquelle tous les changelins savaient se baser.

Quand il voulut traverser le passage en face de la caserne, un faisceau de lumière l'éclaira. Il jeta un rapide coup d'œil pour voir que la porte était en train de s'ouvrir et qu'un garde poussait son battant, la tête baissée.

Unique ne réfléchit pas plus longtemps et c'est en un instant que son apparence d'étalon noir disparut pour laisser place à une autre.

Le poney releva brusquement la tête pendant que par réflexe, il baissa sa lance vers l'intruse.

« Oh, tu as pu te libérer pour passer me voir ? Mais pourquoi à cette heure aussi tardive ? »

Le changelin dégagea une mèche de crin noir de son sabot blanc avant de faire un simple signe de tête.  garde releva aussitôt son arme.

« Euh, mais entre, je t'en prie. Tous les autres sont en patrouille cette fois. »

Il ne voulait certainement pas entrer, mais il n'avait aucune excuse pour refuser.

« Je suis très content de te revoir Sugar. Et ta veste est très belle », dit Flow quand elle passa devant lui. La veste avait en réalité été modifiée avec la magie du changelin, les corrections apportées étaient minimes, mais suffisantes pour éviter d’éveiller les soupçons. C'est d'une voix faible qu'elle répondit avant d'entrer :

« Moi aussi. »

À l'intérieur, un silence de mort s'installa quand la fausse Sugar examina les lieux. Un long escalier menait à un étage supérieur et sûrement aussi à la tour de garde plus haut. Flow lui fit un signe pour qu'elle le suive dans une autre pièce qui devait être la salle à manger à en déduire par la grande table au centre où il déposa sa lance.

« Je ne vais pas te refaire une visite des lieux, tu connais déjà l'endroit maintenant. »

Elle acquiesça sans dire mot.

« Tu aimerais manger quelque chose ?

— Des… des cerises.

— Eh tu as de la chance, on nous en a offert une caisse complète du dernier déchargement. Oui quelquefois on file un petit coup de sabot aux ouvriers et pour nous remercier, ils nous donnent les caisses abîmées qu'ils ne peuvent plus vendre. » Il demanda à la jument de rester un moment le temps qu'il aille lui chercher ce qu'elle souhaitait.

Quand elle fut seule, elle ne put s'empêcher de se mettre un sabot contre le crâne. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de prendre l'apparence de Sugar ? Ça lui avait certainement sauvé la vie, mais il ne pouvait s'empêcher de se maudire d'avoir encore pensé à elle.

Se secouant la tête, il inspecta à nouveau les lieux. Une grande salle à manger qui faisait très ancienne avec sa longue table en vieux chêne. Une large cheminée trônait en bout de table et accentuait encore cet aspect usé accompagné d'un buffet en bois massif.

Elle était déjà donc venue une fois ici. Sûrement quand elle était partie en éclaireuse et qu'elle l'avait laissé à l'hôtel. Combien de temps est-il resté avec lui ? Et qu'est-ce qu'elle avait bien pu lui dire ? Flow lui avait proposé un rendez-vous, c'était évident. Mais pourquoi ne lui en avait-elle pas parlé ?

Unique sursauta légèrement quand le garde apparut à ses côtés, un bol de cerises au sabot qu'il lui tendait.

« Excuse-moi Sugar, j'aurais dû me signaler. J'oublie parfois… que tu as changé.

— Non non, j'étais juste surprise, ce n'est rien, il n'y a pas de mal.

— J'aimerais te croire Sugar, mais ça fait trop longtemps que tu te caches. » La fausse jument avala une cerise de travers.

« Oui bon, je suis frileuse, et puis je dois m'occuper d'un chat, c'est pas facile tu sais. »

Flow gloussa avant de tirer une chaise pour s’asseoir et d'en offrir une autre en face de lui à la pégase.

« L'humour, ça a toujours été ta solution, n'est-ce pas ? On ne sait jamais à quoi s'en tenir avec toi. »

Unique fut obligé de lui donner raison. Sugar, une jument dont personne ne connaissait rien.

« Peut-être… » dit-elle en baissant la tête. L'étalon se pencha sur sa chaise pour s'approcher plus près d'elle.

« Écoute, je comprends parfaitement ce que tu ressens. Tu m'as bien fait comprendre la dernière fois que je n'avais pas à me mêler des affaires qui ne me regardent pas, mais Smile Dust était mon ami avant tout et je suis parfaitement capable de comprendre ta situation. »

Elle restait immobile, le fixant sans un mot.

« Soi honnête avec moi, le poney qui était avec toi quand je t'ai croisé en ville, ce n'était pas ton cousin ? »

La pégase écarquilla les yeux ce que l'étalon remarqua aussitôt. Il attendait une réponse, mais elle n'osait toujours pas prononcer le moindre mot. Après ce qui dut être une bonne minute, elle secoua lentement la tête.

« Je suis un soldat, Sugar, j'ai appris à voir au-delà des apparences. C'est ta vie, tu peux y faire venir qui tu veux, mais réfléchis encore à la façon dont tu t'es enfermée sur toi-même. Ça fait combien de temps Sugar, dis-moi ? »

Unique ne savait pas de quoi il parlait, il garda simplement une mine renfrognée comme si Flow parlait d'un sujet bien particulier et personnel, ce qui devait sûrement être le cas.

« Ne fais pas l'ignorante Sugar, tu as compté, je le sais, parce que moi aussi je l'ai fait. Et aujourd'hui, on approche des huit mois. » Il laissa encore planer le silence avant de reprendre. « Huit mois depuis que Smile Dust est…

— Non ! Tu n'as pas à me parler de lui ! » Quitter le personnage, parler comme Unique le voulait, laisser ses propres émotions donner corps à ses paroles. Autant de choses qui auraient fait s’arracher ses yeux un changelin. Mais c'était Sugar, c'était sa vie. Il ne voulait plus se moquer d'elle, il voulait la laisser en paix, la laisser partir. « Smile Dust… tu n'as rien à dire !

— Bien sûr que si ! » Il se releva brusquement de sa chaise. « C'était mon ami, un frère pour moi. Pas un jour ne se passait sans qu'il ne vienne à la caserne en me parlant de toi. Toi, toujours toi. Tu étais une obsession pour lui, c’en était presque malsain. Rien ne comptait plus pour lui, je le sais Sugar, et tu le sais !

— Il n'est plus là !

— Tu as raison Sugar, mais ce n'est pas une raison pour arrêter de vivre à ton tour. Tu peux encore te relever. Tu décides enfin à sortir de chez toi, même si c'est pour passer ton temps avec des gens étranges, c'est un bon début. Je voudrais tellement en faire plus pour toi Sugar, t'aider à passer cette peine. »

Que dire ? Que faire ? Comment ? Être convainquant dans son apparence de Sugar était son seul objectif, mais qu'est-ce qu'elle aurait dit dans cette situation ? Unique espérait au fond de lui qu'elle aurait envoyé promener Flow, mais si ce n'était pas le cas ? Si elle voulait vraiment de l'aide ? Ça revenait à rejeter le seul poney qui semblait s'inquiéter pour elle.

