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Silence

Une fiction écrite par Vuld.

6. Déviation

En toutes lettres sur le tableau propre de la classe, la consigne d'examen. Certaines avaient déjà commencé à écrire. Puis on avait frappé à la porte, puis l'autre gourde était rentrée, s'était excusée et madame Bellbean, après un accès d'humeur devant les sourires presque bêtes de l'étudiante, lui avait dit de se dépêcher de s'asseoir.

En toutes lettres sur le tableau propre de la classe : « Faut-il suivre les règles ? »

Pour la majorité, pas de question. Il fallait suivre les règles, bien sûr, et c'était pour ça que toutes parlaient encore après la sonnerie. Twilight Sparkle, elle, la pimbêche, après avoir réfléchi à son expérience personnelle et tous ces désagréments, s'était figée et la distraction de l'autre gourde n'avait pas suffi à lui retirer ce frisson. Elle réfléchissait à présent en des termes dont, probablement, la professeure n'avait jamais eu conscience.

Dix-huit grammes de matière ne pouvaient pas aller à l'encontre de l'univers. Ne pouvaient pas défier la gravité, ne pouvaient pas défier la friction, ne pouvaient pas contredire la pesanteur ou l'attraction. Il devait y avoir une explication.

Le frisson lui parcourait à présent le bras, lui crispait les doigts. Sur sa feuille, son nom, sa date, le titre et un abîme de blanc.

Répondre, écrire, ne pas y penser. Entre deux notes fustiger. Personne n'y pensait, personne ne se posait la question. Même pas elle. Mais pour toute règle enfreinte une règle devait l'expliquer. Elle regarda sa feuille. La phrase y était. Elle l'avait écrite directement. Comme en état second. Pour toute règle enfreinte une règle devait l'expliquer. Twilight ne comprenait pas pourquoi, mais elle se sentait à présent au sommet du monde.

C'était grisant. Grisant d'avoir la question. Grisant d'en deviner la réponse. Se sentir à la frontière du savoir. À mesure qu'elle voyait l'étendue de son ignorance, elle voyait les choses comme jamais. C'était effrayant. Effrayant de songer aux conséquences, si la réponse pouvait être non.

Mais ce n'était pas ça, la définition de la liberté ?

Sur sa feuille de brouillon quadrillée, le mot « liberté ». Puis, nerveusement, elle y dessina un cercle, puis se mit à l'ombre. Elle voyait la bille, la bille qui lui offrait cet examen sur un plateau d'argent. Et toute prise à ses réflexions, elle se mit à dessiner, machinalement, des petites vagues autour de son dessin, comme une écriture d'enfant.

Un. Puisqu'elle avait déjà réglé l'hypothèse où les règles étaient respectées, il fallait raisonner par l'absurde. Deux. Cet absurde revient à clamer un second ensemble de règles opposé au premier. Comme un second univers. Trois. Ces règles étaient-elles complètement isolées. Elle se surprit en notant cela. Pourquoi cette question ? Bien sûr que les règles étaient isolées, elles étaient différentes ! Twilight se frotta le front. Quelque chose avait dépassé sa pensée, une réflexion qui, un instant, lui avait donné la migraine.

Le temps passait. Il lui fallait compléter son argumentation. Planifier. Au départ, expliquer comment certaines règles pouvaient en dépasser d'autres. À nouveau, elle s'arrêta. La formulation lui sembla absurde. Mais elle s'y contraignit et continua. Pour toute enfreinte à une règle il fallait envisager une règle supérieure. Est-ce que cela importait, seulement, d'où cette règle venait ? Aussi bien de cet univers-ci que d'un autre. Son brouillon n'était rempli qu'à moitié de ratures et de mots brefs, mais son coeur battait avec cette impression d'avoir tout saisi en un instant, comme jamais.

