Site archivé par Silou. Le site officiel ayant disparu, toutes les fonctionnalités de recherche et de compte également. Ce site est une copie en lecture seule

La magie d'une orpheline

Une fiction écrite par TheFrenchGuy.

Une autre pégase

Le temps était calme, je rentrais comme à mon habitude de l'école, seule vers l'orphelinat. La directrice m'attendait au pas de la porte du bâtiment en compagnie de Naly. Elles m'ont interpellée à vue puis m'ont emmenée directement dans leur bureau. Je sentais dans leur manière que quelque chose était différent, quelque chose de joyeux. J'en avais bien ma petite idée, mais ça me semblait trop gros pour être vrai. Seulement une fois passée l'entrée de la salle, la première chose sautant à mes yeux m'a prouvé le contraire. Devant moi se trouvait le meuble central de la pièce. Derrière se tenait une pégase grise d'un teint de crinière similaire à la mienne. Avant que je ne dise quoi que ce soit, on m'avait tout expliqué : on voulait m'adopter, et cette dénommée Derpy Hooves voulait m'accueillir chez elle.

J'étais inexpressive, ne sachant plus comment réagir. J'allais donc avoir une nouvelle maison ? Une nouvelle famille ? Une nouvelle vie ? Je n'y étais pas vraiment préparée, surtout face à celle qui s'occuperait de moi alors que je ne savais rien d'elle et qu'elle ne savait rien de moi... Et puis pourquoi moi et pas une autre ?

Poussée par la directrice, j'ai dû rassembler mes affaires, principalement scolaires. Tout du long, elle me parlait avec gaieté, contente pour moi, j'imagine. Naly restait silencieuse, avec le même faible sourire que l'autre soir. Mais cette Derpy, encore une pégase, était bizarre. Les yeux au sol, elle évitait mon regard, j'étais plus attentive à son comportement qu'à autre chose. Ses yeux étaient étranges, parfois j'avais l'impression qu'ils divergeaient.

Plus tard, Naly est restée avec moi à attendre dans la cour intérieure de l'orphelinat. Elle m'expliquait que la directrice devait remplir avec la pégase de la paperasse administrative et toutes ces choses bien trop compliquées pour moi. Mais le plus important, m'avait-elle dit, c'était après : que j'apprenne à connaître Derpy et que je la laisse me connaître. Naly le savait bien, et elle se doutait que je n'allais pas être une pouliche facile. Ses mots m'ont doucement fait comprendre que je n'habiterais plus ici. Je m'en réjouissais, je pourrais enfin être tranquille et ne plus supporter le groupe de pégases et tous ces autres orphelins. Et puis je lui ai dit que j'avais toujours une merveilleuse ponette vers qui me tourner si jamais j'avais un quelconque problème. Mais son regard s'est abaissé, et ses yeux commençaient à luire. Je n'ai pas compris. Que je ne sois plus à l'orphelinat ne signifiait pas que je ne la verrais plus... pas vrai ? Alors pourquoi ? Je serais toujours à Ponyville avec elle. Mais j'avais tort... Elle non plus n'habiterait plus ici.

Mon cœur a manqué un battement. Que voulait-elle dire ?

M'asseyant, j'ai balbutié quelques mots avant qu'elle ne m'explique, essayant de rester maître d'elle-même. Sa voix si calme, elle était différente, comme tremblante, souffrante. Sa gorge se nouait, ses yeux brillaient. Ce jour, elle s'y était préparée, mais une chose si simple et pourtant si difficile, c'en devenait éprouvant. Quelques mots ont pourtant suffi.

Elle partait loin d'ici.

Et pourtant... Je voyagerais à travers Equestria pour la revoir s'il le fallait ! Je lui ai bien fait comprendre ! Mais sa tête s'est abaissée, cachant son visage. Elle n'habiterait plus à Equestria, j'ai voulu savoir où, elle n'a pas répondu, préférant me garder loin de ses problèmes. Mais elle reviendrait me voir n'est-ce pas ? Seulement sans plus attendre, son souffle s'est perdu dans mes oreilles. J'ai cru entendre quelque chose, audible j'en suis certaine, mais, inexplicablement incompréhensible. Comme si mon esprit l'avait capté, puis immédiatement rejeté, sentant un danger pour mon âme.

Ne disant plus un mot, elle m'a prise doucement dans ses bras. Mon visage est resté figé avant que je ne comprenne enfin.