Mais il devait l’oublier, ! c’était un changelin, la ruche avant tout. L'avenir d'un poney n'avait pas à être pris en compte.

« Je… Je. » Unique avait commencé sa phrase, mais s'arrêta aussitôt face au regard de Flow. On aurait dit qu'il l'aimait… Même les capacités du changelin pour ressentir les émotions ne pouvaient lui confirmer s'il était sincère ou non. Son odeur était un étrange mélange qui regroupait un bon nombre de sensations qui se chevauchaient et offraient un parfum tout à fait insondable.

Il ne put terminer sa phrase, car Flow fondit rapidement sur la pégase et se mit à la serrer fermement. Toutes ces odeurs lui coupaient le souffle. C'était incompréhensible ! Sugar était une jument qui avait la capacité de camoufler ses émotions, de les enfermer tout au fond d'elle et de faire ressentir tout autre chose. Flow était différent. Il semblait ne rien cacher, mais en même temps, il était pratiquement impossible de savoir ce qu'il ressentait vraiment. C'était effrayant.

La fausse Sugar se mit à entendre le poney sangloter contre elle. La tristesse maintenant ? Elle ne savait pas quoi dire, et par réflexe, posa lentement ses sabots sur le dos du soldat. Celui-ci renifla bruyamment avant de dire :

« Smile Dust était mon meilleur ami, Sugar. Je n'en dors plus, je me sens responsable de ce qu'il lui est arrivé, de ce qui t'es arrivé. J'ai peur pour toi, j'ai envie de te revoir sourire comme tu le faisais si bien quand j'étais en votre compagnie. »

Il respira un long moment avant de reculer légèrement la tête pour pouvoir voir le visage de Sugar mais toujours en la retenant. Sans un mot, d'un simple regard, il approcha son visage du sien sans qu'elle ne puisse rien faire.

Unique eut la tête qui tourne quand leurs lèvres se touchèrent. Comment en était-il arrivé là ? Était-ce vraiment ce qu'aurait voulu Sugar, ou est-ce qu'elle l'aurait giflé pour ça ? De peur de faire une erreur, il laissa simplement l'étalon faire ce qu'il voulait.

Unique gardait les yeux pendant que Flow fit peu à peu pénétrer sa langue en lui. Elle caressa d’abord le bout de ses lèvres avant de glisser entre elles et de frotter contre ses dents. Par réflexe, Unique desserra légèrement les dents et put sentir sa langue se faufiler à l'intérieur de lui. Il lui aurait arraché la langue s'il le pouvait.

Un sifflement strident fit sursauter le métamorphe qui put enfin reprendre sa respiration. Flow redressa aussitôt la tête et regarda par la fenêtre.

« Ce n'est rien, c'est juste le train qui fait ses préparations. » Il regarda la pégase reprendre son souffle, un sabot contre le torse. « Tu sembles très nerveuse. » Il voulut s'approcher pour l'embrasser à nouveau, mais elle tomba de sa chaise en voulant l'éviter. Dans sa chute, elle entraîna son bol de cerises qui se répandit au sol. « Sugar, tu vas bien ? » demanda-t-il en accourant à ses côtés pour l'aider à se relever.

« Euh… oui oui, je vais bien, je peux avoir d'autres cerises ? »

Flow se mit à rire en relevant la jument.

« Tout ce que tu voudras Sugar. » Et il s'absenta à nouveau pour aller chercher ce que la jument avait demandé.

Unique se rapprocha de la fenêtre. C'était le moment. Il voulut ouvrir la fenêtre, mais celle-ci restait fermée. Il n'y avait plus de temps à perdre, il envoya son sabot dans le carreau qui se brisa en plusieurs éclats. Aussitôt, il entendit Flow accourir en appelant Sugar.

L'ouverture qu'il venait de créer n'était pas encore assez grande. Quand il voulut l’élargir, il se coupa malencontreusement sur un débris de verre.

Il se retourna, Flow n'était plus très loin.

Soudain, une paire de sabots vint entourer son cou et le tirer violemment dehors. Il entendit le verre se briser à nouveau quand il traversa la fenêtre. La chute ne fut en rien amortie et l'impact lui sonna le crâne pendant que des tâches noires dansaient devant ses yeux.

« Fiche le camp ! » dit une voix qu'il mit du temps à reconnaître. Mais il la connaissait par cœur, c'était un minimum quand un changelin voulait imiter une voix. Elle semblait pourtant chevrotante, comme s'il y avait plus à l'intérieur que ce qu'elle ne laissait percevoir.

« Sugar ? Non, attends… »

La jument était déjà en train de grimper la fenêtre pour se retrouver à l'intérieur.

« Va-t'en ! » ordonna-t-elle d'un geste du sabot en lui lançant son sac de selle avant de se retourner sur Flow qui venait de débouler dans la pièce.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ici, tout va bien ? » demanda-t-il inquiet.

« Oui ça va, j'ai juste glissé et brisé la vitre. Désolée », expliqua-t-elle en s’asseyant à une chaise proche.

— Non non, ce n'est rien, tant que tu vas bien. » Il s'approcha de la jument pour rapidement l'examiner. « Qu'est-ce que tu as à l’œil ?

Elle se mit à rire.

« Rien, rien, je me suis ramassée mon propre sabot dans l'œil quand je suis tombée. »

Il lui fit une brève étreinte. La jument semblait réticente et ne comprenait pas ce rapprochement aussi brusque de la part de l'étalon.

Flow se dirigea ensuite vers les débris de verre éparpillés un peu partout qu'il se mit à ramasser.

« Sugar, qui était donc ce poney qui était avec toi ? »

Elle fut aussitôt surprise.

« Je te l'avais dit quand vous vous êtes présenté, non ? C'est mon cousin.

— Arrête de me mentir ! » dit-il en se retournant vers elle. « Tu m'as déjà avoué que ce n'était pas ton cousin, alors pourquoi me mentir à nouveau ? »

Sugar, prise de court par ces événements, ne sut que bredouiller des phrases incompréhensibles.

« J'avais peur… ça aurait été mal vu… ce n'est pas convenable. »

Flow arriva rapidement face à elle, ne laissant que quelques centimètres entre leurs deux visages.

« Où est-il ? »

Elle déglutit bruyamment avant que l'étalon n'attrape son sabot pour le lever entre eux deux.

« Il y a du sang sur le sol, et tu n'es blessée nulle part. Où est-il ? » se mit-il à crier plus fort.

« Je ne vois pas de quoi tu parles Flow, tu me fais mal !

— Je ne le répéterai pas Sugar, où est-il ? » Il serrait de plus en plus fort, faisant lâcher un glapissement de frayeur de la part de la jument. Il la fit relever de sa chaise violemment.

Elle pouvait voir la colère dans ses yeux, cette colère la faisait trembler. Elle pouvait aussi sentir de la peur quand il parlait, aurait-il peur d'un changelin ? Sur le bord de ses paupières, elle voyait des larmes qui commençaient à couler. Que signifiait donc cette tristesse ? Était-il déçu, ou se sentait-il trahi ? Cette peine se ressentait aussi dans sa voix à chaque mot qu'il lui crachait à la face. Mais elle restait muette, elle ne le reconnaissait plus, lui, cet étalon qui autrefois était le meilleur ami de Smile Dust et le sien. Elle ne put qu'écarquiller les yeux pour voir une forme sombre percuter Flow de plein fouet.