Puis elle s'agaça. À quoi bon ? Ce n'était qu'une dissertation. Sans doute pas ce que la professeure voulait. Elle risquait le hors-sujet. Mais la réflexion à présent l'obnubilait, et Twilight se mit à rédiger sur la première feuille d'examen.

Tout lui venait si naturellement.

Tout était si clair. Si simple. Son esprit si affûté. Elle était intelligente. Toutes les fois où elle en avait douté, où elle s'était interdite de le penser. Mais là, à l'instant, sa réponse lui semblait vraiment intelligente. Elle se sentait vivante.

Mais alors, se demanda-t-elle, à quoi ressemblerait un univers déréglé.

****

La dernière demi-heure du cours avait passé à attendre, à écouter tourner l'horloge et griffonner les plumes de ses camarades. Madame Bellbean était venue jeter un coup d'oeil, avait souri et s'était éloignée parmi les bancs.

Le frisson passé, Twilight s'en voulait d'avoir écrit quelque chose d'aussi stupide.

Mais à présent que c'était fait, elle avait passé le temps à bien d'autres choses, aux expériences qu'elle mènerait encore avec la bille. Elle l'avait là, dans sa trousse, parmi ses crayons et ses cartouches d'encre. Elle s'interdisait seulement d'y toucher pour le restant de l'examen.

Quand la sonnerie retentit, que la professeure collecta les feuilles, après un dernier soupir Twilight rangea le brouillon, rangea sa plume et prit la bille entre ses doigts. Elle lui sembla chaude, mais ce n'était qu'une impression, une tiédeur due à la trousse même. Aussitôt, elle se demanda comment la bille réagirait à la conservation de la chaleur.

Il y avait moyen d'expérimenter ça durant la pause. Pour une fois, la pause du mardi ne serait pas perdue à ne rien faire.

La sensation d'être regardée fit tourner la tête à Twilight. L'autre étudiante la regardait, ou plutôt, regardait sa main, regardait la bille entre ses doigts. L'expression de l'étudiante était celle du choc. L'étonnement laissa place à la routine et Twilight, empoignant la bille, se leva pour se rendre au prochain cours. Derrière elle, la garce eut un sursaut soudain.

« Attends ! Twilight ! »

Twilight n'attendait pas. Elle en avait assez d'attendre. De supporter cette fille qui venait de se lever et de la bousculer au passage de la porte, si bien que Twilight manqua de tomber par terre. Tout autour, dans le couloir, les autres filles regardèrent ce qui ressemblait tant à une dispute potentielle.

La garce luttait pour faire ouvrir le poing à Twilight. Twilight lui disait d'arrêter. La garce insistait, avec une voix époumonnée, de lui montrer la bille. Twilight céda et à nouveau l'étudiante face à elle sembla se figer.

Puis celle-ci s'empara de la bille et se mit à courir avec.

Blanc. Courir après. La saisir. Se faire repousser. Courir encore. La saisir encore. Le plus fort possible. Tomber avec elle par terre. Se débattre. Ne même pas entendre les cris que toutes deux se jetaient. Blanc. L'esprit de Twilight était devenu blanc un instant. Elle n'arrivait plus à suivre tout ce qui se passait.

Elle cherchait à frapper la voleuse. Elle n'en avait pas la force. Elle pleurait. Elle criait de lui rendre son projet. Puis un bras d'adulte la tira en arrière et la voix de Bellbean acheva de les séparer.

Mais Twilight, désespérée, se jeta à nouveau sur l'étudiante. Récupérer la bille. Crier.

« Rends-la moi ! »

De ce cri affolé, furieux et brisé. Madame Bellbean la retint. Twilight se débattit, regarda la voleuse se lever, son visage paniqué, la vit se tourner, ignorer l'ordre de la professeure de rester où elle était. Elle s'enfuyait. Avec la bille.

Madame Bellbean la lâcha et courut après la voleuse.

Twilight resta là, tremblante, avec ces larmes pathétiques sur son visage. Le mot exact était, misérable. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi on lui volait son projet. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qui se passait. Elle réalisait seulement son impuissance, et le monde lui parut, juste, simplement méchant.