Puis je m'en suis rendu compte. Nos sorties dans la ville, nos discussions hilarantes ou des plus sérieuses. Sa générosité à m'inviter dans son pauvre chez-soi, à m'y raconter des histoires de ses vieux bouquins poussiéreux, pour s'endormir toutes les deux dans son canapé tout cabossé. Nos réveils, en retard à l'orphelinat pour ensuite se faire engueuler par la directrice. Tout ça. Tous ces câlins, tous ces sourires...

Mes joues ont eu un léger tremblement. J'ai fermé les yeux et serré les dents. Mon chagrin, étouffé dans sa belle crinière rouge sang. Je l'ai serrée dans mes bras. Je l'ai serrée si fort... de tristesse... de regret. Je pleurais. J'aurais voulu tout me faire pardonner à cet instant, tout ce que je lui devais, pour m'avoir supportée, pour m'avoir aimée. Mais je ne pouvais que la prendre dans mes bras et pleurer avec elle dans un silence faiblement perturbé par nos sursauts de peine.

Ne plus pleurer, mon sourire est bien plus beau que mes larmes. Naly me demandait là une chose impossible, mais pour elle, je le ferai. Après un dernier sanglot perdu dans un faible sourire, je lui ai même promis, je ne pleurai plus jamais.

Le temps passait, transformant notre tristesse en force, et l'étreinte devenait de plus en plus puissante. Aucune de nous deux ne voulait relâcher l'autre. Elle me caressait la crinière, comme elle savait si bien le faire. Je le faisais aussi, voulant sentir pour la dernière fois sa beauté entre mes sabots. Mais l'heure fatidique était arrivée. Avec peine et difficulté, elle m'a enfin relâchée, mais mes bras restaient accrochés. Elle m'a suppliée de ne pas rendre la chose plus difficile. Je me suis donc détachée. On s'est échangé des mots doux, se disant les plus grandes tendresses du monde, ma tête baissée, la sienne contre la mienne, avant qu'elle ne se lève et parte à l'intérieur de l'orphelinat, me laissant seule dans la cour.

La pégase était là et m'observait, je l'ai remarquée et l'ai rejoint, effaçant toute émotion sur mon visage. Je l'ai fixée dans les yeux. Ils divergeaient bel et bien. Je portais un sentiment étrange à son égard, comme si sa venue avait provoqué le départ de la jument la plus chère à mes yeux. Je savais que ce n'était qu'une coïncidence, mais je ne pouvais m'empêcher d'établir ce lien.

Sans lui accorder un mot, je suis partie en direction de la sortie. Elle m'a suivie de près, ne connaissant pas le bâtiment, et me disant avec timidité de l'attendre.

À l'extérieur, la directrice nous a souhaité un bon départ, mais je n'y faisais pas attention. Mes yeux espéraient seulement voir Naly une dernière fois, balayant les rues de Ponyville. La directrice m'a demandé de ne pas être trop difficile avec Derpy, tout en me taquinant la joue. D'un revers du sabot, j'ai rapidement dégagé le sien. Elle a élevé la voix, mais sans vraiment être furieuse, ce n'était pas dans son caractère de toute manière. La pégase était gênée, mais une fois les adieux terminés, nous sommes parties, et j'ai abandonné tout espoir de la revoir.

Marchant l'une à côté de l'autre, la pégase avait bien vu mon comportement, et avait agi en conséquence. Elle ne m'a pas adressé la parole jusqu'au pas de sa porte où elle m'a proposé d'entrer. Sa maison était spacieuse, ou bien c'était mon ressenti pour avoir toujours vécu dans un taudis. Dès lors que j'étais dans le salon, elle m'a attrapé mon sac et m'a emmenée dans ma nouvelle chambre, à l'étage. À droite du salon, des escaliers donnaient sur un long couloir, puis première à gauche : ma chambre. J'avais là un bureau enfin à moi et un lit tout à fait confortable, une armoire déjà remplie d'affaires en tout genre qui m'étaient destinées et quelques jouets pour enfants bien en dessous de mon âge. J'ai faiblement soupiré avant de me rendre compte que la pégase n'était plus dans la pièce. Elle avait laissé mon sac sur le lit et était partie.

Sans attendre, je suis descendue dans le salon et l'ai vue assise à la grande table centrale de la pièce. Le repas était déjà servi. Je me suis positionnée face à elle, les assiettes étaient disposées ainsi, puis on a commencé à manger.

