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Le martyr de minuit

Une fiction écrite par Toropicana.

Le martyr de minuit

Agonie. Tu ne connaissais plus que ce mot désormais. La douleur était omniprésente, si violente qu’elle t’obligeais à serrer les dents le plus fort possible. On dit que respirer calmement permet d'atténuer la douleur, mais comment allais-tu faire avec une bouche pleine de sang ? La sensation de sentir tes poumons craquer dès que tu les remplissaient trop d’air te faisait gémir sur le sol silencieusement, comme parfois aussi fort que possible. Tu voulais te faire entendre pour que l’on te trouve sur le sol froid et humide sur lequel tu rampais, tu voulais que des sabots sauveurs viennent à ton secours, te sortir de ce cauchemar. Mais tu hurlais de douleur aussi, tout simplement. Tu n’avais pas envie que l’on vienne te chercher, tu voulais également te laisser mourir dans le but de montrer à tous ces gens que des poneys n’étaient pas si heureux que ça parfois, que le monde n’était pas juste une bulle rose remplie de bonheur. Ton corps meurtri montrerait à tous que Canterlot n’était pas uniquement qu’une ville remplie d’habitants heureux.

Tu voulais vivre car la mort te faisait peur, autant que mourir pour ne plus avoir à subir ce cauchemar qui se répétait chaque soir, bien que cet fois ce serait la dernière. Chaque patte que tu appuyais contre le sol pour avancer d’un mètre faisait monter la douleur d’un cran, que tu laissais retomber un peu après avoir sangloté. Tu ne voyais rien devant toi, ta vision brouillée par la souffrance et parfois par ta crinière bleu ensanglantée te cachaient la vue. Tu n’arrivais même plus à penser, un choc constant t'écrasant le cerveau t’en empêchait. Tu ne pouvais plus respirer normalement, tes naseaux bouchés par des cailloux d’hémoglobines t’obligeaient à respirer par la bouche tout en pleurant et en criant, dans le but de te casser les cordes vocales et ne plus à ressentir le reste. Tu ne trouvais plus tes sabots arrières, et les multiples ouvertures sur tes membres avants te faisaient un mal de chien, comme si ta peau se déchirait comme du papier dès que tu contractais tes muscles dans le but d’avancer.

Ça ne servait à rien de repenser à ce qui s’était produit, à la raison pour laquelle tu étais au bord de la mort. Ça devait t’arriver un jour ou l’autre tu le savais, tu l’attendais au fond de toi. Depuis ton arrivé dans cette ville en quête de richesse et de savoir, tu n’as fais que de te prosterner devant les grands de Canterlot sans jamais avoir eu l’occasion de le faire devant tes vraies maîtresses alicornes. L’argent venait à foison, mais habiter dans la capitale d’Equestria n’était pas gratuit, à peine accessible pour le petit salaire que tu obtenais. Les restes du mois partaient dans la nourriture et la boisson... surtout la boisson. Tu avais découvert le moyen de rendre les soucis de la journée moins pesant grâce à des verres de liqueurs. Mais tu en es tombés amoureux, beaucoup trop, et comme toute chose : se laisser aller dans l’ivresse du bonheur quel qu’il soit ne peut que retomber un jour, lentement comme rapidement. Quand cette chute est lente, la souffrance l'est aussi, de plus en plus grande comme le sol que l'on voit se rapprocher, avec un atterrissage des plus difficiles quel que soit la vitesse à laquelle on va. Ça avait été trop lent pour toi.

Martyr. Tu en était à la frontière à présent. Mais cette limite, tu la voyais déjà avant même de te casser la moitié des os. Quand tu te rendit compte du cercle vicieux dans lequel tu résidais, tu as tentés de fuir en mettant des économies de côté, mais les imprévus ne manquaient pas à Canterlot. Tu ne pouvais partir de la ville sans risquer de te retrouver sans rien jusqu’à mourir de faim, alors tu es restés, dans ta stabilité, à supporter ce vide qui te hantait en le comblant par de l’alcool te dévorant à petit feu par ses vapeurs. Au fond de toi tu espérais qu’une personne te sorte de cette tourmente afin de te redonner goût à la vie, qu’il soit sous forme d’amitié ou d’amour. Ton caractère de nature vif ne pouvait pas s'épanouir dans les bas-fonds de la citadelle, alors tu as voulus en chercher des comme toi, des poneys en mal de compagnie à la recherche d’une présence. Mais tu étais seul.

Alors tu continua à boire jusqu’à ne plus pouvoir soulever, ni même voir le verre dans lequel tu te noyais. Tu ne comptais plus les soirs où tu finissais dans la rue à la limite du coma, dans une poubelle, comme un déchet, au lieu de te donner un petit coup de sabot par un passant.

