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Une vie simple dans un monde simple [...]

Une fiction écrite par Luiwen.

Portrait d'un petit crocodile

Cette boule de feu est vraiment agréable. Elle chauffe mes écailles et mon corps. Que c’est doux. Pour moi, un crocodile de sang froid, cette volupté chaleureuse m’est presque orgasmique. Et encore, comment cela se fait-il que je sois conscient que je possède réellement un sang froid comme les autres reptiles? À cause de cette boule jaune là-haut dans le ciel qui m’a appris à faire la comparaison entre le chaud et le froid? Ou alors en avais-je la conscience dès les premiers jours de ma vie; comme si c’était dans ma nature de savoir qui je suis? Mais encore… c’est au niveau physique. Le monde ne me dit pas qui je suis spirituellement. La Nature non plus d’ailleurs.

D’ailleurs qu’est-ce que la Nature? Nos origines? L’origine de tout? C’est-à-dire Dieu? J’ai souvent du mal à comprendre ce à quoi je pense et surtout à ce qui m’entoure.

Ce truc invisible par exemple… juste en face de moi. Il y a une étrange force invisible autour de ce truc qui fait que je n’arrive pas à le traverser. Et pourtant, la lumière que projette cette flamme flamboyante, elle arrive à traverser cette force. Comment ça se fait? D’après Pinkie, les étranges forces invisibles sont ce qu’on appelle des «vitres» et que l’objet devant moi est ce qu’on appelle «une fenêtre» définie par le fait qu’elle est composée de vitre. Elle ne m’apprenait que le strict nécessaire sur la réalité du monde, du tant que je n’étais pas confus.

D’ailleurs, la première fois qu’on s’est rencontré, elle disait que je m’appelais «Gummy»… hein? Je suis Gummy? C’est ainsi que je suis défini? Je pensais être un crocodile. Mais encore qu’est-ce que c’est un crocodile? Et comment cela se fait-il que je sache que je suis un crocodile? Elle ne me l’a pas dit mais je le sais. C’est tout. Il y a des choses que je ne comprendrai jamais et c’est sûrement ce qu’est la Nature. Une chose immatérielle et bizarre qui décide arbitrairement ce que tu es dès les premiers temps de ton existence… ou de ta naissance. Il y a forcément une différence entre Naissance et Existence mais je ne vois pas laquelle.

Mais ce qui est sûre… c’est que cet être rose du nom de «Pinkie» n’est pas la Nature. Premièrement car je pouvais la toucher, or cette chose bizarre qu’est la Nature, on ne peut pas la toucher. De plus elle est perchée sur quatre bâtons aussi roses que son corps. J’ignore si ça fait partie de son corps mais elle n’a sûrement pas décidé de ressembler à ceci le jour de sa naissance… ou de son existence je n’en sais rien. Donc si elle est sans le vouloir, elle n’est ni la Nature, ni Dieu. Ce n’est pas mon origine… ni même ma maman. Mais ce qui est sûre, c’est qu’elle s’est toujours occupée de moi comme telle. En plus je ne savais pas pourquoi elle me chouchoutait ainsi. Elle ne me redevait rien. Qu’ai-je fait pour mériter si tant de privilèges? À part naître? Est-ce un exploit de naître… ou d’exister? Ca n’a pas vraiment de sens pour moi.

Elle m’avait expliqué un jour pourquoi elle faisait tout ça. Ce jour-là… je crois que je m’en souviendrai longtemps. Ce qu’elle m’avait dit m’eut vraiment intrigué.

«Allons! Ne me regarde pas comme ça! Ne me dis pas que tu veux être malheureux? Parce que ça n’a rien d’amusant le malheur! Je veux ton bonheur comme celui de tous mes amis de Ponyville et Ponyville toute entière! C’est ainsi que je trouve le mien! Alors s’il-te-plait dis-moi que tu veux être heureux sinon c’est moi qui va être malheureuse!»

Le bonheur? Le malheur? C’est quoi ça? Je ne comprends pas. La seule chose que j’ai concrètement comprise est que le malheur s’oppose fondamentalement au bonheur, que le bonheur c’est agréable et que le malheur c’est désagréable. Donc être heureux pour moi ça veut dire être chouchouté par une mère de substitution et lézarder sous ce truc chaud suspendu dans le ciel à longueur de journée? Pourtant, elle disait trouver son bonheur autrement que moi… en donnant le bonheur aux autres? Donc existe-t-il plusieurs façons d’être heureux? Y aurait-t-il quelque part dans ce monde d’aussi, voir même plus agréable encore que la chaleur estivale?

