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Flutter Island

Une fiction écrite par cocolicoco.

Chapitre 1 : L’île

- BWOOOOOOONG !!

- Beuuuuuuarg. » Le son du tuba de Pinkie ne me faisait aucun bien.

- Pinkie, s’il te plaît, nous avons un malade à bord. Je sais que tu aimes beaucoup ce...truc, mais Angel Bunny a besoin de calme !

- Okie dokie loki ! Mais pas la peine de t'énerver, je voulais juste lui donner un peu de courage ! » Elle a réfléchi un instant. « Et puis, ça donne un effet dramatique !

Et elle s'est remise à ramer. L'eau paraissait lourde sous ses sabots, mais malgré tout, la barque avançait assez vite. Sa destination : l'hôpital vétérinaire Cliffort, situé sur une île au milieu du lac Lemane, en amont de Baltimare.

Le vent soufflait fort sur le lac, formant de petites vagues qui rencontraient l’embarcation, la faisant tanguer de façon insupportable. Résultat : en plus de ce qui nous amenait chez le vétérinaire, j'étais effectivement très malade. La brume, le froid et l’humidité n'arrangeaient évidemment rien, et je me suis penché une troisième fois pour rejeter par dessus bord ce qui me restait de carotte et de salade dans l’estomac. Fluttershy m'a tapé sur le dos avec douceur.

- Garde tes esprits, Angel. Garde tes esprits. C’est que de l’eau. » Elle a levé la tête et a regardé l’horizon. « C’est que beaucoup d’eau.

- Je sais bien, bécasse, c’est justement ça le problème. Les lapins, c’est pas fait pour faire du bateau, merde !

C’est ce que je lui aurai répliqué si j’avais pu parler, mais la nature a ses chouchous, et a toujours privilégié ceux qui n’ont rien à dire. Impossible pour moi d'exprimer ma colère de m'être laissé entraîner dans cette galère.

Bah, de toute façon, j'avais la bouche pleine de vomi. Tout ce que je pouvais faire, c'était y penser très fort. Cela n'a toutefois pas empêché pas ma maîtresse de me regarder d’un air réprobateur, comme si elle m’avait entendu. Décidément, rien ne lui échappe, à celle-là.

- De toute façon, nous sommes presque arrivés. Regarde, on voit l’embarcadère.

En effet, dans le brouillard commençait à se dessiner la forme d’un ponton de bois, ne pouvant accueillir guère plus de deux barques comme la notre, une de chaque côté. Au delà, une île sur laquelle on devinait le bâtiment de l'hôpital qui se dressait, austère, dans l’air glacé de cet après midi de novembre. Quelques arbres, un chemin de pierre, et un poney brun en blouse blanche qui nous attendait au bout de l'embarcadère parachevaient le tableau.

- BWOOOOOOOOOONG !!

- Pinkie !

- Désolée, c’est plus fort que moi.



***

Une fois la barque arrivée à destination, Pinkie a sauté sur le ponton, l’amarre dans la bouche, et l'a fixée à une bitte de bois toute proche. Ma maîtresse a ensuite quitté l’embarcation à son tour, me portant sur son dos, tandis que le poney sur la berge nous rejoignais. Son regard est passé de l’une à l’autre de mes deux compagnes, et il avait l’air un peu tendu. Sûrement un débutant.

- Bonjour, vous devez être mesdemoiselles Fluttershy et Pinkie Pie, c’est bien ça ? » Elles ont acquiescé, et il a poursuivi : « Je suis l’infirmier Fresh Hooves. Nous avons été prévenus de votre arrivée par votre amie Twilight, qui nous a expliqué par écrit les grandes lignes de la situation. Rassurez vous, il n’y a pas de quoi s’alarmer, nous allons très bien nous occuper du petit Angel et de sa carie.

Je me suis extirpé de l’opulente chevelure de Fluttershy et j'ai tourné mon regard à l’évocation de mon nom. L’infirmier m'a regardé avec un sourire affable.

