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Lune de guerre

Une fiction écrite par BroNie.

Chapitre 2

Lune de guerre

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Second Chapitre

Ma main n’a pas la même couleur que la tienne, mais si je la perce, j’aurais mal. Le sang qui en coulera sera de la même couleur que le tien. Nous sommes tous les deux enfants du Grand Esprit.

Mantcunajin, chef ponca

Flash Sentry jeta un bref regard par dessus son épaule. Derrière lui, le secrétaire d’Etat Luna chevauchait paisiblement, à quelques mètres de distance. Elle était vêtue d’une de ses robes aux profonds tons bleus nuits, agrémentée de quelques rubans plus clairs, qui claquaient au vent, accrochés à sa taille. Elle s’abritait du soleil sous une ombrelle de dentelle bleu marine très sombre, presque noire, dont elle laissait reposer le manche contre son épaule.

Flash se demanda si elle ne faisait cela que pour se donner un style, ou bien si elle ne supportait véritablement pas la lumière du soleil. Pour la femme de l’ombre qu’elle était, cela aurait été plutôt logique.

Le destrier de Sentry pencha la tête en avant, focalisant l’attention du militaire dans cette direction. Le cheval avait les pattes plongées dans le cours d’un petit ruisseau d’eau vive, et n’avait visiblement plus envie d’attendre les ordres de son maître pour épancher sa soif. Flash gratta l’encolure de l’animal tandis que la bête s’adonnait à sa tâche.

On cuisait littéralement, même sous la protection des grands arbres. Flash avait beau porter son grand chapeau de militaire, il sentait la sueur empoisser son cuir chevelu, et le tissu se coller contre ce dernier. Comment faisait le secrétaire d’Etat pour ne pas mourir sur place, avec tous ses frous-frous ?

Le plus étonnant, c’était quand il regardait les rares zones de peau nue que laissait apercevoir la robe de Luna, soit la naissance de sa gorge, et son visage, c’était que la jeune femme ne transpirait même pas. On ne voyait aucune goutte de sueur, pas la moindre indication qu’elle souffrait de la chaleur. Tout cela ne faisait que renforcer son image de beauté froide, que rien ne pouvait atteindre.

Enfin, “beauté”. C’était relatif. Flash aurait menti s’il avait considéré le secrétaire d’Etat comme laide, mais elle ne l’attirait absolument pas. Elle tenait plus de la statue vivante, au regard incroyablement glacé, qu’à une humaine en chair et en os.

Et puis en termes d’attirance personnelle, Flash aurait bien été en peine de trouver plus charmante candidate que Twilight Sparkle.

L’image de la jeune fille se fixa instantanément dans l’esprit du militaire, avec ses longs cheveux sombres, et sa petite fantaisie capillaire, ses deux mèches colorées. la violette, et la rose.

Flash poussa un long soupir. C’est fou ce qu’elle pouvait lui manquer.

Il tiqua en repensant au fait que la présidente Celestia était parfaitement au courant de sa liaison avec sa pupille. Dire que Twilight et lui avaient voulu être discrets...mais rien n’échappait aux yeux de la chef des États Equestriens Unis. Peut-être aussi parce que c’était un peu grâce à elle que Twilight et Flash s’étaient connus.

Ça remontait à quelques mois, quand Celestia s’était rendue dans le nord du pays, en visite officielle. Elle avait été reçue en grande pompe par la vice-présidente Cadence, chargée d’administrer ce territoire. La zone était peu peuplée et dévastée par un froid mordant, mais présentait un intérêt crucial pour la nation, par ses fabuleuses réserves naturelles de gemmes. Flash faisait partie de la garde personnelle de la vice-présidente, et avait été affecté afin de rendre les honneurs à Celestia à son arrivée. Mission de routine, en bref. Mais les choses s’étaient emballées quand un petit groupe d’individus avait tenté de s’en prendre à la présidente.

Encore aujourd’hui, leurs motivations restaient peu claires, tant elle comptait peu d’ennemis politiques. La théorie la plus communément admise, supposait qu’ils voulaient tout simplement enlever Celestia, et réclamer une rançon en joyaux. De simples crapules.

Quoiqu’il en soit, l’attentat, plus improvisé qu’autre chose, avait lamentablement échoué, et les agresseurs, rapidement maîtrisés. Tout avait failli déraper cela dit, quand un des conjurés avait réussi à se libérer brièvement, pour se jeter sur la délégation présidentielle, un poignard à la main, dans un geste de désespoir romanesque. Flash n’avait eu que le temps de faire bouclier de son corps entre le forcené, et la jeune demoiselle en robe prune qui accompagnait la présidente.

Le corps de Flash gardait une belle cicatrice sur le muscle pectoral droit, là où la lame du couteau l’avait frappé. Et son esprit gardait des souvenirs encore plus nets d’après l’incident, quand la jeune fille visée, - Twilight - avait fait des pieds et des mains pour soigner le soldat elle-même, s’estimant responsable de sa blessure. Isolés dans une aile du bâtiment vice-présidentiel, les deux jeunes gens s’étaient rapprochés. Beaucoup.

Flash n’était pas un idiot.

A l’époque, il savait que sa relation avec Twilight n’avait sur le papier, aucune chance de durer très longtemps, encore plus quand il découvrit que son amante était la pupille de la présidente.