Elle m'a demandé si j'étais à l'aise dans ma nouvelle chambre, j'ai hoché de la tête, ne voulant pas parler la bouche pleine. J'ai préféré lui dire oui, même s'il est clair qu'en quelques secondes, je n'ai pas eu le temps de bien connaître la piaule. Après un moment d'hésitation, elle s'est présentée à moi comme si ce repas était notre première rencontre. Elle s'appelle Derpy Hooves et travaille à la poste de Ponyville, elle est un peu maladroite et possède un strabisme assez marqué. J'ai fini ma bouchée et j'ai poursuivi la discussion sur une simple question : pourquoi moi ?

Ses yeux se sont écarquillés de surprise avant qu'un sourire se dessine. La directrice avait bien raison, je ne serai pas une pouliche facile. Je l'ai observée un temps, mon expression sérieuse ne changeant pas. Il faut dire que je n'étais pas d'humeur joyeuse ce jour-là. Son regard s'est immédiatement retransformé, chaque pupille s'échangeant un bonjour au passage, pour devenir plus gêné. Elle m'a avoué être la pégase qui m'avait bousculée l'autre jour en centre-ville. Je m'en doutais, sa voix me disait quelque chose, mais là n'était pas ma question. Pourquoi moi ? Elle a donc commencé son histoire.

Après qu'elle ait fait tomber une pomme depuis le ciel et s'être précipitée pour la rattraper, elle avait redressé son vol, mais m'avait renversée sans prendre garde. Paniquée, elle avait tout ramassé pour s'enfuir dans la foule...

Je l'ai coupée au milieu de son récit, m'agaçant encore plus en insistant sur ma question. Pourquoi moi ?! Voyant que je m'étais emportée, je me suis excusée en me rasseyant initialement sur ma chaise. Derpy n'a rien relevé. Elle a juste poursuivi sur le fait que, m'ayant espionnée dans les airs depuis notre rencontre jusqu'à mon école, elle avait tout vu. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle m'avait suivie, et ma tristesse l'avait touchée. Je ne l'ai pas crue, répliquant que ça n'expliquait pas une adoption. Elle s'est mordu la lèvre. J'ai surenchéri sur notre opposition de race, que rien ne nous rapprochait et qu'on serait toujours différentes. Elle est restée étrangement immobile et silencieuse, mais je n'y ai pas fait attention, continuant en lui demandant comment on pouvait décider d'adopter un enfant sur un coup de tête pareil.

Elle n'a rien répondu, se contentant de se lever et de débarrasser la table dans un silence pesant. Je la regardais faire des va-et-vient vers la cuisine adjacente au salon, muette moi aussi.

La pièce se faisait sombre, le soleil se couchait à l'horizon à travers l'une des fenêtres murales face à moi, à l'opposé de l'entrée. Attirée, je me suis positionnée juste devant pour observer le paysage, mais surtout, pour me changer les idées après ce dîner mouvementé. Derpy m'a rejoint et s'est assise à côté de moi. Nos regards étaient en admiration devant des nuages imprégnés de rayons orangés dégagés par un soleil fatigué. Elle m'a doucement murmuré qu'il était temps d'aller au lit, car même si on était en début de vacances, j'aurais besoin de force pour ce qu'elle m'avait préparé tôt le lendemain. Elle n'avait pas l'air rancunière sur ce qu'il venait de se passer, alors moi aussi.

Lui souhaitant une bonne nuit malgré tout, je suis partie à l'étage. Mon sac reposait toujours là, sur les draps, ainsi que mes autres livres. J'y ai retiré ma licorne et l'ai disposée sur le bureau juste en face de mon lit. Une fois assise, mes affaires scolaires rangées dans chaque tiroir, j'ai sorti mon livret comme à mon habitude et l'ai ouvert. J'étais prête à retranscrire sur papier ce qui était surement la journée la plus importante de ma vie, mais les mots ne me venaient pas. J'ai réfléchi, je voulais écrire au moins quelque chose, mais rien. Le simple souvenir d'une grande tristesse. Mon stylo a donc dessiné un cœur fissuré. Classique et pas très original, mais ça m'a délivrée d'un poids. J'ai refermé mon livret dans un clap à l'instant où j'avais terminé. Je l'ai rangé dans un tiroir vide de mon bureau puis suis partie me coucher.