- Courage, mon p’tit, tout va très bien se passer. Vous avez fait une longue route depuis Ponyville. » A-t-il ajouté, ayant reprit une certaine contenance, à l'attention de ma maîtresse. « Vous devez vraiment tenir à ce lapin, mademoiselle Fluttershy.

- N’est il pas adorable ? Je ferais n'importe quoi pour lui.

- Et puis on avait pas vraiment le choix. » A ajouté Pinkie. « La vétérinaire de Ponyville n’a aucune expérience en matière de carie. Elle ne mange jamais de bonbons, vous vous rendez compte ? Jamais !

L'infirmier a ri franchement et a répondu « Quoi qu’il en soit, nous sommes heureux de vous accueillir ici. Suivez moi, je vais vous emmener au bâtiment, et j’en profiterais pour vous montrer un peu l'île.

***

Nous nous sommes mis en route, sur le petit chemin de pierre qui partait du quai. Fresh Hooves était jovial, relativement à l’aise avec ses invités, et assez loquace. Il nous a montré le bâtiment principal, situé sur la partie nord de l'île (qui était somme toute assez grande), dans lequel se déroulait l’essentiel des activités de l'hôpital : la plupart des chambres, s’y trouvaient, ainsi que les salles d’opération, les bureaux de la direction, sans oublier le dortoir du personnel, situé dans une annexe à l’ouest. On y trouvait également une cour intérieure avec un joli jardin, dans laquelle les animaux qui le pouvaient venaient se dégourdir les pattes. Au sud-est, il y avait le pavillon dédié aux animaux les plus dangereux, tels que les ours, les gros félins, les manticores et autres carnivores. Celui-là était réservé au personnel infirmier qualifié, et pas trop peureux. Au Sud des bâtiments, l'embarcadère, et tout autour de l’île, ce n'était que falaises escarpées, cailloux pointus et barres rocheuses léchées par l'eau froide du lac.

L’hôpital était, disait-il, le mieux équipé et le plus compétent de tout Equestria. Des poneys des quatre coins du pays venaient ici pour faire soigner leurs animaux de compagnie, et le personnel était entièrement consacré à leur bien-être. Une clinique de luxe taille XXL, en somme.

Il nous a surtout parlé du directeur, le Docteur Von Schmare, une vraie sommité dans le domaine, qui a imaginé et rendu possible la création de cet endroit, et qui insistait pour rencontrer une soigneuse aussi expérimentée que Fluttershy. Celle-ci a gloussé, flattée, et a promis de passer dans son bureau pendant que les médecins s’occupent de moi. Pinkie s'est également montrée intéressée.

- Quelqu’un qui s'appelle Von Schmare a forcément un accent à couper au couteau, une blouse blanche, la crinière ébouriffée et des grosses lunettes ! Je te laisserais pas t’amuser toute seule, Fluttershy !

Nous sommes finalement arrivés au bâtiment principal, et Fresh Hooves a continué à nous faire la visite. Au rez-de-chaussée, un grand hall dans lequel s'affairait le personnel médical. Il y avait des banquettes disposées un peu partout, sûrement destinées à accueillir des visiteurs des animaux malades, mais toutes étaient vides.

Dans les étages, on trouvait, a dit l’infirmier, les salles d’opération, mais surtout les chambres. Le dernier étage était consacré à l’administration. Enfin, au sous-sol, il y avait la réserve de produits chimiques, de médicaments et de nourriture. Ses explications terminées, il s'est tourné vers moi.

- Je vais maintenant emmener ce petit ange à sa chambre, où le dentiste viendra l’examiner. Je laisse l’aide-soignante derrière vous vous conduire au bureau du Dr Von Schmare, à l’étage de l’annexe du personnel.

J'ai regardé Pinkie et Fluttershy suivre la jument en blouse blanche, avec une pointe d'inquiétude. Personne n’aime les dentistes, pas même les lapins. Ma maîtresse s'est retournée et m'a fait un sourire éblouissant, qui m’a enlevé mes appréhensions. Quelle déesse.