Mais Twilight ne semblait pas se formaliser de la situation. Et leur relation avait perduré.

Twilight s’était attachée à son petit lieutenant, et les deux amants s’échangeaient régulièrement des lettres. Enfin, c’était plutôt Twilight qui écrivait. Elle était très intelligente, et maîtrisait les mots à la perfection. Flash, lui, avait appris à écrire sur le tard, et truffait ses lettres de fautes. Twilight s’était cependant mise en tête de parfaire son éducation, ce qu’ils faisaient...quand ils n’étaient pas occupés à autre chose.

Flash avait fini par tomber profondément amoureux de la jeune fille, et rêvait de lui demander sa main. Mais encore une fois, il n’était pas bête. Elle n’épouserait jamais un petit sous-officier comme lui, avec aussi peu d’avancement. Alors, c’était aussi pour cela qu’il n’avait pas protesté quand Celestia l’avait placé sous les ordres de Luna, pour cette mission. S’il remplissait ses objectifs, il pourrait gagner des galons, et assurer une meilleure situation à Twilight. Peut-être même que la présidente Celestia accepterait de laisser sa pupille se marier, qui sait ?

Quoiqu’il en soit, Flash avait un objectif clair. Ce qu’il faisait, il le faisait pour le bonheur de Twilight. Un sourire un peu stupide se fixa sur ses lèvres alors que dans son esprit, l’image de la jeune fille se faisait plus nette.

Tout tomba à l’eau - et dans tous les sens du terme - quand un coup de feu claqua dans les fourrés, faisant cabrer le destrier de Flash, envoyant le militaire valdinguer la tête la première dans le ruisseau.

Ce dernier était froid, et le lit du cours d’eau, rempli de grosses pierres sombres. Flash en sentit plusieurs lui écorcher le visage avant qu’il n’ait le réflexe de se retourner sur le dos, pour ne pas se noyer. L’eau lui dégoulinait sur le visage, lui rentrait dans les yeux, s'immisçait de force dans son estomac.

Ses vêtements lui collaient au corps, entravant ses mouvements. Il tendit le bras vers la selle de son cheval, pour s’emparer du fusil qui y était accroché, mais un second tir retentit. Une pluie rouge aspergea le visage du lieutenant. La seconde qui suivit, son destrier galopait au loin. Il fallut quelques secondes à Flash pour comprendre que l’animal avait été blessé, et fuyait pour sa vie.

La main du jeune homme se porta à son ceinturon, pour s’emparer de son revolver. L’arme était trempée, et les cartouches sûrement fichues, mais il s’en moquait. Les armes equestriennes étaient connues pour résister à à peu près tout et n’importe quoi, et Flash ne comptait pas se laisser tirer dessus sans réagir.

Il arma le chien et braqua le revolver devant lui, cherchant l’ennemi des yeux.

Il comprit immédiatement qu’il était en mauvaise posture : de l’autre côté de la rive, à demi-cachées par les broussailles, il distinguait une demi-douzaine de silhouettes. Ca voulait dire qu’il devait mettre toutes les balles du barillet au but en quelques secondes, en prenant compte du fait que le ruisseau entravait ses mouvements, et que son revolver dégouttait d’eau.

Flash sentit la gorge le serrer. Mourir ne l’effrayait pas tant que ça. Il était soldat, et vivait avec l’idée qu’à n’importe quel moment, sa vie pouvait s’achever. Mais quand même, être abattu comme un chien dans un ruisseau, il y avait plus glorieux comme fin !

Et puis mourir sans revoir Twilight…

_Comptez-vous vous montrer ou bien rester dans les fourrés comme des lâches ?

Le cerveau de Flash mit une longue seconde à se souvenir du fait qu’il accompagnait toujours le secrétaire d’Etat Luna, et que c’était elle qui venait de parler. Il risqua un rapide coup d’oeil en arrière : la jeune femme avait arrêté son cheval à quelques pas de la rive, impassible, scrutant les bois comme si de rien était. A croire que rien ne pouvait briser son flegme. Même pas une embuscade.

_Hé les gars ! La p’tite dame veut voir nos gueules, on dirait. C’est dommage qu’on se soit pas rasés ce matin !

La voix était vulgaire, comme les rires gras qui suivirent la plaisanterie. Flash focalisa son attention sur leur nombre. Ils étaient bien cinq, ou six, au maximum.

Il recula lentement, cherchant à regagner la sécurité de la rive. Là au moins, il y avait des arbres derrière lesquels se protéger. Et accessoirement, un secrétaire d’Etat à protéger également, surtout qu’elle semblait se mettre d’elle-même au devant du danger.

_Toi tu bouges pas, gronda une des voix masculines à l’attention de Flash. T’as eu du bol qu’on te rate les deux premières fois, je te conseille pas de nous pousser à tirer à nouveau.

Flash s’immobilisa dans l’eau, pinçant les lèvres. Salopards.

_Pour votre information, “la p’tite dame”, est le secrétaire d’Etat de ce pays, gronda Luna.

Flash manqua de s’écraser la main sur le visage. C’était pas vrai ! Ils avaient eu une chance, minuscule, de passer relativement inaperçus, à la limite pour de simples passants. Mais maintenant que la jeune femme venait si stupidement de s’identifier, ils pouvaient être sûrs que les bandits ne les lâcheraient plus !

