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Nina

Une fiction écrite par HortensePony.

Acte I - L'étalon qui fait non, non, non, non.

Mon nom est Shade Tone. Et je pense avoir raté ma vie.

Une licorne mâle, à peine plus haut qu'une jument. Maigre et disgracieux. Le regard absent. Le regard flou, comme si une épaisse brume automnale barrait toute entrevue avec mon âme. La brume humide, la brume désagréablement froide. Celle qui présage une matinée troublée par la saison la plus détestée. Personnellement, je hais l'automne. Je hais mes yeux bruns. Je hais ce ramassis de températures instables et d'humidité abjecte. Ces feuilles vioques crasseuses qui salissait le chemin, les toitures et les parcs, m'obligeant à condamner porte et fenêtres si je ne veux pas que ma maison sente la boue en plus du renfermé. Personnellement, je hais sortir de chez moi. Je hais ma demeure. Je hais cette décoration et cette odeur signe d'une hygiène discutable, de craies, de peintures. Je suis, non, j'étais un artiste. Un peintre maudit, le fruit pourri tombé de l'arbre de l'inspiration. Je n'ai plus rien. Plus de visions. Ce grésillement à la poitrine lorsque les idées m’enlaçaient de toutes parts. L'évidence du choix dans les couleurs que j'emprunterais au monde. Les nuances d'une vie, d'un soleil, d'une nuit. Plus rien. Ruiné. Je m'enterre désormais six sabots sous draps, à attendre. À attendre un miracle, un tournant dans ma vie, un sabot salvateur à mon aigreur. Personnellement, je hais la pitié. Ma famille réclame de mes nouvelles, tant et si bien je ne souhaite pas en donner. Néanmoins, je n'ai jamais cessé d'apprécier cette attention non réciproque. Ils sont les seuls, les derniers à se soucier de ma piteuse personne. Cette carcasse de licorne ronchonne, solitaire et égoïste. asociale, nerveuse. Orgueilleuse, ô Celestia.

La peinture acrylique avait marqué ma croupe ainsi qu'une carrière à Canterlot. Une étoile que j'avais su entretenir à la sueur de mon front jusqu'à ce que le mal s'empare de moi. J'aurais tant aimé qu'il s'agisse du grand Sombra lui-même pour que je m'enlise si bas dans l'erreur ! Le dédain. L'arrogance ! L'impertinence salissait mes toiles, mon image, ma popularité. Jadis, les poneys aimaient mes natures mortes, mes juments pensives, mes fruits étranges, mes ciels gris et mes jardins pourpres. Désormais ils n'ont en tête que mon insolence. J'étais si vaniteux que toutes remarques et conseils sur mon style, mes techniques, ma carrière, piquaient à fer chaud mon amour-propre. J'envoyais valser hors de ma vue les quelques personnes que je jugeais auparavant assez "fous" pour "cracher sur mon oeuvre". Le souvenir de leurs mots affables à mon triste égard fusait dans un écho sourd, un écho fou. J'entends encore par-delà mes oreillers souillés, leurs voix exacerbées siffler mes quatre vérités. Me tourner face au reflet de mon âme hautaine. Je ne vis plus cette licorne bleu turquin dont la fine crinière bleu guède et lavande était joliment coiffée vers l'arrière. Cette licorne solitaire et passionnée. Que nenni. Il n'y avait plus que cette tête à claque aux yeux déments, bon qu'à ouvrir son ignoble gueule à la moindre remarque qu'il jugeait plus hâtivement que la Mort en personne. Je n'étais plus un artiste. Je n'ai plus de relations à proprement parler. Je sors peu, mange peu, me fais livrer ce dont j'ai besoin. J'empeste la plupart du temps.

Mon nom est Shade Tone. Et je suis un arriéré qui a lui-même foutu sa vie en l'air.