- Tu viens, Angel ? » A demandé Fresh Hooves, me rappelant à l’ordre.

Oui, oui, j’arrive.

***



L’infirmier m’a emmené dans une chambre du deuxième étage. Toutes étaient identiques et individuelles car, m’a-t-il dit, l'hôpital est susceptible de recueillir de nombreux animaux, allant du petit oiseau à l'hippopotame, et comme il est impossible de faire une chambre par type d’animal, il n’y avait qu’un seul modèle, auquel on adjoignait des éléments selon les besoins. Après quelques tours et détours dans les couloirs, tous déserts, nous sommes enfin arrivés à la chambre 278, ma chambre.

L’ensemble était sommaire, sans être spartiate. Un lit qui avait l'air confortable, une salle de bain, une table, une fenêtre, un grand miroir à droite de la porte, et c'était à peu près tout. D’un autre coté, je n’allais rester que le temps d’une consultation, donc je n’avais pas besoin d’un palace. Un bol de laitue m’attendait sur la table, et je me suis jeté dessus avec avidité, le ventre laissé vide par le mal de mer. Fresh Hooves s'est éclipsé, me laissant à mon festin.

Le dentiste est arrivé une minute plus tard, et il me fit bonne impression. C’était une licorne entre deux âges à l’air sympathique, le poil noir grisonnant, et une étincelle espiègle dans les yeux. Elle m'a regardé avec une ombre imperceptible sur le visage, qui a vite laissé place à un grand sourire, et a attendu que je finisse mon repas avant de prendre la parole.

- Alors, mon petit, il parait que tu as un souci ?

J’ai ouvert grand la bouche et j'ai montré ma molaire. Elle ne me faisait pas encore mal, et pour être honnête, je ne m’était même pas rendu compte que quelque chose n’allait pas. Mais ma maîtresse et ses amies avaient insisté pour m’emmener la soigner au plus tôt, toutes affaires cessantes. Bande de folles. Le dentiste m'a demandé de m'asseoir sur le bord du lit, et a commencé à m'ausculter.

- Mmmmh, ça n'est pas grand chose, mais mieux vaux prévenir que guérir... Je vais t'emmener à mon cabinet, et on va régler ça en deux minutes, tu verra !

Elle m'a fait signe de la suivre et je lui ai emboîté le pas dans le couloir, mais mes pattes s'alourdissaient au fur et à mesures que les portes défilaient devant moi. Mon esprit s'est peu à peu embourbé, et j’ai commencé à dangereusement tituber derrière elle, tenant à peine debout.

Mes pensées papillonnaient d'un sujet à un autre sans grande cohérence. C'est quoi cette idée de mettre les animaux dans des chambres, comme dans un hôpital pour poneys ? Sûrement un truc du fameux Dr Von Schmare pour améliorer le confort de ses patients, j' imagine… Et où est-ce qu’il est parti, Fresh Hooves ? Il a même pas dit au revoir...

Et puis, qu'est ce qu'il y avait dans ma salade ? Ou bien c'est le mal de mer ? J'ai du mal à réfléchir... Et qui c'est, devant moi, déjà ? Pourquoi je la suis ? Où on va ? Et Fluttershy, où elle est ? Je veux la voir, je suis sur qu'elle me serrera dans ses pattes et que je m'endormirais confortablement, en sécurité, comme un lapereau...

Et puis je me suis écroulé, et tout est devenu noir.

***

J’étais dans le salon de la maison de ma maîtresse. Le crépuscule, dehors, laissait entrer un rayon de soleil rouge par la fenêtre, qui donnait une atmosphère surréaliste à la scène. On avait l'impression d’être plongés dans un verre de sirop de fraise.

De toute ma hauteur, je dominais Fluttershy.