On l'approcha, une ou deux étudiantes pour la consoler, avec ces mots hésitants. Un cri de sa part les garda à distance. Elle était une ruine d'émotions.

Là-bas, quelque part dans l'école, il y avait les cris de madame Bellbean. Madame Bellbean furieuse, dont la voix éclatait contre les parois. Un bruit de claque qui fit taire les gémissement de l'autre étudiante. Et il y avait toute la vague des voix murmurées, des filles attirées par toute cette agitation. Des autres professeures qui affluaient. Mais Twilight n'arrivait pas à y prêter d'attention. Elle restait là sans force, à s'apitoyer.

Vraiment, sincèrement, comme une petite enfant.

Après, quoi, ce qui n'avait pas été une minute où le monde s'était réduit à un bruit de fond, madame Bellbean revint avec la bille. Madame Bellbean tendit la bille et Twilight la récupéra avec ce regard pitoyable, et hoqueta quelque chose comme : « Je suis désolée. » Elle n'avait pas voulu faire une scène. Elle n'avait pas voulu perturber le beau calme de l'école, Twilight Sparkle. Elle n'avait pas voulu causer de problèmes.

****

La salle de biologie avait cette pesanteur des vitrines, des animaux empaillés. De la lumière affaiblie. De la classe hostile.

Ils étaient du côté de la garce.

Du moins Twilight le pensait. Twilight n'en savait rien. Elle s'était, plus que jamais, repliée sur son monde. Elle notait mécaniquement ce que disait la professeure, comme une animale blessée. Même les rumeurs lui faisaient mal.

C'était déraisonnable, mais elle avait encore le goût amer des larmes dans la gorge. Et elle avait beau se répéter que c'était fini, il y avait comme ce second barrage qui ne demandait qu'à se briser. Son cauchemar était qu'elle cède en plein cours.

On lui souffla dans le dos.

D'abord, Twilight ne se tourna pas. On la tapota du doigt, on souffla encore. Un garçon du second rang. Puis, comme elle ne réagissait toujours pas, elle vit tomber une petite boulette de papier à côté d'elle, qu'elle choisit d'ignorer.

Comme une sorte de fuite, incapable de se raccrocher au cours lui-même, son esprit retourna dans les histoires d'eucaryotes. Il n'y avait pas deux heures, elle avait été enthousiasmée par la découverte. Savoir. Comprendre. À présent la liste des éléments cellulaires tournait à vide dans sa tête, apprise par coeur, et pour chaque élément elle se répétait son rôle appris, également, par coeur.

Les étudiantes mettaient beaucoup de coeur à leurs études.

La professeure s'arrêta soudain de parler. Quitta le tableau. Passa entre les bancs. La petite troupe de filles qu'elle foudroyait du regard avait cessé de parler et se dressait comme un seul être, pareil aux bêtes alertées. Mais madame Coldshower vint quand même jusqu'à elles frapper un coup de baguette sur le banc.

« Cessez de parler durant mon cours ! » Exigea-t-elle avec force.

Les filles étaient frappées. Pas effrayées. Juste inquiètes d'être punies. Les autres, un peu plus amusées par cette professeure qui avait une génération de retard. Et la professeure pouvait sentir ces moqueries de fond.

« Pourquoi vous ne pouvez pas être comme Twilight ? »

Et, une seconde fois, elle frappa avec sa baguette, puis retourna au tableau, son dos couvert par le schéma du projecteur. La classe, bien sagement, se tassa.

Twilight Sparkle s'était encore un peu plus repliée. Bien sûr, la professeure ne savait rien de ce qui s'était passé. Mais ces mots étaient les derniers qu'il aurait fallu dire. Ils étaient la raison pour laquelle on n'aimait pas les pimbêches du premier rang. Et si la classe n'avait pas été hostile, elle se devait de l'être à présent.