Ce matin, j'ai vomi. J'ignore pourquoi. Une giboulée nauséabonde, allant même pousser la bile à s'inviter dans la cuvette. J'en avais presque oublié le goût et le sensation de vomir. C'était comme si votre corps vous poussait à recracher quelque chose de vivant. De possédé, de démoniaque, niché dans les bas-fonds de votre estomac vengeur. Celestia, c'était si douloureux... et si bon une fois sorti. Une dizaine de minutes et quelques produits nettoyants plus tard, je pouvais déjà apercevoir quelques petites injections de sang dans mes yeux et sur mes joues, après avoir autant contracté les muscles de mon visage. Ma tête tourne. Un verre d'eau, une fenêtre ouverte : oui, Ciel, l'humidité ambiante revigorait ma façade disgracieuse. Inspirer. Expirer. Aah, quelle douceur. L'automne venait d'embrasser ma douleur, a priori peu rancunier. Les poulains jouaient, les poneys trottaient. Leurs écharpes me rappelaient celles que j'adorais porter durant mes expositions. Où étaient-elles d'ailleurs ? Je mis le museau dans mon armoire sale, dégotant ainsi ma collection d'écharpes et de foulards, de toutes matières, de toutes textures, dans un état foutrement bordélique. Elles traînaient au fin fond du meuble, couvertes de poussière. Avais-je tant changé ? Je ne ressentais même plus d'empathie pour les objets que j'aimais. Mon atelier était en désordre, ma peinture sèche, mes vêtements pourrissaient... Était-ce là le revers du destin ? Si crasseux, si terni. Ces bouts de tissus que j'aimais tant me parlaient. Ils m'incitaient à fuir. Loin de ce morbide décor, puant et encrassé. C'était comme une révélation. Je venais à l'instant de me rendre compte de ce que j'avais fait à mon environnement. Il fallait que je sorte. Tout de suite. Je m'empressais de faire léviter mon sac à dos jusqu'à ma selle et jeta un rapide coup d’œil dans son contenu. Puis, je claquai derrière moi la porte si fort que quelques passants se retournèrent, surpris. Il faisait horriblement froid. Tout était encore pire maintenant que j'étais dehors...

Le froid, le goût du vomi, l'angoisse, la peur... Pourtant, j'ai marché. À n'en plus réfléchir, j'ai marché. Les yeux faibles, la démarche... pataude. À quelques mètres, Ponyville venait de planter son marché matinal. Depuis quand diable, n'avais-je plus vu autant de fruits et légumes ? Autant de visages. Ces voix, ces odeurs. Plus fou encore, il suffisait de se glisser entre les stands pour se réchauffer. Les chaleurs de tous les pelages recouvrirent mon frêle gabarit d'un voile réconfortant. J'étais l'un des rares ici à être sorti sans même une écharpe autour du cou. Il fallait que j'achète quelque chose, j'en mourais d'envie ! Potirons et châtaignes firent valser mon cœur vers d'âcres souvenirs. Comme j'aimais, oui, comme j'aimais peindre vos robes, vos textures, vos charmes uniques. Soudain, une frappe colorée attira tout mon être : le stand de fruits secs engageait le peu de salive qu'il me restait à remonter. Et déborder. Ils semblaient si bons que j'en pris quatre cents grammes sans réfléchir. Les poneys hébétés, m'observaient engloutir son contenu. Mes joues gonflaient, les larmes me montaient alors que je leur tournais le dos. C'était si bon. Mes papilles sortaient de leurs tombeaux, cette avalanche de fraises, de poires et de framboises presque confites était... délicieuse. Depuis quand je n'avais pas mangé quelque chose d'aussi bon ? Je n'osais guère en profiter pour adresser la parole à quelqu'un aujourd'hui comme depuis mon déménagement. Je ne souhaitais pas propager mon nom dans tous les coins de rues, à toutes les personnes lambda. Même la boulangère, même la fleuriste. Il suffisait qu'un article de presse ou une mauvaise langue évoque Shade Tone et que quelqu'un fasse le rapprochement avec "le gars qui vit dans la cinquième rue" pour que ma réputation entache cette innocente petite ville. Surtout pas. D'autant plus qu'une personnalité de Ponyville est assez populaire à Canterlot... Une certaine Rarity, élément de la Générosité dont je n'ai jamais vu le visage. Je n'aimais pas la mode. Ce monde hautement superficiel qui balançait en pâture de pauvres juments amaigries, sans oublier les créateurs des souillons qu'elles portaient. Pas assez modernes, trop ringards, trop vifs, trop sombres, trop extravagants, pas assez originaux... Le poney est un éternel insatisfait. Les personnalités de la mode sont infectes, fermées et méprisantes. Tout comme moi. De toute façon, je n'ai ni filles ni jument à qui offrir des robes. Et ma mère est trop laide pour ça.