Les deux étalons roulèrent sur le sol chacun s'accrochant à l'autre. Quand ils furent stabilisés, Unique dans sa propre apparence reposait sur Flow. Il gronda juste au-dessus de lui, présentant sa gueule avec ses crocs pointus en les faisant claquer.

« Non Unique, ne lui fait pas de mal ! »

Il se retourna sur Sugar, mais le garde profita de l'occasion en soulevant brusquement ses sabots postérieurs pour projeter le changelin. Celui-ci atterrit sur le buffet qui se fendit face à l'impact du corps. Il reprit aussitôt ses esprits et se remit sur ses quatre sabots.

Flow s'était déjà relevé depuis longtemps et était parti reprendre sa lance sur la table pour foncer sur le changelin. Unique esquiva maladroitement l'attaque. Le garde corrigea aussitôt son attaque pour planter son arme dans l'épaule du changelin, la même épaule qui était déjà blessée.

Il y eut un cri strident avant qu'il ne frappe dans le bois de l’arme pour dégager aussitôt la lame de son corps. Il sauta rapidement sur le garde pour l'empêcher de refaire une seconde attaque et le retint au sol avec le manche de son arme.

« Unique, je t'en prie », implora Sugar qui était restée tétanisée tout du long de la scène.

Il produit un grondement sourd qui remonta peu à peu tout le long de sa gorge. Des contractions au niveau de l’estomac firent tressaillir le corps d’Unique avant qu’il ne se mette à vomir un liquide sur le cou et la bouche fermée de Flow. Sugar eut le souffle coupé de voir une chose aussi répugnante. Il se redressa difficilement pour faire face à la jument.

« C'est bon, il est coincé. »

En effet, le liquide était en réalité une matière qui prit rapidement forme solide qui liait la tête du poney au sol. Il pouvait encore les voir et respirer, mais il était incapable de parler. Unique se mit à s’éloigner, sa blessure lui faisait incroyablement mal. Dehors, on entendait déjà des bruits de sabots et des voix de différents gardes qui se rassemblaient après avoir entendu un cri aigu dans la nuit.

« Ils ne vont plus tarder… je dois partir. » La décision avait été prise rapidement.

« Unique… Flow… il t'a vu, il m'a vue avec toi, dit-elle l'air perdu.

Et alors ?

— Il me connaît, il saura me retrouver… »

Unique dont la blessure faisait de plus en plus mal hésita une seconde à s'enfuir ou à rebrousser chemin. Même s'il voulait l'oublier, se permettrait-il de la laisser dans cette situation ? Il voulait la laisser vivre en paix, pas en prison.

Retournant sur ses pas, Unique jeta un regard circonspect à la jument puis à l'étalon entravé.

« Qu'est-ce que je dois faire Sugar ? » La jument semblait toujours aussi perdue et n'osait pas décrocher son regard du sol.

Durant le combat, elle l'implorait de ne pas lui faire de mal, mais maintenant, elle réalisait enfin qu'elle était dos au mur. Tout était fini pour elle si ce poney parlait. Elle jeta un coup d'œil au changelin et vit qu'il avait compris en même temps qu'elle.

« Sugar… qu'est-ce que je fais ? »

Le tuer ? Oui, c’était la seule solution. Pour pouvoir vivre en paix, elle devait faire ça. Mais ce n’était pas elle, ça ne lui ressemblait pas, c’était un truc de changelin ça. Il n'aurait aucun problème de conscience à le faire.

« Sugar, tu n'as qu'à me le demander. »

Demander, juste demander de le faire. Pourquoi ferait-il ça ? Parce que c'était un monstre, ou simplement parce qu'il voulait l'aider ? Qu’était devenu Flow ? À cet instant de crise, elle ne reconnaissait plus cet ami qui l'avait toujours surveillée du coin de l'œil et qu'elle avait abandonné. Comment pouvait-elle prendre ce genre de décision ?

« Unique, j'ai peur. »

Le changelin soupira longuement avant de se rapprocher lourdement de l'étalon. Elle était incapable de lui demander, mais ça, il s'en serait douté. Flow tirait sur la carapace verte qu’Unique avait crachée. Il avait tout entendu, il savait tout ce qui avait été dit, il savait la solution qui avait été prise.

Qui allait le faire ? Unique bien sûr, mais c’était sous les ordres de Sugar qu’il faisait ça. Ça n’allait pas lui provoquer le moindre problème de conscience de faire ça, seule Sugar avait de l’importance à ses yeux, mais elle ne s’en remettrait peut-être jamais. C’était elle qui donnait l’ordre, c’était elle qui le tuait.

Unique chercha une réponse au fond de son être. Il était un changelin, un monstre fait pour manipuler les poneys, s’en servir, comme un parasite. Quand il était encore sous les ordres de la matriarche, c’était elle qui s’occupait de jouer avec leur nourriture, de la guider à trahir, dénoncer, dévoiler tous les autres qui seraient cachés. Peut-être que lui aussi en était capable maintenant.

Il fit briller sa corne face aux yeux écarquillés de terreur de Flow. Sa magie pénétra le corps du poney jusqu’à être entièrement en lui. Le poney ne bougeait plus, il se contentait de respirer calmement. Il était en son contrôle. Il lui ordonna de lâcher la carapace qu’il essayait d’enlever jusqu’à maintenant. Les sabots du garde se posèrent lentement sur le sol, en toute docilité.

Mais rien n’avait encore été fait. Il fallait maintenant le faire oublier. Il dirigea une partie de son énergie dans le crâne du poney. À l’intérieur, toute la mémoire du poney semblait intacte. Il pouvait encore sentir la colère lorsqu’il l’avait attaqué, et la terreur qui l’avait habité face au changelin. Pourtant, son visage ne reflétait aucune de ces émotions. Tout était à l’intérieur, encore bien ancré dans l’esprit du poney.

Mais comment faisait la matriarche ? Pour effacer la mémoire, il fallait bien plus que de ressentir les émotions. Une idée traversa l’esprit du changelin. La mémoire était régie par plusieurs critères. On ne se souvient pas de tout ce qu’on a vécu, non. La mémoire est sélective et favorise avant tout les instants ou les émotions sont les plus fortes. S’il enlevait les émotions durant cette période, il enlèverait sûrement la scène qui était gravée dans la mémoire de Flow.

À l’intérieur du corps du poney, il n’eut aucun mal à s’approprier les sentiments vécus par Flow. Chaque souvenir de Sugar dans sa mémoire était accompagné d'une vague de sentiments bien distincts les uns des autres. De la joie, de la colère, de la tristesse, et même de l'amour, du regret, de la rancœur, de la culpabilité. Chacune de ses émotions rattachait un souvenir, une scène, une parole à la mémoire de Flow. Ces derniers instants étaient forts en émotion, quoi de plus normal, il était ainsi facile pour Unique de les repérer pour ensuite les aspirer hors du poney.