Elle était recroquevillée dans un coin de la pièce, levant des yeux mouillés de larmes sur mon visage impassible, puis elle a baissé son regard sur le hachoir que je tenais dans ma patte et a poussé un glapissement effrayé. Je l'ai fixée avec tout le mépris dont j’étais capable.

- C'est donc une créature si pitoyable qui a dirigé ma vie toutes ces années ? Ridicule ! » J'ai éclaté d'un rire moqueur, et Fluttershy s'est cachée le visage de ses sabots en tremblant. Elle paraissait minuscule.

- Ne me fais pas de mal ! Pitié, Angel, je te jure que je ne veux que ton bien !

- Mon œil ! Tu m'a toujours traité comme de la merde, maîtresse ! Si je me débarrasse de toi, ici et maintenant, je serais enfin libre !

Mon bras s'est abattu sans plus de sommations, dans un bruit de tomate écrasée. Plusieurs fois. Le sang a giclé dans toute la pièce, le rouge répondant au rouge, et les hurlements de Fluttershy se sont bien vite étouffés dans un horrible gargouillis.

Son cri a pourtant raisonné longtemps dans l'air du soir, tandis que je contemplais la scène, immobile. Mais ce n'était pas le cri de peur et de douleur d'un poney. C'était celui d'un lapin apeuré qu'on égorge.

J'ai ensuite tourné la tête vers un miroir, à ma droite, dans une satisfaction hébétée, et ce que j'y ai vu m'a glacé d’épouvante. Fluttershy me regardait, des traînées de sang sur le visage, et un sourire carnassier aux lèvres.

- Alors, mon petit Angel, tu pensais te débarrasser de moi comme ça ?

Ce sont mes couinements de terreur qui m'ont réveillé.

***

Maîtresse !

- Je suis là, Angel, tu n'a rien à craindre.

Fluttershy était penchée au dessus de moi, me couvant d'un regard aimant, et j'ai soufflé de soulagement. Quel horrible cauchemar.

Le soleil du matin apportait une lueur agréable dans ma chambre à travers la fenêtre, et j'ai réalisé, toujours dans un coaltar pas possible, que j'avais dormi pendant près de douze heures.

- On dirait qu'il a fait un mauvais rêve, mais ça va aller, maintenant. » Dit la pégase jaune en se tournant vers les autres poneys présents dans ma chambre. L'esprit encore fort embrumé, j'ai levé la tête de mon coussin. Il y avait Pinkie à ma droite, derrière son amie, mais à ma gauche, j'ai vu un vieux poney terrestre que je ne connaissait pas. Le poil gris souris, l'air âgé, de petites lunettes en demi-lune, et un sourire rassurant sur le visage.

- Salut mon p'tit. Je suis le Dr Von Schmare, ravi de te voir. » Il a feuilleté un dossier, puis a ajouté « On m'a dit que tu venais pour une carie, mais je constate que ton cas est plus sérieux que prévu... Un mal de mer aggravé, peut-être ? » Son sourire s'est agrandi. « Dans ce cas, je connaît un remède souverain. Un ou deux jours de repos et tu seras sur pieds ! Ta carie pourra bien attendre.

J'ai eu envie de hurler. Deux jours de repos pour un mal de mer ? Soyez pas ridicule, m'sieur le docteur, un mal de mer ne provoque pas d'évanouissements, ou alors, il faudrait une bonne grosse tempête ! Mais évidemment, je suis muet, et encore trop dans le cirage pour protester de toute façon. Fluttershy a bien émis des doutes, mais elle n'a pas été assez vindicative, comme toujours, et a été prestement contredite par le docteur. Quand à Pinkie, elle n'a tout simplement pas ouvert la bouche de tout l'entretien, gardant un silence buté.

***

Finalement, tout ce petit monde a quitté ma chambre, prétextant que j'avais besoin de repos, et c’était pas plus mal. Il me fallait du calme pour réfléchir aux événements d'hier, et surtout, pour me remettre de l'effet de la drogue qu'ils avaient mis dans la laitue. Car c'était clair et net, j'avais été drogué. Un lapin ne s'écroule pas comme ça en marchant dans un couloir, par Celestia !