Tandis que je jetais mon sac plastique vide par terre, j'aperçus un stand à roulettes, entièrement noir, tiré par un individu encapuchonné qui semblait quitter la ville en direction de la forêt d'Everfree. Un écriteau surplombait les quelques babioles indescriptibles au loin : "Remèdes Miracles, Charmes & Prédictions". Mon sabot avant-gauche frappait nerveusement le sol alors que je me dévorais les lèvres, légèrement acidulées. Ces marchandises, pourraient-elles être utiles à ma vie ? Atténuer ma morosité, donner une piste à mon destin ? Était-ce là un précieux marchand qui disparaissait de mon champ de vision ou bien un vulgaire gourou charlatant ? Personnellement, je hais les "produits miracles" mais, fichtre, je le suivais déjà. Je suivais réellement quelqu'un sans même le prévenir, sans même l'interpeller. Je passais clairement pour un malade mental en passant la frontière, juste derrière ses roues. À quelques mètres, je pouvais deviner quelques flacons, pendentifs, pots et boîtes mystérieuses aux mille et une couleurs. D'ici, je pouvais voir le flanc du vendeur. Gris. À cette distance, il devrait m'entendre, même au-dessus des bruits de la charrue. Trop distrait ou juste indifférent... ou juste très stupide pour me parler. Une vingtaine de minutes à flirter avec les ronces et trois branches en pleine poire plus tard, nous étions face à un arbre effrayant au milieu des bois : un arbre aménagé d'une porte, de fenêtres. Quelques récipients à potions colorées pendaient aux branches, solidement attachées alors que nous passions devant un totem en bois presque aussi grand que moi. Le poney s'arrêta, tourna sur sa droite juste devant sa porte avant de déposer la selle du stand désormais bien face à moi.

- "Bien le bonjour étranger. En quoi puis-je vous aider pour que depuis Ponyville vous me suiviez ?" me lança-t-elle d'une voix calme, le sourire aimable. J'avais déjà entendu parler d'elle, cette zèbre à sa manière "magicienne" qui n'avait pas peur de vivre au milieu de cette sale forêt. Elle secoua son charmant visage afin de se défaire de sa capuche. Qu'importe ce que les étalons disaient, je considérais Zecora d'une folle beauté. Cette morphologie, ce minois singulier, ces rayures finement tracées... la Nature semble avoir été bien inspirée.

- "Pardonnez-moi cette intrusion chez vous Miss Zecora, je ne cherche pas à vous causer des ennuis. Je voulais simplement-"

- "Voir mes articles ? Faites je vous en prie, et n'hésitez pas à me demander les prix !" Elle reprit alors son rôle de marchande en se plaçant juste à côté de son étalage, ravie d'avoir un client supplémentaire. Respectueux de m'accorder du temps supplémentaire, je me pressai sur la première étagère à ma hauteur. Des boules de cristal, des minerais taillés pour ressembler à des œufs de dragons et quelques statuettes d'animaux sacrés étaient d'une splendeur incomparables. Plus bas, quelques bijoux faits de crins et de pierres précieuses. Le rubis pour la force, l'améthyste pour la purification... Des bracelets, accessoires à crinières et pendentifs aux allures très particulières étaient proprement disposés... Vraiment trop particulier pour moi. Il y avait encore tant de choses dont je ne saurais même pas nommer la moitié ! Sur les extrêmes gauches et droites des étagères trônaient des flacons de potions : "Sommeil Réparateur", "Coup de Jeunesse", "Apaisement de l'Âme", "Parfum Suave"... Nous échangeâmes quelques avis sur les effets de ces potions : Zecora était très professionnelle quand il s'agissait de ses remèdes maison. Elle pouvait me lister les ingrédients gramme par centilitre, provenances par nuances. "Apaisement de l'Âme" qui devait être siroté progressivement au cours d'une séance de yoga ou de méditation poquait du doigt mon porte-feuille. Or, il restait l'étalage le plus bas, juste sous mon museau. Des boîtes, des flacons vides, des pots, des "je ne veux SURTOUT pas savoir ce que c'est", et... une autre boîte qui n'avait plus rien à voir avec ses collègues. Personnellement, je hais les choses trop communes. Grande de quarante-sept centimètres à vue d’œil expert, donc le mien, elle scintillait de part son revêtement blanc et rose pâle. Sa dentelle gravée, encadrait la silhouette noire d'un buste de jument. Plutôt gracieuse.