Les lumières éteintes, l'épais drap me recouvrant, mes yeux dans le noir, j'étais sur le point de m'endormir de fatigue. Mais la porte s'est faiblement entrouverte et Derpy est apparue dans l'entrebâillement. Faisant semblant de dormir, je l'ai regardée du coin de l'œil. Elle m'observait, puis a balayé la pièce de ses yeux dorés jusqu'à mon bureau. Un soupir s'est échappé, et elle a refermé la porte.

*

Après une nuit reposante, nous voici dans le parc de Ponyville. Pourquoi est-ce que ça ne m'étonnait pas ? Quand elle m'avait annoncé sa petite promenade sur le temps du petit-déjeuner, il était six heures, j'étais fatiguée, j'avais soupiré. La pégase ne l'avait pas remarqué, heureusement, je ne voulais pas non plus l'attrister pour rien.

Ça n'allait pas être une découverte pour moi. Le parc était surement l'endroit où j'ai passé le plus clair de mon temps, observant la nature, lisant mes livres... ou tout simplement quand j'avais du temps à perdre. Mais l'idée d'une promenade avec moi lui faisait plaisir pour une deuxième approche. Après tout, pourquoi pas ?

Alors nous y voilà, dehors entre de magnifiques arbres. Un sac en bandoulière, je portais quelques provisions tandis que Derpy semblait traîner un sac à dos bien rempli. Elle avait là bien plus qu'un simple repas selon moi. Elle devait cacher quelques surprises qui je dois dire, piquaient ma curiosité. Mes pattes auraient bien fouiné discrètement son précieux contenu, mais la surveillance était haute, et la gardienne était aux aguets. À la vue de mon sabot se rapprochant dangereusement du butin, la patte de la pégase a entouré son sac comme une barrière supplémentaire, un sourire m'était destiné, et un regard amusé me promettait une sécurité plus renforcée.

À part ça, j'étais à ses côtés tandis qu'elle regardait dans toutes les directions, ne sachant pas par où commencer. Je lui ai proposé de passer par le pont de la rivière et de suivre son chemin. Elle a accepté, précisant qu'on verrait plus tard pour la suite.

Le vent était faible, et les habitants de Ponyville n'avaient étrangement pas décidé de se balader ici par ce beau temps. Il n'y avait pratiquement personne, ce qui était plus agréable que d'habitude. Ce petit moment d'intimité avec Derpy était assez sympa en fin de compte. On a marché là où la brise nous menait, ne suivant même plus le chemin en terre. Au pied d'un grand arbre, un pique-nique en place, j’avais le sourire. On a pu discuter de tout et de rien, même si la discussion était plutôt à sens unique. Elle me parlait un peu d'elle, m'expliquait ses goûts et sa personnalité plus en détail, puis s'amusait à me conter quelques histoires. Moi, je ne faisais qu'écouter, n'osant pas vraiment répliquer ou lancer un sujet de conversation. J'étais encore un peu mal à l'aise avec elle, étrangement, car elle-même l'était bien moins.

J'ai dû l'avouer, admirer la nature est bien plus enrichissant en compagnie d'une autre personne. Partager ses observations, contempler la beauté des oiseaux, écouter dame nature, c'était vraiment plus agréable à deux.

Alors que je mangeais un sandwich à l'ombre des feuillages, elle me racontait ses péripéties et mésaventures qu'elle avait pu avoir. Toujours sur le ton de l'humour, sa maladresse lui avait bien compliqué la vie. Dans son sac se trouvaient finalement quelques petits bouquins gardant précieusement ses plus beaux souvenirs de voyage. Il y contenait beaucoup de photographies avec répandues un peu partout des notes sur la journée vécue, des remarques plutôt drôles et autres descriptions accompagnées de flèches s'entrecroisant, pénétrant les images et pointant toute sorte de choses. Un vrai bazar là-dedans. De nombreux visages assez atypiques apparaissaient, avec la pégase sur la plupart des clichés, mais aussi un certain terrestre brun au regard assuré et à l'air farceur. Je lui ai bien demandé qui c’était celui-là, mais elle m'a simplement répondu que c'était un ami.

En tout cas, j'étais attentive, écoutant silencieusement ses courtes histoires. Avec des amis ou seule, elle s'ennuyait rarement outre ses excursions. Entre son travail et ses activités, des petits plaisirs aux grandes folies, sa philosophie était de vivre l'instant présent. Pourquoi s'étouffer des petits tracas de la vie ? J’aimais bien sa pensée, mais sans jamais se préoccuper de ce qu'il nous entoure, ça finit toujours par nous retomber dessus un jour.