Le petit papier à côté d'elle était devenu plus redoutable encore. Mais elle continua de l'ignorer. Elle continua d'ignorer que l'autre garce était là-bas, quelque part au dernier rang. Qu'il faudrait passer par là pour pouvoir sortir. Qu'il y aurait la cantine. Qu'elle était prisonnière et que personne ne pouvait la défendre. C'était si étrange, de pouvoir penser comme ça, maintenant que ça lui arrivait à elle. C'était si étrange de comprendre enfin ce que ça signifiait, de détester être faible.

****

À la fin du cours, tandis qu'elle s'en allait, la garce tenta de retenir Twilight. De s'excuser, ou quelque chose. Avec une voix un peu aussi misérable. Mais Twilight ne voulait pas écouter.

****

L'étudiante s'assit en face de Twilight. Twilight se leva en abandonnant son repas. L'étudiante se leva après Twilight.

« Attends ! Je dois vraiment te parler ! »

Twilight n'avait plus faim. Juste, sortir. S'enfuir. N'importe où. Une fois dehors, dans la cour, aviser la bibliothèque. L'autre étudiante derrière elle.

« Tu dois m'écouter ! »

« Va-t-en ! » Cria Twilight malgré elle.

L'étudiante la rattrapa, lui saisit le bras. Twilight hurla. L'autre la lâcha aussitôt. Elles avaient toutes les deux des regards effrayés. Toutes les deux désemparées. Mais tout autour, on ne leur prêtait plus d'attention, ou on feignait de. À présent que l'école savait de quoi il retournait, leur dispute n'était qu'une dispute de plus dans la routine scolaire.

« Twilight, je ne voulais p- »

« Je me moque de ce que tu as à dire ! Tais-toi ! Tais-toi tais-toi tais-toi ! Je ne veux plus te voir ! »

« S'il te plaî- »

« Non ! » Se contint Twilight avec peine. « Arrête ! Laisse-moi ! Disparais ! »

Elle s'était remise à marcher, à grands pas, de cette marche rapide qui n'était pas de la course pour ne pas contrevenir au règlement. Suivre les règles. Crier pour ne plus entendre les gérémiades de l'autre étudiante. Une fois dans la bibliothèque, supplier que la règle du silence la protège. Comme un sanctuaire. Un refuge.

« Écoute-moi, à la fin ! » S'énerva l'étudiante derrière elle.

La garce était restée devant l'entrée. La porte grande ouverte les séparait. Un sentiment de sécurité. Twilight se retourna, regarda cette fille qui de désemparée était devenue furibonde. De la crainte. De la curiosité. Ce besoin d'être la bonne élève.

« Ce que tu as est une bombe ! » Reprit l'étudiante. « Et quand elle va faire boom, toute l'école va disparaître ! Tu dois t'en débarrasser maintenant ! »

La regarder. Ne rien comprendre. La regarder sans entendre.

La regarder encore.

Se retourner. S'enfuir dans la bibliothèque.

****

Encore une demi-heure avant le cours de dessin. Twilight se sentait malade. L'envie de se faire excuser. C'était si tentant.

Regarder la bille, son projet. Cette fille ne savait rien.

****

La garce n'attendait pas avec les autres dans le couloir. Les regards des autres semblaient hostiles à Twilight. Quand le professeur ouvrit, elle hésita à entrer.

Elle s'installa sur son banc. Se rendit compte qu'elle n'avait pas pris son dessin. Alla chercher son dessin. Pas même un rire suite à sa distraction. L'autre garce n'était pas là et, par une association folle, Twilight supposait qu'on l'en rendait responsable.

Règle en main, elle continua à tracer ces droites, ces parallèles et ces angles nets où elle pouvait plonger son regard. C'était presque amusant de songer à ses préoccupations d'autrefois. Elle avait toujours su avoir de la chance.

Le professeur s'arrêta à son banc.