Le prisonnier ne réagit pas une seule fois, et c’est Sugar, tremblante, qui posa un sabot sur l’épaule du changelin pour lui demander :

« C’est fini ?

— Il est encore vivant, Sugar. » Elle lâcha un soupir de soulagement. Mais ce n’était pas encore fini, la plaie d’Unique saignait toujours, et les renforts n’allaient pas tarder. Déjà, ils pouvaient entendre des sabots frapper le sol dans leur direction. « Faut qu’on y aille. »

Se relevant rapidement, sa tête lui tourna. Une douleur le brûlait au niveau de l'épaule. Reportant son regard dessus, il vit l’étendue de la plaie. La lame avait été en partie tournée après avoir pénétrée la chair. Le sang coulait encore sans retenue. L’adrénaline avait fait du bon travail pour lui faire oublier la douleur l’espace d’un instant, mais maintenant, elle était insoutenable. Il s’effondra sur le sol sans retenue. Sugar apparut aussitôt près du changelin pour l’aider à se relever. Un sifflement aigu provenant de la bouche du changelin la fit hésiter.

« Allez Unique, il faut y aller ! »

Sugar vint rapidement pour l'aider à se relever en passant un des sabots d’Unique au dessus de ses épaules et tira pour le soulever. Il grognait, pas contre elle, mais contre la douleur. Il était enfin debout. la tête pendante et appuyée lourdement sur Sugar, mais debout. Elle démarra lentement la marche pour quitter le bâtiment, c'était leur seule chance.

Sugar changea très vite de direction quand des coups de sabots retentirent sur la porte principale. On dirait que Flow avait fermé la porte derrière lui quand il était avec Unique. Elle décida de repasser par la fenêtre. En passant à côté du corps, Unique fit briller sa corne pour enlever la carapace verte qui bloquait le poney au sol.

« Tu as vu ? Il est vivant », informa Unique en murmurant.

« Je sais mon grand, je suis très fière de toi. » Il avait du mal à parler. Il n'arrêtait pas de respirer de manière effrénée, il manquait d'air. Pourvu qu'aucun organe n'ait été touché. Il l'aurait sans doute senti beaucoup plus tôt si ça avait été le cas.

« Je l’ai fait pour toi Sugar », dit-il en s’essoufflant.

« Je te remercie mon grand, je suis très contente, mais ne te fatigue pas. Ça ira pour passer la fenêtre ? »

Le changelin acquiesça lentement avant de se séparer de la jument. Elle l'aida encore pour passer ses sabots sur l’appui de fenêtre, mais lorsqu'il dut passer de l'autre côté, c'est dans un effort qu'il ne sut que se jeter de l'autre côté en tombant brutalement sur le sol.

« S'il te plaît, Unique ! » implora la jument en sortant à son tour et en reprenant son sac de selle.

Elle le soutint à nouveau pour marcher. Il boitait de plus en plus. Chaque pas était laborieux et lui décrochait toujours un grondement. Il était épuisé, vidé de ses forces. La pégase entendit les gardes entrer à l'intérieur de la caserne.

Des larmes commençaient à couler le long du visage de Sugar. Elle jeta un coup d’œil à son protégé, il allait de plus en plus mal. Ils n’allaient pas assez vite pour fuir la garde, et s’envoler était la meilleure façon de signaler leur position aux soldats pégases.

Le train n'était plus très loin, mais les gardes allaient sûrement les repérer. Unique trébucha et les entraîna tous les deux au sol.

« Allez Unique. » Elle renifla fortement. « Faut qu’on parte. »

Le changelin voulut ramper, mais pas vers le train, dans une allée sombre derrière des poubelles. Il s'arrêta subitement de bouger, relâchant tous ses muscles

« Qu’est-ce que tu fais ? C’est pas le moment mon grand ! »

Sugar faisait tout pour le faire se relever, mais en vain. Un sabot du changelin vint pousser la pégase.

« Fiche le camp !

— Quoi ?

— Personne ne t’a vue. Va-t’en ! »

Elle continuait à l'aider.

« Pas question, je ne pars pas sans toi. » Elle s’obstina à soulever le changelin qui résistait.

« S’il te plait, va-t’en ! Ta tristesse me dégoûte, je ne veux plus la sentir Sugar, je ne veux pas que ce soit la dernière chose que j’aie de toi.

— Arrête tes idioties. » Elle posa le visage du changelin contre son giron. « Je t’ai dit que je ne t’abandonnerai pas. »

Il souffla toute son exaspération. Elle ne le lâchera pas. Elle était prête à tout perdre pour lui. Il respira une dernière fois son parfum. Il était comme avant, sans peur, avec juste la tristesse qu’elle n’arrivait pas à cacher. Mais il y avait de la joie, et même quelque chose d’encore plus fort. Ce n’était toujours pas le même amour qu’elle déversait pour Smile Dust, mais ça s’en rapprochait drôlement, et c’était pour lui. Il savoura une goutte de ce cocktail qui lui était destiné, au point où il en était, elle n’allait pas lui en tenir rigueur. La quantité infime d’énergie qu’il put absorber provoqua une réaction brutale dans le corps du changelin. C’était comme si son cerveau fonctionnait à pleine capacité, ses instincts de survie s’étaient réveillés.

Se redressant brusquement, il fit face à la rue où les gardes allaient surgir dans quelques instants. Sa corne se mit à briller face au regard médusé de Sugar. Un rayon fut projeté sur le sol, à un mètre des deux fuyards. Un poney sombre apparut à l'endroit où il avait visé et les observait. Sans dire mot, l'illusion se retourna brusquement avant de se mettre à galoper vers la rue en passant par la fenêtre qu'ils avaient brisée. On pouvait aussitôt voir des gardes surgir de la caserne pour se mettre à le poursuivre.

Sugar comprit aussitôt ce que le changelin avait essayé de faire et poussa celui-ci pour les plaquer contre le mur. D'autres soldats se mirent à débouler dans la rue, depuis le train et fonçaient sur le poney sombre. Sugar était toujours couchée sur Unique, lui servant de cocon, de protection face au danger.

Le silence se fit, mais elle n’osait toujours pas bouger, il fallut entendre le sifflet du train, et ses roues lentement avancer sur les rails.

« On doit y aller Unique ! » Il ne répondit rien. Elle se releva aussitôt. « Unique, le train est en marche ! » Il resta couché, face contre terre.

Sugar ne prit pas le temps de sermonner sa fainéantise et passa ses bras autour du ventre du changelin. Elle agita ses ailes le plus fort qu’elle pouvait, mais n’arrivait qu’à se soulever elle-même, il était bien trop lourd.

« Allez Unique, me laisse pas toute seule ! » Sans bruit ni réponse, ses ailes membraneuses se mirent à s’agiter lentement. « Merci. »

Elle les éleva juste pour pouvoir les décoller tous deux du sol pour ensuite se diriger vers le train en marche. Il n'était pas loin, mais elle ne devait pas traîner. Ils augmentèrent encore l’altitude de plusieurs mètres de haut pour être à l’abri de tout soldat qui passerait au sol. Les soldats pégases étaient sûrement tous partis poursuivre l'illusion, du moins, Sugar l'espérait de tout cœur.