Nina

Écoutera les mœurs

Apaisera les douleurs

Et ravivera le cœur.

Qu'est-ce que c'était prétentieux ma parole. Déjà, personnifier un objet, je trouvais ça grotesque mais alors lui conférer l'ultime pouvoir de rendre les gens heureux en les écoutant raconter leurs problèmes... Vraiment... C'était... C'était surtout à quel prix ? Zecora élargissait son sourire pour une quelconque raison.

- "Nina vous intéresse ?"

- "Disons que je trouve ça stupide de donner un nom de poney à un objet. Qu'est-ce que c'est au juste ?" Ma mauvaise foi semblait lui passer au-dessus. D'un geste délicat, elle poussa la boîte ivoire sous mes yeux.

- "Un confident. Nous avons tous besoin de parler à quelqu'un mais, ce n'est jamais évident. Nina est là pour vous écouter, sans vous juger. Vous l'aimerez, je peux vous l'assurer." Cette zèbre m'incitait à prendre "Nina" comme si elle savait pertinemment que j'en avais besoin. De quel droit se permettait-elle de me juger sans me connaître et... et je me suis souvenu que c'était Zecora et qu'il fallait mieux que je me taise. Personnellement, je hais avoir tort.

- "Combien ?" demandai-je sans grande conviction

- "90 bits"*

- "P-pardon !?" m’étouffai-je. Comment pouvait-elle OSER vendre cette chose, sans doute agréable à regarder certes mais, d'une moins grande importance que... qu'un meuble, qu'un bijou ou qu'un objet antique !

- "Je comprends que le prix te surprenne mais, il en vaut réellement la peine. La veux-tu vraiment ? Ou alors je ferme boutique et m'en vais dès maintenant."

- "Attendez ! Attendez !" Pourquoi est-ce que je venais de lancer mon sabot vers Zecora comme si elle était sur le point de m'enlever les clefs de chez moi ? La curiosité. Je mourais d'envie de savoir comment cet objet pourrait me faire sentir mieux et pourquoi il avait un prix aussi conséquent. D'ailleurs, c'est ce que je venais de lui demander.

- "La matière dont Nina est faite est d'une grande qualité que très difficilement, vous retrouverez." Je haussai un sourcil et plissai les yeux sur les caractères étranges inscrits sur sa mignonne boîte.

- "Dois-je en conclure qu'il s'agit d'un objet d'artiste ?"

- "Entre autres !" Je décelais l'étincelle dans son regard turquoise. Zecora ne mentait pas, "Nina" avait du potentiel. Toutefois, je ne me contenterais pas de lui serrer le sabot pour conclure cette "grosse" affaire.

- "Je te propose un acompte de quarante-cinq bits. Si l'objet me plaît, je reviendrai payer le reste de la somme. Si votre "remède miracle" ne me convient pas, je vous la rendrai et vous, Zecora, me rembourserez sur-le-champ ! Non mais." Ce n'était pas au vieux poney qu'on apprend à faire la grimace ! En affaire, on s'impose, on intimide : c'est de cette manière que l'on obtient ce qu'on veut, par Celestia !! Personnellement, je hais être pris pour un idiot !

- "Très bien."