« On dirait que cette règle est un troisième bras pour toi. » Nota-t-il.

Dans sa voix, une petite pointe de moquerie. Une façon de déprécier. Twilight ne leva pas la tête, mais cessa de dessiner. Puis, sans même y penser, aussi naturellement qu'elle était entrée, qu'elle avait récupéré son dessin, de toutes ces milliers de gestes machinaux, elle souleva son dessin, puis tranquillement, le déchira.

« Arrête ça tout de suite ! » Gronda le professeur.

« Le dessin était raté. » Nota tranquillement Twilight Sparkle en le soutenant du regard.

« Ce dessin était ta note de fin d'année ! Et tu vas avoir zéro, tu entends ? Zéro. »

« Oui. » Constata Twilight Sparke avec cet air tranquille et détaché.

Le professeur s'énerva. Mais il ne savait pas encore par où continuer. Elle le voyait bouillonner, sourdre, et elle se sentait elle-même trembler et monter des larmes. Mais en même temps, tout cela lui était profondément égal. La classe silencieuse, qui les regardait faire, lui était profondément égale. Elle devinait à peu près d'où lui était venu ce geste incontrôlé, et à présent que c'était fait, elle se contentait de subir, comme toujours.

« Tu n'es qu'une vipère, Twilight Sparkle ! Une petite garce sous tes airs d'ange. Ca te fait plaisir, hein ? »

« Non monsieur. » Se renfrogna à peine l'étudiante.

La prochaine salve de menaces n'arriva pas. Les hauts-parleurs de l'école s'éveillèrent et coupèrent court à ses vélléités. La voix était celle de la directrice, un peu sèche et protocolaire.

« Mademoiselle Twilight Sparkle est priée de se rendre dans mon bureau, merci. »

Le professeur Road Runner eut un sourire satisfait.

« On dirait que ton comportement te rattrape. »

Twilight Sparkle ne dit presque rien, s'excusa seulement de devoir partir et, abandonnant ses affaires là, gagna la porte. Alors qu'elle allait la refermer, elle entendit une élève grommeler :

« Ce prof est une vraie ordure. »

Porte fermée. Twilight put enfin relâcher toute la tension accumulée. Autour d'elle, le silence des couloirs.

Elle se frotta les yeux puis, diligemment, alla gagner le bureau de la direction.

La secrétaire était absente, la porte du bureau même ouverte. La voix de la directrice, toujours aussi sèche, lui dit d'entrer.

Dans la pièce, il y avait la garce. La garce. Avec ses cheveux roses bouffis. Sa petite robe minable. Un regard hostile et résolu. Twilight Sparkle se sentit assaillie. Mais il y avait aussi, face à elle, derrière le bureau moderne dans cette pièce elle-même conçue pour être accueillante, la directrice. La directrice avec son air froid, son éternel complet deux pièces. Son petit jabot serré. De l'âge sur son visage et dans ses cheveux.

La directrice lui fit signe d'avancer. Twilight obéit avec prudence.

« J'ai cru comprendre que tu étais en possession d'une bille ? » Dit la directrice.

Twilight hocha la tête. « Mon projet de thèse. » Précisa-t-elle.

« J'aimerais le voir. »

Twilight Sparkle sortit la bille, la montra à deux doigts à la professeure qui, rabaissant ses lunettes, eut un léger sourire, avant de reprendre son attitude de directrice.

« Pose-la sur mon bureau. »

Le coeur de Twilight bondit. Quelque chose d'irationnel. D'instinctif. Mais elle se força à avancer et à poser la bille, puis se recula poliment. Son regard se détachait difficilement de la petite sphère qui contrastait avec force avec le bois du meuble.

La directrice s'empara de la bille, la regarda encore puis, tournant son regard vers les deux étudiantes :

« Ce sera tout, merci. »

Une seconde. Deux secondes où rien ne se passa. Twilight était comme assommée. L'autre étudiante, encore hostile, finit par réagir.

