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Pony War Chronicles

Une fiction écrite par ironponymaiden.

Chronique VII : Une Sombre Héroïne

Les cadavres s'étalaient à ses sabot, et elle les enjamba sans leur accorder le moindre regard. Ce boyau était nettoyé, il était temps d'avancer dans la tranchée suivante. Elle s'élança dans les étroits couloirs de terre battue et de planches de bois. Soudain, elle vit du coin de l'œil un poney ennemi s'enfuir. Avec la vélocité d'un prédateur chassant sa proie, elle le poursuivit, le rattrapant rapidement, et le percuta pour l'envoyer contre un mur et l'arrêter.

Il leva les yeux vers elle, et une pure terreur marqua son visage. Il murmura du bout des lèvres :

-Pit...

Sans lui laisser le temps de l'implorer, elle fit volte-face, se porta sur ses pattes avants, et envoya ses deux sabots arrières dans le visage du malheureux, écrasant son crâne contre le mur dans un craquement sinistre. Elle sentit le sang gicler jusqu'à ses cuisses.

Applejack reposa les quatre pattes à terre, et tendit l'oreille. Autour d'elle, elle n'entendait plus les bruits de combat. Ils avaient gagné. Encore. Un sourire s'afficha sur ses lèvres. Il n'y avait aucun survivant autour d'elle.

La ponette orange se remit tranquillement en marche, à la recherche d'alliés ou d'ennemis. Elle finit par tomber sur un groupe de poneys, affublés du blason de la Princesse de la Nuit. Les poneys la regardèrent d'abord d'un air horrifié, puis ils semblèrent la reconnaître et lui firent un salut. L'ancienne fermière le leur rendit :

-Alors, comment qu'ça s'passe, part'naires ?

-La zone est à nous, répondit le plus haut gradé. On est en train de réunir les prisonniers.

Applejack renifla. C'était fini, et elle ressentait la satisfaction du travail bien fait. Ils étaient monté à l'assaut des tranchées ennemies il y avait une petite heure, et ils contrôlaient maintenant un nouveau tronçon. Petit à petit, ils avançaient dans la région. C'était autrement plus gratifiant que les minables opérations de sécurisation du territoire qu'elle faisait au début de son engagement, quand Luna n'osait pas encore l'envoyer en première ligne. Ici, elle pouvait pleinement se déchaîner.

Et Cel... Luna savait qu'elle en avait besoin. Se libérer de sa colère et de sa peine, qui malgré les années passées ne s'étaient jamais atténuées. Pire encore, à chaque ennemi écrasé sous ses sabots, à chaque balle faisant jaillir du sang du torse d'un Solaire, à chaque assaut, sa haine grandissait.

Parce qu'à chaque fois qu'elle tuait, elle revoyait le masque d'Heartless. Parce qu'à chaque incendie, elle repensait à sa ferme. Parce qu'à chaque combat, le visage d'Applebloom se rappelait à elle.

Personne n'aimait autant ses proches, personne ne comprenait autant la valeur de la famille qu'Applejack. Et personne ne pouvait les lui prendre sans en payer le prix fort. La mort d'Heartless ne l'avait pas calmée. Quand elle avait vu Derpy pleurer sur ses actes, elle avait compatit à sa douleur de perdre un proche. Mais elle avait vu le cadavre de la licorne gisant au sol, et s'était retenu de l'écraser de ses sabots. Dinky était morte bien avant cela. Un nom à ajouter à la longue liste des victimes de l'Empire Solaire.

Et Celestia paierait pour ses crimes. Pour les crimes commis en son nom. Et tous ceux qui la suivraient et la protégeraient, de leur plein gré ou pas, ne trouveront que les sabots vengeur de la cow-pony qui leur broierait le crâne.

Applejack avançait parmi les couloirs étroits, croisant ici et là des poneys blessés ou pressés, des ennemis prisonniers conduits dans leur camp, ou des jeunes qui se reposaient en calmant leurs tremblements. Elle ne faisait guère attention à eux, mais tous la dévisageaient avec insistance. Sans doute la reconnaissaient-ils, elle n'était pas exactement la moins célèbre des soldats du coin. Enfin, elle arriva au bord des tranchées ennemies. Désormais, il y avait à traverser un champ plat et vide. Cela ne posait à priori pas de problèmes, mais il y avait toujours le risque qu'un tireur isolé et revanchard aligne ceux qui traversaient sans prendre de précautions. Alors elle dû attendre la prochaine « sortie », c'est-à-dire attendre qu'un certain nombre de poney soient rassemblés pour y aller.