- "Et je-... ah ? Oh. Parfait." Elle faillit me faire perdre la face, la vicieuse... J'avais remporté mon marchandage. Satisfait, je bombais le torse pendant qu'elle leva un instant les yeux. Je déballai alors les bits, puis, une broche faite de bronze et d'émeraude en force de harpe.

- "De quoi s'agit-il ?" me demanda-t-elle en scrutant le bel objet.

- "La broche préférée de ma mère. C'est peut-être le dernier objet auquel je tiens... Je vous le laisse pour vous montrer ma bonne foi et l'assurance que je reviendrai vous tenir au courant de ma satisfaction au sujet de votre "Nina"." Zecora semblait émue.

- "J'apprécie votre dévouement mon cher mais, je ne peux pas accepter un tel-"

- "J'insiste." Elle allait pas m'emmerder longtemps celle-là non plus. "Je vais aussi vous prendre la potion "Apaisement de l'Âme"." Un dernier signe du sabot à Zecora avant de repartir, chargée d'un sac en toile à la gueule. La fin d'après-midi se faisait sentir au cœur d'Everfree où chaque heure paraissait plus sombre qu'une autre... Il faut vraiment être fou pour vivre ici. Sur le retour, je fis une halte à la pizzeria puis, de nouveau au chaud, une autre au placard des produits ménagers. J'étais très excité à l'idée de déballer "Nina", jusqu'à ce que je prenne conscience qu'il n'y avait même plus de place pour poser une bouteille d'eau... De la crasse et des affaires éparpillées, partout. J'ai donc profité de la lumière naturelle pour tout débarrasser, éponger un minimum... Je remercie le ciel de m'avoir fait naître licorne. Il n'empêche que j'ai n'ai pas pu poser mon flanc sur mon espace de travail avant une heure et demie. Sans compter que je n'ai pas fait la chambre... Face à mon imposante table capable d’accueillir de larges toiles, je fis léviter une part de pizza froide à ma bouche puis, la boîte de Nina face à moi. Minutieux lors de l'ouverture, elle s'étira lentement pour révéler son contenu... macabre : des parties de corps de poney étaient enfoncées dans de la mousse noire, disposées comme les pièces d'un meuble à monter sur un mode d'emploi. Ils étaient tous aussi blancs que la neige, même si le pire pour moi restait la tête. Un crâne décapité pâle, sans cils ni yeux, était directement tourné vers moi. J'ai failli en recracher ma pizza. En revanche... quelque chose en moi m'aidait à la considérer avec plus de compassion. Nina était "jolie". Je pouvais néanmoins décomplexer : les artistes étaient connus pour aimer les choses bizarres, inhabituelles voire grotesques. On décelait le sens et les significations là où il n'y en avais pas. Personnellement, je hais être jugé sur mes goûts. Ses traits étaient si lisses. Si travaillés... elle était un exemple de perfection, selon moi, en matière de jument. Ni corne, ni ailes d'ailleurs. Juste une terrestre. Sa bouche en cœur était légèrement tirée vers le haut. Ses commissures, vers le bas. Nina avait la mine boudeuse et de grands trous pour les yeux. J'essuyai mes sabots à l'aide d'un torchon propre puis, délicatement, j'effleurai son front. Oh, elle était si douce. Si fraîche. Nous restâmes plusieurs secondes à nous fixer comme deux amants lors d'un dîner. Personnellement, je hais les trucs romantiques. Mais bon.