_Vraiment ? souleva une voix un peu plus respectueuse que les autres. La soeur de la présidente Celestia en personne ?

Une ombre s’avança hors des sous-bois, se révélant homme.

Un individu d’une quarantaine d’années, vêtu d’un uniforme militaire gris qui tenait plus de la guenille que d’autre chose. Sa veste était constellée de taches, et de trous de tailles diverses. Son visage était dévoré par une mauvaise barbe, dans laquelle on reconnaissait néanmoins une certaine volonté d’entretien. Il avait quelque chose dans le regard qui transpirait l’habitude de l’autorité, à défaut de l’autorité elle-même. Flash reconnut immédiatement la pièce d’étoffe qu’il avait noué à sa ceinture. Ce foulard noir n’avait qu’une seule et unique signification ici-bas.

_Des discordiens ici, souffla Luna, qui avait elle aussi reconnu le tissu. J’ignorais qu’il en restait encore.

_Je comprends votre surprise. Nous n’allons pas nous mentir, dit l’homme, ça fait quelques années que nous sommes en voie d’extinction. Depuis la guerre, en fait.

_Pour rester honnête avec vous, je n’en suis pas vraiment mécontente.

Pour une fois, Flash était parfaitement d’accord avec le secrétaire d’Etat. Les discordiens étaient une maladie qui empoisonnait le pays, et qui continuait ses méfaits, des années après la chute de leur maître, et la fondation des États Equestriens Unis.

Par bonheur, ils n’étaient plus qu’une poignée, incapables de faire autre chose que rançonner les pauvres voyageurs qui leur tombaient dans les mains. Mais ils restaient dangereux, comme le relataient souvent les manchettes des gazettes à sensation, ou l’avertissement que lançaient les mères à leurs enfants, qui traînaient des pieds à table : “finis ton assiette, ou les discordiens viendront te chercher dans ton lit, cette nuit !”

Flash aurait aimé que les partisans de Discord ne soient plus que poussière, comme leur maître. Mais cette mauvaise herbe refusait de mourir, et s’accrochait inlassablement à la terre equestrienne.

_Vous savez, reprit le discordien, cela fait des années que nous rêvons du jour où nous prendrons notre revanche. Du moment où nous aurons Celestia entre nos mains, où toute notre armée pourra lui passer dessus, avant qu’on la pende à un arbre, comme la chienne galeuse qu’elle est. Mais elle est loin, la présidente. Dans sa jolie maison de Washingthoof à se pavaner comme une espèce de princesse de conte de fée. Protégée par tout un tas de soldats en uniforme rutilants, à se faire éclater la panse avec les plus grands plats de la création, pendant qu’on est réduits à bouffer des racines pour pas crever la dalle. Y a des jours où je me demande si je suis pas devenu un espèce de cheval, à brouter de l’herbe pour déjeuner.

Le rebelle laissa échapper un soupir amer.

_Et voilà que finalement, la petite soeur de la présidente nous tombe toute cuite dans le bec. Je vous cache pas que j’aurais préféré Celestia elle-même, mais pour une fois que la roue tourne un peu, on va pas faire les difficiles, hein ? Et puis entre nous, je me suis toujours demandé si vous aviez la peau pâle, absolument partout, madame le secrétaire d’Etat...

Alors que les discordiens partaient d’un nouvel éclat de rire, encore plus gras que le précédent, Luna se borna à rester impassible, repliant son ombrelle et la levant bien au dessus de sa tête.

_Maintenant que vous avez bien ri, je vous conseille de faire demi-tour, et de rentrer dans les cahutes pourries qui vous servent de terriers. Faites ça rapidement, et je serais clémente.

Les rires moururent instantanément. Le chef des discordien cligna plusieurs fois des yeux, abasourdi.

_Clémente ? Vous n’êtes qu’une femme en jupon, sans une seule arme. Nous sommes six, avec des fusils et des pistolets en état de marche, pendant que votre protecteur est en train d’attraper la mort dans le ruisseau, avec un colt trempé. Et vous pensez être en mesure de nous menacer ?

_Dernier avertissement.

A ce moment, trois actions se déroulèrent presque simultanément : l’officier rebelle ricana et fit un pas en avant; Luna rabaissa violemment son ombrelle en direction du sol; et la forêt explosa derrière Flash.

De partout dans son dos, ce n’étaient que coups de feu à répétition. Mû par instinct de survie, le militaire plongea à moitié dans l’eau, pour exposer le moins possible son corps.

Il releva la tête juste assez pour voir le chef discordien reculer sur la rive. A chaque pas que faisait sa botte en arrière, charriant des graviers du talon, de grosses gouttes de sang tombaient, éclaboussant le sol. Il donnait l’impression de suivre une danse macabre, qui colorait les pierres d’écarlate.

L’officier grimaça de douleur, crispant sa main poilue sur la bande d’étoffe noire qu’il portait à la taille.

Il finit par basculer en arrière dans un cri guttural, entrecoupé de gargouillements écoeurants. Un long moment passa. Tout était soudainement redevenu calme, silencieux si ce n’était le bruit du cours d’eau.

Dans les sous-bois, on voyait les silhouettes des discordiens, paralysés par le spectacle auquel ils venaient d’assister. Allaient-ils tenter de venger leur chef, ou bien tourner les talons pour ne pas partager son sort ?

