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Paranormal Canterlot : Chained by y [...]

Une fiction écrite par Ponycroc.

Burn it down

J’ouvris peu à peu les yeux en sentant les lèvres de Chicha contre les miennes. Passant mes sabots autour de son encolure, je le pressais un peu plus contre moi avant d’ouvrir peu à peu les yeux.

«Cherba…» Hésitais-je avant de voir le changelin plaquer ses oreilles contre son crâne tout en forçant un sourire gêné sur ses lèvres.

«D-désolé, je voulais aider Chicha… Il ne voulait pas, mais tu lui drainais toutes ses forces.»

Je regardais un peu mieux la pièce dans laquelle je me trouvais tout en reprenant mes esprits. Chicha était allongé à côté de moi sur ce qui devait être une banquette en cuir. L’espace était exigu et juste derrière Cherba qui était penché sur moi, Chrysalis m’observait assise de son côté dans ce qui devait être un carrosse. Un bruit de vrombissement se faisait entendre à l’extérieur.

«C’est quoi ce bruit ?» Demandais-je en gardant Cherba contre moi. Il pouvait voir mon regard dur et encore fatigué de ce qui venait de m’arriver.

«Désolé, ce modèle m’a coûté une fortune et il vient directement de Manehattan. Ce n’est pas le chariot automatique le moins bruyant, mais c’est l’un des plus prestigieux !» Lança la changeline en regardant distraitement par l’une des fenêtres. Elle avait l’air vraiment contente de son chariot…

«Qu’est-ce que je fais là ?

-Je t’ai ramassé, à moitié morte dans la rue… Tu commences sérieusement à m'agacer !»

Je me contentai de l’ignorer, préférant me préoccuper davantage de mes changelins.

«Merci Cherba…» Soufflais-je à ce dernier qui ne semblait pas pour autant se détendre.

«J-je ne voulais pas que ça se passe comme ça… Chicha m’a dit que tu aimais attendre le bon moment pour embrasser la première fois. J-je voulais que tu apprécies autant cet instant que moi…» Je le vis alors verser une larme et me mis alors à sourire en le serrant contre moi.

«Espèce d’andouille !» Fis-je en riant. Chrysalis m’avait dit la vérité, ce changelin descendait vraiment d’un étalon avec énormément de coeur. «Je n’ai pas besoin de ça pour apprécier d’être avec toi.» Je retournais alors mon attention sur Chicha qui était toujours allongé sur la banquette à côté de moi, les yeux légèrement entrouverts.

«Et toi l'imbécile, tu t’en sors ?

-Ma mère me drainait bien plus violemment que toi quand je rentrais tard le soir, bien sûr que je vais m’en sortir !

-Tu sais que j’adore te voir souffrir.» Plaisantais-je en me penchant sur lui pour venir l’embrasser. Il accepta mon cadeau sans broncher. «Et puis tu as raconté mon secret à Cherba.» En réalité, j’étais contente qu’il ait dit ça à l’autre changelin, cela me faisait comprendre qu’il l’avait accepté.

-Que tu aimes que le premier baiser soit magique ? Arrête, ça se voit sur ton visage que t’es une romantique.» Il se mit à nouveau à m’embrasser en passant rapidement sa langue entre mes lèvres. Je fus surprise quand il l’enfonça un peu trop loin avant de faire le chemin de retour plus vite encore. Je me retins alors de tousser en secouant la tête face à Chicha.

«Et un pervers comme toi a toujours su rester romantique…

-Tu m’as proclamé comme t’appartenant je te rappel.

-J’étais saoule, je suis sûre qu’il y a moyen de demander le divorce chez les changelins.

-Non, chez nous, c’est à la vie, à la mort.

-ça risque d’arriver plutôt que tu ne le crois.» Je me mis à glousser avec lui pendant que le bout de nos museaux se caressaient.

«Je ne te le fais pas dire…» Intervint Chrysalis qui semblait toujours ruminer dans son coin. «Pourquoi t’ai-je retrouvé dans la rue Lemmens ?

-Quoi ?» Je ne me rappelais pas d’avoir marché deux blocs plus loin après avoir vu Pall Mall, d’ailleurs, j’avais beaucoup de mal à me rappeler les derniers évènements, surement dû à mon choc.

«J’ai demandé à tous mes contacts, aucun ne t’a vu arriver, et tout d’un coup, tu étais au beau milieu de la rue, quasi morte. Qu’est-ce qui t’empêche encore de me dire ce que tu fais pour te rendre dans cet état !?

-Tu n’es pas ma reine, encore moins mon amie, je ne te dois aucune explication !» Rétorquais-je sur la défensive sans pouvoir m’expliquer. Je vis alors la changeline se mettre à soupirer avant de fermer les yeux.

«Tu commences à me couter cher, ma chérie. Tout ce que tu es, tout ce que tu as à offrir, et tout ce que je pourrais faire avec toi… Tout ça se perdra, à cause de ton manque de lucidité.

-Je suis assez lucide pour savoir que tu cherches juste à te servir de moi, de mon rôle, de mon pouvoir. Je ne sais pas encore ce qui t’intéresse vraiment en moi, mais je sais que ce n’est pas simplement parce que tu m’aimes.» Je lui adressais un regard noir alors qu’elle m’ignorait toujours en regardant par la fenêtre.



Je reportai alors mon attention sur Cherba qui ne savait plus où se mettre, je lui fis alors un léger signe du sabot pour qu’il me rejoigne sur la banquette. Celui-ci s'exécuta en silence et je me blottis un peu plus contre lui en repensant à quel point je me sentai bien quand il m’avait réveillé. J’avais tellement froid et il était tellement agréable. Je me mis à sourire lorsque je sentis son sabot se mettre à me caresser l’encolure. Et soudain, une chose que je n’avais plus ressentie depuis longtemps, quelque chose que je n’avais ressenti qu’une seule fois avec Shining et puis Chicha : une crise d’angoisse.

Je me mis alors à serrer les dents alors que je sentais des larmes couler sur mes joues. Un sanglot se mit à me faire tressaillir le corps tout entier. Cherba se mit à paniquer en ne sachant plus quoi faire, alors que Chrysalis posait à nouveau le regard sur moi.

«Arrêtez le chariot !» Ordonna-t-elle sans élever la voix. Celui-ci s’arrêta aussitôt alors que je me précipitais vers la sortie. J’atteris lourdement sur mes quatre sabots avant de m’éloigner lentement du chariot. Nous étions dans les vergers de Canterlot, je ne savais pas ce qu’on faisait ici, mais ce quartier rural était très jolie et atypique dû à sa localisation qui était à l’intérieur du mur principal de la ville.

Je m’approchai de l’arbre le plus proche et m’appuyais dessus en essayant de reprendre mon calme. Je détestais cela, perdre mon sang-froid, sans raison, n’arrivant qu’à me rappeler du pire qui m’était arrivé. Je ne pouvais pas me sentir heureuse trop longtemps, je n’avais pas l’impression de le mériter. Je me contentais alors de le recracher, montrant ainsi mon incapacité à garder cette émotion en moi. Je penchai la tête en avant et me mis à régurgité le peu que j’avais encore dans l’estomac. Je n’arrivais qu’à avoir le pire en tête, les monstres, la peur, les morts, mes chaînes, mon démon. Je me remis à pleurer alors que mon ventre se retournait. Je sentis alors des sabots agripper délicatement ma natte et les quelques mèches de crinière pour les écarter de mon visage.

Je redressai la tête après une minute sans pour autant réussir à reprendre mon calme. Je fus cependant surprise lorsque je me retournai pour voir Chrysalis.

«Tiens.» Fit-elle simplement en me tendant un mouchoir.

«M-merci…» Répondis-je en baissant les yeux pour espérer conserver un minimum de dignité.

«Ne te presse pas…» Chrysalis se rapprocha de moi alors que j’avais le sabot qui tremblait en essayant de déplier le mouchoir. Elle se posa alors juste à côté de moi et passa ses pattes délicatement autour de ma taille tandis que de sa corne, elle fit léviter le mouchoir pour m’essuyer les yeux. «Je crois que tu devrais te reposer un petit peu, tu n’as pas encore complètement récupéré.

-Comment je peux faire Chrysalis ? Comment je peux faire pour aller bien ? Quoi que je fasse, je n’y arrive pas.» M’énervais-je en larmes. «Je ne vois plus Shining ! J’ai l’impression d’avoir de moins en moins de contrôle sur ma vie ! J’ai peur de dormir ! J’héberge une matriarche qui a toujours deux coups d'avance sur moi !