Enfin... une chose que j'appréciais beaucoup chez elle, c'était son sourire. Beaucoup l'auraient qualifié de niais, je dirais plus qu'il est pur. Je ne sais pas trop comment l'expliquer ; surement mon expérience des faux sourires à l'orphelinat.

À cette pensée, et à croire qu'elle était coordonnée, la pégase m'a soudainement posé une flopée de questions sur moi et sur l'orphelinat. Elle allait trop vite, je n'avais pas le temps de répondre entre deux phrases. Mais finalement, son interrogatoire s'est arrêté brusquement avant qu'elle ne me fixe étrangement pour ensuite me demander ce que cela faisait de posséder la magie, non sans cacher une certaine admiration.

Je suis restée sans voix, non pas surprise ni honteuse, mais plus désolée. J'ai répliqué ne pas savoir me servir de ma corne, et aussi ne pas vouloir.

Sa tête a eu un mouvement de recul. Elle était immobile, la crinière au vent. Moi, je cherchais mes mots et en balbutiant, j'ai tout de suite poursuivi sur ma préférence à l'imagination par la lecture et à l'admiration des choses plutôt que la connaissance.

Le soleil tournait, ne me cachant plus de l'ombre. Le hululement du vent montait. La pégase me regardait toujours aussi fixement, pour finalement déclencher en moi une envie que je n'aurais pas cru présente, et ça grâce à une simple question. Est-ce que j'étais sûre de ne pas vouloir connaître ma magie ?

La connaître ? Elle a hoché de la tête. Je ne comprenais pas vraiment. Une magie ne se connait pas, mais s'apprend, non ? Enfin je veux dire, les divers sorts composant la magie s'enseignent et s'assimilent. On les connaît déjà de leurs différents noms, comme tout simplement la télékinésie.

Le pelage de Derpy s'est aussi révélé au grand jour, sa crinière se reflétait à la lumière alors qu'elle m'a annoncé qu'une magie, avant de l'assimiler, elle pouvait se connaitre. Telle une personne, on pouvait en discerner les atours, les caprices et les désirs.

Je suis restée perplexe, un sourcil levé, me demandant si les connaissances de cette pégase sur la magie des licornes n'étaient pas un peu du baratin. À mon air perplexe, elle m'a demandé si je n'avais jamais essayé de comprendre ma corne avant de l'utiliser. Eh bien non, je lui ai dit que petite, j'avais une fois essayé de faire ressortir d'instinct ne serait-ce qu'un peu d'étincelles magiques du bout de mon front, mais rien. Je n'avais récolté qu'un mal de crâne, et la moquerie des autres.

Ma voix s’est étouffée toute seule à ce souvenir. J’étais assise, immobile face à la pégase. J’hésitais à lui raconter la suite, cette fameuse suite de cet événement que je garde cachée en moi. Elle me faisait peur rien qu’en y repensant :

C’était durant mes premières années à l’orphelinat, juste avant que je ne connaisse Naly. Après avoir eu la plus grande honte de ma vie, j'étais partie bouleversée, de tristesse et de colère envers les autres se moquant de moi. Je n'avais pas respecté le couvre-feu ce jour-là, restant cachée dans les bois près de la ville. J'avais comme qui dirait pété un câble, me remémorant tout ce qui m'affolait, tout ce que je détestais dans ma vie pourrie. J'en avais mal à la tête, une affreuse migraine. Et cette corne qui s'ajoutait à tout le reste, ça avait été la goutte de trop. Je frappais les arbres de mes petits sabots, criant toute ma frustration alors que ma tête bourdonnait à en exploser. Ce qu'elle fit, mais au travers de ma corne. J'avais été expulsée en arrière. Puis par terre, je regardais l'arbre que j'avais frappé. Abattu, le tronc arraché et au sol entre les autres se tenant bien droits. Ma corne encore fumante, je l'avais vue tirer un rayon destructeur. Comment c'était possible ? J'avais pris peur, et étais partie au galop vers l'orphelinat. À mon arrivée, j'avais inventé une excuse, mais on m'avait tout de même passé un savon. Et depuis, je n'ai rien dit à personne.