« Vous avez promis de vous en débarrasser ! »

« Je t'ai promis de te laisser continuer à fréquenter mon école, malgré ton… dossier… en échange de la bille. Des objections ? »

L'étudiante voulut répliquer, resta sans voix et, après quelques secondes à piétiner sur ses mots, vaincue et énervée, elle quitta la pièce.

Twilight resta là, toujours incapable de réagir.

« Tu peux partir aussi. » Lui dit la directrice, sans plus la regarder.

« Je ne peux pas. Vous avez mon projet de fin d'année. »

« Cette bille ? Tu ne peux pas l'apprécier à sa vraie valeur. »

Dans son esprit, Twilight Sparkle n'avait toujours pas accepté le fait que la directrice lui avait pris la bille. Elle raisonnait que ce n'était pas le cas. Elle sentait, aussi, ce qui allait se passer si elle raisonnait autrement.

La remarque de la directrice, de toute manière, la fit changer complètement de pensée.

« Bien sûr que si, » se mit à réciter Twilight, « cette bille défie les lois de la physique. Elle modifie les propriétés des corps qui l'entourent. »

La directrice sourcilla à peine, sembla plutôt amusée. Ce fut comme un encouragement pour Twilight de continuer.

« Aussi, cette modification s'amplifie avec le temps. »

Main levée. La directrice lui fit signe de se taire. Puis elle enleva ses lunettes, les nettoya, les remit et, posant la bille sur le bureau, ce qui fit battre le coeur de Twilight, elle se tourna tout à fait face à elle.

« S'amplifie, tu dis ? »

« Le rapport était de dix pour cent quand j'ai commencé les tests. Il est de douze pour cent à présent. L'amplification est récente. Il est encore trop tôt mais je pense que l'effet va augmenter exponentiellement. »

Rien. La directrice ne répondit rien. Le bureau resta silencieux un moment. Puis, du doigt, la directrice fit rouler doucement la bille sur le bureau, en direction de Twilight.

« Quel était ton nom, déjà ? »

« Twilight Sparkle, madame. »

« Mademoiselle. Twilight Sparkle… Twilight, Sparkle. »

Et elle se leva, alla à un casier pour l'ouvrir et fouiller dans les papiers. Après une exclamation victorieuse durant laquelle Twilight n'avait d'yeux que pour la bille sur le bureau, elle revint, posa quelques papiers et se mit à les soulever. Elle s'amusa en voyant la curiosité de Twilight sur son visage.

« Voyons voyons… ah, le sport. Tu n'as pas la moyenne. C'est très mauvais pour ton année, ça. » Elle regarda Twilight hocher la tête, puis : « Nous n'avons pas besoin de sportives, nous avons besoin d'intellectuelles ! Nous allons changer ça. »

« C'est gentil, mais j'aimerais être jugée comme les autres. » Se défendit Twilight.

La directrice leva la tête pour la regarder avec cet air apitoyé.

« Et honnête avec ça. Tu me rappelles mes jeunes années. De toute manière, » ajouta-t-elle brusquement, « tu n'as plus le temps de faire de la gym. Ce cours est remplacé par ton projet, et cette note… désagréable… sera remplacée en conséquence. Si tu acceptes de continuer ton travail sur cette bille, bien sûr. »

Twilight ne parvint qu'à hocher de nouveau la tête, incapable de suivre.

La directrice abandonna ces papiers, se leva, récupéra la bille et la tendit à Twilight Sparkle. Cette dernière la récupéra et il lui sembla que le monde reprenait à nouveau son cours. Elle sursauta presque en se rendant compte que la directrice était à côté d'elle.

Mais en même temps, elle réalisa deux choses.

Ses problèmes de notes étaient réglés. Elle pouvait étudier la bille. Non, trois choses. La plus importante de toutes. Il y avait une autre personne qu'elle qui s'y intéressait.

« Je peux compter sur vous, mademoiselle Twilight Sparkle ? »

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