-tu medra ni etsia.» Souffla-t-elle en me serrant un peu plus contre elle. «Ça veut dire : accepte qui tu es. Je t’ai déjà parlé de Speed Date, mais je ne t’ai jamais dit comment s’est passé notre rencontre…»

Je reniflai bruyamment alors que la changeline m’adressait un sourire chaleureux dont elle seule avait le secret. Si je devais dire ce qui rendait Chrysalis belle, c’était sans aucun doute quand elle se mettait à sourire sans arrière pensée. Je me sentais déjà mieux, entre les bras de cette dernière.

«J’étais à un moment de ma vie où je n’avais pas fait les meilleurs choix. Je devais impérativement m’éloigner de ma mère.

-Pourquoi ça ?» Demandais-je entre deux sanglots.

«Elle avait couché avec mon compagnon, j’ai donc décidé de tuer ce dernier ainsi que toutes sa descendance.

-Ce n’est pas courant de coucher avec le roi des autres chez les changelins ?

-Si.» Dit-elle plus doucement. «Mais je suis quelqu’un de vieux jeu en amour, et pour moi, l’amour n’est pas sincère sans la fidélité.

-T’es mal partie avec moi.» Rétorquais-je en gloussant légèrement, suivie par Chrysalis.

«Quoi qu’il en soit, je suis partie en laissant tout derrière moi, mes enfants, mon trône, ma ruche. J’étais consciente du danger auquel je m’exposais, mais cela n’avait plus d’importance pour moi.

-Tu voulais vraiment en finir à cause d’un étalon ?

-Tu sais que je serais trop fière que pour te dire oui.» Fit-elle en se penchant un peu plus sur moi. «Je ne l’aimais plus à l’instant où il m’a trahi. Non, si j’étais dans cet état, c’est en réalisant tout ce temps que je perdais pour un objectif qui me semblait toujours impossible à atteindre. Je me devais d’être toujours plus dure, toujours plus impitoyable, et pourtant, je n’arrivais pas à être heureuse. J’ai versé le sang de mes ennemis et parfois même celui de mes amis. Pour moi, si mon devoir était d’être matriarche, il était hors de question que je ne sois pas la plus forte. Pourtant, je n’y arrivais pas.» Elle soupira en se pressant un peu plus contre moi, je sentais son menton se poser sur ma tête, alors que je respirais contre son encolure. «C’est alors que j’ai rencontré Speed Date dans un petit village du côté de Luna Bay, un endroit très charmant. Il m’a interrompue un soir où j’étais en pleine chasse, m'accostant pour tenter de me draguer.

-Et tu as décidé de reporter ta chasse sur lui ?» Déduisis-je en levant le regard sur elle.

«Pas vraiment, en réalité, j’étais passé du statut de chasseuse à celui de proie. Je pensais au départ m’amuser avec lui avant de le jeter comme tant d’autre dans son genre, mais en réalité, il n’y avait aucun autre poney comme lui. Je n’ai jamais réussi à lui cacher quoi que ce soit, mon identité, ma tristesse, ma douleur, mon rang, tout cela, il le devinait par je ne savais quelle manière. Je me sentais bien avec lui, j’étais heureuse.

-Il t’a offert ce que tu cherchais en quittant ta ruche ?

-Non… Il m’a offert bien mieux encore. Je l’aimais et il m’aimait d’un amour que je ne connaissais pas. Je voulais que cela continue, me contenter de lui et oublier tout mon passé. J’étais sûre que ça pouvait réellement me rendre heureuse.

-Alors pourquoi est-ce qu’il a voulu arrêter votre relation ?» Demandais-je alors que je me sentais enfin calmée, tout contre Chrysalis.

«Parce que je mourrais… Je ne pouvais m’éloigner ainsi de mon trône et de ma ruche sans conséquence. J’étais prête à mourir pour cet étalon, et c’est ce que j’étais en train de faire. Je ne me voyais pas vivre, revenir à ma vie de matriarche, en laissant Speed Date derrière moi. Et pourtant… C’est cet idiot qui m’a fait ouvrir les yeux.

-Qu’est-ce qu’il a fait ?

-Il m’a trahi !» Répondit-elle avec un petit hoquet. «Il a révélé à ma ruche où je me cachais, il m’a retenu de tuer mes propres enfants quand ils sont venu, il m’a interdit de revenir… Parce qu’il m’aimait.» Chrysalis laissa le silence retomber, seulement perturbé par le bruit des feuilles agitées par le vent. «J’aurais dû être triste, lui en vouloir, voire même le détester et vouloir me venger, mais il m’a trahi pour mon bien. Il ne cherchait pas à me faire du mal, il voulait juste me sauver. J’ai alors compris que je ne pouvais pas me battre contre ma ruche et moi-même. Si je devais être une matriarche, alors je serais la plus forte.

-Et voilà comment le monstre a été créé, avec un amour perdu…» Dis-je en baissant les yeux.

«Mon amour je ne l’ai pas perdu, je l’ai toujours gardé auprès de moi parce qu’il était sincère et véritable. Même si j’ai toujours eu peur de le revoir, je sais qu’il m’aimait, car il m’acceptait. Il m’a accepté avant même que je le fasse moi-même ! C’est pourquoi il m’a trahi, parce qu’il savait que mon rôle sur ce monde était bien trop grand pour me permettre de me voiler la face.» Je regardais la changeline dans les yeux alors que le vent faisait légèrement voler sa crinière.

«Qu’est-ce que tu essayes de me dire, Chrysalis ?»

Elle vint poser ses deux sabots juste sous mon menton avant de m’offrir un nouveau sourire. J’avais toujours du mal à l’avouer, mais Chrysalis était très belle dans son allure de prédatrice en longue robe. D’ailleurs, elle avait encore changé de robe dans la même journée, portant cette fois-ci une longue robe bleue avec de nouveau motif de fleur en blanc.

«Parce que je repense beaucoup à moi quand je te vois. C’est pourquoi j’ai la conviction que je peux t’aider… Et bien plus encore.

-Pour devenir un monstre comme toi…» Fis-je avec un léger sourire.

«Accepte ta vrai nature, Mi Amore Cadenza.»

Je pris l’un des sabots de la changeline, pas pour le retirer, mais simplement pour le serrer, ressentir la présence apaisante de la matriarche.

«Et comment je pourrais faire alors que je fais encore moins confiance à moi-même qu’à toi, Chrysalis Uranie leucanie.» Je la vis légèrement écarquiller les yeux à l’entente de son nom complet. Chicha me l’avait dis une fois, mais m’avait déconseillé de l’utiliser face à elle. Chrysalis ne réagit pourtant pas mal et se contenta de me caresser la joue du sabot avant de se pencher peu à peu sur moi. Heureusement, je sentis une goutte de pluie s’écraser sur le bout de ma corne, ce qui me fit reprendre mes esprits.

«Aucune pluie n’avait été prévue pour les vergers cette semaine.» Constatais-je alors que j’observais l’équipe météo qui déplaçaient le nuage. «Encore moins pour une heure pareille.

-Ce ne sont pas les équipes météos qui s’occupent des récoltes.» Ajouta Chrysalis.

J’observais alors un peu mieux les pégases et pu remarquer qu’il s’agissait des poneys de la caserne de Canterlot.

«Il y a eu un autre incendie ?!» M’exclamais-je en regardant la matriarche. Elle acquiesça durement avant de pointer son chariot du sabot.

«Nous étions en train de nous y diriger, nous en avons encore pour une bonne vingtaine de minutes.»

Je déployai mes ailes et fut sur le point de m’envoler lorsque je senti une vive douleur à la base de chacune de mes ailes.

«Je te l’ai dit ma chérie, il faut te reposer encore un peu. C’est pourquoi nous étions en train de nous diriger à ton rendez-vous en chariot.

-Alors il n’y a pas de temps à perdre !» M’exclamais-je en fonçant rapidement à l’intérieur, suivie par la changeline.

«Pourquoi es-tu si pressée ?» Demanda-t-elle en s’installant sur sa banquette, moi, de mon côté, je me plaçais entre Cherba et Chicha qui venait déjà de reprendre des forces. «Tu n’es censé constater que les restes carbonisés d’une maison, qu’est-ce que tu penses trouver de si important pour te dépêcher ?

-J-je ne sais pas…» Répondis-je en m’allongeant à nouveau sur Cherba. J’aurais bien voulu ne pas laisser Chicha de côté, mais après le drain que je venais de lui administrer, il allait être K.O. pendant un moment et mon pouvoir était encore trop actif pour prendre ce risque. «J’ai juste une impression, quelque chose me dis qu’il faut impérativement que je me dépêche. Je n’aime pas ça…

-Le trajet va encore durer un moment, je te conseille de te reposer en attendant.