De retour face à Derpy, elle me regardait avec insistance, attendant que je termine mon récit. Je n'ai finalement rien dit. Je n'ai pas osé, et je n'oserai peut-être jamais. Qu'est ce que ça changerait si je lui dis de toute façon ? Je suis restée muette, alors la pégase a poursuivi, encore sur son histoire de magie.

Tout de même, je ne croyais que moyenne à cette supercherie de personnalité magique. Mes yeux essayant de fixer la pointe de ma corne, un sabot la tapotant, je me demandais toutefois si c'était cette personnalité qui avait pu provoquer l'explosion de cet arbre à l'époque. J'étais finalement curieuse à cette idée. La pégase face à moi a légèrement pouffé à mon comportement. Je devais faire une drôle de tête à ce moment-là, c'est certain.

Les bourrasques se renforçaient, nous n'avions pas d'autre choix que de nous préparer à rentrer. Mais ça n'empêchait pas Derpy de me parler du même sujet. Tandis que je récupérais le reste de notre pique-nique et le fourrais comme je le pouvais dans mon sac, la pégase m'a assuré que dès notre retour à la maison, elle regarderait si elle n'avait pas quelques ouvrages sur la magie.

Je ne savais pas trop quoi en penser. Avant ça, jamais je n'aurais pensé utiliser ma corne depuis la dernière fois. Je la détestais en quelque sorte. Si elle n'avait jamais existé, je n'aurais jamais eu autant de problèmes à l'orphelinat.

*

Une fois de retour, j'ai relâché brusquement mon sac sur la table du salon. Derpy elle, m'a carrément jeté le sien au visage depuis l'entrée, filant ensuite comme l'éclaire vers sa chambre. Les yeux grands ouvert et sous le poids inattendu, j'ai basculé en arrière, tombant à terre, ma tête ensevelie sous le tissu. J'ai grommelé.

De mes deux sabots, j'ai poussé l'énormité qui m'étouffait, ma tête s'est instinctivement relevée. Je faisais face à la porte d'entrée. Mon regard a longé le mur sur ma droite, je voyais la porte juste après celle de la cuisine entrouverte. Je me suis relevée, une patte sur la table. Avec le peu d'angle de vue que je possédais à travers la porte, j'ai pu discerner quelques objets voler par-ci par-là, des livres, des vêtements. Je me suis rapprochée, puis j'ai jeté un coup d'œil dans la chambre de Derpy. Sur ma droite, j'ai bien failli recevoir une nouvelle fois un coup au visage. Par réflexe, j'ai abaissé la tête avant qu'un parpaing en cuir ne me l'arrache. Mais que faisait-elle ?! Je n'ai pas mis longtemps à le comprendre.

Quel bazar ici ! Il y avait des livres partout, sans parler des vêtements qui tapissaient une bonne partie de la pièce. Mes yeux roulaient dans leurs orbites, cherchant où était la source de tout ce vacarme.

Au fond, derrière un petit lit, une croupe dépassait des draps et faisait face à une rangée de placards ouverts. Je me suis rapprochée, évitant pas mal de choses sur mon passage. Après avoir escaladé le lit et atteint l'autre bord, je voyais la pégase là, buste au sol, ses sabots trifouillant une montagne de désordre au pied de son armoire. Un cri de satisfaction a bien failli me faire chavirer de bord. Derpy brandissait désormais en l'air un fin cahier.

Me voyant crispée derrière elle avec de grands yeux, elle a eu un petit sourire en me tendant à quelques centimètres de mon visage sa trouvaille.

"Comment apprivoiser sa magie." C'était quoi ce bouquin d'escroc ? Aucune présentation, aucune décoration. Il paraissait bien sobre et en plus, il n'y avait pas d'autre inscription. Pas d'auteur, pas de date de parution, pas d'édition...

Mais comment avait-elle eu ce livre ? Je n'ai eu comme seule réponse : un ami. Elle m'énervait à être aussi mystérieuse ! L'air dépité, j'ai répliqué en demandant si c'était le même brun que sur ses images de voyages. Elle m'a répondu que c'était "peut-être" lui. Donc c'était lui... Mais ça ne faisait aucun de sens ! C'était un terrestre !

Sans attendre, elle s'est envolée au-dessus de moi, le bouquin au sabot direction le salon. Au passage, elle m'a fouetté le visage avec les crins de sa queue. Elle ne s'en est pas rendu compte sur le coup, mais moi, je l'ai senti passer.