Enfin, ils furent assez nombreux et montèrent les échelles. Certains lunaires faisaient avancer des prisonniers, d'autres portaient les blessés, les derniers surveillaient les environs. Applejack, elle se contentait de marcher en restant dans le groupe. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à la dévisager comme ça ?

Ils arrivèrent dans leur camp, et sautèrent dans les crevasses. Applejack continua de marcher jusqu'à ses quartiers, trop fatiguée pour aller faire un quelconque rapport. De toute façon, c'était pas son boulot, et elle en avait horreur. Pour quoi faire de toute façon ? Elle avait couru, elle avait tué, point barre. Pas besoin d'épiloguer en trois exemplaires.

À côté de l'entrée de son trou, elle vit un musculeux poney rouge foncé, l'air las, en train de regarder le ciel.

-Hey, frangin ! Déjà r’venu ?

Big Macintosh baissa son regard sur sa sœur. Il ne répondit pas, se contentant de hocher la tête négativement. Puis il passa par le trou pour entrer dans la chambre sans prononcer un mot. Intrigué par l'attitude étrange de son frère, Applejack le suivit à l'intérieur.

---

-Il est hors d'question que j'reparte à l'arrière ! Je viens juste de rentrer de chez Rarity ! Faut qu't'arrêtes de m'envoyer en vacances tous les trois jours !

Pour toute réponse, Big Mac regarda le calendrier accroché sur le mur. Applejack suivit son regard. Elle se calma immédiatement.

-Ah...

La dernière visite à Rarity, et donc son dernier temps de repos, était beaucoup plus ancien qu'elle ne l'avait cru.

-Mais j'en n'ai pas besoin, continua-t-elle. J'me sens fraîche et dispo !

L'étalon soupira pour montrer son désaccord.

-Ben quoi ?

Toujours en silence, Big Mac lui lança un objet. Applejack l'attrapa au vol. Il s'agissait d'une photo. Applejack ne reconnut pas le poney sur l'image.

Puis elle comprit. C'était un miroir. Et Applejack eut du mal à reconnaître son propre visage. Elle la lumière se fit alors sur pourquoi tous ces poneys la regardaient avec insistance.

Elle avait la moitié du visage couvert de sang. Elle se frotta, mais le liquide rouge coagulé accrochait à ses poils. Elle avait des cernes inimaginables, son visage était tendu, comme prêt à sauter à la gorge de quiconque, accentuant les rides qui commençaient à faire leur apparition. Mais le pire était ses yeux. Ils s'étaient rétrécis, lui donnant un air fou, avide de meurtre, elle, qui débordait de gentillesse auparavant.

Qu'est-ce que la guerre avait fait d'elle ?

-Ça f'sait longtemps, dit enfin son frère, qu'j'voulais t’montrer à quoi tu r’ssembles pendant et juste après une bataille. Être une sauvage la ramèn'ra...

-Ne parles pas d'elle !

-...pas, continua-t-il sans prêter attention aux protestations de sa sœur. A force d'vouloir venger A.B. t'es en train de dev'nir un monstre.

Il planta son regard dans celui d'Applejack. La ponette orangée savait qu'il avait raison, que cette guerre la rendait folle. Mais elle devait l'avouer, se battre et tuer l'aidait à mieux accepter la mort de sa sœur.

Big Mac secoua à nouveau la tête, et montra le flanc de l'ancienne fermière. Celle-ci tourna la tête, et haussa les sourcils de surprise. Elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle avait été touchée. Sûrement une balle qui l'avait écorché. Le sang coulait encore de façon régulière, et tombait au sol en salissant son habitat. L'endroit allait encore sentir le fer pendant quelques jours. Toujours regardant son corps, elle s'aperçut qu'elle était couverte de beaucoup plus de sang qu'elle n'en avait perdu. Notamment, ses pattes arrière étaient entièrement rouges.