-Tu as raison…» Soufflais-je alors que je prenais l’un des sabots du changelin pour le passer autour de mon encolure. Ces derniers temps, j’avais peur de dormir, mais en présence de Chrysalis et des deux changelins que je connaissais, cela ne me faisais plus aussi peur.

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«Surtout pas ! Si tu veux venir avec un cadeau chez Cadance, offre lui uniquement de la nourriture !

-P-pourquoi ça ?» Je reconnu la voix de Cherba alors que je m’éveillais peu à peu.

«Parce qu’elle ADORE ça ! On ne peut pas discuter avec elle plus de cinq minutes sans qu’elle ne pense à bouffer ! Elle n’en a jamais assez, et tu risques ta vie si tu oses lui faire une remarque à ce sujet, je suis très sérieux.» La voix de celui qui allait bientôt mourir, était celle de feu Chicha.

«M-mais alors… pourquoi je ne pourrais pas lui offrir des fleurs dans ce cas, les poneys aiment manger les fleurs, non ?

-Oui, mais quand c’est un cadeau, ils ont l’habitude de ne pas les manger, c’est considéré comme grossier. J’ai eu le malheur de lui offrir une fois un bouquet de fleur, et elle n’a pas arrêté de me faire la gueule durant deux semaines.

-C’était des Camélia ! Tu sais à quel point c’est super bon !?» M’exclamais-je en le fusillant du regard alors que je me redressais brusquement. «J’ai même pas osé croquer une fois dedans alors qu’elles sentaient dans tout mon appart ! Tu m’as fais jeter de la nourriture, bien sûr que j’allais t’en vouloir !» Je pus constater que tous les changelins avaient repris leur apparence Equestrienne : Chrysalis toujours dans son déguisement de jument noire aux airs fatals, Chicha n’était pas moins notable avec cette chaîne qui pendait le long de son oreille. Cherba quand à lui avait la même apparence que l’autre changelin, à l'exception qu’il était en jument.

«Pourquoi tu prends cette apparence ?

-C-c’est Little Star qui m’a dit que si je devais être avec toi, alors ça serait préférable que je soit une jument.» Dit-il d’une voix un peu plus aïgue. «Mais je peux changer si tu veux…

-Non, ne t’en fais pas.» Répondis-je en caressant légèrement son encolure, c’était vrai qu’il n’était pas mal en jument. «Mais pourquoi ces couleurs ? La robe blanche, la crinière bleue, Cherba a déjà les mêmes.» Et je le savais bien pour avoir choisi moi-même son déguisement.

«Cherba a toujours eu du mal à avoir des idées originales.» Commenta alors Chrysalis à l’autre bout du chariot.

«Il n’arrêtait pas de recopier le costume des autres…» Ajouta Chicha en roulant des yeux.

«C’est pas vrai ! C’est juste que moi aussi j’aime bien ces couleurs !» Le fait qu’il ai dit ça sous son apparence de jument rendait le tout encore plus cocasse.

«Ça ne fait rien… on réfléchira à ça plus tard. Par contre, il faut qu’on s’occupe rapidement de ta marque.

-Qu’est-ce qu’elle a ma marque ?» Demanda-t-il en baissant le regard sur ses flancs. Je penchais la tête alors que le changelin constata de lui-même la similitude avec les deux ailes blanches accrochées à un coeur rose que portait déjà Chicha. «Oh… C’est juste que je l’aime bien moi aussi…»

Je me mis à sourire face à l’innocence que transpirait ce changelin qui paniquait pour un rien.

«Il faut absolument que tu changes ça. Si quelqu’un vous voit tous les deux, il va directement trouver ça louche.

-Il n’y a aucune marque identique ?» Demanda-t-il.

«Non, sauf dans des cas très rares, mais c’est assez compliqué.

-Aaah. Chicha, aide moi à en trouver une autre !» Implora le changelin en attrapant le bras de son frère.

«Pas question !» Répondit l’interpellé. «Tu sais le temps qu’il m’a fallu pour trouver celle-là ? C’est tout simplement insupportable.

-C’est moi qui l’ai trouvée pour toi !» Rectifiais-je en le frappant à l’épaule.

«Et c’était insupportable ! On ne comprend rien à la signification de ces choses.»

Je fronçais légèrement les sourcils avant de me retourner sur Chrysalis qui avait l’air de réfléchir. Etaient-ils vraiment incapable de comprendre les marques des poneys ?

«Mets une assiette de poulet, Cherba. Cadance adore le poulet !» Fit la matriarche d’un air triomphal.

«C’est pas comme ça que ça marche !» M’exclamais-je avant de secouer la tête.

«On peut pas mettre de nourriture sur notre flanc ?» Demanda Cherba.

«Si, mais il faut encore que ce soit justifié. Une marque a une histoire, ce n’est pas juste quelque chose qu’on aime bien où qu’on utilise régulièrement.

-Pourquoi tu ne nous raconterais pas l’histoire de ta marque ?»

Je regardais alors Chicha qui avait posé cette question avant de reporter mon attention sur ma propre marque, là où se trouvait le coeur de cristal.

«C-c’est assez compliqué… Je n’ai pas eu ma marque comme les autres. Quoi qu’il en soit, on gagne notre marque par rapport à nos talents, ou encore, ce qui fait de nous quelqu’un d’unique. Je sais que ça doit être dur pour des changelins de comprendre un concept comme celui-là.

-Et dire que ça semblait tellement simple au départ, des poneys qui se collent eux-même une étiquette sur le flanc pour qu’on reconnaisse directement leur fonction et leur utilité.» Maugréa Chrysalis qui semblait perdue dans sa mémoire. «Les soldats avaient toujours des armes ou des armures dessinées sur le flanc, les riches avaient toujours du doré, et les juments prêtes à être montées portaient toujours du rouge.

-Ça, ça remonte à une époque où les princesses n’étaient même pas née.

-Peut-être, mais avec le temps, c’est devenu n’importe quoi ! Les Equestriens ont simplement décidé de se donner de l’importance en prétendant que chaque individu était unique, pourtant, je suis certaine qu’on peut trouver au moins une dizaine de poney avec un poulet sur le flanc simplement parce qu’ils aiment en manger !

-Pitié.» Fis-je en collant un sabot contre mon front. «Dis-moi qu’on va finir par se disputer à la place de continuer cette discussion.

-Tu n’as qu’à le laisser mettre du poulet sur son flanc ! Moi je ne critique jamais mes fils quand ils ont de l’imagination.

-Parce qu’ils n’en ont pas !» M’exclamais-je en me retournant sur Cherba. Si nous n’en finissions pas rapidement, j’étais certaine que j’allais m’en prendre à lui. «Mets une fleur, tout de suite !

-Mais je croyais que je ne devais pas mettre de nourriture sur mon flanc.

-Discute pas !» Criais-je en frappant du sabot. Je faillis me frapper le visage quand je vis une camélia apparaître sur son flanc. «Bien, maintenant…» Merde, c’était vraiment difficile d’inventer une marque en réalité. «Mets un fer à cheval par dessous.» Ce n’était pas incroyable, mais au moins, ça ressemblait à une marque.

«Et comment je peux expliquer comment j’ai eu un truc pareil sur le flanc ?» Demanda Cherba qui n’avait pas l’air convaincu.

«Tu n’as qu’à dire que tu t’es ramassé un sabot dans la face après avoir offert une fleur à une autre jument ?

-On ne peut pas offrir de fleurs entre juments ?» Je fis briller ma corne pour serrer le museau de Cherba et le maintenir fermer.

«Désolé mon grand, mais on va arrêter les questions là !» Ordonnais-je plus que je ne l’avertis avant de m’étaler lourdement sur la banquette entre les deux changelins.

«Je t’avais dit que c’était insupportable les discussions sur les marques.»

Je frappais alors violemment du coude sur les côtes de Chicha avant de l’entendre se mettre à siffler de douleur. Il ne l’avait pas volé. Heureusement, le reste du trajet se fit dans le plus grand calme alors qu’on arrivait à apercevoir les premières maisons hors des champs. Cet endroit était dans le quartier le plus au sud, profitant du la plus longue durée d’exposition au soleil. Le flanc de montagne sur lequel avait été créé Canterlot n’avait jamais vraiment posé de problème, mais cela était surtout dû à la grâce de Celestia qui avait prévu le parcours du soleil pour qu’il soit masqué au minimum.

Je penchai légèrement la tête sur Chicha pour pouvoir voir par la fenêtre, je pouvais déjà apercevoir un amas de fumé qui montait depuis l’une des maisons qui se trouvait plus dans le centre. Je connaissais bien ce quartier…

«J’y vais seule.

