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Un dernier pour la route

Une fiction écrite par Acylius.

Chapitre 1 (partie 3)

- Tout ça, c’est que des conneries.

Dans un grand soupir d’exaspération, Maxime avala une grande lampée de blonde avant de reposer sa chope sur le comptoir.

Il avait beaucoup hésité avant de venir. Après s’être sauvé de l’hôpital, il était retourné chez lui et avait passé la maison toute entière au peigne fin à la recherche de nouvelles traces d’intrusion, en vain. Fatigué et de plus en plus énervé, il avait finalement décidé que, au point où il en était, mieux valait faire ce qu'on lui disait. Comme l'y avait invité la lettre, il était sorti de chez lui à la nuit tombée et avait pris le chemin de sa taverne habituelle, tête basse, mains dans les poches. Il avait cessé de pleuvoir quelques heures plus tôt, cependant les rues étaient toujours trempées et il avait manqué par deux fois de trébucher sur les pavés glissants du trottoir.

Le bar se vidait peu à peu à mesure que l’heure tournait. Il ne restait plus que lui et quelques autres poivrots, accoudés au comptoir ou sur les tables le long des fenêtres. Il n’avait cependant pas vu, de l’autre côté, une silhouette plus élancée vêtue d’un grand manteau à capuche. Lorsqu'il eut terminé sa chope, elle se leva et vint s'asseoir en silence à côté de lui. Max lui jeta un regard distrait.

- Chouette capuche. Vous vous prenez pour un Nazgul ?

L’autre ne répondit pas. Lorsque le barman passa prendre le verre vide, il lui tendit un billet.

- Deux autres, s’il vous plait.

Maxime regarda la scène sans rien dire. La voix, claire et nette, lui avait semblé féminine. Il attendit que les verres soient devant eux pour reprendre la parole.

- Quoi que vous vendiez, ça ne m’intéresse pas.

Toujours sans répondre, l’autre prit une gorgée, bientôt imitée par Max. Ils posèrent leurs verres presque en même temps.

- Je sais qui vous êtes, Monsieur Gillet-Lefebvre.

- Quelle veine pour vous.

- Je sais d’où vous venez.

- Ça vous fait une belle jambe, dites donc.

- Ce n’est pas une plaisanterie, ajouta la nouvelle venue en se tournant vers lui. Je sais où vous avez vécu et ce que vous y avez vu. Je sais aussi que vous n’en avez parlé à personne, car vous savez qu’on vous prendrait pour un fou si vous le faisiez.

- Mais c’est très intéressant, tout ça, grinça Max, de plus en plus énervé.

- Mais je sais surtout que vous en avez ramené quelque chose. Des choses auxquelles vous n’avez longtemps pas osé toucher, jusqu’à ce que l’une d’entre elles disparaisse.

Max claqua sa chope contre le zinc. L’envie lui prit soudainement d’attraper cette casse-pied par le manteau. Il se tourna vers elle et siffla rageusement.

- Bon, j’en ai marre de ces conneries. C’est vous qui êtes venue fouiner chez moi, pas vrai ? Écoutez bien, je me fous de qui vous êtes et de ce que vous me voulez. Quoi que vous ayez en tête, je ne veux pas en entendre parler, c’est pigé ?

L’autre l’écouta cracher son venin, impassible. Quand Maxime eut terminé, elle reprit une gorgée.

- Je suis comme vous, Monsieur Gillet-Lefebvre. J’ai vécu la même chose.

- Ça, ça m’étonnerait beaucoup !

Calmement, la mystérieuse interlocutrice reposa son verre et se tourna vers lui, laissant la faible lumière qui régnait dans la taverne éclairer son visage sous sa capuche. Lorsqu’elle plongea son regard dans celui de Max, il frissonna.

- Je ne vous veux pas le moindre mal, Monsieur Gillet-Lefebvre. Je veux simplement que vous me donniez quelques informations.

- Des informations sur quoi ? fit Max, frémissant.

- Vous le savez, répondit-elle dans un murmure. Vous y êtes allé et vous en êtes revenu. Je veux savoir comment. Je veux que vous me disiez ce qui lui est arrivé… ce qui est arrivé au miroir.

Maxime sentait ses mains trembler. Ce regard cerné d’ombres semblait lui percer le crâne. Là-bas, Equestria, le miroir… elle savait… Elle savait ! Ce n’était pas possible ! Il finit par secouer la tête et détourna le regard.

- Non, non, je ne vois pas de quoi vous parlez ! Laissez-moi tranquille !

Il se leva, manquant de renverser son verre, et prit en panique le chemin de la sortie. Les autres clients le regardèrent courir dehors, étonnés, avant de replonger dans leurs chopes. Au bar, la jeune femme vida tranquillement la sienne puis rajusta son manteau et sortit sans se presser. Pas besoin de lui courir après ; elle savait où il allait.