« Regarde, on y est arrivé », annonça Sugar en ne cachant pas sa voix.

Les ailes d’Unique s’arrêtèrent aussitôt qu’elle eut dit ça. Sans son aide, Sugar n’arrivait pas à maintenir l’altitude. Battant des ailes par tous les moyens, elle s’efforça de diriger leur descente vers le train, au lieu d’essayer de garder de la hauteur.

Ils se rapprochaient trop rapidement du train. Sugar les guida sur le toit d’un des wagons. À cause de la vitesse, les deux fugitifs percutèrent violemment le train. La pégase se remit vite d’aplomb pour voir le corps du changelin poursuivre dans son élan et glisser hors du toit. Elle sauta pour le rattraper avant qu'il ne tombe du train.

« Unique, fait un effort s’il te plaît ! »

Elle battit des ailes pour tirer le changelin vers elle. Une fois remis en place, elle le serra contre elle. Le train commençait à prendre de la vitesse, et la morsure du froid n’en devenait que plus violente. Par chance, une trappe était installée sur le wagon. la pégase continua à maintenir Unique qui n’arrêtait pas de se laisser aller par les secousses.

À l’intérieur, Celestia avait décidé de lui offrir ce qu’elle avait attendu depuis le début de ce voyage : un lit. Le wagon était rempli de matelas. Elle chuchota au blessé de faire attention, qu’elle allait le faire descendre à l’intérieur, qu’il devait se rattraper. Mais il tomba lourdement, sans retenue, roulant dans le fond du wagon. Elle se précipita à l’intérieur en jetant son sac à ses côtés.

« S’il te plaît Unique, arrête de faire l’idiot. »

Elle retourna le corps pour le mettre sur le dos et voir l’état de la blessure. Il y avait beaucoup de sang et il continuait encore à affluer. La plaie n’était pas énorme, l’entaille s’était faite proprement et il n’y avait que quelques déchirements sur les côtés clairement provoqués par la lame quand elle avait été retirée. Sa profondeur n’était pas visible, et l’état du changelin ne pouvait pas lui donner la réponse. Il était fort après tout, tout le temps qu’il avait passé sans soins aurait déjà été fatal pour un poney normal. il arrivait même encore à respirer.

Sugar ne traîna pas à nettoyer la plaie avant de la désinfecter consciencieusement. Un pansement ne serait que peu efficace, c’est pourquoi elle décida de recoudre rapidement et grossièrement la blessure. Quand tout fut terminé, elle prit enfin le temps de s’inquiéter plus que d’habitude pour Unique.

....

Nous vivons pour la matriarche. C’est elle qui nous donne la vie et c’est elle qui nous maintenait dans cette état. Sans elle, nous ne sommes rien, nous sommes morts. Tout-petits, nous sommes élevés par les mantis, ils nous nourrissent et nous apprennent à comprendre la voix de la reine. Plus grands, nous devenons à notre tour mantis. Ensuite, quand nous grandissons encore, nous abandonnons ce rôle, et nous sommes choisis pour devenir soldats ou guardiens. Les gardiens sont aussi les ouvriers de la ruche, tandis que les soldats sont le bras armé et mobile de la matriarche.

Nous sommes tous capables de nous battre et de tuer.

Mais la matriarche le sait, nous avons tous besoin des autres créatures pour vivre. Sans elles, nous ne pouvons nous nourrir. C’est la pire malédiction que l’on pouvait nous faire, être entièrement dépendant des autres. Alors nous choisissons de vivre, et de devenir haïs de tous. Des parasites.

Nous ne pouvons vivre sans la matriarche, car c’est elle qui l’a décidé. C’est elle qui se nourrit et qui nous transmet à tous l’énergie. Jamais nous ne touchons à la nourriture directement. Sans elle, nous mourrons. Pourquoi ? Parce qu’elle nous rend dépendants d’elle dès notre plus jeune âge. Sans elle nous ne savons pas quoi faire, sans elle nous ne savons rien faire, sans elle nous perdons tous nos repères. Le lien qui nous unit ne peut pas être brisé.

Désobéir et l’issue en était souvent fatale. L’indépendance était interdite. Elle nous aimait et elle voulait être la seule à nous sustenter. Elle était ferme et intransigeante, mais c’était notre mère, et jamais nous n’irions contre elle. Elle nous aimait et elle avait une raison de faire ce qu’elle faisait.

Si ça arrivait, nous serions incapable de voir, de sentir. Seul le néant serait notre réponse. Mais pourtant, nous l’avons fait, JE l’ai fait. J’ai survécu, et je suis devenu indépendant, mais seul…

La solitude, notre plus grande peur et la matriarche le savait. C’était une question de survie que de se rattacher à un groupe, une personne, un quelconque semblant de sécurité.

Sugar Free, une jument aussi seule que moi. Sans rien demander, ou simplement avec un appel à l’aide, elle était venue pour me prêter sabot fort. Elle n’avait pas besoin de moi, pourtant, elle avait tout fait pour m’aider.

Tout ça était fini maintenant, le néant était de etour. Le froid, la peur, la famine. Pourtant je me sentais bien. Il ne faisait pas si frorid, et la faim ne me tiraillait pas encore. Pour quelle raison aurais-je peur ? Le plus incroyable était que j’avais l’impression, au fond de moi, que la matriarche était revenue. Je ne me sentais plus seul, j’étais en sécurité en son sein.

Elle semblait ne pas m’en vouloir. J’ai dû lui faire peur pendant tout ce temps d’absence. J’espère juste qu’elle ne sera pas trop sévère. J’étais heureux de la revoir moi.

Son essence s’immisça dans mon esprit, forçant peu à peu toutes les barrières que je m’étais forcé de mettre durant mon séjour à Canterlot pour me protéger. Elle ne ménageait pas son pouvoir pour avoir accès à mon esprit, mais elle avait toujours été de nature violente.

Elle m’aimait, ça, je le savais. Et comme pour me rassurer, je pouvais sentir tout son amour dans la force qu’elle employait à détruire toutes mes résistances. Quand elle écrasa enfin la dernière de mes protections, je pouvais sentir son ardeur envelopper tout mon corps avant qu’elle ne se mette à brûler. La chaleur était réconfortante. À l’intérieur de moi, je pouvais sentir quelque chose de brisé se reconstruire. Le lien qui nous unissait me soulageait enfin du poids que j’avais sur les épaules.

Lentement, je commençai à me réveiller. La première chose que je sentis fut la douleur que j’avais au niveau de l'épaule, toujours la même épaule, c'était curieux. Elle me démangeait, mais j’étais incapable de stopper ce tiraillement. En essayant de bouger un sabot, je compris très vite que j’en étais incapable. Il y avait beaucoup de bruit autour de moi. Petit à petit, j’ouvris les yeux.