-Ma chérie, il vaut mieux que Chich…

-Non !» Fis-je sèchement. «Je ne veux pas vous avoir dans les pattes, cela ne vous regarde pas !» Je sentis plus que je ne vis la matriarche se renfrogner, cependant, elle l’accepta et ordonna l’arrêt du chariot mécanique pour me laisser descendre.

«Nous ne serons pas loin.» M’avertit la matriarche avant de refermer la porte derrière moi avec sa magie.

Je n’en revenais pas, encore un incendie. Le dernier en date remontait à seulement deux nuit de ça. D’habitude, il y avait toujours au minimum cinq jours d’intervalle, là, c’était clairement un acte précipité. Je ne pouvais pas négliger le fait que le responsable jugeait notre manière de réagir, en un peu plus d’un mois, il venait de commettre sept incendies en comptant celui-là. Pourtant, s’il voulait vraiment se mettre à passer à l’action après avoir la certitude que nous ne le trouverions pas, ce n’était pas dans un quartier comme celui-là qu’il allait faire un maximum de victimes.

Je me mis alors à réfléchir à ces dernières en sentant une boule me serrer la gorge. S’il était venu ici, c’était parce qu’il avait certainement une cible bien précise, mais je ne connaissais qu’une seule créature surnaturelle qui habitait dans ce quartier.

«Alors Marshall, toujours dans les étoiles ?»

Je me tournais sur la droite pour voir l’étalon gris à la crinière blanche me dévisager d’un air épuisé. Je me précipitai sur lui, avant de le serrer contre moi. J’étais toujours inquiète, mais il réussit tout de même à me soulager.

«Hey, doucement Cadance, je t’ai jamais vu me coller de la sorte, c’est gênant.

-Fais pas semblant, Flashlight, t’en as toujours rêvé... abruti.» À l’entendre, j’en étais certaine désormais, s’il faisait encore de l’humour, cela voulait dire que Carmen n’avait rien.

«Fais quand même doucement, s’te plait, j’ai été brûlé à l’encolure et sur toute la patte.»

Je me reculai légèrement pour constater les dégâts. J’avais visé juste en pensant que Carmen serait la cible du responsable des incendies, et maintenant, je réalisai que Flashlight était visé aussi. La licorne défit sa chemise mal repassée et tendit sa patte qui était dépourvue de poil sur l’extérieur de celle-ci et qui continuait jusqu’à sa nuque.

«T’es sérieux là ?

-Hey, regarde, j’ai plus aucun poil ! Et en plus c’est tout rouge, je mens pas, ça fait super mal !»

Je touchais sa plaie et le vis retirer sa patte en sifflant. C’était l’inspecteur en second Flashlight, et à force de voir des scènes de crimes atroce, il avait finit par développer un sens de l’humour bien à lui. Le pire dans tout ça, c’était qu’on se prenait facilement au jeu.

«Comment est-ce que tu as fais pour te brûler la peau sans que ta chemise ne soit touchée ?

-Oh, eh bien je ne la portais pas une fois chez moi, et quand il a fallu choisir ce qu’il fallait sauver des flammes, j’ai préféré sauver Carmen et ma chemise plutôt que mon chat.» Il me vit écarquiller les yeux avant de reprendre : «Tu sais, j’ai mon insigne d’inspecteur et tout mes papiers dans la poche de cette chemise… Et je n’ai que celle-là…» Je restai bouche bée, incapable de trouver quoi que ce soit à dire face à son histoire. «Je rigole, on a pas de chat, idiote !»

Je le frappai alors à nouveau sur l’épaule ce qui lui décocha un nouveau sifflement de douleur.

«Comment tu arrives à rire dans ce genre de situation !?» M’énervais-je en le fusillant du regard.

«Comment ne pas vouloir se réjouir, Cadance ?» Demanda-t-il en haussant les épaules avant de baisser les yeux. «J’ai une compagne géniale, on avait tout prévu pour se marier, j’ai gagné la coupe de bowling il y a trois jours de ça avec mon club, et j’ai même trouvé un vieux vinyl d’Elvis Coltello hier. Aujourd’hui, je suis avec Carmen, et nous avons vu tout ça brûler… Mais nous allons bien. J’ai un cousin qui travaille dans les assurances et qui va me régler tout ça, nous allons annuler le mariage pour le moment, et je pourrai toujours trouver d’autre vinyl de Coltello… Même si c’est triste pour mon trophée de bowling, je me dis que j’ai évité le pire.» L’optimisme borné de Flashlight forçait presque le respect.

«Ça va vraiment aller ?» M’inquiétais-je alors que je voyais le poneys gris se pincer les lèvres.

«En réalité ? J’ai envie de chialer. Carmen s’en est tiré sans mal, mais elle est vraiment sous le choc. Je m’en fiche de ce qui peut m’arriver, du sale type qui a pu me faire une chose pareil, mais pas s’il s’en prend à elle… C’est pour ça que je ne pleurerai pas… Ni devant elle, ni devant qui que ce soit.

-C’est pour ça que tu ne peux pas t’empêcher de te cacher derrière ton humour ?» Demandais-je en fronçant légèrement les sourcils, essayant de me montrer la plus compatissante possible.

«Je sais que je peux paraître à l’ouest par moment, ou idiot au pire, mais il y a longtemps de ça, j’ai appris qu’on pouvait faire énormément de mal sans pour autant blesser ou tuer une personne. Des poneys qui après avoir vécu le pire, ne sont plus les mêmes parce qu’ils n’arrivent pas à s’en remettre. On voit des boucheries à chaque ouverture d’enquête, et tout ce qu’on peut faire, nous, c’est de nous endurcir encore et encore, chacun à sa manière, jusqu’à n’être plus qu’un énorme bloc de glace. C’est ce qui est arrivé à Macstar, c’est ce qui va t’arriver, mais cela ne m’arrivera certainement pas. Carmen et moi avons survécu, et je ne vais pas laisser passer cette chance.»

Je me mis à sourire avant de venir le serrer à nouveau contre moi. Au final, lui et Carmen allaient bien, et en plus de ça, j’avais la certitude que cet idiot ne changerait jamais.

«Vas-y doucement, s’il te plait.» Commença-t-il en serrant les dents. «Sérieux, si tu continues, je crois que je vais vraiment pleurer en fait.»

...Oui, jamais il ne changerait. Je n’eue pas le temps de le frapper une nouvelle fois qu’une pégase bleue apparut dans l'entrebâillement de la porte d’une maison qui était juste derrière Flashlight.

«Cadance !» Lâcha-t-elle alors en galopant vers nous.

«Carmen est encore sous le choc, même si elle s’est un peu reposé chez nos voisin, alors vas-y doucement s’il te plait.» Me fit l’étalon en me décochant un léger sourire.

Je hochais alors la tête avant de maintenir mon équilibre quand la pégase bleue à la crinière deux tons plus foncés me percuta de plein fouet. On aurait dit que c’était moi qui avait échappé à la mort… Ce qui n’était pas si faux que ça vu les derniers évènements.

«Oh Cadance, pourquoi ça nous est arrivé ?» Parce qu’elle était une créature surnaturelle. J’avais beau n’avoir pratiquement aucune réponse sur le responsable des incendies, mais j’étais sûre d’une chose, si Carmen avait été attaquée cette nuit, ce n’était pas un hasard et était certainement lié à notre rencontre le jour même.

«Je n’en sais rien, Carmen…» Mentis-je alors en lui caressant la crinière. «Mais je t’assure que je vais trouver le responsable…» Je restai alors quelques minutes serrée par la jument, puis, cette dernière se mit à sangloter.

«J-je n’ai rien compris, c’est arrivé comme ça, et la seconde d’après, nous étions en train de fuir.

-Vous avez bien réagi et vous n’êtes pas blessés, c’est le principale !

-J-je sais, mais c’est si soudain.» Elle me regarda dans les yeux et je pu constater qu’elle n’avait plus son glamour qui masquait ses pupilles fendues. Ça aurait certainement été mal venu de lui faire la remarque, ce fut la raison pour laquelle je ne le signalai pas. «Je ne peux pas m’empêcher de m’enlever ces images de la tête, et si nous n’avions pas été assez rapide ?

-Doucement mon coeur.» Dit alors Flashlight en posant un sabot sur son épaule. «Il faut aller te reposer, Cadance et moi allons nous charger du reste.

-Je ne veux pas vous laisser !» Lâcha-t-elle en larme tout en lui agrippant le sabot. «Et puis tu es blessé.»