Pourquoi droguer un lapin, d'ailleurs ? Quel intérêt ? Je ne présente de menace pour personne, sauf pour les carottes, et mon casier est aussi vierge que mon poil !

J’ai essayé de me lever, afin de déterminer clairement mon état physique, et le résultat fut sans appel. Après quelques pas, j’ai prudemment regagné mon lit, visiblement pas en état de marcher très droit. En face de moi, le miroir me renvoyait l’image d’un petit lapin épuisé au regard vide et terne. J’ai donc décidé de prendre du repos.

Ma décision était prise. Il était évident que quelqu’un tentait de me retenir dans ce lit, en faisant passer l’effet d’une drogue pour une maladie bénigne. Demeurait les questions du qui, et surtout du pourquoi. La seule certitude, c’était que rester dans cette chambre servirait les plans de ce “qui”. Il me fallait donc m’évader, et discrètement de préférence.

Bon, tout d'abord, comment sortir de la pièce ? La fenêtre. Après m’être relevé d'un pas hésitant, toujours sous l'effet de la drogue, j'ai examiné avec attention la vitre, et j’ai poussé un soupir déçu : quadruple vitrage, aucune chance. Ce truc aurai résisté à un taureau en rut, alors un lapin... Et en plus, elle était fermée à clef.

La porte ? Fermée elle aussi, de toute évidence. Et pas question de se faire voir par une blouse blanche qui passerait par là, de toute façon.

La glace ? Une idée a germé dans mon esprit. Briser la glace, se munir d'un petit bout coupant, et saigner le prochain poney qui passe dans cette chambre. Lui prendre ses clés, qu'il aura forcément sur lui, puis sortir par la fenêtre. Ensuite, libre.

Non, ridicule ! Comment un lapin pourrait ne serait-ce que frapper un poney ? Et puis, tuer, c’est pas très discret, et ça leur donnerais une bonne raison de me courir après. Sans parler de la réaction de ma maîtresse…

A court d’idées, je me suis enfoui sous ma couverture et, afin de prendre des forces en prévision d’une future occasion de sortir, je me suis laissé sombrer dans un sommeil agité.



***

- Alors, mon petit Angel, comment te sens-tu ?

- Pas terrible.

Même endroit, même heure, je faisait face au miroir du salon de Fluttershy. Le soleil rouge dardait toujours ses rayons, et ma maîtresse me fixait toujours depuis la glace, avec ce rictus horrible et ces traces de sang.

- Tu n’aimes pas trop cet endroit, pas vrai ? Il te file la chair de poule, n’est ce pas ?

- J’ai pas peur de toi, espèce de... monstre ! » Mes paroles ne faisaient pas vraiment illusion. J'étais terrifié.

J'ai ensuite remarqué un détail dans le miroir qui m'a dressé les poils sur tout mon corps. Là où, de mon coté, gisait le corps encore chaud de Fluttershy, j'ai vu dans le reflet mon propre cadavre, baignant dans une mare de sang.

- Ah, mais je ne parlais pas d’ici ! Je pensais à l’endroit où ton corps se trouve. Ta chambre, cet hôpital. Cette île.

Ma peur presque panique s'est teintée de perplexité.

- Je… Je vais pas rester longtemps, tu verras ! Je m’enfuirais de cette foutue île !

- Tu as raison de te méfier. Mais crois-moi, tu n’as strictement aucune chance de quitter l'hôpital. Tu vas crever ici, et ta chère maîtresse n’y pourra rien du tout. » Elle a éclaté d’un rire sadique

- Qu’est ce qu’il va m’arriver ? Je vais me faire manger ?

Le rire de Fluttershy s'est intensifié.