Une marque sur la joue, un sabot essayant de l'apaiser, je suis sortie de sa chambre un peu énervée. La pégase était assise à table, feuilletant son cahier. Je me suis avancée vers elle, sur le point de lui rappeler son coup accidentel, mais néanmoins douloureux, seulement je n'en ai pas eu le temps. Me retrouvant de nouveau face au bouquin me frôlant le museau, je voyais cette fois-ci son contenu... flou. Une voix derrière m'a assuré que si je m'appliquais à la lettre à ces instructions, je devrais être capable de mieux comprendre ma magie et ainsi, avoir une plus grande facilité à la manipuler. Saisissant l'objet m'obstruant la vue d'un sabot, j'ai répliqué ne pas vraiment savoir si tout ceci m'intéressait vraiment. Mais la pégase ne m'a pas écoutée, et s'est contentée de batifoler vers la cuisine en chantonnant, puis juste avant de refermer la porte, elle m'a dit de lire avant de juger et que de son côté, elle allait nous préparer quelques spécialités bien à elle.

J'ai soupiré, puis ai lancé sur la table le cahier sans grande conviction. Un coude posé, la tête dans le creux de mon sabot, j'ai rapidement tourné les pages, ne me concentrant pas vraiment sur l'écriture qui était elle, vraiment pire en termes d'organisation que dans les bouquins de voyages de Derpy.

Cependant, au beau milieu de l'ouvrage, au centre de la double page se trouvait un croquis d'un corps de poney. Sur la page de gauche, en chair et en os, quelques descriptions : "comment mettre son propre corps dans de bonnes conditions". Sur la page de droit, en magie et en fluide comme c'était marqué, d'autres inscriptions : "comment gérer et ressourcer sa part de magie".

En gros, pas grand-chose d'intéressant. Selon ce qui était écrit, il faut rester concentré et faire le vide dans sa tête. Une alimentation variée permet à son "alter ego magique" de mieux se comporter en notre faveur, ainsi qu'un faible taux de fatigue physique. Quel étrange nom pour désigner sa magie. Enfin, tout ceci n'était pas vraiment nouveau pour moi. Avec un peu de jugeote, on pouvait facilement le deviner. Si on crève de faim, si on est mort d'épuisement, c'est normal que notre magie soit merdique.

Barbaaant...

Sans lire la fin, j'ai laissé le cahier d'escroc sur la table puis suis partie retrouver la pégase. Mais avant d'atteindre la cuisine, la porte s'est ouverte brutalement en me frôlant la crinière. Je voyais là le dessus d'un sabot se rapprochant dangereusement, et encore une fois vers mon visage. Je l'ai évité in extremis sur le côté.

La pégase avait un plateau débordant de petits gâteaux, et les a apportés sur la table comme une furie, sans remarquer qu'elle avait failli me refaire la face. Mais je n'étais plus à un coup près dans la figure ce jour-là, alors je n'ai rien dit et me suis postée en face de Derpy qui elle, était déjà assise. Sans attendre, elle mangeait ses pâtisseries, je n'étais pas sûre si elle les appréciait ou les engloutissait. Peut-être les deux à voir son expression à chaque bouchée.

Pour ma part, je n'allais pas rester là à la regarder, alors j'en ai pris un. Et c'était vraiment délicieux ! À croire qu'elle les avait préparés à la perfection en si peu de temps. En tellement peu de temps que je lui ai même demandé comment elle avait fait, ça me semblait assez étrange. Mais comme à son habitude, elle a pris son air mystérieux en me répondant que c'était un petit secret à elle. Ça m'agaçait qu'elle ne réponde jamais vraiment à mes questions !

Une fois nos petits encas dévorés, nous étions repues pour la soirée. Celle-ci a d'ailleurs été assez longue, s'éternisant alors que la pégase me lisait depuis le début chaque inscription dans le cahier. Mais je ne l'écoutais pas vraiment, et je baillais plutôt aux corneilles, frappée par la fatigue de la journée.

Me voyant somnoler faiblement, Derpy n'a pas insisté avec son cours du soir et m'a proposé d'aller me coucher, ce que j'ai bien évidemment fait.

J'étais enfin dans la chaleur de ma couette, c'était agréable, mais une petite soif me tiraillait la gorge. Alors entendant le bruit des pas de la pégase près de ma porte, j'ai aussitôt élevé la voix, demandant si elle pouvait venir. J'aurais pu aller chercher moi-même de quoi apaiser ma soif, mais je n'avais pas la foi de me lever.