Flashlight eut un léger gloussement avant de venir embrasser sa compagne et de lui dire : «Ce n’est même pas une vrai blessure, ne t’inquiète pas pour moi.

-Arrête de faire comme si tout allait bien, c’était la maison de ta mère !

-Et tu sais à quel point j’avais horreur de cette maison.» Dit-il en plaçant son museau contre son encolure. En réalité, il avait toujours adoré cette maison.

«D-désolé mon coeur, mais c’est au dessus de mes forces, je ne veux pas t’abandonner.

-Je sais que c’est dur, mais je serai toujours là pour toi, tu le sais bien.» Je vis alors que son corps tremblait légèrement alors que son visage arborait toujours un léger sourire. Ce fut à ce moment que je compris tout ce que Flashlight venait de me dire. S’il était ainsi, c’était pour se protéger lui, mais surtout, pour protéger ceux qu’il aimait.

«Je crois que tu devrais rester avec Carmen.» Fis-je en fronçant légèrement les sourcils. «Elle a besoin de toi et de toute façon, Macstar me donnera tout les détails dont j’ai besoin.

-Tu en es sûre ?» S’inquiéta-t-il en redressant la tête. En réalité, Flashlight ne pouvait rien faire pour m’aider, il n’était qu’un inspecteur qui n’avait pas conscience des créatures qui l’entouraient à commencer par sa propre compagne. Je lui avais déjà parlé une fois de l’autre monde, mais bien entendu, il avait eu beaucoup de mal à me croire… Pourtant, s’il se contentait d’en parler à Carmen, j’étais certaine qu’elle ne lui cacherait rien. Il était bien plus utile à ses côtés.

«Oui, allez vous reposer.

-Ça va pas être facile.» Rétorqua-t-il en pinçant les lèvres. «Macstar est derrière ce qu’il reste de la maison. Fais gaffe, il a l’air remonté.» Puis, sans rien ajouter, il passa un sabot sur les épaules de la pégase bleue avant de retourner chez leur voisin. Je me sentais horriblement mal pour eux. Pourquoi étaient-ils devenus la cible de ce malade ? Il était peu probable que le responsable s’en soit pris à eux par hasard. C’était ma faute, indiscutablement.

Je me dirigeais alors vers les restes calcinés de la maison de Flashlight et Carmen. J’avais déjà vu ce genre de scène une bonne dizaine de fois, pourtant, voir les murs effondrés et noircis de cette maison en particulier avait de quoi me mettre mal à l’aise. Je trouvais cela tout simplement affreux. je connaissais cet endroit, j’avais passé plusieurs soirée chez eux et je savais que cette maison avait été magnifique et que bon nombre de souvenir avaient brûlés avec. Il n’y avait que Flashlight pour réussir à rester à ce point aveugle face à tout ça.

Je contournais le tas de cendre, observant au passage deux pégases des services de pompiers inspecter les décombres accompagnés de plusieurs gardes. Ceux-ci ne faisaient pas partie de l’équipe de l’inspecteur Macstar, mais ce dernier dépêchait régulièrement les soldats de la capitale parce qu’il ne disposait pas d’assez de membre dans son équipe d’inspecteur. Il n’était pas nombreux les poneys qui voulaient s’occuper des meurtriers et des victimes, comment leur en vouloir, notre monde faisait toujours en sorte de masquer le pire, même quand il s’agissait de fous et non de monstres.

«Macstar !» Fis-je en apercevant le terrestre mauve.

Ce dernier était face au triste spectacle qu’offrait les cendres humides légèrement balayées par le vent. L’étalon était en train de fumer distraitement une cigarette sans même lever le regard vers moi. Il avait toujours l’habitude de ne jamais saluer personne. Je me mis donc à ses côtés et attendit patiemment qu’il ouvre le dialogue.

«Qu’est-ce que vous venez encore faire ici Marshall ?» Demanda-t-il sèchement en tirant sur sa cigarette. «Tout comme les autres incendies, il n’y a aucun indice qui peuvent vous aider. Aucun témoin, aucune trace, rien !» Il était en train de s’énerver rapidement, cela faisait partie de son caractère. C’était normal après tout d’être à cran quand on n’avait aucune réponse à ses questions.

«Je suis là pour la même raison que vous Macstar, trouver le responsable de tous ces incendies.

-Alors il faudrait commencer par me dire comment vous comptez vous y prendre. À chaque affaire où vous intervenez, c’est le même cirque, vous posez vos questions, vous allez voir les dégâts, puis, vous repartez sans apporter la moindre réponse, puis, plusieurs jours après, j’ai un courrier de la princesse Luna qui m’informe que l’affaire est close.» Il tira une dernière fois sur son mégot avant de le jeter dans le tas de cendre le plus proche.

«Vous savez que je n’ai pas le droit de vous dire quoi que ce soit.

-Je m’en fous !» Il passa un sabot dans sa crinière grisâtre avant de poser son regard bleu glacial sur moi. «Je veux juste que vous me disiez pourquoi vous n’avez toujours pas chopé ce salopard.

Je pinçais légèrement les lèvres en haussant les épaules. Il avait besoin d’un responsable, et ça tombait sur moi. je ne pouvais que le comprendre, même si je n’avais pas besoin de lui pour savoir ça.

«Le feu.» répondis-je simplement. «Ça pue, ça détruit absolument tout, et il ne faut pas être un génie pour savoir en faire un.

-Donc vous en êtes comme au premier jour ; sans la moindre piste ?»

Je me gardais bien de lui dire que j’étais certainement l’une des cibles du responsable, cela n’aurait fait qu’envenimer la situation.

«Je ne dirais pas ça, mais disons que je suis encore loin du but.

-Et bien sûr, on ne peut rien faire pour vous aider ?» Je vis l’étalon secouer la tête avant de reprendre d’un ton plus grave. «Toutes ces conneries commencent sérieusement à m’emmerder Marshall. Vous n’imaginez pas combien ça me coûte de vous avoir demander ça, mais j’en suis là, incapable de trouver un poney qui joue avec des allumettes, et près à demander de l’aide à quelqu’un qui n’a rien à faire ici.»

Je trouvais ça un peu culotté de sa part, mais après tout, c’était la maison de son collègue et ami qui venait de brûler.

«Expliquez moi ce que Flashlight et Carmen vous ont dit, ça pourra toujours m’être utile.» Mentis-je pour l’aider à se rendre utile. En réalité, je ne pensais pas avoir la moindre information capable de m’aider, mais c’était toujours bon à savoir.

«Mademoiselle Carmen et son compagnon ont été se coucher aux alentours de vingt trois heures dix huit, elle s’est levé sur l’heure de minuit, mais est incapable de donner une heure exacte. Elle voulait prendre un verre d’eau, donc elle est descendue à la cuisine, et c’est à ce moment qu’elle a vu que le rez de chaussé était complètement en feu.

-Aussi simple que ça ?

-Exact. Elle a ensuite accourue auprès de son compagnon et l’a averti avant de partir par la fenêtre.

-Et Flashlight ?

-Sa compagne l’a aidé à sortir.»

Je fronçais les sourcils.

«Comment est-ce qu’il a pu se brûler dans ce cas ?»

Macstar sorti un petit calepin qu’il gardait toujours attaché autour de son cou avec son insigne et cita un passage qu’il avait écrit.

«Parce que monsieur Light avait oublié sa chemise et est retourné à l’intérieur.»

Je secouai la tête en roulant des yeux. Il n’y avait qu’un idiot pareil pour se mettre en danger de la sorte.

«C’est Flashlight.

-hmm ?» Fit-il en posant ses yeux froids sur moi. Il avait toujours le don pour me mettre mal à l’aise.

«Le poney qui était dans cette maison, c’était Flashlight, et sa compagne, c’est Carmen, vous les connaissez, tout comme moi, alors vous n’êtes pas obligé d’en parler comme s’il s'agissait de poney inconnu.»

Macstar laissa son regard partir dans le vide, mais bien vite, il revint me fusiller du regard.

«Vous croyez que je ne le sais pas Marshall ? Vous pensez que tout irait mieux si je me montrais compatissant envers un collègue qui vient de perdre sa maison ainsi que ses futurs projets ?

-Flashlight et Carmen sont seuls, alors j’imagine qu’un ami ne serait pas de trop dans leur situation.» Je trouvais toujours agaçant ce poneys qui n’arrivait pas à éprouver des émotions.

«Ils sont chez leur voisin, ça devrait suffir.» Dit-il en haussant les épaules. «Désolé Marshall, mais en tant que premier inspecteur, je me dois de rester professionnel en toutes circonstances.