- "Ça, c'est de la résine..." murmurai-je. Zecora avait vu juste, la résine n'était pas donnée à produire et à mouler. Enfin, je réalisai calmement en dégustant du regard ses superbes pattes, que je venais d'acheter une poupée articulée à monter de mes propres sabots. Très sérieusement, une poupée. Il y avait une autre couche de mousse noire sous la première, moins épaisse. Je les séparai pour y découvrir de nouveaux éléments : des élastiques blancs, du vernis, des faux-cils, des globes oculaires en verre et d'épaisses crinières synthétiques blanches dans un sachet hermétique. Les yeux me firent grimacer : un rose et un bleu, bien qu'identiques dans leurs qualités et leurs absences de pupilles. Non pas que les yeux bleuron me dérangeaient mais, je pensais qu'une poupée se devait d'être "parfaite". Or, personnellement, je hais les idées reçues ! En parlant de poupées, je n'en avais jamais vue de telle sorte ! De source sûre, à savoir moi, Nina n'était pas destinée aux poulains. Ces parasites excitées la bousilleraient rien qu'en la regardant. Elle était réellement un objet d'artiste, un objet de qualité, un objet d'une délicatesse innée. Peut-être même de collection. Un artiste, dont j'aimerais saluer à la fois le travail et la stupidité. Avais-je réellement rien de mieux à faire que de monter une poupée pièce par pièce ? Je soulevai la dernière couche de mousse pour y trouver ce que je cherchais principalement au milieu de ce poney démembré : le mode d'emploi. Il était illustré d'un croquis d'une infime splendeur. Les proportions étaient respectées, la pose gracieuse, le galbe de la poupée spectaculaire. En revanche, les yeux étaient vides. La crinière et la queue, absentes. Comme pour laisser sous-entendre que toute la beauté de Nina ne serait visible que lorsque je la monterais moi-même dans son intégralité. Le défi était de taille : quarante-deux centimètres de jument à assembler à l'aide d'un mode d'emploi gavé de détails et d'avertissements quant à la fragilité de la petite. Je massais ma tempe en survolant la trentaine d'étapes à suivre pour y parvenir, reprenant ensuite une autre part de pizza.

- "On va passer beaucoup de temps ensemble, jolie Nina."

Mon nom est Shade Tone. Et je viens d'acheter une poupée démembrée censée me rendre heureux.

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Note de l'auteur

*90 € tout rond pour Nina !

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Hotaru
Hotaru : #24169
Ouh là !! J'espère vraiment vraiment qu'il y aura une suite ! :( J'ai tellement aimer lire ce premier chapitre... S'il te plaît, écris-nous une suite !
Il y a 3 ans · Répondre
constantoine
constantoine : #15240
C'est tellement bien écrit ! On arrive à détester Shade Tone et en même temps à s'y attacher. Je te souhaite bonne chance pour la suite de l'écriture de ta fiction !
Il y a 3 ans · Répondre
HortensePony
HortensePony : #8125
@EllyCoo je connais beaucoup de personnes dans ton cas et je peux vous comprendre...!
Il y a 3 ans · Répondre
EllyCoo
EllyCoo : #8111
Rien qu'à lire la description, Nina me fait flipper... *a toujours eu horreur des poupées*
Il y a 3 ans · Répondre
HortensePony
HortensePony : #8093
@Duoanimation Omagade ! XD
Raison ou pas, la suite te le diras, MWAHAHAHA !
Il y a 3 ans · Répondre
Duoanimation
Duoanimation : #8086
oula je pré-sens le truc louche qui part en sucette, peut-être que non mais cette poupée ne me dit rien qui vaille, a mon avis la poupée va prendre vie et essayer de le posséder, ensuite il va devenir fou pêter une crise, il va tourner en rond chez lui. Après il va faire des cauchemars toutes les nuits, il va se passer des trucs dans la journée, genre la porte va s'ouvrir toute seule, son verre va se vider tout seul, il y aura un bruit bizarre genre des pas, quand il va voir il y aura rien ensuite il va chez Zecora mais cette dernière n'est pas là et elle ne reviendra jamais ! Ben oui il se trouve qu'elle s'est fait attaquée la veille part des branche loups (timber woolfs). Et ils l'on mangé vivante, hélas quand les manes 6 sont venues il ne restais qu'une tête de zèbre. Tu veux que je continu ou ? oh non je vais continuer je peut pas résister, c'est plus fort que moi, mon imagination dépasse l'imagination. (t'as vu le jeux de mots ? trop fort, non laisse tomber, mauvaise idée !) Après ils vont a l'enterrement de Zecora mais l'étalon n'y ai pas. Quand elles arrivent chez lui il n'est pas là et la poupée non plus :

"Zut !" s'ecria Pinkie.