Je pensais revoir la ruche, ma famille, ma matriarche, celle qui avait réparé le lien défait. Mais je ne vis qu’elle. Toujours elle. Elle semblait s’être endormie contre moi, mais au premier mouvement que je fis, elle se réveilla aussitôt.

« Unique ?! » Elle passa vigoureusement ses sabots autour de mon cou avant d’enfouir son visage sous mon menton. Le plus étrange fut cette décharge de saveur que je reçus en pleine face, m’étouffant presque.

« Sugar, où est la matriarche ? » Elle desserra légèrement son étreinte pour plonger son regard dans le mien.

« Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Elle est là, je la sens. Elle vient me chercher, elle ne m’en veut pas. »

Elle posa un sabot sur ma joue, son contact était agréable. Je sentais de la nervosité.

« Unique, il n’y a que moi. »

Serait-ce possible ? Elle m’aurait donc abandonné. La peur, la solitude étaient donc bien présentes ? Non, je ne ressentais rien de tout ça. Pourquoi ? Je reportais mon regard sur la pégase qui me recouvrait l’intégralité du corps avec le sien et avec l’aide de ses ailes.

Elle avait fait tellement pour moi, et grâce à moi, elle venait de tout perdre. Je ne pourrais jamais assez la remercier pour le nombre incalculable de fois où elle m’avait sauvé la vie. J’ai pu être méchant avec elle, la faire hurler, la frapper, la faire pleurer, la droguer, j’ai été un monstre avec elle… Mais elle continuait à me suivre, elle continuait de croire que je n’étais pas la créature que je prétendais être. J’aimais Sugar Free, et c’est pourquoi je voulais partir, et ne pas devenir un parasite pour elle.

Elle reposa son visage contre mon cou, sûrement son instinct de ponette soignante pour éviter que je n’attrape froid. Ou peut-être qu’elle avait peur que je parle, là, maintenant.

Le train fit un arrêt. Au début, Sugar pensait qu’ils avaient été signalés, mais un simple coup d’œil dehors la rassura ; ils étaient arrivés. Elle aurait voulu mettre plus de distance entre eux et Canterlot, mais déjà les poneys se mirent au travail pour décharger certains wagons, elle ne pouvait pas prendre le risque d’être vue.

Elle aida le changelin à quitter le wagon par la trappe avant de le faire descendre précautionneusement en le soulevant et en battant des ailes pour réduire la chute. Elle savait bien qu’il savait voler, mais ne voulait prendre aucun risque.

Ils restèrent cachés derrière un bosquet le temps du déchargement. Comme pour confirmer ses doutes, le wagon dans lequel ils avaient voyagé fut vidé aussi. Elle pria intérieurement pour que personne ne voie les quelques taches de sang qui avaient sali les matelas sur lesquels elle avait soigné Unique.

Après une bonne heure, quand le train se prépara à reprendre la route, ils n’osèrent pas retourner dedans de peur que quelqu’un les voie. Alors ils restèrent encore un long moment après que le train soit parti, attendant qu’il n’y ait plus personne pour sortir de leur cachette.

Sugar finit par sortir, suivie d’Unique dans son déguisement du pégase bleu foncé. Elle monta sur le quai de la gare, et tendit un sabot au changelin pour l’aider à faire de même. Ils se retrouvèrent tous deux devant le panneau de bienvenue du village, incapables de savoir ce qu’il allait arriver.

« Eh bien voilà… que veux-tu faire maintenant ? » demanda-t-elle en le regardant bien en face.

« Je ne sais pas encore. » Le changelin la regardait en retour. Il put encore voir la marque sur son œil quand il l'avait frappée dans la chambre d’hôtel. Malgré tout ça, elle arrivait encore à lui sourire. « Qu'est-ce que je pourrais faire Sugar ?

— Quoi ? » La jument prise au dépourvu eut un rire bref, mais voyant l'air sérieux du changelin, elle se reprit aussitôt. « Je ne sais pas mon grand. Je pense que c'est à toi de décider. Pourquoi sommes-nous partis de Canterlot ?

— Pour retrouver la matriarche.

— C'est exact. Et maintenant qu'on est là, qu'est-ce que tu penses qu'il serait juste de faire ?

— Partir à sa recherche, dit-il la mine sombre en regardant le sol.

— Exactement. »

La jument regarda les rails s’étendre jusqu’à l'horizon, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus les voir et où le soleil était en train de se lever. Unique suivit son regard et admira à son tour le paysage; des arbres à pertes de vue, une forêt immense qui devait s’étaler sur plusieurs centaines d'hectare. Il ne suffirait que de quelque pas à l’intérieur pour se faire oublier. quelques pas pour disparaître. Quand il examina à nouveau la jument, il pouvait la voir avec les larmes aux yeux.

« Ne fais pas attention à moi Unique, c'est juste le soleil qui m'éblouit. »

Il prit une grande bouffée d'air, captant par la même occasion les senteurs de la jument. Il n'y avait aucune tristesse dans ce qu'elle ressentait.

« Sugar, je voulais te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi. Je n'aurais jamais réussi sans toi.

— C'était juste un petit coup de sabot, pas grand-chose, vraiment.

— Et je tenais aussi à m'excuser pour les ennuis que je t'ai causée.

— Il n’y a pas de problème, ça ira, crois-moi.

— … »

Elle semblait résignée. Prête à le laisser partir. Lui était encore perdu, pendant tout ce temps il avait voulu fuir cette ville, mais maintenant, cette jument lui donnait envie de rester. Il le savait, ça ne serait pas lui rendre service que de rester avec elle.

« Oh Unique, je voulais moi aussi te remercier, quand tu m'as défendu face à Flow qui avait des soupçons. Merci d'être resté et de ne pas t'être enfui tout de suite. »

Il s'en souvenait. Quand elle lui avait dit de ficher le camp et qu'il était resté, ça n'était pas à cause du sang qu'il avait laissé, non. C'était à cause d'une chose bien particulière.

« Je… je t'ai sentie, enfin, tes émotions, je les ai senties.

— Oh… ah bon ? » La jument tentait déjà de fuir le regard du changelin.

« Oui. Ton odeur, je la connais par cœur. Ses variantes, ses motivateurs, ses points d'intérêt. Et pourtant, à chaque fois que je la respire, on dirait que quelque chose d'autre se cache. Quelque chose de nouveau, d’indéfinissable, j'ai beau chercher, je ne vois pas ce que ça représente. »

Elle gardait le silence face à lui, mais elle avait relevé les yeux. Elle n'avait pas peur, elle n'était pas triste, elle attendait simplement qu'il le dise.

« Tu… Nous le savons bien, ça ne peut être l'amour. Je reconnais l'amour à chaque fois que tu le déversais sur moi, je sais aussi qu'il est différent pour chaque personne, tu aimes Smile Dust d'une autre manière que moi. Et encore d’une autre que Flow. J'ai l'impression que je ne te connais pas Sugar, et Flow semble être dans la même situation. Qui es-tu vraiment ? Même un changelin ne pourrait pas cacher autant sa vraie nature. »

Elle sourit timidement, ne relâchant pas une seule fois le contact avec Unique. Elle ne tremblait pas et semblait lassée. C'est d'une voix douce qu'elle répondit.