-Mouais… en même temps, je ne vois pas comment ils pourraient aller mieux avec un poney comme vous dans les parages.

-Je ne vous le fais pas dire.» Accorda-t-il en regardant la maison en cendre. «Et donc, ces infos ont pu vous aider ?»

Je hochais la tête en me mettant à réfléchir à haute voix.

«Depuis le début on pense que le responsable agit au hasard, qu’il ne visait personne en particulier, cherchant juste à faire un maximum de victime. Cependant, la maison de Flashlight est bien trop reculée pour que l’incendie ne se propage rapidement et fasse beaucoup de victime. Donc, il les visait bien en particulier...

-Vous pensez qu’ils ont un point commun avec les autres victimes ?» Me coupa-t-il en me perçant de son regard glacial de flic, il avait toujours été très doué pour ça, comme une maîtresse qui observait un élève qui n’était pas capable de répondre à sa question.

«...Non… Je n’en sais rien.

-Il faudra retourner interroger les témoins…» Fit-il en écrivant sur son petit calepin.

«Vous ne faites pas confiance à votre ami ?

-Si, mais je n’ai pas confiance en vous, Marshall.» Répondit-il simplement en haussant les épaules. Je n’allais pas me disputer à nouveau avec lui, cela ne ferait que tourner en rond. Je décidai donc de l’ignorer et de reprendre mon analyse.

«Cependant, c’est la première fois qu’il n’y a aucune victime, et c’est plutôt étrange. La plupart des victimes mortes dans les incendies n’étaient pas incapables de fuir, il y avait des pégases, comme des licornes, c’est pourquoi, je ne comprends pas pourquoi il n’a fait que brûler le rez-de-chaussée alors que Carmen était tout à fait capable de fuir par la fenêtre avec Flashlight.

-Le criminel aurait eu un problème ?

-Sans doute, il ne s’en serait pas pris à eux si c’était pour les voir s’enfuir. Il y a toujours eu des morts lors de ses incendies, il sait parfaitement comment piéger des poneys à l’intérieur de leur maison grâce aux flammes. Il y a forcément eu quelque chose qui l’a empêché d’y arriver. Mais quoi ?...

-Quelqu’un capable de venir , de démarrer un incendie, puis de partir sans que personne ne l’ait vu, qu’est-ce qui aurait pu arriver à ce type pour qu’il ne puisse pas conclure son crime ?

-Vous n’avez rien trouvé dans les décombres ?

-Beaucoup de cendre, du bois et de la brique noircie, une collection de vinyl fondu, et plein d’autre truc qui n’amène à aucune piste.

-Il doit bien y avoir quelque chose qui puisse nous être utile !

-Vous avez certainement raison Marshall, alors allez chercher une pelle et continuez les fouilles, moi je vais bientôt libérer tout ce monde.

-Quoi, vous partez déjà ?» M’étonnais-je alors que je remarquais que les quelques poneys encore restant attendaient en discutant autour de la scène du crime.

«Ils ont déjà fouillé tout ce merdier à trois reprise, Marshall, ils ne trouveront rien de plus que des cendres. Maintenant il est trois heures du mat, et j’ai une équipe démoralisée parce que leur second inspecteur vient de se faire brûler sa maison, je suis désolé Marshall, mais je sais quand il faut s’arrêter.

-J-je comprends…» Répondis-je résolue. En réalité, les chances de trouver quelque chose dans ce tas de cendre était tout simplement impossible. Si nous n’avions rien comme indices sur les anciennes scènes de crime, alors pourquoi celle-là nous en donnerait ?

«En réalité Marshall, j’aimerais que vous retourniez voir monsieur Light.» Dit-il en prenant une longue inspiration.

«Flashlight vous voulez dire ?

-Ouais… il n’en a pas l’air, comme à son habitude, mais il a bien trop de mal à supporter la situation.

-Attendez, on parle de Flashlight, non ? Ce type n’irait jamais se mettre à pleurer, il avait déjà l’air d’être passé à autre chose quand je l’ai vu.

-Il est épuisé Marshall !» Intervint l’inspecteur en levant un sabot. «Bien sûr il cherche à protéger sa compagne, mais il n’y arrivera plus très longtemps. Il a beaucoup de mal à gérer son stress, et un coup dur pareil ne va clairement pas le laisser indifférent.

-Pourquoi vous voulez que ce soit moi ?» Demandais-je en me penchant légèrement sur lui. Il avait beau être un peu plus petit que moi, il n’en était pas moins intimidant.

«Vous croyez que c’est mieux que j’y aille ?» Rétorqua-t-il les dents serrées. «Vous savez pourquoi il a tant voulu récupérer sa chemise des flammes ?

-Il m’a dit qu’il avait ses papiers et son insigne dedans, c’est prendre beaucoup de risque pour peu de choses, mais après tout, ça ressemble bien à Flashlight.» Je haussais un sourcil en comprenant qu’il y avait certainement une meilleure raison.

«Ses bagues de fiançaille.»

Je sentis mon coeur manquer un battement. C’était vrai, leur mariage était fichu et en partie par ma faute. Flashlight pouvait bien me dire que tout allait bien, même si je voulais le croire, il suffisait de regarder Carmen dans les yeux pour voir que c’était faux. Même si je n’attachais pas personnellement autant d’importance au mariage que la plupart des juments, je savais ce que cela représentait pour elle. Un étalon fidèle et sincère, prêt à lier sa vie avec l’une d’entre nous, former une famille au delà de la simple amitié. On rêvait toutes de ça, et pour ce faire, une cérémonie de mariage était obligatoire.

«Et merde…» Lâchais-je en me détournant de l’inspecteur. Je ne lui dit pas au revoir, c’était rare quand l’un de nous faisait ça. De toute façon, j’avais bien plus important à faire, je devais retrouver le salopard qui s’était attaqué à mes amis et je devais aussi aider ces poneys.

Je retournais jusqu’au carrosse de Chrysalis. Oui, elle était la seule qui pouvait m’aider actuellement et je devais me préparer mentalement à lui demander quelque chose. Ce n’était jamais facile de marchander avec Chrysalis, surtout quand c’était moi qui avait besoin de son aide. Je détestais quand j’avais besoin de Chrysalis !

Le carrosse était garé un peu plus loin. Si le but était de passer inaperçu, il aurait alors fallu éteindre toutes les lampes. Je ne cherchai même pas à frapper à la porte et ouvris brusquement cette dernière pour tomber au beau milieu d’un débat déjà bien agité.

«Explique leur ma chérie, parce qu’ils commencent vraiment à me donner mal à la tête !» Tempêta Chrysalis qui se massait les tempes, allongée sur sa banquette. Chicha était couché sur l’autre, Cherba semblait faire les cents pas au centre de la voiture.

«C’est quoi le problème.

-Ils se disputent pour savoir si l’ennui est une émotion.» M’informa-t-elle en agitant le sabot comme pour me demander de me dépêcher. Je me tournais alors sur le changelin qui était au milieu de tout et fis au plus vite.

«Désolé de te décevoir Cherba, mais l’ennui n’est pas une émotion ! Maintenant j’ai des choses importantes à faire, alors silence !» Je reportais aussitôt mon attention sur Chrysalis qui ne semblait toujours pas aller mieux.

«Mais ce n’est pas moi qui pense ça, c’est Chicha !» Dénonça le plus jeune changelin.

«T’es sérieux ?!» Demandais-je en me tournant sur celui qui était allongé.

«Quoi ? Pourquoi ça ne pourrait pas être une émotion, ça se ressent dans tout le corps, ça a des conséquences sur le corps.

-Mais ça n’a pas d’odeur !» Rétorqua Cherba.

«Peut-être que c’est nous qui n’arrivons pas à la capter ! On se nourrit de l’amour, c’est donc normal que l’on trouve la tristesse dégoûtante, mais pour les changelins de l’est, ceux-ci ne se nourrissent que de ça, alors peut-être que le goût est différent parce qu’ils captent d’autres parfums que nous n’arrivons pas à déceler.

-Et comment tu voudrais te nourrir de l’ennui ?» Demandais-je en penchant la tête sur le côté.

«J’avoue que ça serait compliqué, pour ça, il faudrait déjà le faire ressentir.

-Tu es déjà très fort pour ça, rassure-toi.

-Non ma chérie, il n’est pas ennuyant, il est juste très énervant, et je crois que je suis prête à goûter à cette émotion là !» Fit la matriarche en fusillant Chicha d’un regard assassin.

«L'énervement est une émotion ?