Du coin de l’oeil, Flash vit de la dentelle bleue s'élever une nouvelle fois. Les soldats du chaos décampèrent comme une nuée d’étourneaux effrayés.

Luna sourit et reposa délicatement son ombrelle contre son épaule.

Elle tourna ensuite la tête derrière elle et lâcha quelques mots à un individu qui était hors de vue de Flash.

Flash resta interdit, fauché par la surprise. La légende était donc vraie. On avait toujours dit que le secrétaire d’Etat disposait d’une garde toute particulière, de redoutables tueurs qui vivaient dans son ombre, prêts à fondre sur quiconque lui voudraient du mal. Personne n’avait vraiment vu un de ces mystérieux gardes du corps, mais on les disait très laids, avec une peau grisâtre, tendue sur des os déformés, et des yeux jaunes à pupille verticale, comme ceux d’un félin. Officiellement, ces individus n’existaient que dans l’imagination des complotistes. Mais Flash devait se rendre à l’évidence : il faisait face à la réalité.

Ce n’était pas que le fait d’avoir assisté aux tirs derrière lui, non. Ni même qu’il était sûr d’entendre une voix - avec un défaut de prononciation sur le s -, répondre aux paroles de Luna. Mais c’était l’odeur. Derrière le parfum de la forêt elle-même, de l’humidité, ou du sang frais, on sentait monter une fragrance insupportable, mélange d’oeuf pourri et de poisson avarié.

_Vous devriez retrouver votre cheval, et mettre des vêtements secs, dit doucement Luna, l’air incroyablement tranquille alors qu’elle faisait doucement passer le ruisseau à son destrier. Nous avons encore de la route à faire, et la petite Sparkle m’en voudrait beaucoup si son cher lieutenant attrapait une pneumonie dans un cours d’eau, n’est-ce pas ?

Flash comprit que Luna venait très diplomatiquement de clore l’incident, et de l’inciter à revenir à la mission. Du reste, l’horrible odeur n’était plus là, comme s’il n’avait fait que la rêver. Le militaire marcha jusqu’à la rive, remontant le ruisseau vers l’aval, là où son cheval avait filé quelques minutes plus tôt. Avec de la chance, la bête se serait calmée, et il pourrait la retrouver bientôt.

Tout en progressant dans les fougères, sentant la brise d’été le glacer à travers ses vêtements mouillés, il se demanda ce qu’il allait advenir des derniers soldats discordiens, ceux qui s’étaient enfuis après la mort de leur chef. Luna allait-elle leur faire donner la chasse, ou bien se montrerait-elle indulgente ?

Derrière le chant des oiseaux, et le bruit du vent dans les arbres, il perçut alors plusieurs détonations, relativement proches. Le secrétaire d’Etat venait de répondre en actes à la question du militaire.

¤¤¤

Assis en tailleur, Ogima laissa son regard se perdre dans l’immensité de l’horizon. A des dizaines, et des dizaines de lieues, on ne voyait que les grands canyons, qui offraient leur beauté à ceux qui savaient la percevoir. Ogima était de ces derniers. Ce qu’il avait devant les yeux, c’était les terres où sa tribu était établie depuis des générations, la nature qui l’avait nourrie, et aidée à grandir.

Depuis quarante-cinq ans, Ogima avait appris à la respecter, à l’aimer.

Ogima avait longtemps cru que tous les êtres sensibles partageaient son sentiment. Elle était la créatrice de tous, et tous l’aimaient car quel enfant aurait renié le sein maternel ?

Qui aurait regardé sans émotion la longue rivière verte serpenter paisiblement entre les rochers ? Cette eau poissonneuse, source de vie, véritable cadeau des dieux.

Mais certains regardaient ce présent avec dédain. Ils en voulaient plus, dévorés par un appétit qui semblait sans limite. Quand les premiers blancs étaient arrivés ici, les ancêtres d’Ogima les avaient laissés vivre en paix. Pourquoi auraient-ils fait autre chose ? Qui étaient-ils pour chasser des êtres sensibles de terres qui n’étaient à personne d’autre qu’elles-mêmes ?

Pendant des années et des années, les communautés avaient vécu en bonne intelligence, s’entraidant pendant l’hiver, échangeant des provisions quand les temps étaient durs. A plus petite échelle même, certaines familles blanches, et certains membres des tribus s’étaient métissés.

Bref, le soleil des dieux brillait plus fort que jamais au dessus de l’humanité. Mais lentement, des nuages étaient venus obscurcir sa lueur. Des rumeurs de guerre et de conflit avaient été portées par le vent, loin, depuis le coeur des territoires blancs. Avant de totalement tourner à l’orage ces dernières lunes.

La tribu des Nez-Percés n’était pas pacifique. La guerre permettait aux volontaires de s’accomplir, aux enfants de devenir hommes. Les querelles avec les tribus voisines dégénéraient parfois en des raids violents, mais une fois la victoire acquise, les guerriers se retiraient. Jamais Ogima, n’avait vu un peuple chercher à exterminer l’autre, à le rayer de la surface de la terre. Et pourtant, c’était dans ce genre de conflit que les Nez-Percés se retrouvaient. Embarqués contre leur volonté dans une guerre brutale contre les blancs, qui faisait couler le sang en masse. Mais ils n’avaient pas le choix. Ogima avait fini par se plier à l’avis des plus bellicistes de la tribu, Gomda en tête. Il faudrait lutter les armes à la main, et ce jusqu’à la fin.