Ensuite elles le cherche dans tout Ponyville aucune trace de lui il a disparu et... et non c'est bon je m'arrête là ! (pour l'instant)

alors j'ai raison, je suis devin ? :') (lol)
Modifié · Il y a 3 ans · Répondre
HortensePony
HortensePony : #8014
GhostPonyRider20 novembre 2014 - #8013
On a tout !

Un personnage principal vaguement identifié, une narration intimiste, une marchande/shamane mystèrieuse et un objet tout aussi mysterieux qui semble être la clef de voute de la fic.

J'annonce un quarte gagnant en faveur d'une histoire mystico-psycologique introspective ! Avec dénouement épique à la clef ! 8D
Je rajoute que quand même, 90€, c'est pas très cher pour une poupée en résine de cette qualité !


Bon, côté technique, grammaire et tout ça... Faut pas me demander.
Wouah, merci...! *rougit comme un Big Mac*
En normalement une telle pièce en résine coûterait entre 250 et 500€ selon plusieurs critères de fabrication ! Après il faut prendre en compte qu'elle a été donnée "à monter" et non toute prête, ce qui est quasi exceptionnelle dans le monde de la poupée articulée en résine (BJD) ! Mais je voyais mal Zecora proposer un objet aussi cher et il fallait que le prix soit choquant mais pas trop pour que Shade songe à repartir avec ! Chaud xD
Il y a 3 ans · Répondre
GhostPonyRider
GhostPonyRider : #8013
On a tout !

Un personnage principal vaguement identifié, une narration intimiste, une marchande/shamane mystèrieuse et un objet tout aussi mysterieux qui semble être la clef de voute de la fic.

J'annonce un quarte gagnant en faveur d'une histoire mystico-psycologique introspective ! Avec dénouement épique à la clef ! 8D
Je rajoute que quand même, 90€, c'est pas très cher pour une poupée en résine de cette qualité !


Bon, côté technique, grammaire et tout ça... Faut pas me demander.
Il y a 3 ans · Répondre
HortensePony
HortensePony : #8011
@Vuld Oula oula j'ai pas l'habitude d'avoir de beaux pavés pour une critique ! xD Dieu que ça fait du bien.
Alors pouuuur cette histoire de " toute entrevue avec mon âme" avec le brouillard, c'était pour appuyer sur le diction qui dit que les yeux sont le reflet de l'âme, d'autant que beaucoup de personnes aiment regarder les yeux de quelqu'un en premier avant toutes choses (puis le cul ou les seins, mais ça, c'est autre chose *rire sale*). L'intensité du regard, les expressions qui en ressortent, la couleur aussi. Celui de Shade est d'une extrême morosité déjà du fait qu'il soit renfermé mais aussi et surtout : dépressif. Il brouille donc lui-même, avec ce brouillard, le reflet de son âme. Donc difficile à percevoir ! J'espère avoir été clair, excuse-moi si j'ai fais le contraire... Je surjoue beaucoup la narration de Shade qui est un grand sentimental mélo-dramatique. Ce genre de personnes qui donnent l'impression d'être restée à l'époque de Molière ! J'ai eue un touuut p'tit peu de mal à comprendre ta critique, ne sachant plus s'il fallait que je danse sur le pied du compliment ou de la critique sèche mais très agréablement constructive donc UTILE xD Je vais revoir cette première partie de texte, merci pour tes bonnes remarques ! Si tu as autre chose à dire, n'hésite pas.

EDIT : les erreurs et petites inutilités citées ont été modifiées même si certaines que j’apprécie personnellement, n'ont pas bougé. Merci ! J'espère avoir réinstallée une meilleure harmonie sur le premier paragraphe ! ;_;
Modifié · Il y a 3 ans · Répondre
Vuld
Vuld : #8009
Okay.
Je n'en suis encore qu'au premier paragraphe et vu le synopsis du texte je ne sais pas si c'est bienvenu mais j'ai envie de partager ma réaction à chaud :

"Une licorne mâle, à peine plus haut qu'une jument. Maigre et disgracieux. Le regard absent."