Quelques secondes plus tard, la lumière du couloir a soudainement envahi ma chambre, présentant Derpy comme une envoyée divine. Elle s'est approchée de moi puis s'est allongée devant mon lit. Sa tête au niveau de la mienne, elle m'a doucement demandé, avant que je lui pose ma question, si je voudrais bien l'accompagner demain à son travail. J'ai grommelé.

Être postière devait être un boulot vraiment ennuyeux, pourquoi j'irais m'embêter à aller de maison en maison distribuer le courrier à des personnes que je ne connaissais même pas ?

À voir mon air pas très enjoué, elle a insisté de sa douce voix, me promettant que je ne le regretterais pas. Face à sa dévotion à vouloir passer sa journée de travail avec moi, j'ai finalement accepté, mais à condition qu'elle m'apporte un verre d'eau. J'avais là une occasion de me faire servir, je n'allais pas la rater !

Et c'est avec le sourire aux lèvres qu'elle s'est sauvée de ma chambre, à la recherche de mon rafraîchissement. À peine une minute plus tard, elle est réapparue accompagnée d'un pichet rempli entre les sabots et un petit verre enroulé dans son aile.

Elle s'est empressée de venir me servir son eau, mais la voyant se hâter de la sorte, j'avais déjà un mauvais pressentiment, et malheureusement, j'avais vu juste. Je ne sais pas comment, mais elle a réussi à se taper contre ma table de nuit, échappant donc ce qu'elle tenait. Et bien sûr, le tout a atterri sur moi. D'un cri de surprise, je suis devenue trempée d'un coup, et je ne parle même pas de l'état de mes draps.

De chaud à froid, mon humeur a changé du tout au tout. J'étais si bien dans ma couette, et il a fallu qu'elle vienne avec dix fois ce que je lui avais demandé pour me le verser à la gueule. J'étais vraiment furieuse ! Je n'ai pas hésité à lui crier dessus, si bien qu'elle a abaissé la tête sans répondre. J'ai ensuite jeté mes draps au pied de mon lit, essayant de me calmer et elle, me regardant toujours sans réagir. Je savais que je n'avais pas à me comporter ainsi, que cette crise de colère était exagérée pour cette situation. Et pourtant étrangement, ne pas la voir réagir m'énervait encore plus. Sur un ton désagréable, je lui ai demandé où on pourrait trouver une autre couverture. Elle en a alors sorti une avec également une longue serviette depuis l'un de mes placards pour ensuite me donner le tout. Je me suis donc séchée puis j'ai bordé mon lit de mon nouveau drap. Heureusement qu'il n'y avait rien d'autre de mouillé, tout a été changé assez rapidement en fin de compte. Mais avant de me recoucher, je suis partie en direction de la salle de bain. Sur le pas de ma porte à droite : les escaliers menant vers le salon ; à gauche au bout du couloir : une porte donnant sur la salle de bain. J'y ai bu quelques gorgées d'eau avant de revenir dans ma chambre. Derpy elle, n'avait pas bougé du couloir, je l'ai donc recroisée avant d'atteindre ma chambre. En passant, je lui ai jeté un regard noir, elle était vraiment désolée, mais je m'en fichais.

J'ai refermé la porte derrière moi. Puis couchée de nouveau, je n'étais pas prête à m'endormir de sitôt après tout ça, mais je m'efforçais de fermer les yeux. La porte s'est de nouveau ouverte, donnant sur une pégase aux oreilles baissées et à la voix incertaine me demandant si ça tenait toujours pour demain. J'ai soupiré, lui assurant que je n'avais pas changé ma décision, du moins, pas encore. Elle a également soupiré, mais de soulagement, puis m'a souhaité bonne nuit après s'être excusée pour sa maladresse. J'ai marmonné faiblement dans mon oreiller, ne lui répondant pas vraiment. Alors la porte s'est refermée et a ainsi coupé toute luminosité dans ma chambre.

Vous avez aimé ?

Coup de cœur
S'abonner à l'auteur

N’hésitez pas à donner une vraie critique au texte, tant sur le fond que sur la forme ! Cela ne peut qu’aider l’auteur à améliorer et à travailler son style.

Chapitre précédent

Pour donner votre avis, connectez-vous ou inscrivez-vous.

Aucun commentaire n'a été publié. Sois le premier à donner ton avis !

Nouveau message privé