« Il y a plusieurs mois de ça, ma vie était différente et peut-être que moi aussi, j'étais différente. Je vivais avec Smile Dust, un soldat, comme Flow. Moi j'étais infirmière à l'hôpital de Canterlot, je connaissais parfaitement bien mon métier et beaucoup de médecins ne savaient plus se passer de moi. Quoi qu'il en soit, un jour, c’est Smile Dust qui est arrivé à l’hôpital. Il avait fait une expédition en forêt où il eut un accident. » Elle s'arrêta un moment pour soupirer avant de reprendre avec une voix tremblante. « Vous n'êtes pas autorisée à assister à cette opération. Voilà ce qu'on m'a répondu quand je suis venue pour aider. On ne m'autorisait pas à l'aider, simplement parce que j'étais son épouse. Voilà ce qu'on te dit quand ton mari a besoin d'aide, non, tu n'as pas le droit de faire quoi que ce soit. Je devais juste regarder et ne rien faire, juste attendre qu'il meure… J'ai tout lâché après ça : le travail, les contacts, ma routine. Une simple pharmacie de quartier et voilà, tout était terminé, j'avais la paix.

— Si tu avais la paix, pourquoi être venue m'aider Sugar ?

— Parce que je le pouvais ! dit-elle légèrement plus fort. Car je peux aider qui je veux, quand je le veux. Tu avais besoin d'aide et j'étais là pour te la donner. »

Unique le sentit. Une odeur, toute particulière, celle qui apparaissait à chaque fois que Sugar perdait le contrôle. En effet, il la voyait regarder le sol plus longtemps que d'habitude.

« Sugar, je ne sais pas…

— Alors reste ! » Elle le dévisagea aussitôt après avoir dit ça, les yeux emplis de larmes. « Tu n'as pas besoin de partir, tu peux juste rester, tout simplement. »

Le changelin secouait la tête.

« Non Sugar, tu l'as toi-même dit, l'objectif est de retrouver la matriarche.

— Mais on se fiche bien d'elle ! » Elle se rapprocha plus près de lui, sa voix continuait à monter. « Pourquoi cours-tu après une reine qui t'as abandonné ? J'ai fait plus en quelques jours avec toi qu’elle sur toute sa vie de mère !

Unique ressentit à nouveau toutes les émotions de la jument, elle n'arrivait plus à les cacher.

« Arrête Sugar ! »

Elle se rapprocha encore de lui et posa son sabot sur son épaule blessée.

« Arrête. Nous savons tous les deux que ça ne peut pas marcher ainsi. Ce monde n'est pas pour moi, ce monde n'est pas le mien.

— Et alors ? Tu peux t'adapter, tu es un changelin. Je te nourrirais, tu ne risqueras plus rien. On se fiche bien de ta matriarche.

— Mais pourquoi je devrais rester, Sugar ? »

Elle se ressaisit aussitôt. Ne bougeant plus d'un centimètre. Plongeant son regard dans celui d'Unique.

« Tu... parce que... C'est simple, non ?

— Non Sugar, ça n'est pas simple. Ça ne l'a jamais été avec toi. »

Elle soupira un long moment en secouant la tête avant de dire, résignée.

« Parce que j'ai peur, Unique. J'ai toujours peur. De l'extérieur, de ce qui m'est arrivé,. J'avais peur de ce que j'étais et c'est pourquoi je me cachais au lieu de faire face. J'avais pris l'habitude d'être seule, mais depuis que tu es arrivé dans ma vie, je n'ose plus imaginé la solitude et ça me fait encore plus peur. » Elle se pinça les lèvres en secouant encore une fois la tête avant de se mettre à sourire à Unique. « Tu sens bien ça, non ? Tu es un changelin, ça doit être facile de mettre à nu les gens et de... » Elle eut la voix qui se brisa subitement, elle ne su reprendre qu'en tremblant. « C'est idiot tu ne trouves pas ? T'as beau être foutu de sentir tout ce que je ressens, je suis quand même obligé de tout t'expliquer. T'es pas mieux que les autres tu sais. » Elle se mit à rire brièvement. « Vous n'êtes pas capable de savoir quand une jument vous aime.

-Mais tu te trompe Sugar. Tu ne m'aime pas autant que Smile Dust.

-Arrête avec ça ! Bien sûr que je ne peux pas vous aimer de la même manière, mais je ne me trompe pas en disant que je t'aime Unique. » Elle écarquilla brusquement les yeux, comme si elle venait de lâcher son plus lourd secret. Elle se mit à sourire à nouveau, réalisant ce qu'elle venait enfin de dire. « Voilà Unique. Tout est là. Tout ce que je ressens, tu le sens. Plus aucun secret. Juste moi.

Il s'approcha silencieusement d'elle avant de poser ses sabots sur chaque épaules de la jument. Elle continuait à le fixer en souriant. Elle n'avait plus rien à cacher, elle n'avait plus rien à craindre.

« Tu ne veux pas me laisser partir, c'est ça ?

— Tu as vraiment envie de partir ?

— Je ne sais pas Sugar. J'ai l'impression de ne toujours pas savoir qui tu es vraiment, même après tout ce que tu m'as dit. Au fond, je sais qu'il reste un secret, tu me caches quelque chose. Dans toutes les émotions que tu ressens, il y en a une qui revient régulièrement, C'est très fin, très peu perceptible et fugace. Je ne l'ai jamais senti avant sur personne d'autre que toi. Je ne sais pas ce que c’est, ça me fait peur.

— C'est l'espoir. Celui que je mets en toi à chaque fois que je te regarde. Celui qui m'a permis de toujours voir autre chose qu'une créature qui a attaqué ma ville. L'espoir de te voir changer de vie. »

Unique soupira longuement avant de lever son sabot vers Sugar. Il caressa la blessure qu'il lui avait faite à l’œil.

« J'aimerais temps me dire que j'ai le choix Sugar, mais je ne pourrais te causer que des ennuis.

— Je suis prête à en prendre le risque. C'est un minimum pour avoir appris à nouveau à vivre.

— Je ne sais pas Sugar… »

Elle vint se serrer contre lui, pendant qu'il restait assis à regarder l'horizon.

« Qu'est-ce que tu es Unique ?

— Un changelin, un monstre… »

Que devait-il faire ?

« Ne dis pas ça Unique, tu n'es en rien un monstre. »

Comment prendre une décision ?

« Bien sûr que si, tu ne sais pas ce que j'ai fait ! Es-tu prêt à faire confiance à un changelin ? Une créature qui t'a déjà trahi plus d'une fois ?

— Je suis prête à tout pour toi Unique. »

Elle redressa lentement la tête pour être face à face avec le changelin à l'apparence du pégase bleu foncé. Avançant lentement, elle fit la distance qui la séparait de lui pour presser ses lèvres contre les siennes.