Applejack ne savait plus quoi penser. Maintenant qu'elle était en face de la réalité, elle se demanda si sa furie n'était pas allée trop loin. Mais la vérité, c'est qu'elle avait toujours su dans quoi elle mettait les sabots. Elle savait que cette quête ne rencontrerait pas de fin avant celle de la guerre.

Big Mac avait raison. Elle avait besoin de repos.

En réalité, il avait toujours raison. Contrairement à elle, il réfléchissait à ses actions avant de foncer, il calculait le pour et le contre. C'était pour ça qu'il l'avait évacuée quand il avait été trop tard pour sauver Applebloom. C'était pour ça qu'elle était toujours en vie aujourd'hui. Parce que dans ces batailles où elle allait d'ennemis en ennemis, lui était derrière à la couvrir.

C'était aussi pour ça qu'aujourd'hui, son frère était un lieutenant quand elle n'était encore qu'un simple soldat. Sur son conseil, elle avait refusé toutes promotions, car même elle savait qu'elle ne pourrait pas diriger des soldats sur le champ de bataille sans qu'ils ne meurent. Elle ne penserait pas à eux. Et tout le monde n'avait pas son talent, et sa chance, pour survivre à une charge tête baissée.

Elle regarda une nouvelle fois le miroir. Elle soupira.

-J'pars combien d'temps ?

-Suffisamment.

-J'ai l'choix ?

-Nnope.

Face à cet argument sans condition, Applejack ne put que plier.

---

La ponette entra dans le bar. Après un voyage en train épuisant sur des rails en mauvais état, elle avait envie de s'humecter le gosier, et avec quelque chose de fort. L'ombre de son visage dans le miroir était toujours dans sa mémoire.

Elle s'installa au comptoir. La barmaid lui tournait le dos.

-'lo A.J. Ça roule comme tu veux ?

-J'ai pourtant fais gaffe à pas faire d'bruit c'te fois.

La barmaid se retourna, dévoilant ses yeux cachés par un bandeau.

-Rien n'échappe aux six sens de Sick Worm, ma grande. Sauf peut-être les beaux gosses. Pas facile de savoir qui draguer dans ces conditions.

Les deux ponettes s'esclaffèrent. Sick Worm avait perdu la vue en protégeant ceux qui l'accompagnaient d'un suicide collectif de fanatiques solaires. C'était une héroïne, qui aurait reçu une médaille si la République en avait les moyens, mais sa cécité l'avait forcé au repos. Et maintenant, elle s'occupait du bar de la base.

La base était en fait une espèce de petite ville, dû à son accroissement ces derniers temps. En effet, la zone des tranchée était grande consommatrice de soldats, et le camp était le point de transit de presque toute la chair à canon équestre côté lunaire. Malgré le destin funeste qui attendait chaque poney traversant cette ville, le bar avait généralement une bonne ambiance. Sick Worm, sans se laisser abattre par son traumatisme, mettait tout son cœur à insuffler de la vie dans un monde mourant. Applejack sourit.

-Big Mac m'oblige à prendre des vacances. J'vois pas l'temps passer là-bas.

-C'est drôle, répondit l'aveugle, la plupart de ceux qui reviennent disent que le temps est ralenti.

-Ouaip, entre deux assauts on s’ennuie ferme. Mais ça n’dure généralement pas longtemps.

-Paraîtrait que tu te défoules pas mal là-bas.

-J'me débrouille pour survivre sans avoir à tourner l’dos. Et toi ? Comment qu’ça se passe ?

-Tranquillement. J'ai à peu près autant d'infos sur les tranchées que si j'y étais, pal mal de gars me draguent en pensant que je m’apercevrais pas qu'ils sont moches comme des mules, et j'me sens utile, plus qu'à l'hosto. Apprendre à vivre sans ses yeux, c'est d'une galère...

-Ouaip, tu m'as d'jà raconté.

-Au fait, tu connais la dernière ? Paraîtrait que Luna veut en finir avec les tranchées. Elle trouve qu'on n’a pas les moyens de gagner ce genre de guerre à long terme.

-Du moment qu'on n’arrête pas d’combattre les tarés, ça m’changerais qu'on s’batte en avançant.

-Clair. Franchement, à part les quelques percées et les « opérations spéciales », on stagne depuis un bon bout d'temps.

-L'est temps d’changer les choses !

-Yep ! Oh, merde ! J'ai complètement oublié de te servir !