- Oh, les gens d'ici ont bien mieux en ce qui te concerne, tu peux me faire confiance. » Son sourire torve s'étira bien au-delà de la bouche d'un poney normal. « Mais bon, en souvenir du bon vieux temps, je veux bien te donner un coup de pouce pour que tu puisses quitter cette chambre. Et qui sait ? Tu pourras peut-être en savoir plus sur ce qui t'attend ! Mais n’espères surtout pas y échapper, Angel. Aucun ''patient'' de cet hôpital n'a jamais réussi à s'enfuir de cette île.

Elle a passé sa patte à travers le miroir, et a agrippé la mienne.

- Voyons combien de temps tu tiendras, de l'autre coté du miroir !

Elle m'a puissamment tiré vers elle, et j'ai senti dans une soudaine acuité la vitre se briser, tandis que je passai au travers. La douleur de mille aiguilles perçant ma peau m'a brusquement tiré de mon sommeil.

***

La lueur de la lune passant par une fenêtre se reflétait sur les bris de miroir, illuminant la pièce. De nombreuses coupures parsemaient mon corps, mais rien de très grave. Je suis pourtant resté quelques secondes à terre, sonné, me demandant où j’étais.

Pas dans ma chambre en tout cas. Il y avait devant moi quelques sièges alignés et une table sur laquelle se trouvait une caméra en marche. Une fenêtre ouverte, à gauche, laissait passer un courant d'air frais bienvenu, que je n'aurais sans doute pas supporté sans ma fourrure d'hiver. Un peu revigoré, je me suis dressé sur mes pattes, en prenant garde à ne pas me couper, et je me suis retourné, histoire de voir d’où je venais.

Apparemment, j'avais traversé un grand cadre vitré qui séparait deux pièces bien distinctes. J'ai vite reconnu mon lit, dans l'autre pièce en face de moi, et j'ai enfin compris.

Ce n'était pas un simple miroir qu'il y avait dans ma chambre, à droite de la porte. C'était un miroir sans tain. Et j’étais effectivement de l'autre coté du miroir. Dans une salle d'observation avec chaises et caméra, destinée aux scientifiques, pour vérifier l'état de leurs patients et scruter leurs agissements sans qu'ils s'en aperçoivent !

Cette découverte me dégrisa instantanément. L’effet du choc et de la drogue dissipés, j’ai pu réfléchir, avec une certaine agitation, aux évènements survenus depuis mon arrivée ici. On m’amène pour traiter une carie dont j’ignorais jusqu’à l’existence, on me drogue pour me maintenir alité, et on m’observe comme un animal de foire !

J'ai donné un coup de patte rageur dans l'appareil, qui s'est fracassé à terre, puis je me suis précipité vers ma planche de salut, la fenêtre ouverte sur la face nord de l’île, plus sauvage et surtout plus boisée. Trouver une cachette temporaire dans ce fouillis sera facile. La seule chose qui m'occupait l'esprit en cet instant, c'était de sortir de ce bâtiment infâme. J'ai escaladé le rebord de la fenêtre, et sans me poser plus de questions, j'ai sauté.

Comme dans les cartoons qu'affectionne Pinkie, j'ai eu l'impression que ma chute se suspendait, et m'est venu le sentiment que je pouvais m'envoler loin d'ici, quitter cette île pour ne jamais y revenir. En cet instant sublime, je me suis senti libre.

Puis j'ai chuté.

Deux étages, c'est approximativement cinq mètres, et même pour un lapin d'élite comme moi, c'est rude. Pourtant, mon atterrissage s'effectua sans encombres, un tapis de mousse et de feuilles mortes amortissant par chance le choc.

Sans attendre, j'ai couru en direction du sous-bois, en titubant un peu, voulant à tout prix m'éloigner avant qu'un poney ne me repère. Une fois à l'abri le plus loin possible, j'aurai le loisir de penser à un plan pour m'échapper de l’île.

Au bout de quelques minutes de course, j'ai aperçu à travers les arbres l'à pic rocheux d'une dizaine de mètres constituant la frontière nord de l’île. Impossible d’aller plus loin. J’ai bifurqué vers l’ouest, espérant trouver rapidement une cachette.