Ogima regarda une fois de plus la belle rivière et à une dizaine de mètres en contrebas, les corps nus des jeunes enfants de la tribu qui s’ébrouaient dans l’eau, sous la surveillance attentive de leurs mères. L’avenir.

En voyant les plus jeunes des Nez-Percés jouer comme si de rien était, Ogima sentait que le temps poursuivait son oeuvre, que la tribu perdurerait. Mais ce sentiment venait de pair avec un avertissement funeste, qui résonnait en cri sourd sous son crâne. Celui qui disait que si ces enfants venaient à mourir, c’était toute la tribu qui partirait avec eux. Les Nez-Percés, l’histoire de leur clan, la légende de leurs ancêtres...tout serait amené à disparaître.

Ogima aurait dû se lever. On avait besoin de lui au village, et en sa qualité de chef, il ne pouvait faire attendre les siens. On recherchait son conseil, son approbation, ou simplement son point de vue sur une multitude de choses. Oui, en tant que chef, Ogima aurait dû se lever, et répondre à l’appel de son devoir.

Mais en tant que grand-père, il comptait bien encore regarder jouer ses petits-enfants quelques minutes dans l’eau. Ce fut pour cela qu’il ne bougea pas un muscle, laissant le vent fouetter agréablement son visage, sous le soleil d’été.

¤¤¤

Flash fixa le fond de la marmite. En fonte, posée à même le feu, cette dernière avait vite chauffé. De grosses bulles remontaient à la surface de l’épaisse mixture rouge, avant de crever en un pop sonore. Entre ces dernières, surnageaient quelques gros haricots gorgés de jus, qui ne semblaient attendre qu’une bouche hardie pour être dévorés. Mais Flash tempérait.

D’un côté, il avait vraiment faim. Depuis leur départ de Washingthoof, ils avaient traversé le pays à bride abattue, s’arrêtant à peine pour manger ou dormir. Les repas étaient toujours froids, et ce n’était pas qu’au sens propre quand il y avait le secrétaire d’Etat Luna dans le coin.

Le ventre de Flash gargouillait rien qu’à sentir le fumet qui s’échappait de la marmite, et c’était à peine si l’eau ne lui montait pas à la bouche.

D’un autre côté, Flash était soldat depuis assez longtemps pour savoir que ce genre de plat ne constituait pas l’ordinaire de la troupe sans raison. C’était infect, positivement infect. Pourtant, Flash savait serrer les dents quand il le fallait : enfant, il avait appris à le faire lors des dégelées paternelles, qui avaient fini par lui tanner le cuir. Adulte, il avait mis ce cran à profit, que ce soit lors de la chute du gouverneur Sombra, ou lors de l’incident Twilight, à son grand plaisir.

Mais là…

On franchit le Rubikhoof pour lui, lorsque on se saisit d’une grande louche de bois pour verser une part généreuse dans sa gamelle de fer blanc. Presque dans le même mouvement, cette personne versa une grande rasade de whisky brun dans une tasse attenante sur le sable.

_Pour faire glisser, expliqua une voix féminine, pétrie d’expérience.

Flash leva les yeux vers son interlocutrice, une belle jeune femme aux cheveux roux, qui portait une veste de cuir d’éclaireur sur une chemise bleue, ainsi qu’une paire de pantalons d’homme.

_Vous avez l’air d’avoir l’habitude, capitaine, commenta Flash en souriant.

_Gnôle-haricot, c’est la base de tout bon bivouac. Le haricot tient au corps, et le whisky te saoule pour oublier le goût.

Flash voulut répondre au trait d’humour par un second sourire, mais se demanda si la jeune femme n’était pas sérieuse en fin de compte. Il scruta les yeux ambrés du capitaine Spitfire en quête de la réponse. En vain.

Elle n’avait définitivement pas l’air d’une gradée. Sûrement parce que techniquement, elle ne l’était pas. “Capitaine”, était le titre de courtoisie qu’on lui accordait pour services rendus à la nation. Mais dans les faits, ni elle, ni aucun des membres de sa compagnie ne faisaient partie de l’armée. Ils étaient des auxiliaires, des pisteurs, des éclaireurs, et tout un tas d’autres choses que Flash préférait ne pas imaginer.

Les Wonderbolts - car tel était le nom de la bande - étaient peu ou prou des francs-tireurs qui connaissaient l’ouest sauvage comme leur poche, et dont la loyauté allait à Washingthoof. A ce qu’on disait, Spitfire recevait ses ordres du bureau de la présidente, de sa propre main. Mais on disait tellement de choses.

_La chef a pas l’air de beaucoup aimer la popote.

Flash suivit du regard le doigt de Spitfire qui pointait à une dizaines de mètres en arrière du bivouac, là où Luna s’était installée seule, avant de disparaître sous l’opacité de sa tente. Seule la lampe à huile qui brûlait encore à l’intérieur, et la silhouette gracile du secrétaire d’Etat, prouvaient que la diplomate ne dormait pas encore.

_Elle est d’une nature solitaire.