Applejack ricana. Elle s'était demandé combien de temps prendrait l'aveugle à se souvenir de son oubli. La barmaid effleura quelques bouteilles de ses sabots, puis fit volte-face.

-Au fait, j'ai un niveau type d'alcool. Fait à base de céréale maltée. Ça fait des années que le vieux Jack bosse dessus.

-Il est bon ?

-Demande à ta voisine.

Applejack tourna les yeux et vit qu'une ponette rose violacé dormait, étalée sur le comptoir. En face d'elle se tenaient trois petits verres avec quelques gouttes d'un liquide jaunâtre dans le fond. Mais Applejack se doutait que ces trois-là faisaient partis d'une gigantesque famille que Sick Worm avait dû nettoyer avant son arrivée.

-Tu d’vrais l'empêcher d’boire autant.

-Ça fait partie du rituel, lui répondit la barmaid. Le premier jour de sa perm', elle vient ici, se soûle jusqu'à tomber dans le coma, le lendemain elle va mieux, a oublié la plupart de ce qu'elle a vu, et passe le reste de sa perm' à vivre sa vie tranquillement.

-C'pas dang'reux ?

-Avec le foie de Berry Punch ? Absolument aucun risque. D'ailleurs, je me sers d'elle pour tester des nouveaux alcools, comme celui-ci. Je me tâte de créer un label « Berry Punch, testé et approuvé ». Ça encouragerait les clients.

-Bon, okay, tu m'as eu, j'ai envie d’goûter. Balance !

Sick Worm disparu derrière son bar, fouillant dans un placard dans des bruits de verre, alors qu'elle touchait à chaque bouteille pour les identifier. Finalement, elle réapparu, un contenant carré au sabot. Elle sortit un petit verre comme ceux qui cernaient Berry Punch, et le rempli. Applejack prit le breuvage et le but cul-sec. Sa gorge lui brûla tellement qu'elle manqua de s'étouffer.

-Ah ! Ah ! Ah, ch'est... Ah...

La barmaid semblait satisfaite.

-C'est l'alcool le plus fort qu'on ait inventé en Equestria. Faut apprendre à le déguster.

-C'est... Ouah, fit Applejack, ayant encore un peu de mal à fermer la bouche. Ça fait sortir les pommes par les yeux ton truc.

-Tu aimes ?

-J'adore ! R'mets-en un !

-Offert par la maison. Et un one-shot, un !

-Ça s'appelle comment ?

-Oh ! Il voulait l'appeler "Risky", mais tu connais le vieux et son accent. On appelle ça du "Wisky" depuis.

Applejack bu le verre, un peu plus doucement. Les arômes de la boisson parvinrent à percer à travers le feu qui lui brûlait la langue. C'était bon, c'était fort. C'était officiellement sa boisson préférée.

-Au fait, fit Applejack tandis que Sick Worm lui resservait un verre, comment va Pretty Leave ?

La barmaid haussa des épaules.

-Physiquement, elle va toujours bien. Mais elle est encore sous médicaments. Elle va un peu mieux, ses crises ne se déclenchent plus aussi souvent.

L'aveugle baissa la tête, la mine sombre.

-Mais elle ne reconnaît toujours personne...

-Oh ! fit une voix derrière la fermière. Serait-ce cette chère Applejack ?

L'intéressée se retourna. Elle tomba face à un grand et musculeux étalon noir.

-Platinum ! dit-elle. Longtemps qu'on n's'est vu !

-On entend parler de toi dans tout le territoire, tu sais ?

Applejack rosit.

-Pas qu'en bien, je suppose...

Platinum Armor sourit.

-Et bien, si tu considères la dénomination d'« Héroïne du Peuple », dont la légende raconte que les ennemis n'osent même plus se battre quand ils entendent son nom n'est « pas bien », tu es le pire soldat d'Equestria, oui.

Le rose s'étendit encore sur les joues de l'ancienne fermière.

-Je ne...

-Platinum, l'interrompit Sick Worm. Je te sers un truc ?

-Non merci, je suis en service.

-Et... hésita-t-elle. Est-ce que vous avez des nouvelles des survivants de ma compagnie ?