Unique se laissa faire, comme il l'avait fait avec elle dans la chambre d'hôtel et comme il l'avait fait avec Flow. Se contentant de respirer les saveurs qui s'immisçaient en lui. Cette peur n'était plus du tout présente, et était remplacée par de la joie. L'amour, Unique pouvait en gouter une quantité astronomique sans pour autant la vider. Et cette saveur, ce parfum si rare : l'espoir. Il était là, présent tout autour de lui. Et au-delà de la simple saveur, ce sentiment arrivait à le réjouir autant qu'elle. Elle stoppa leur baiser pour lui chuchoter :

« Tu es quelqu'un d'unique. »

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JackHyde
JackHyde : #4739
Ponycroc28 septembre 2014 - #4701@JackHyde

Oh tu sais, la fic voulait montrer du Slice of Life, mais se camouflait bien en "aventure" voilà pourquoi tu vois cette progression qui accélère au fur et à mesure des chapitres ^^.

Et bon, je pends énormément de temps pour écrire, donc on est deux sur ce coup ^^. Et je t'avoue que je ne pense avoir aucun réel "talent" pour l'écriture. En fait, il n'y a que deux personnes qui ont un avis sur lequel, je ne douterais jamais. Celui de Bro, et de Vuld. Chacun d'eux a de l'expérience, et surtout, ils ont fait des études dans ce domaine.

Si je peux vraiment dire là où j'ai fait des progrès, c'est surtout dans un avis critique tant dans ce que j'écris que dans ce que je lis. C'est peut-être la seule chose qui me ferait penser que je sais faire quelque chose. Il faut toujours se poser la question de savoir si ce qu'on fait est bon. Tant avec l'avis des autres, mais aussi avec le sien.

De nombreuse personne sur ce forum son des gens qui sont incapables de dire « Oui, ce que je fais est bien. » Et j'en fais partie. Je me remets toujours en question et j'ai l'impression que ce que je fais n'est pas suffisant. Heureusement, il y a aussi l'avis d'autre personne pour quelquefois te retenir en te disant. « Tiens, j'ai aimé cette version de la fin, tu ne devrais pas trop y toucher. »

Enfin bref, je m'égare beaucoup sur le coup ^^. Tout ça pour te dire que je pense avant tout que je fais des choses qui « plaisent » avant de me dire que je fais des choses qui ont du « talent ».

Merci encore beaucoup de ton avis et c'est bizarre, mais j'ai jeté un coup d'oeil sur ton profil, mais je ne vois pas de fic, il doit sûrement y en avoir pourtant, où sont-elles ? ^^ J'ai retiré ma fic afin de faire un total remaniement. De plus, mon rythme d'écriture (surtout avec la reprise de mes études) est trop lent pour que je sorte au compte goutte, je préfère tout publier d'un coup. Mais ce n'est pas le meilleure endroit pour en parler. Si tu désire voir mes oeuvres, un lien Googledoc est dispo dans ma bio.
Modifié · Il y a 3 ans · Répondre
shuryt
shuryt : #4723
Yeaa, une happy end comme je les aimes
Modifié · Il y a 3 ans · Répondre
Ponycroc
Ponycroc : #4701
@JackHyde

Oh tu sais, la fic voulait montrer du Slice of Life, mais se camouflait bien en "aventure" voilà pourquoi tu vois cette progression qui accélère au fur et à mesure des chapitres ^^.

Et bon, je pends énormément de temps pour écrire, donc on est deux sur ce coup ^^. Et je t'avoue que je ne pense avoir aucun réel "talent" pour l'écriture. En fait, il n'y a que deux personnes qui ont un avis sur lequel, je ne douterais jamais. Celui de Bro, et de Vuld. Chacun d'eux a de l'expérience, et surtout, ils ont fait des études dans ce domaine.

Si je peux vraiment dire là où j'ai fait des progrès, c'est surtout dans un avis critique tant dans ce que j'écris que dans ce que je lis. C'est peut-être la seule chose qui me ferait penser que je sais faire quelque chose. Il faut toujours se poser la question de savoir si ce qu'on fait est bon. Tant avec l'avis des autres, mais aussi avec le sien.

De nombreuse personne sur ce forum son des gens qui sont incapables de dire « Oui, ce que je fais est bien. » Et j'en fais partie. Je me remets toujours en question et j'ai l'impression que ce que je fais n'est pas suffisant. Heureusement, il y a aussi l'avis d'autre personne pour quelquefois te retenir en te disant. « Tiens, j'ai aimé cette version de la fin, tu ne devrais pas trop y toucher. »

Enfin bref, je m'égare beaucoup sur le coup ^^. Tout ça pour te dire que je pense avant tout que je fais des choses qui « plaisent » avant de me dire que je fais des choses qui ont du « talent ».

Merci encore beaucoup de ton avis et c'est bizarre, mais j'ai jeté un coup d'oeil sur ton profil, mais je ne vois pas de fic, il doit sûrement y en avoir pourtant, où sont-elles ? ^^
Il y a 3 ans · Répondre
JackHyde
JackHyde : #4657
Ponycroc27 septembre 2014 - #4650
@JackHyde

Merci à toi pour cet encouragement. C'est maintenant que je réalise à quel point j'ai pris du temps pour sortir se chapitre, et je ne remercierais jamais assez les gens pour leur dire à quel point j'apprécie leur patience ^^.
t'a surtout la même courbe de progression que moi j'ai eu : Petit paquet de 2000 mots, un peu timide. chapitre de 3000 mots, on raconte des choses. GROS PAVAY de 7000 mots ! ON ENVOIE DU PÂTÉ PAR LA POSTE !

La seul différence est que toi t'a du talent et que moi je poste (postais) tout les tremblements de terre. ^^'
Il y a 3 ans · Répondre
Ponycroc
Ponycroc : #4650
@JackHyde

Merci à toi pour cet encouragement. C'est maintenant que je réalise à quel point j'ai pris du temps pour sortir se chapitre, et je ne remercierais jamais assez les gens pour leur dire à quel point j'apprécie leur patience ^^.
Il y a 3 ans · Répondre
JackHyde
JackHyde : #4649
Cette fiction à tellement progressé depuis que je l'ai débutée. Félicitations Croc, tes progrès ne cesse de me plaire.
Il y a 3 ans · Répondre
Ponycroc
Ponycroc : #4479
makuta24 septembre 2014 - #4459
Enfin la fin temps attendu ^^ et je peux dire que je suis heureux d cette magnifique fin.



Merci à tous d'avoir attendu aussi longtemps pour avoir cette fin ^^ et je suis content que vous l'aimez.

lefebvreyo24 septembre 2014 - #4458
suis jaloux^^



faut pas ^^

Il y a 4 ans · Répondre
makuta
makuta : #4459
Enfin la fin temps attendu ^^ et je peux dire que je suis heureux d cette magnifique fin.
Il y a 4 ans · Répondre
La Furry
La Furry : #4458
suis jaloux^^
Il y a 4 ans · Répondre
Ponycroc
Ponycroc : #4437
@floppy
Merci beaucoup. il m'a fallu énormément de temps pour faire cette fin, et pour cause, j'ai finalement décidé de conclure ainsi pour pouvoir faire une suite une fois les idées bien en place. Merci encore pour l'intérêt que tu porte à cette fic en tout cas ^^
Il y a 4 ans · Répondre

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