 

Il était près de minuit quand Maxime rentra chez lui, tanguant et titubant. Lorsqu’il eut réussi à ouvrir sa porte et qu’il fut dans son salon, il se laissa tomber dans son canapé, la tête entre les mains. Il se sentait de plus en plus mal, et pourtant il n’avait pas bu beaucoup plus que d’habitude. C’était bien différent…

Tandis qu’il tentait de contenir son malaise, le chat entra et poussa un miaulement sonore.

- La ferme ! grinça Max.

Il fouilla sa poche à la recherche de quelque chose à lui lancer, mais il poussa aussitôt un cri et sortit sa main. Il s’était coupé l’index sur quelque chose. Son doigt en bouche pour l’empêcher de saigner, il plongea délicatement son autre main dans sa poche et en sortit l’éclat de miroir. Son regard s’enflamma. Il le laissa tomber sur la table basse devant lui, où il fut rapidement rejoint pas la figurine-décapsuleur et la lettre qui l’avait convié à cette maudite rencontre.

C’était décidé, il allait jeter tout ça au fond d’un trou, et il allait le faire immédiatement. Titubant et nauséeux, il partit fouiller la cuisine à la recherche d’une boîte, fourra lettre, fragment de verre et figurine dedans et prit le chemin de la porte de derrière. Il était sur le point de tourner la poignée quand, derrière lui, trois coups sonores retentirent contre la porte d'entrée.

Maxime crut que son cœur allait s’arrêter de battre. Il se figea, blême comme un linge, au bord de la nausée. Au bout de quelques secondes, les coups reprirent, plus forts. Avant que le troisième ne retentisse, Maxime avait déjà filé par derrière, sa boîte sous le bras. Dans le noir et l’humidité de la nuit, il traversa en courant le carré d’herbe derrière chez lui et s’enfuit par la rue.

Devant sa porte, le voisin toqua à nouveau, avant de hausser les épaules et de repartir. Il était pourtant certain d’avoir entendu du bruit. Il n’avait plus qu’à aller toquer une porte plus loin afin de voir si un autre de ses voisins ne pouvait pas lui prêter une lampe de poche pour qu’il puisse remettre en marche ses fusibles qui venaient de sauter…

 

Maxime courait le long du trottoir, les cheveux dressés sur la nuque, se guidant de son mieux sous la lueur orangée des lampadaires. Chaque vrombissement de moteur, chaque crissement de pneu, chaque coup de klaxon lointain était comme la sonnerie d’une chasse lancée à ses trousses. Alors qu’il passait une rue parallèle, une silhouette surgit brusquement devant lui. Maxime pila, tremblant, en reconnaissant face à lui celle qui l’avait accosté au bar.

- Non, laissez-moi ! Ne m’approchez pas !

L’autre tendit une main apaisante, mais Maxime s’écarta violemment. Alors qu’il reculait, son pied glissa sur le bord humide du trottoir et il trébucha en arrière. Au même moment, dans un grand coup de klaxon étonné, un autocar surgit de la rue voisine. La lueur des phares se refléta dans ses yeux.

 

Deux voitures de police et une ambulance bloquaient le carrefour, la lumière de leurs gyrophares se reflétant sur les quelques flaques de pluie qui maculaient encore les trottoirs. Le conducteur du bus, complètement paniqué, s’agitait en tous sens devant son véhicule, encadré par les policiers.

- Je vous jure, il est passé sous le bus ! Je l’ai vu, juste en face de moi ! Regardez, on voit même l’impact sur la carrosserie !

- Mais où est le corps, alors ?! lança le brigadier, à bout de nerf.

- Mais j’en sais rien, moi ! J’ai pas ralenti, le feu était vert !

Camouflée dans les ombres, une trentaine de mètres plus loin, une silhouette mince vêtue d’un manteau sombre observait, silencieuse, les policiers qui s’activaient autour du véhicule accidenté. Alors que les premiers agents remontaient dans leur voiture, elle sursauta en sentant quelque chose effleurer sa jambe. La main plaquée sur la bouche pour se retenir de crier, elle baissa les yeux pour découvrir un chat maigre au pelage d’un brun-gris indéfinissable se frotter contre sa cheville. Aussitôt rassurée, elle soupira sans bruit et retira sa capuche, révélant une abondante chevelure dorée aux reflets rouges. Tandis que les premières voitures de polices s’éloignaient, elle se baissa pour caresser le chat et le prendre dans ses bras avant de s’éloigner en silence.