L'étalon noir soupira :

-Désolé, Worm. Tout ce qu'on sait, c'est que Rainfall et les autres sont toujours à Canterlot, et apparemment en vie. Mais on ne peut rien faire pour le moment.

-Vos spéciaux, là, les Nopes, ils peuvent pas tenter un truc ?

-Ils sont très occupés en ce moment. Et non, je ne peux pas donner plus d'information. Désolé.

Sick Worm hocha de la tête. Elle avait été dévastée quand elle avait appris que son ancienne compagnie avait été annihilée par les solaires, et depuis, elle s'inquiétait du sort des prisonniers. Les impériaux n'avaient pas la réputation d'être tendres avec les captifs.

Applejack tiqua sur un détail.

-Au fait Plat'. Si t'es en service, ça veut dire que...

-Que je suis présente, oui.

Applejack manqua de s'étouffer, et se retourna doucement. Elle vit la crinière évanescente flotter autour d'elle, et son regard remonta pour voir le visage sombre de la Princesse Luna.

-Princesse...

-Applejack, je vous en prie, appelez moi Luna.

-J'suis pas sûre d'y arriver, Princesse.

Luna souffla d'exaspération :

-Mais pourquoi est-ce que tout le monde me dit cela ?

-Parc'qu'a nos yeux, vous s'rez toujours notre Princesse, Pr... Euh... Luna.

Luna fit une moue dubitative :

-Comment voulez-vous que l'on prenne une république au sérieux si son leader est une princesse et que personne ne semble vouloir que cela change ?

-On a pas vraiment l'temps pour ça. On verra après avoir gagné.

-Sans doutes...

Le groupe d'équidés laissa planer un silence. Finalement, ce fut Luna qui le rompit :

-Cela étant dit, Platinum Armor a raison, Applejack. Votre nom est sur toutes les bouches en ce moment. Vous êtes l'héroïne qui inspire nos soldats.

Applejack repensa à l'image dans le miroir, et secoua négativement la tête :

-J'pense pas mériter c't'honneur, Princ... Luna. J'suis plus un monstre qu'une héroïne.

-Oh ! Vraiment ?

-Oui. J'me bats pas pour quequ'chose d'noble ou d'bien-fondé. J'me bats qu'pour venger ma famille, rien d'plus. J'perds le contrôle à chaque assaut. J'me sens pas d'être l'inspiration pour les soldats. Y d'vraient avoir plus peur d'moi qu'aut'chose.

Luna resta songeuse un moment, puis montra la salle.

-Regarde autour de toi, Applejack.

La ponette orange fit le tour de la pièce du regard. Tous les regardaient. Non, tous la regardaient, non pas avec des yeux effrayés, mais avec une réelle lueur d'admiration dans le regard.

-Ils ne me regardent même pas, se lamenta faussement Luna. Vous êtes un modèle, que vous croyez le mériter ou non. Tous savent qui vous êtes, tous savent ce que vous faites, ce que vous devenez sur le champ de bataille. Et ça les encourage. Car ils savent que par votre rage, c'est la vengeance de tous ceux qui ont perdu quelque chose dans la guerre contre l'Empire qui se joue. Vous incarnez l'esprit de cette vengeance, qui sommeille en chacun d'entre nous.

-Mais, j'mérite pas d'être appelée « héroïne »...

-Applejack, les règles ont changées. Parce que vous êtes un modèle dans la guerre qui nous tord l'esprit, parce que malgré vos malheurs, vous êtes restée l'honnête Applejack, honnête avec elle-même, honnête à en refuser de guider des soldats avec elle dans une mort certaine. D'ailleurs, à ce sujet...

Luna regarda ailleurs, pensive.

-Je comptais promouvoir Big Macintosh au rang de capitaine, suite à ses actions sur le front. Vous l'en croyez capable ?

Les yeux d'Applejack s'agrandirent de surprise. Puis elle se reprit.

-Bien sûr ! C'est l'meilleur !

-Vous m'en voyez ravie, dit Luna avec un sourire.

L'alicorne regarda Applejack dans les yeux.

-Pour en revenir à notre sujet : vous n'êtes certes pas une héroïne des contes pour poulains. Vous êtes une héroïne forgée par une guerre qui n’a aucun précédents.

Elle désigna la salle d'un coup de tête.

-Et ils sont prêts à vous suivre n'importe où, plus sûrement même que moi.