Mais tu étais invisible. Tu ne l’auras jamais été autant cette nuit là, bien que ta démarche maladroite, titubant en te tenant aux murs, ne permit pas à ce carrosse tracté par plusieurs terrestres de te voir. Tu étais peut-être ivre, mais eux galopaient trop vite, dans une rue piétonne, sans jamais faire demi-tour et venir te secourir. Pourtant, tu avais hurlé quand tu sentis des sabots très puissant de happer vers le bas tel un train, tu avais crié quand on te piétina sur le ventre et les flanc, mais tu n'eus même plus de souffle pour gémir quand des roues étaient passés sur tes membres arrière.

Combien de temps étais-tu resté par terre, immobile, à supplier que l’on vienne te secourir sans te laisser déborder par la douleur ? Combien de fois avais-tu tenté de te relever sans succès ? Tu voulus te battre quand même, alors que tu savais que dans les secondes à venir, les portes du Tartare seraient devant toi. Et plus tu rampais, plus ça te faisait mal. Plus ton corps avançait, plus ton moral reculait. Tu te résignais à voir ton destin tracé d’avance se réaliser, ta vie pathétique s’achever de la même façon. Tu allais mourir, seul, dans le froid, dans la douleur. Toute ta vie tu t’étais battu pour mériter de bien vivre, mais on te laissa aucune chance.

Ton sabot avant toucha un rebord, en entrouvrant les yeux, tu vis la forme sombre d’une fontaine. Tu étais sur la place centrale de Canterlot, silencieuse. La seule et unique lumière éclairant la ville était la pleine lune. Tu pus alors poser le côté de ta tête sur le rebord froid, à quelque centimètres de l’eau. Se noyer était une possibilité pour en finir immédiatement. Mais avant, tu regarda un peu la lune. Tu prias une dernière fois, implorer de l’aide dans un espoir si inutile que tu en souriais malgré la douleur. Tu attendis un long moment, tout en te disant que chaque souffle serait le dernier. Tu avais déjà mal comme ça, et se remplir les poumons d’eau n’était peut-être pas la meilleure solution. Tu avais peur, tu avais mal, tu ne savais pas quoi faire, et il ne suffisait pas de se laisser aller en fermant les yeux pour se laisser mourir. La souffrance était telle qu’elle t’empêchait de te détendre au contraire, elle tiraillait encore plus sur tes muscles abîmés et ouvert, sans aucun moyen de faire quoi que ce soit d’autre a part grogner et hurler les dents fermement serrées.

Puis tout s’arrêta : la douleur, la sensation de froid, les tremblements. Il ne restait plus que ta conscience et ta respiration pour indiquer encore que tu n’étais pas mort, pas encore. C’était ton dernier souffle. Tu ne t’es même pas demandés pourquoi, ni comment, tu as juste regardés devant toi afin d’observer le reflet de la lune sur l’eau. Puis tu fermas les yeux , avec en dernière pensé une demande à l’aide. Qui pourrait s’occuper de toi à une heure pareille ? Qui en aurait envie ? La Princesse Luna peut-être ? Celle qui s’occupait de la nuit en veillant sur ses sujets ? Qui veillait à ce qu’il ne fasse pas de cauchemar ? Mais tu étais la preuve vivante qu’elle n’était pas capable de s’occuper d’un de ses citoyens, même dans sa propre ville. Mais pourtant, tu implorais son aide, tu suppliais sans cesse sa présence, ne serait-ce un signe quelconque qui indiquerait que tu ne partirais pas tout seul. Rien de plus.

“Je t’ai entendu.”

Une voix féminine juste au dessus de toi retentit, avec une douceur comme tu n’en n’avais jamais entendus auparavant. Quand tu ouvris les yeux, le reflet d’une grande jument bleu nuit à la crinière évanescence s’était ajouté à ton champs de vision. Il s’agissait de Luna. La vraie ? Tu resta silencieux un bon moment, sans faire le moindre geste toujours couché sur un flanc. Cette position ne te faisait pas mal. Puis tu voulus ouvrir la parole mais sans succès, tu ne fit que de tousser et cracher du sang, réveillant ainsi la douleur qui s’était endormit en toi. Tu voulais dire qu’elle n’était pas là, que ce n’était qu’une hallucination engendrée par la fièvre qui écrasait ton esprit. Mais tu sentis quelque chose de doux et chaud recouvrir ton flanc et ton dos, puis une forte présence s’allonger sur ses quatre pattes juste à côté de toi. Tu tournas tes pupilles vers elle, tu la vis. L’alicorne de la nuit était juste à côté de toi, t’observant d’un regard triste avec un léger sourire se voulant chaleureux. Tu n’osais même plus respirer. Les yeux écarquillés, tu te figea comme une pierre, ce qui eu pour conséquence de réveiller toutes les blessures endolories.

“Du calme, te fit-elle en posant l’un de ses sabots délicatement sur ta joue. Je ne vais pas te faire de mal.”