-Ferme-là Cherba et vas t’asseoir !» Ordonnais-je au changelin qui coopéra tout de suite. «Chrysalis, j’ai besoin de toi !» Fis-je en rentrant complètement dans le carrosse en refermant la porte derrière moi. La changeline se mit alors à s’étirer sur sa banquette comme l’aurait fait un chat avant de s'asseoir et d’arborer un air apaisé.

«Tu ne peux pas savoir le plaisir que j’ai à entendre cela sortir de ta bouche.» Elle était sincère, ça ne faisait aucun doute. Elle aimait être en position de force face à moi et cela n’allait pas arranger mes affaires. «Alors, pourquoi as-tu tant besoin de moi ? Il te faut de l’aide dans ton enquête ?» Elle posa un sabot sur son menton avant de secouer la tête en gloussant. «Oh bien sûr que non, tu détestes que je t’aide pour ton travail.» Elle soupira un moment les yeux fermés avant d’agiter un sabot. «Ah, j’ai trouvé, c’est certainement en rapport avec Carmen et Flashlight… Hmmm oui, forcément, après tout, leur maison vient de brûler et tu dois certainement t’en vouloir parce qu’il n’y a aucun lien entre les victimes, et vu que tu as passé du temps avec cette jument, le responsable de l’incendie voulait certainement te faire passer un message. Hmmm ou alors tu veux me demander de l’aide pour leur mariage…

-C’est bon ! J’ai compris, tu as des espions partout et tu sais absolument tout ce que je fais !» M’énervais-je en frappant du sabot sur le plancher recouvert de moquette.

«Calme toi ma chérie. Tu sais, je trouve que c’est normal d’aider ceux qui nous sont proches. J’imagine que tu veux les mettre en sécurité.»

Je baissais les yeux en soupirant. Elle savait déjà ce que je voulais lui demander et avait donc eu l’occasion de fixer ses prix.

«Oui, je ne sais pas si le responsable va encore s’en prendre à eux, mais je sais qu’ils ne seront jamais en sécurité dans la maison juste à côté… ni même dans ce quartier reculé de tout.

-J’ai une petite auberge de passage qui se situe juste en face des jardins du château. On ne peut pas y être plus en sécurité, il y a au moins trois passages de garde par heure.

-Pourquoi toi, tu aurais un bâtiment aussi proche de la garde et des princesses ?» M’enquis-je en haussant un sourcil.

«Tu crois que je cache absolument tous mes secrets, ma chérie ?» Me demanda-t-elle en dévoilant un sourire espiègle. «Il faut toujours montrer quelque chose à ceux qui nous surveillent, cela évite qu’ils enfoncent leur museau un peu plus loin dans nos affaires.

-Tu me promets qu’ils ne leur arrivera rien ?

-Bien entendu, ils auront droit à l’une des plus grande chambre, et le bar restera ouvert à leur disposition.

-Je ne crois pas qu’ils auront envie de boire après ce qu’il leur est arrivé.

-Leur maison vient de brûler ma chérie. Je crois que c’est le bon moment pour qu’ils s'empoisonnent le corps avec de l’alcool en espérant trouver le sommeil.

-Ce n’est pas leur genre.» Répondis-je en haussant les épaules. Chrysalis se mit alors à rire si brusquement que je relevais le regard sur elle, surprise.

«Il faudrait alors peut-être leur dire, car il me semble que ce n’était pas du miel que Carmen mettait dans le café qu’elle buvait avant de vous rejoindre. Et j’imagine que ce n’est pas à Flashlight que Haggis fait la visite de sa cave à vin.

-Haggis ? C’est qui ?

-Leur voisin. En réalité, c’est une Fae, mais ne t’inquiète pas, il est très sympathique, et fera tout ce qu’il peut pour que ses invités se sentent bien.

-Et c’est de lui que tu tiens toutes ces informations ?» Demandais-je en haussant la tête.

«Il se passe très peu de chose dans ce genre de quartier, je ne te cache pas que c’est assez rare de recevoir la moindre information utile de sa part la plupart du temps.

-Et bien entendu, il n’a pas vu l’enfoiré qui a foutu tout ce bordel !»

Je vis les oreilles de Chrysalis se coucher. C’était-elle sentie vexée parce que je m’étais énervé ? Elle secoua ensuite la tête en haussant les épaules.

«Non. Mais depuis le temps, tu aurais dû comprendre que le responsable ne se balade pas de maison en maison en sifflotant, ni même en utilisant un glamour.

-D’accord, je m’excuse !» Fis-je en plaçant un sabot contre mon front pour essayer d’atténuer la migraine qui était déjà en train de poindre. «Je ne vais pas laisser Flashlight et Carmen dans la maison d’une Fae de toute manière.

-Oh tu sais, ils ne risquent absolument rien avec lui… à moins que…» Elle tapota le bout de sa corne du sabot en se mettant à réfléchir. «Est-ce que tes amis se brossent les dents après vingt et une heure ?

-Je ne sais pas, c’est si important ?

-C’est juste pour éviter qu’ils ne retrouvent des oeufs pourris dans leur panier et que leur horloge ne décale pas de cinq minutes tous les jours.»

Je haussais un sourcil en me demandant quels étaient les pouvoirs de cette Fae, mais pris rapidement une décision.

«Je veux que tu les emmènes ce soir à l’auberge. Maintenant, dis moi ce que tu veux en échange.

-Ça suffira comme ça.»

Je sursautais légèrement en comprenant ce qu’elle venait de dire. Chrysalis allait vraiment se contenter de rien ?

«Où est l’arnaque, Chrysti ?» Je la vis légèrement tiquer à l’évocation de ce surnom, et je ne pus m’empêcher de garder cet avantage pour plus tard.

«Oh Caddy, je te l’ai pourtant dit, je trouve cela tout à fait normal d’aider ceux qui nous sont proche.

-Tu ne les connais même pas.

-Peut-être, mais toi, je te connais, et cela me suffit.»

Je fus sur le point de partir, prévenir rapidement Flashlight et Carmen avant que l’un d’eux ne se brosse les dents au beau milieu de la nuit. Il ne devait pas y avoir beaucoup de risque après tout, leurs brosses à dents avaient brûlé avec le reste, mais on n’était jamais assez prudent, la jument au bois dormant l’avait déjà bien expliqué. Je fis demi tour au dernier moment, me retournant sur la changeline qui arborait toujours un sourire plein de malice, c’était maintenant qu’elle allait pouvoir jouer avec moi.

«Écoute, je n’allais pas te demander une chose pareille, mais c’est parce que je t’ai entendu parler du mariage…» Je m’arrêtai subitement en voyant son sourire s’étirer d’avantage. Merde, j’étais encore une fois en train de mettre les quatres sabots dans le plat. «Bon, dis moi ce que tu serais prête à faire pour leur mariage !

-Moi ? Oh, absolument rien !

-Quoi ? je croyais que tu étais prête à les aider parce que ce sont mes amis !» M’énervais-je en serrant les dents, face à l’air hautain de la changeline.

«Bien sûr, les sortir d’une situation de danger simplement en leur prêtant une chambre, c’est une chose, mais les aider pour réaliser leur mariage… ma bonté a des limites.

-Et quel sera ton prix ?» Demandais-je en tremblant légèrement jusque dans la voix. Je la vis hausser un sourcil.

«Tu es prête à me mettre en situation de force face à toi, simplement pour leur offrir un mariage ?

-Ce sont mes amis. Flashlight a été le premier inspecteur à qui j’ai pu parler quand j’étais Marshall, et il m’a aidé pour beaucoup d’affaire sans que je ne lui rende jamais rien en retour. Carmen a été l’une des premières juments avec qui j’ai essayé de danser quand je suis devenue Succube et elle m’a aidé à différencier les odeurs des différents glamours. J’aime bien passer du temps avec eux parce qu’ils forment un couple super et qu’à chaque fois que je les vois, j’ai l’impression que mon travail compte, que même un inspecteur qui voit des horreurs toutes les nuits, sait encore rire et profiter de la vie, et qu’une créature surnaturelle peut être une belle et simple jument cherchant juste à faire son bonheur avec un compagnon. Et…» Je pinçais les lèvres en secouant la tête.

«Et ?» Reprit Chrysalis sur un ton plus sec.

«Et… J’aime bien les mariages. Et je sais que Carmen pense la même chose. Je sais que c’est idiot, leur maison vient de brûler, ils vont dormir dans une auberge, tout ce qui leur appartient est perdu… Mais je sais que ce mariage compte énormément pour eux, et que cela pourrait justement les aider à aller mieux. E-et puis si tu comprends pas ça et que tu te moques de moi, je m’en fous !» Terminais-je en ayant toujours la voix tremblante.