-Ne dites pas ça ! s’offensa Applejack. Tout le monde est prêt à mourir pour vous !

-Et je m'en désole...

Le regard de Luna se posa sur le verre à moitié plein de la fermière.

-Vous allez finir ça ?

-Je ne pense pas, pourq... Hey !

Luna s'empara du verre et le finit d'une traite. Elle souffla du fond de la gorge, et ses joues s'empourprèrent.

-Je vous préviens de suite, un millénaire sur la lune ne m'ont pas aidé à tenir l'alcool.

-Mais, mais...

Tous les témoins de la scène regardaient la Princesse avec des yeux qui auraient pu dépasser la taille de leur tête. Luna se tourna vers eux.

-Et bien quoi ? Vous pensiez votre Princesse allait rester tranquillement assise à vous regarder vous amuser ?

Les clients continuaient de la regarder. Puis quelqu'un au fond de la salle rigola, et lança :

-Sick Worm, sert lui un double !

Toute la salle se mit à pouffer, et la barmaid servit deux verres, que la Princesse, une lueur de défi dans les yeux, s'empressa de vider. Platinum Armor roula des yeux. L'ambiance du bar se réchauffa immédiatement. Luna tourna son attention vers Sick Worm :

-Quand èche... Houlà, ça tourne ! Quand est-ce qu'elle est sensée arriver ?

-Un peu plus tard dans la soirée, répondit la barmaid.

-Qui ça ? demanda Applejack.

Sick Worm tourna sa tête vers la ponette orange.

-Tu savais pas ? Je pensais c'était pour ça que t'avais choisi cette date pour ta perm'

-J'ai pas choisi. Y s'passe quoi ?

-Sweetie Belle va venir chanter ici ce soir.

Applejack manqua de s'étrangler. Ce n'était pas facile de tomber au bon moment au bon endroit pour écouter un des fameux concerts de la sœur de Rarity.

-D'ailleurs, dit l'aveugle en tournant sa tête vers Berry Punch toujours endormie, je me demande ce que je vais faire de la personne que j'entends ronfler, là...

---

L'après-midi passa rapidement, dans la bonne humeur et une sévère dose d'alcool. En début de soirée, Sick Worm fit un peu de ménage et prépara la scène, aidée par quelques poneys dont l'ancienne fermière.

-On pourra aller la voir après l’concert ? demanda Applejack.

-Je pense pas, répondit la barmaid. Elle descend de son train, chante, et repart aussi sec. Il paraît qu'ils ont besoin de soutien moral au nord. Mais elle ne pouvait pas passer sans pousser la chansonnette. T'as déjà vu un de ses concerts ?

-Ouaip. Mais c'était avant la guerre.

-Oh.

Le soir vint enfin, et les poneys s'installèrent sur les chaises en face de la scène. Applejack se trouvait au premier rang, à côté de la Princesse, qui avait légèrement dessaoulé. Mais ses joues étaient encore un peu rosâtres.

-J'ai peut-être un peu forcé...

-Je n’vous connaissais pas c’côté, Princesse.

-La fameuse soirée de Nightmare Moon où je suis apparu pour la première fois m'a faite découvrir les plaisirs de se lâcher de temps en temps. Mais ne vous inquiétez pas, même avec une gueule de bois, je reste capable de remplir mes devoirs.

Soudain, les lumières s'éteignirent. Les poneys s'agitèrent dans le public. Puis, une douce lumière bleue éclaira le rideau, qui s'écarta, montrant une ombre. Cette ombre s'avança, dévoilant Sweetie Belle, jeune jument superbe dans sa longue robe bleue.

La chanteuse s'approcha du micro, le prit, et chantonna doucement, sur un air de berceuse qui rappelait à Applejack la voix timide de Fluttershy :

Hush now, quiet now,

It's time to lay your sleepy head.

Hush now, quiet now,

It's time to go to...

A ce moment, les lumières s'allumèrent soudainement, dans un ballet de couleurs diverses. Sweetie Belle arracha sa robe pour montrer une tenue plus courte et plus extravagante, tandis qu'elle chantait d'une façon beaucoup plus rapide, accompagnée d'une musique plus rythmée :

...Beeeeeeeeeeed !

Hush now! Quiet now!

It's time to lay your sleepy head!