 

***

 

Un bruit grave et sourd rebondissait en écho, comme une lointaine corne de brume. Des flashs de lumière éclataient ici et là puis disparaissaient aussitôt. Seuls deux disques blancs persistaient, insistants, éblouissants, au milieu des autres. Ils semblaient tout près, à quelques mètres à peine, et cependant hors de portée. Le bruit se renforçait, de plus en plus assourdissant, tandis que les deux cercles approchaient. Alors qu’ils étaient presque sur lui, le son se fit soudain plus net, presque reconnaissable. Le sol se mit à trembler. Au moment où le klaxon et les phares furent sur lui, Maxime ouvrit les yeux.

Il était couché dans un lit aux draps soyeux, dans une pièce à la lumière bleutée. Sa vision était encore floue, cependant il pouvait deviner plusieurs fenêtres ouvertes devant lui, ainsi que les contours de divers meubles. Les murs, le plafond et le reste des objets arboraient la même couleur, une sorte de bleu violacé légèrement translucide. En tendant l’oreille, il perçut, venant d’en bas, un bruit semblable à celui d’objets en bois claquant sur un sol dallé, comme si quelqu’un marchait sur du carrelage avec des talons. Ou, plus précisément, avec quatre talons.

Maxime se redressa brusquement, la vision soudain nette.

Il connaissait ce bruit, cette pièce, ces meubles. Du fond de sa mémoire, une avalanche de souvenirs lui revint. Des lieux, des bruits, des voix, des visages, des gens… Mais non, pas des gens… des… des…

D’un bond, il se mit debout et se pencha à la fenêtre. Des arbres, des collines, une petite ville… Cette ville…

- Oh non… non !

Trébuchant comme s’il était ivre, il heurta une armoire et se rattrapa au rideau. La porte en face était ouverte, révélant un corridor aux murs et au sol de la même couleur. Ce n’était pas possible, ce n’était pas possible…

Tremblant, il quitta la chambre. Comme s’il connaissait le chemin - mas il le connaissait ! - il courut vers l’escalier et descendit les marches quatre à quatre. Des voix venaient d’une autre pièce ; des voix qu’il connaissait. Courant dans la direction opposée, il arriva devant la porte d’entrée et l’ouvrit en grand. La lumière du jour l’éblouit, cependant il ne s’arrêta pas. Des maisons de bois avec des toits de chaume, de petits jardins fleuris entourés de clôtures qui lui arrivaient aux genoux, de petits bancs peints en rose alignés le long du chemin, et surtout des… des… - non, ce n’était pas possible, c’était un cauchemar ! - qui le regardaient passer, bouche bée, leurs énormes yeux fixés sur lui. Derrière, il entendait les mêmes voix s’élever dans sa direction. Il redoubla l’allure, droit devant lui, mais son pied heurta quelque chose. Bras en avant, il tomba face contre terre.

- Eh, faites attention où vous…

La petite créature verte et mauve s’interrompit en voyant qui lui avait marché dessus. Maxime le fixait lui aussi, paralysé, incapable de dire un mot.

Un petit être vaguement reptilien, avec une grosse tête ronde et d’énormes yeux ronds. Un bébé dragon. Un bébé dragon qui parlait.

- Maxime !

D’autres créatures approchaient ; des créatures à quatre pattes, aux couleurs et aux proportions improbables, lancées au galop ou filant dans les airs. Celle du milieu était mauve, une autre blanche, une autre bleue, une autre encore portait un chapeau.

- Maxime ! répéta la meneuse.

- Non ! Non ! C’est pas vrai, restez loin de moi !

Il parvint enfin à se lever. Son regard se posa sur une planche de bois posée le long d’un mur. Avant que ses poursuivantes soient sur lui, il bondit pour s’en emparer, la leva devant lui, prit une grande inspiration et, dos arqué et muscles tendus, s’asséna un grand coup sur le crâne.

Les autres le virent s’effondrer en face d’elles, inconscient. Une fois sur place, elles se répartirent en cercle autour de lui, l’air à la fois inquiètes et contrariées. Seule la bleue, celle qui volait, semblait se retenir de rire. L’orange rajusta son chapeau avant de soupirer.

- Et c’est reparti...

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Kardiaz
Kardiaz : #43581
Je pense que c'est la chose la plus intelligente à faire dans une situation comme celle ci.S'éclater le crâne à coup de massue
Il y a 1 an · Répondre
cedricc666
cedricc666 : #43314
J'ai lu les 3 chapitres d'un coup.
J'aime bien cette intrigue que tu as installé.
Bonne idée aussi que d'avoir inclus les films a l'histoire.
Bon. C'est reparti pour un tour comme tu dit, donc.
J'me demande sur quelle galère il va tomber ou quelle ânerie il va pondre celui là.
En tous cas, il commence fort. ^^
Il y a 1 an · Répondre
Toropicana
Toropicana : #43229
Chose à faire si je vois des poneys un jour : me foutre un gros coup de planche dans la gueule.
Je note.
Il y a 1 an · Répondre

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