La matriarche gardait le regard baissé en soupirant, parfois ponctué de quelques gloussements. Elle releva finalement la tête en laissant entrapercevoir une étincelle de pur méchanceté dans le fond de son regard. Elle posa alors un premier sabot au sol, suivit d’un autre. Chaque pas était ponctué par le bruit sourd de la moquette qui n’empêchait pas les planches du carrosse de grincer.

«Je pourrai facilement faire ça, je pourrai organiser un magnifique mariage dans les jardins de Canterlot, où même préparer une diligence d’une dizaine de carrosse blanc pour venir les chercher ainsi que les invités proches. Au repas, il y aura toujours une vingtaine de servant qui apporteront nourriture et champagne. Je réserverai l’orchestre de Manehattan parce que je les trouve bien plus joyeux que ceux de Canterlot. il y aura un set de dix couverts par assiette : quatre fourchettes, quatre couteaux et deux cuillères. On ne sait pas à quoi servira l’une des deux cuillères parce qu’il n’y aura pas de potage, mais peu importe, le privilège d’avoir cette cuillère leur sera déjà suffisant. Et je n’ai pas encore parlé des verres gravés !...»

Et elle continua encore ses énumérations, allant de la décoration et de l'éclairage de la salle, jusqu’aux tenues obligatoires et de la cérémonie arrosée de pétale de rose rouge. Elle faisait des cercles autour de moi, parti trop loin dans ses pensées, je ne l’écoutai même plus, me contentant d’attendre son prix.

«Et pour le dessert, je ne veux pas voir de mignardise ou de salade de fruit idiote ! Il n’y aura qu’une pièce montée !» Elle fonça rapidement pour se remettre juste en face de moi, elle avait l’air plus grande, peut-être que c’était dû au fait qu’elle tenait sur la pointe de ses quatres sabots. «Mais tu verras cette pièce montée, elle sera tellement belle et grande, que les poneys s’en voudront de toucher à ce chef-d’oeuvre et ils ne pourront pas s’empêcher d’être reconnaissant envers les deux mariés qui leur ont offert ce délice sucré.

-Pourquoi j’ai l’impression qu’on finit toujours par parler de nourriture quand on est toutes les deux ?» Demandais-je à voix haute alors que mon ventre voulait se faire entendre encore plus à cet instant. «S’il te plaît, dis moi ton prix !»

La matriarche perfide et sournoise, qu’était Chrysalis, refit alors surface. Elle fit le dernier pas qui nous séparait et me demanda d’une voix tellement douce que j’eus presque du mal à l’entendre :

«Est-ce que tu me fais confiance ?»

Je serrais d’avantage les dents. La dernière fois qu’elle m’avait demandé cela, ce fut pour m'emmener chez Ember’s et me faire écraser au sol par elle. J’avais bien peur qu’être honnête ne m’aiderait pas sur ce coup, néanmoins, mentir à une matriarche qui pouvait sentir mes émotions n’était pas une super idée non plus.

«Chrysalis, dis moi simplement ton prix, tu sais que…

-Est-ce que tu me fais confiance ?» Demanda-t-elle encore plus doucement en se rapprochant de moi. Je senti l’un de ses sabots passer le long de mon encolure avant de remonter jusqu’à ma mâchoire. Son autre patte alla chercher ma natte pour la caresser longuement tout en la replaçant correctement.

«Oui.» Je lui mentais, droit dans les yeux, à moins de quelques centimètres l’une de l’autre, à moins de quelques centimètres de ses crocs. Pourtant, même si je tremblais et que je ne pouvais masquer la peur qui transpirait de mon corps, Chrysalis resta calme et se contenta d’approcher son visage du mien. Son regard était compatissant, son souffle, était frais contre mon museau, ses lèvres étaient légèrement humides comme je l’aimais, et ses caresses me faisaient du bien partout où elle posait ses sabots. Je ne pensais à rien d’autre et me contentai d’apprécier son baiser, sentant ses crocs frotter légèrement contre mes lèvres, suivit de sa langue. J’aurais aimé qu’elle me mordille légèrement les lèvres…

J’écarquillai alors brusquement les yeux en sursautant. Chrysalis fut elle-même surprise, mais se remit très vite à glousser. Venais-je de penser ça à voix haute ou l’avais-je pensé tellement fort que tout le monde m’avait entendu. La changeline se rapprocha alors de mon oreille pour me souffler : «Moi aussi, j’adore les mariages. Je trouve qu’ils forment un très beau couple et j’aime plus que tout voir l’amour se répandre dans cette ville.» Puis, elle s’écarta avant de se replacer sur sa banquette. «Amène les, je verrai avec eux ce que je peux faire pendant le trajet.

-Parfait. Je te fais confiance pour qu’ils ne leur arrive rien et que tu évites de leur faire peur. Moi, je vais rester encore un peu ici, je dois encore faire deux, trois choses.

-Je ne te laisse pas là.» Protesta alors Chicha.

«Je ne te demande pas ton avis.» Fis-je sur un ton ferme.

«Hm hm, ma chérie n’aime pas lier le professionnel et le privé.

-J’aimerais pouvoir en dire autant de toi, Chrysalis, mais je ne sais pas où commence l’un et où fini l’autre.

-Touché !» Acquiesça-t-elle en levant un sabot. Puis, elle se mit à me sourire encore en m’offrant un regard que j’aurais qualifié de conciliant. «Tu vas y arriver, ma chérie.

-De quoi ?

-Le responsable de tout ça, tu vas le retrouver, je sais que tu en es capable, tu retrouve à chaque fois les véritables monstres dans cette ville.»

Je souris légèrement avant de quitter le chariot. En réalité, je voulais prendre mes distances avec Chrysalis. Je savais qu’elle pouvait se montrer vicieuse, encore plus dans les affaires, mais le fait est qu’elle n’ait pas cherché une seule fois à profiter de moi... Je commençais sincèrement à me poser des questions sur ses intentions, mais balaya rapidement tous mes doutes en me disant que ce geste faisait partie d’un plan encore plus grand cherchant à me séduire, mais pourquoi ? Ça, je ne le savais pas encore. Après tout, une matriarche n’allait pas tout simplement tomber amoureuse d’une succube Marshall de Canterlot.

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Note de l'auteur

Désolé du big retard. Je ne vous cache pas qu'il y a eu beaucoup d'imprévu sur ma liste, mais ça m'a permis de faire une pause dans mon coin et ça m'a au final juste motivé à écrire.

Donc je ne vous cache pas que pour moi, ce fut l'un des chapitres les plus délicats. ne supportant toujours pas le côté enquête, j'ai bien plus mis l'accent sur la relation entre Cadance/Carmen/Flashlight à l'instar de celle Cadance/Chrysalis. J'espère que le rapprochement entre ces deux dernières reste subtile/ Quoi qu'il en soit, leur histoire n'est pas encore finit.

J'ai eu beaucoup de mal à justifié ce trop plein de gentillesse de la part de Chrysalis, l'idée étant de vraiment faire comprendre qu'elle a un but en faisant toutes ces bonnes actions gratuitement, mais, qu'elle a aussi une petite envie personnel de voir ce couple qu'elle ne connait pas se marier

Maintenant, la fiction risque de prendre un nouveau détour, et ça sera le dernier. comptez encore 3-4 chapitre qui amèneront tous une conclusions sur les différents point évoqué. J'approche de la fin, et j'en suis très content et tout de même un peu stressé. Je cherche avant tout à ce que cette histoire reste un maximum dans l'image que j'avais en tête, mais beaucoup de personnes m'ont apporté de très bonnes idées, ce qui fait que j'ai du mal à caser tout ce que je souhaite sur cette dernière ligne droite.

Quoi qu'il en soit, merci de votre lecture et n'hésitez pas à venir me parler... Sérieux, j'ai passé deux semaines sans internet, et le contact avec des gens censés me manque.

Et si je devais poser une question, ça serait :
Seriez-vous prêt à faire confiance à Chrysalis si elle vous le demandait ?

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Fil310
Fil310 : #48810
Tout simplement, j'adore! Après je ne vois pas pourquoi tu ne prolongerai pas la fiction pour caser les idées que tu voudrais y mettre car je pense qu'un travail satisfaisant vaut mieux qu'un travail légèrement bâclé peu importe le temps. Mais c'est ton choix, quoi qu'il en soit je serai toujours là pour la lire car c'est juste géniale, sans doute l'une des meilleurs fan fiction que j'ai pu lire. ^^

Et je ferai confiance à Chrysti mais je resterai sur mes gardes car elle est quand même très manipulatrice
Il y a 5 mois · Répondre

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