***

Mon abri a pris la forme d’un muret de brique qui s’est mis en travers de ma route. Derrière, un assemblement hétéroclite de pierres dressées, de mausolées, et d’arbres décharnés. Pas de doute, c’était un cimetière, vraisemblablement à l’abandon. Après avoir fait le tour du muret, j’ai trouvé le portail rouillé qui permettait d’y entrer, et je n’ai pas hésité longtemps avant d’aller me chercher un abri dans ce lieu pour le moins insolite.

Insolite, oui. Il ne s’agissait pas de tombes sommaires pour animaux, comme il aurait été logique d’en trouver, mais bien des dernières demeures de poneys. Étrange, sur cette île soi-disant dévolue au soin de mes camarades à poils.

Je n’avais pas vu, au dessus de moi, les nuages noirs s'amonceler pendant ma course, poussés par le vent, et j’ai été surpris lorsque la lumière lunaire a été brutalement occultée. Un noir d’encre a envahi ma vision, et c’est à tâtons que j’ai trouvé un matelas de feuilles, derrière une pierre tombale, sur lequel je me suis affalé, épuisé. Je n’ai pas prêté attention à l’odeur lourde et écoeurante qui flottait et je me suis occupé à lécher mes quelques plaies dans l’obscurité.



***






Rapport d’arrivée du patient

Observateur : Post-doctorant Fresh Hooves

Destinataire : Docteur Helmut Von Schmare

Patient n°0485

Date : 17/11/03

Détails : Arrivé hier après midi, le sujet présente de très nets troubles de la personnalité, ainsi que des hallucinations extrêmement élaborées, comme cela avait été mentionné dans la lettre envoyée par la princesse Twilight Sparkle, une de ses connaissances, il y a quelques jours. Pinkie Pie, qui a accompagné le sujet, s’est éclipsée dans la journée.

Comme ses proches l’avaient exigé, nous avons mis en scène son arrivée dans l'hôpital de manière à respecter son univers fictionnel et éviter tout recours superflu à la violence. Cependant, le sujet s’est enfui de sa chambre cette nuit en passant par la salle d’observation, brisant le miroir sans tain qui séparait les deux pièces.

Les enregistrement montrent que le sujet est en proie à des rêves récurrents, ainsi qu’à de violentes crises de somnambulisme, sûrement liés tout deux à son récent traumatisme. Nous ne pouvons cependant en être sûrs avant d’avoir étudié son cas plus en détails, et surtout, avant de lui avoir parlé - ce qui, compte tenu de son état, risque de présenter des difficultés.

Le sujet s’est enfui en direction de la face Nord de l’île, et des équipes de recherche ont été envoyées. Nous avons bon espoir de le retrouver dans la journée de demain, malgré la météo défavorable annoncée.

Il est décisif de commencer le traitement au plus vite, avant que le sujet ne puisse avoir le temps de nuire à lui-même ou aux autres. Je recommande de préparer une cellule de contention à son attention, au cas où.

Il serait également utile d'améliorer à l'avenir la solidité des miroirs sans tain, même dans les chambres conventionnelles. Nous ne sommes jamais à l’abri d’un imprévu.

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AuRon
AuRon : #33484
Shutter island
Il y a 2 ans · Répondre
constantoine
constantoine : #10362
Cette chute !
Il y a 3 ans · Répondre
SampleMousse
SampleMousse : #6766
C'est génial, vivement la suite :D
Il y a 3 ans · Répondre
ReiKuran
ReiKuran : #1307
J'aime beaucoup ce premier chapitre, j'ai hâte de lire la suite! Pour voir comment Angel évolu et surtout savoir pourquoi il se voit entrain de tuer Fluttershy! Sachant que dans son rapport l'infirmier mentionne que Angel et Pinkie et non Fluttershy
Il y a 4 ans · Répondre

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