Mother mercy comme cette fic' nous met la misère ! C'est stylé comme pas permis. Bon okay la rime "jument / absent" mais pas juste ! Le "m" pour "mâle / jument / maigre", le "g" pour "maigre / disgracieux / regard"... mais pas juste ! Les phrases courtes, sans verbe, à tailles égales plus l'allongement (" à peine plus...") qui brise la monotonie... mais pas juste ! Le vocabulaire, simple, pour exprimer et cacher en même temps un état de détresse !
Ces trois phrases sont travaillées, ces trois phrases envoient du pâté, les mecs, cette fic' va nous enterrer vivants ! Non là j'ai l'air d'en faire beaucoup mais ce n'est pas ironique, pour moi là derrière y a du boulot et je m'attends à un texte qui va juste me faire pleurer sur mon manque de talent.

Donc on continue !

"Le regard flou, comme si une épaisse brume automnale barrait toute entrevue avec mon âme."

Okay qu'est-ce qui s'est passé. Qui a kidnappé le narrateur ? Je sais pas c'était peut-être un accident de parcours...

"La brume humide, la brume désagréablement froide. Celle qui présage une matinée brouillée par la saison la plus détestée."

Okay c'était pas un accident de parcours.

Je ne parle pas de la répétition de "regard" et de "brume", c'est volontaire, j'ai un peu tiqué mais ça peut avoir de l'effet. Tout au plus on ne le voit pas venir, pour le reste eh, cool, à minima ça prouve que l'auteur bosse son texte.

De même, les "rimes" genre "automnale / âme" ou "brouillée / détestée" montrent qu'il y a volonté de faire un truc joli.
Sauf que ça marche pas.
Par exemple "automnale / âme", ça porte l'attention sur "automnale". À ce stade du récit, est-ce que l'automne est important ? Non. Ce qui est important, et mis en avant, c'est "brume". Alors pourquoi la rime porte sur "automne" ? C'est quoi le rapport entre l'automne et l'âme bon sang...
Et pour "brouillée / détestée", outre que c'est sans nuance (automnale/âme avait "brume / entrevue" pour nuancer) bon sang c'est carrément gratuit ! On... euh... déteste quand c'est brouillé ? Alors oui ça fait joli mais ça a vraiment rien à faire là.

Enfin, les termes employés.
Le premier narrateur arrivait à exprimer la dépression à travers des termes de tous les jours. Seul "disgracieux" sortait du lot et même là, grâce au rythme, il s'intégrait quand même.
Mais ensuite : "barrait toute entrevue avec mon âme" ? Qwa ? Si vraiment on veut faire "poétique" on aurait pu dire "comme si une brume automnale couvrait mon âme d'amertume" (en structure ABBA), et là on se dirait que la brume recouvre l'automne comme l'amertume l'âme, tout ça...
Mais zut quoi ! Réussir à le dire avec des mots simples, c'était stylé ! Le narrateur du début il n'aurait jamais eu besoin de dire "âme" ! Je ne sais pas, au pif, "... comme si une épaisse brume automnale me privait de mes pensées." D'accord le rapport à la vision s'est perdu j'y peux rien c'est un exemple.

Le texte démarre avec une démonstration de force qui impose le respect. Et ensuite... bah ça.
Je vois de quoi l'auteur est capable, je vois l'effort partout mais le résultat est en dent de scie :

"... Je hais ce ramassis de températures instables et d'humidité abjecte. Ces feuilles déchues d'une crasse répugnante..."

"Instables" avec le son /a/ bien installé par le départ, c'est un mot plus chargé que "abject", ça rappelle "mâle", ça rappelle "âme", et cetera. Ça tombe à pic et ça frappe fort.
Phrase suivante ? Non mais ces feuilles ont été déchues de rien du tout, elles sont juste tombées d'un arbre. Et je comprends qu'en tombant par terre elles se sont salies mais c'est bon, "crasse" signifie déjà que c'est pas joli, "répugnante" était pas utile.

Il y a comme une intention d'en faire trop (ou une peur d'en faire trop peu) qui gâche le résultat. Et j'ai un peu peur de trouver la même chose tout au long du texte.
Il y a 3 ans · Répondre

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