Said hush now! Quiet now!

It's time to go to bed!

Drifting! Off to sleep!

Leave excitin' day behind you!

Drifting! Off to sleep!

Let the joy of dream land find you!

Hush now! Quiet now!

Lay your sleepy head!

Said hush now! Quiet now!

It's time to go to beeeeeeeeeeeeeeeeeeed! YEAH !

Tout les poneys se levèrent pour l'acclamer. Sweetie Belle nota Applejack et la Princesse, leur fit un petit salut, et reprit le micro, remerciant les equestriens présent. Elle enchaîna avec d'autres chansons de son cru. Sa voix était magnifique, mettant du baume au cœur, donnant une envie de danser à laquelle de nombreux poneys succombèrent. La Princesse les observa amusée. Applejack, elle, ne pouvait pas détacher son regard de l'ancienne amie d'Applebloom. Elle aurait été si heureuse d'être là ce soir...

Sweetie continua son concert avec énergie, les chansons toutes plus rythmées et joyeuses les unes que les autres se succédant pendant presque deux heures. Mais le concert toucha à sa fin, et l'intensité des lumières baissa. Elle resta une minute silencieuse, les yeux fermées, puis déclara :

-Cette chanson est un hommage à d'anciennes amies, que j'ai perdues pendant cette guerre. Elle symbolise notre combat pour atteindre nos rêves, et peu importait les obstacles sur notre chemin. Nous n'avons jamais abandonné, et nous avons finalement réalisé notre rêve.

En disant cela, elle montra sa Marque, un micro entouré de notes.

-Notre croisade est terminée, mais vous menez la vôtre à présent. Cette chanson est pour elles, mais également pour vous. Cutie Mark Crusaders.

Et elle chanta l'hymne de leur ancien petit groupe, dans une version mélodique, au rythme lent d'un piano qui lui donnait des accents tristes. Au milieu de la chanson, des larmes commencèrent à couler sur les joues de la jeune chanteuse, sans qu'elle n'arrête pour autant. Lorsque qu'elle atteignit la fin de la chanson, elle éloigna le micro de sa bouche, et ferma les yeux.

Dans la salle, le silence se fit le temps que les dernières notes du piano s'évanouissent, puis, petit à petit, les poneys se mirent à frapper le sol pour applaudir. Le grondement monta, et monta encore, jusqu'à ce qu'on entende plus que l'ovation d'une salle de bar remplie de poneys qui avaient eu, l'espace d'un instant, un aperçu de la vie sans la guerre.

---

Applejack était sortie avec Luna. Elles commentaient le concert, louant la magnifique voix de la chanteuse, jusqu'à arriver devant le baraquement où dormait la ponette orange. Luna la salua, et commença à s'éloigner, avant de l'interpeller à nouveau :

-Applejack, j'oubliais. Je voulais vous dire quelque chose d'extrêmement important.

Applejack dressa les oreilles.

-N'en parlez à absolument personne. C'est encore un projet secret, mais je pense que vous devez être mise au courant.

-Je serais muette comme une tarte aux pommes.

Luna inspira.

-Les Night-Ops ont trouvé une faille critique dans l'organisation des défenses ennemies. Stalker est en ce moment en train de préparer le terrain et de mettre au point un plan qui pourrait nous permettre de frapper directement au cœur de l'Empire.

Applejack eut un peu de mal à comprendre. Soudain, la lumière se fit dans son esprit.

-Vous voulez dire que...

-...Que si le plan fonctionne, dans moins d'un mois, nous attaqueront Canterlot.

---

Applejack était prête, fusil au sabot. De l'autre côté du champ plat, elle entendait des impacts lourds, suivis d'un léger frémissement, et du râle d'agonie des ennemis. Un coup de sifflet se fit entendre, et elle mit son masque.

Luna venait d'autoriser l'utilisation de gaz mortels pour en finir plus rapidement avec cette guerre de position inutile. La fermière avait un sourire jusqu'aux oreilles. Ils avançaient enfin.

Et bientôt, bientôt, elle pourrait venger Applebloom en écrasant le visage de Celestia.

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KuroixNeko
KuroixNeko : #28399
Bon ok, j’avoue celui là m'as fait beaucoup rire ! :')
Il y a 2 ans · Répondre

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