Flash aurait pu en témoigner sous serment. Après des jours de chevauchée, c’était à peine si la soeur de la présidente avait accordé plus de quelques mots à son - le mot semblait bien idiot - garde du corps. Un bonjour à l’aube, un bonsoir au crépuscule, et quelques remarques entre les deux, mais Luna ne semblait prendre la parole, que lorsque cela lui était absolument nécessaire. Comme l’épisode avec les discordiens.

Flash en était encore sous le choc, bien que que quatre jours se soient écoulés. Cette puissance brute, autant qu’occulte, qui avait émané du secrétaire d’Etat, alors qu’elle avait laissé une porte de sortie aux brigands. Son calme olympien durant une situation critique. Et bien sûr, l’intervention de sa garde personnelle.

Le lieutenant regarda autour de la tente de Luna, cherchant à apercevoir des yeux, le feu de camp, ou le moindre signe de vie des protecteurs. Rien. Ces derniers savaient se jouer de l’ombre plus sûrement que des chauves-souris.

Mais pour l’avoir constaté de visu, Flash savait qu’ils étaient infiniment plus dangereux que ces animaux.

_Lieutenant Sentry ? appela t-on subitement devant lui.

Flash se rendit brusquement compte qu’un homme aux cheveux noirs, petit et râblé, qui portait la même tenue que son capitaine, était apparu dans son champ de vision.

_La princesse vous demande.

Le soldat leva un sourcil réflexe, en entendant le qualificatif dont le Wonderbolt avait affublé Luna.

Depuis la fin de la monarchie, les titres de noblesses étaient bannis aux États Equestriens Unis. Sans doute l’unique bonne chose apportée par la dictature discordienne. Dans l’inconscient collectif, ils restaient attachés au régime figé et sclérosé de Silver V et de ses ascendants, aux profiteurs qui s’enrichissaient sur le dos du peuple.

Cela dit, juste après la prise de pouvoir de la présidente, les opposants à Celestia n’avaient pas été longs à lui donner ce titre fictif, rebutés par sa poigne de fer, et sa politique intransigeante. “Monarque sans couronne” ou “reine” étaient les insultes qui revenaient le plus souvent. Celestia avait effectué un sublime retournement de situation en se parant elle-même ironiquement du surnom de “princesse”. Depuis lors, on ne savait jamais vraiment si dans la bouche de celui qui utilisait ce terme, c’était une insulte, ou du second degré. Flash supposa que pour le pisteur, le secrétaire d’Etat ne méritait pas le même respect que sa soeur, et que dans son cas, c’était la première hypothèse qui était validée.

Persuadé que faire encore attendre la première diplomate de la nation n’était pas sage, Flash se hâta jusqu’à ses quartiers.

L’intérieur de la tente du secrétaire d’Etat Luna était à l’image de son occupante : malgré la lampe à huile, les ténèbres envahissaient les lieux, empêchant d’y voir clair.

Assise devant un petit secrétaire de voyage, Luna, stylo-plume entre les doigts, passait un buvard sur une feuille fraîchement écrite. Elle portait une robe de nuit paon, ouverte sur une chemise de nuit éburnéenne, qui ne faisait que davantage ressortir l’opaline de son teint.

Flash était stupéfait de la légèreté de la tenue de la diplomate. Si le jour, la chaleur du désert était écrasante, la nuit, la température chutait terriblement. Chaque soir depuis qu’ils étaient entrés dans les terres arides, le lieutenant s’enroulait dans une grosse couverture en poil d’ours pour ne pas mourir gelé. Et quand ils avaient fait jonction avec les éclaireurs, Flash avait découvert que tout pisteurs qu’ils étaient, les Wonderbolts craignaient le froid comme n’importe qui.

Rien qu’en ce moment, Flash devait lutter pour ne pas claquer des dents. Luna, elle, restait impassible. Pas un frisson ne la faisait tressaillir. Pire, elle était pieds nus, et croisant les jambes, du bout de ses orteils, elle traçait machinalement des arabesques dans le sable glacé.

_Ca ne prendra pas très longtemps, lieutenant, déclara d’entrée la jeune femme. Je suis en train de rédiger mon rapport pour ma soeur, à la capitale. Maintenant que nous avons fait jonction avec les premiers éléments de l’armée, il est temps de la tenir au courant.

Effectivement, techniquement, depuis leur rencontre avec les Wonderbolts, Luna prenait le commandement militaire des unités qui pénétraient en territoire indien. Mais dans les faits, le reste de la II° Armée, basée au sud, à la frontière de Mexicolt, était encore loin. Il leur faudrait encore plusieurs jours pour rejoindre les villages indiens. D’où l’idée de faire partir avant Luna et sa petite escorte, afin de gagner du temps, et de prendre les peaux-rouges de vitesse.

_Vous allez parler de l’incident avec les discordiens ?

Luna arrêta son manège avec le buvard pour jeter un regard interloqué au militaire.

_Je pensais que vous aviez compris que j’ai les insectes en horreur. Bien sûr que j’ai mentionné ces chiens dans la lettre. Je recommande même à Tia...à la présidente de renforcer les patrouilles dans les bois occidentaux. Les brigands ne venaient pas du plus profond de la terre, ils avaient forcément un camp, un bivouac quelque part. Trouver et brûler ce repaire doit passer en tête des priorités des unités dans ce secteur.