Elle chuchotait presque, comme pour ne pas rompre le silence pesant qui régnait à Canterlot. Pas un seul passant, ni même un bruit lointain, comme si la Princesse avait décidé que le silence soit ainsi. Tu tournas les pupilles encore, vers tes arrières. Elle t’avait recouvert de son aile gauche, apportant ainsi une douce chaleur dans ton corps. Tu te dis d’abord qu’elle devait avoir souillé ses plumes avec ton sang, mais ce n’était pas ce qui t’inquiétait le plus. Tu n’y croyais pas, tu devais rêver... ou être mort, tout simplement. Tu voulais absolument lui poser la question, mais à force d’avoir hurlé, même ta mâchoire n’arrivait plus à bouger sans que tu te fasse mal.

“Est-ce que ça va ?”

À la seconde où tu entendis les paroles de Luna, un tourbillon d'incompréhension noya ton esprit déjà abîmé. Etait-elle sérieuse ? Tu étais devant elle, presque mort avec la moitié de ton corps cassé. Le fait que la Princesse de la nuit était ici avec toi n’avait déjà pas de sens, sa question dépassait toute imagination possible en vue des circonstances. Elle était en train de se moquer de toi. tu ne pus t’empêcher de rire, maladroitement, sans émettre le moindre sons. Mais plus tu riais et plus tu te rendais compte à quelle point ta situation était mortellement désespérée, ce qui transforma tes ricanement en sanglots. Tu pleuras sans t’arrêter, plus par désespoir absolu que par douleur. Ta vie n’avait été qu’un échec total du début jusqu’à la fin, maintenant.

Tu avais raté ton existence à un tel niveau que même Luna était venue en personne pour te le faire savoir. Pourtant, souvent, la nuit quand tu n’étais pas trop ivre, tu observais la lune pendant des heures, à la recherche d’une réponse qui n’avait même pas de question. Tu le fis une dernière fois, mais cette fois, tu demandas à quoi tout cela rimais et surtout : à quoi étais-tu voués ? Ta cutie mark n’avait rien à voir avec ton travail, ni même aucun rapport avec ce que tu aimais ou ce que tu voulais. Sa seule signification était une erreur, comme toi.

“Ton cauchemar est terminé maintenant, je vais te sauver. D’habitude, je laisse mes sujets décider d’eux mêmes s’ils sont prêts à changer leurs destins, mais nous n’avons pas de temps à perdre.”

Tu ne compris pas tout de suite ou est-ce qu’elle voulait en venir. De plus, tu étais concentrée sur ton corps mourant subitement enveloppé dans une aura bleue, pour se soulever tout doucement. Tu crus d’abord que ça te ferait horriblement mal de voir tes membres gesticuler hors de ta volonté, mais la magie de Luna était apaisante et te réchauffait le pelage avec douceur. Elle te posa délicatement sur ton dos, tes pattes de chaque côté. Là encore, tu te demanda pourquoi est-ce que la Princesse était prête à se salir de ton sang pour venir à ton aide. Il n’y avait plus qu’à prévenir des médecins pour l'emmener à l’hôpital et la régente lunaire n’aurait pas eu à tremper ses sabots. Mais elle t’avais dit quelque chose en te portant, qui, malgré le mal omniprésent dans ton esprit, te fit réfléchir sur les intentions de l’alicorne bleue.

Elle se mit à battre des ailes, puis quitta la terre ferme pour s’envoler vers les quartiers du château. La fatigue commençait à t’empêcher d’ouvrir les yeux, tu ne pus voir qu’un flot de maisons floues défiler devant toi. Seul le vent dans tes oreilles et fouettant ta fourure te permettait de confirmer que tu étais très haut dans le ciel, mais le bruit s'atténuait aussi. Luna avait raison, tu n’allais pas tarder à quitter ce monde. Heureusement, elle se mit à parler pendant qu’elle battait les plumes. Sa voix avait le dont de te réanimer.

“Je t’ai entendue cette nuit. J’ai vu tes rêves. Tu es l’un des rares poneys qui n’a pas eu de chance, où le destin a commis une erreur... une erreur que j’ai commise en ne veillant pas comme il se doit sur mes sujets. Sache que ta vie ne sera plus jamais la même désormais, de ton service pour Equestria jusqu’à ton corps qui te soumettra à des contraintes. Mais rassure toi, le cauchemar perpétuel dans lequel tu te trouvais est terminé. Tu devra me servir comme tu l’as toujours fais dans ton ancienne vie. Sauf que je te donnerais en retour ce que tu mérites, et surtout ce que tu désires au fond de toi, Grunge.”

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Note de l'auteur

Basé sur “Lunar Obsession”, de Ponycroc.

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Aladriel
Aladriel : #1468
Il y a une telle concentration de douleur dans ce texte, que j'en ai eu mal au cœur. J'ai lus Lunar obsession, le lien est bien là, même pas besoin de la note, pour comprendre la fin.
Une bonne fic bien fidèle, que du bon.
Il y a 4 ans · Répondre

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