Flash se tut. Luna parlait comme si elle était elle-même à la tête de la nation. Peut-être que c’était bien le cas.

_Mais ce ne sont pas de ces soudards dont je voulais vous parler. J’avais besoin de connaître votre avis sur notre mission.

_Madame ?

_Je sais que vous êtes un soldat. Et qu’en théorie, si ma soeur vous ordonne de manger votre chapeau, votre seule question sera de savoir s’il faut le dévorer nature ou avec du sel. Mais vous ne me ferez pas croire que vous êtes un bloc de devoir inamovible. Vous avez des pensées, des envies, des sentiments.

Luna posa son stylo-plume dans l’encrier, et prenant appui de ses paumes sur le secrétaire, se leva doucement.

_Vous voyez lieutenant, je possède un don. Bien au delà de savoir tourner les mots. Je sais voir les lignes de faille des gens qui m’entourent.

Le secrétaire d’Etat se rapprocha à petits pas de Flash.

_Je parle des défauts bénins, des petites faiblesses des personnes. Telle personne qui est un peu trop portée sur la bouteille. Une autre qui est si rigide dans ses principes qu’il est impossible de parvenir à un compromis avec elle. Une ligne de faille n’est pas quelque chose de grave. Pas tant qu’on a conscience qu’elle existe, et qu’on sait comment la contrer. Mais si on la laisse exposée, on prend le risque qu’elle devienne fissure. Et là…

Luna se mordit la lèvre inférieure en secouant la tête de gauche à droite, tout en baissant les yeux.

_La fissure peut tout faire effondrer.

Luna ferma sa main en poing et tendit son index. Doucement, elle pointa le thorax du militaire avant de déplacer son doigt de quelques centimètres à gauche, s’arrêtant au dessus de son muscle pectoral.

_Votre faille est ici, lieutenant. Vous êtes un homme de coeur.

_Je ne vois pas en quoi avoir du coeur est une faiblesse, madame, répondit Flash à brûle-pourpoint.

Luna sourit et pencha légèrement la tête sur le côté.

_Répondez-moi honnêtement. Si demain, votre ordre de mission est d’arrêter par tous les moyens nécessaires Twilight Sparkle, le ferez-vous ?

Le militaire marqua un temps.

_Pour quelle raison est-ce qu’on m’enverrait arrêter Twilight ?

_Le pourquoi est secondaire ici. Je vous demande de me dire en toute franchise : si ma soeur vous ordonne de tirer à vue sur votre maîtresse, est-ce que vous le ferez ?

Flash ouvrit la bouche, prêt à une réponse cinglante, mais elle ne vint pas. Son cerveau tournait à cent à l’heure, étudiant sérieusement la question de la diplomate. En théorie, il était un soldat, formé pour obéir aux ordres, quelques qu’ils soient. Sur le papier, tous les militaires juraient obéissance absolue à l’Etat et à la personne de la présidente. Ils étaient son bras, l’extension de sa volonté. Par conséquence, si telle était le souhait de Celestia, Flash, comme n’importe quel autre soldat, se devait de suivre les ordres. C’était bien pour ça qu’il se retrouvait en ce moment, sous la tente du secrétaire d’Etat. Parce que telle était sa mission.

Mais sitôt qu’on ajoutait Twilight dans l’équation, tout se brouillait. L’image même de la jeune fille au bout du canon d’un fusil était insupportable. Qui plus est le sien.

_Je pense que non, finit par lâcher Flash.

Luna sourit, dévoilant des dents plus blanches que des perles. Ses lèvres s’étaient ourlées en une moue victorieuse, l’air de dire “vous voyez ? J’avais raison”.

_Vous allez devoir faire le deuil de certains sentiments quand vous êtes en mission, lieutenant. Vous ne pouvez pas vous permettre d’hésiter au moment où le destin des États Equestriens Unis est dans la balance. Dites vous que dans certains cas, réfléchir s’apparente à désobéir. Je peux comprendre que c’est quelque chose de nouveau pour vous, qu’il faudra du temps pour vous faire à la chose. Alors surtout, si vous avez le moindre doute, n’hésitez pas à vous confier à moi. Je suis votre supérieure, je peux vous aider à ce que nous mettions ensemble certaines choses à plat.

Luna finit sa phrase par un sourire engageant, et Flash remarqua alors que sa main était restée au niveau de son coeur. Elle l’avait même ouverte, et sa paume le recouvrait en partie. Il prit doucement les doigts de la diplomate entre les siens, surpris au passage par leur douceur, pour se détacher d’elle.

Concernant ce qu’elle avait dit, Flash était tout sauf d’accord. Mais il ne voulait pas s’opposer frontalement à Luna. Autant faire le dos rond, et attendre qu’elle le laisse tranquille. Elle ne pourrait pas l’obliger à ne plus rien ressentir quand même.

_Je vais m’efforcer d’agir dans le sens où vous l’entendez, madame, dit sobrement le soldat.

Satisfait de sa réponse, il tourna les talons et marcha droit en dehors de la tente. Luna le regarda s’éloigner d’un air légèrement attristé. Elle avait pensé que les sous-entendus, et qui plus est, en habit de nuit, auraient suffi. Chose rare la concernant, elle s’était trompée. Machinalement, elle porta à sa bouche le capuchon d’argent de son stylo-plume et le mordilla, ne remarquant même pas l’encre qui dégouttait de la plume sur sa chemise de nuit.

Tant pis pour Sentry. Elle allait devoir se débrouiller seule pour ce soir. À moins que…

À grandes enjambées, Luna gagna l’extérieur de son abri, et haussa la voix pour capter l’attention de Flash, qui n’était pas encore si éloigné.

_Lieutenant ! Quand vous serez au feu de camp, vous voudrez bien m'envoyer le capitaine Spitfire sous ma tente ?

¤¤¤

Le tipi était plongé dans le noir, Braeburn pouvait à peine voir ses propres mains. Pas qu’il tenait absolument à les voir du reste, il savait comment elles étaient : calleuses et sèches, les mains d’un homme qui avait l’habitude de les malmener un peu tous les jours, et pour qui leur entretien était le cadet de ses soucis, pas comme ces dandys des grandes villes.

Mais quand même, Braeburn aurait aimé s’assurer qu’elles allaient bien, et avec elles, l’ensemble de son corps.

Depuis qu’il avait repris conscience, et que le cours des évènements s’était fait un peu plus clair dans son esprit, il s'inquiétait terriblement. Les Nez-Percés, la tribu qui avait décimé ses camarades du 22° de cavalerie, n’était pas connue pour leur tendresse. On avait rapporté le cas d’un camp de colons blancs horriblement massacrés, dont un diplomate envoyé spécialement de la capitale : les indiens auraient vidé l’intérieur du cheval du pauvre homme, avant de l’enfermer dedans, et de recoudre le tout, ne laissant dépasser que la tête. Les charognards, les vers, et la vermine avaient eu raison du malheureux bien après que la folie l’ait emportée.

C’était cet incident d’ailleurs, qui avait conduit le 22° dans les badlands, pour remonter jusqu’aux territoires indiens, et leur donner une bonne leçon.

Pas un franc succès, c’était certain.

Braeburn ne comprenait pas pourquoi les indiens le gardaient en vie. Il n’était que caporal, un tout petit sous-officier de rien du tout. Il ne connaissait rien des secrets de l’armée, et sa vie ne pesait pas bien lourd.

Pourtant, ils l’avaient épargné. Mieux encore, ils l’avaient soigné après la bataille : il s’était réveillé dans la noirceur du tipi avec un gros cataplasme posé sur la tempe, et mis à part quelques nausées, il était presque guéri. Braeburn attribuait ça à l’étrange bouillon de légumes qu’on lui apportait à heures régulières - il en était sûr, car quand la toile de l’entrée du tipi se soulevait à ce moment là, le soleil était toujours au même endroit -, qui combinait un goût pas si désagréable, à un certain regain de vigueur. Encore quelques jours de ce régime, et Braeburn serait plus alerte que jamais.

Restait quand même à savoir ce que voulaient les Nez-Percés, qui restait la grande inconnue du tableau.

Un bruit de toile annonça justement, l’heure du repas. Braeburn profita du rai de soleil pour mieux distinguer le tipi, mais hormis le piquet auquel il était relié par une belle longueur de corde, et le trou qui lui servait de latrines, il était aussi vide que le dos d’une main.

Malgré la porte de la tente qui s’était remise en place, le jeune homme n’eut aucun mal à reconnaître la personne qui lui apportait sa soupe. Assez facile quand c’était la même qu’hier, et avant hier, et encore avant.

La jeune femme posa le bol de terre cuite aux pieds du caporal, qui saisit l’occasion pour briser le mutisme dans lequel il s’enfermait depuis des jours.

_Bonjour.

Elle ne répondit pas. Ce n’était pas très étonnant, il n’y avait que peu de chances qu’elle comprenne l’anglais, mais Braeburn se devait d’essayer. Il devait parler à quelqu’un avant de devenir fou, et même si ce quelqu’un se trouvait dans ses geôliers.

La femme prit le bol vide et sortit de la tente sans un mot. Braeburn haussa les épaules.

Elle reviendrait demain.

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BroNie
BroNie : #5143
Damned.
Il y a 3 ans · Répondre
shuryt
shuryt : #5142
BroNie06 octobre 2014 - #5140


Si tu es naïf, ne lis pas le chapitre trois alors :P

trop tard xD
Il y a 3 ans · Répondre
BroNie
BroNie : #5140
shuryt06 octobre 2014 - #5138
"_Je sais que vous êtes un soldat. Et qu’en théorie, si ma soeur vous ordonne de manger votre chapeau, votre seule question sera de savoir s’il faut le dévorer nature ou avec du sel." Juste marrant xD

Et le coup de luna sous la tente, je suis trop naïf, je vois pas se genre de chose mais quand tu la clairement expliqué et qu'elle passe à spitfire...J'en pouvais plus :D


Si tu es naïf, ne lis pas le chapitre trois alors :P
Il y a 3 ans · Répondre
shuryt
shuryt : #5138
"_Je sais que vous êtes un soldat. Et qu’en théorie, si ma soeur vous ordonne de manger votre chapeau, votre seule question sera de savoir s’il faut le dévorer nature ou avec du sel." Juste marrant xD

Et le coup de luna sous la tente, je suis trop naïf, je vois pas se genre de chose mais quand tu la clairement expliqué et qu'elle passe à spitfire...J'en pouvais plus :D
Il y a 3 ans · Répondre

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