À chaque fois que je me mets à la fenêtre pour savourer cette boule chaude au zénith. Je vois des êtres se promenant entre des blocs de pierre troués surmontés de ce qui semble être de la paille. Ca s’appelle des «maisons» d’après Pinkie. Ces êtres lui ressemblaient fortement à défaut de la couleur de peau. Un corps sur quatre bâtons de la même couleur. Je vais définitivement penser un jour que les pattes et ce qui le surmonte font bien un seul et même corps. Des «poneys» d’après Pinkie. Donc par logique une Pinkie est un poney? C’est quoi ce paradoxe? Pinkie… c’est une Pinkie ou c’est un poney? Et tous ces autres que je voie par la fenêtre sont aussi des pinkies? Encore une fois, elle m’a expliqué qu’ils sont et elle est «poney» de façon commune mais chacun possède un «nom» différent qui leur permet de se différencier les uns des autres.

Je ne sais pas vous mais je trouve l’astuce du «nom» fort pratique. Donc je suis crocodile mais je m’appelle Gummy. Et elle un poney du nom de Pinkie. Tout s’éclaircie à présent! Dans ce cas la Nature m’a définit comme «crocodile» et Pinkie par «Gummy». Donc la Nature serait ma mère physique et Pinkie ma mère spirituelle? La mère de mon moi conscient? Non, ce n’est pas possible. J’étais là avant même qu’elle me nomme ainsi. Ce n’est qu’un nom qu’elle m’a donné pour me distinguer des autres crocodiles. Mon nom… mon vrai nom… mon nom spirituel… qui suis-je réellement? Si je n’en ai pas, alors suis-je l’auteur de ma vie? Je peux me nommer comme bon me semble? Ou alors un autre Dieu que cette fois-ci je ne connais pas m’a créé sans me dire quel est mon vrai nom? Peut-être pour me vouloir libre de décider de mes propres choix?

Libre? Si une maman veut le bonheur de ses enfants comme Pinkie le fait avec moi, alors ne serait-il pas logique que mon père spirituel me veuille libre car c’est une voie au bonheur? Donc être libre, libre d’agir comme bon nous semble est la voie au bonheur? Ou est-ce une des voies du bonheur?

Malheureusement pour les poneys, je crains qu’ils n’empruntent jamais ce type de voie. Pinkie m’avait répondu une fois à ma perplexité sur cette étrange marque qu’elle avait sur le flanc. Une «marque de beauté» d’après elle. Si j’ai bien compris Pinkie, la marque de beauté définit ce qui rend chaque poney absolument unique, au-delà même du nom que leurs parents donnent à la naissance car d’après elle, malgré les millions de poneys vivant à Equestria – que je suppose être le monde – aucune marque n’est identique à une autre.

La marque de beauté est-elle donc un symbole du nom spirituel qu’un dieu quelconque ait donné aux poneys? Ils ont donc un destin tout tracé de leur vie et ils ne peuvent rien y changer? Que je les plains! Ils ne sont pas libres et encore heureusement pour eux ils n’en sont pas conscients… du moins je l’espère.

Quoique… maintenant que j’y pense, ne serait-ce pas moi le plus malheureux finalement? Parce que je n’ai pas de marque de beauté je n’ai rien d’unique? On n’a pas besoin d’être libre pour être heureux mais d’être unique? Mais Pinkie… si tu veux me rendre heureux… pourquoi ne me donnerais-tu pas de marques de beauté? Ah oui c’est vrai, mince! Tu n’es pas Dieu. Je n’ai pas d’autre dieu plus cruel que la Nature qui m’a destiné à être banal… à être malheureux.

Et encore… même les poneys pourraient être attristés de leur propre destinée mais apparemment non. Regardez ces trois petites pouliches par exemple. Les chercheuses de je ne sais plus quoi… elles se posent la même question que moi et ont découvert qu’elles ont une destinée toute tracée et pourtant… elles s’en fichent. Elles ont déjà accepté cette idée de manque de liberté. L’acceptation de soi… est-ce un choix? Donc les poneys ont une certaine liberté que moi je croyais n’avoir que pour moi-même? Non… définitivement, Mère Nature, tu m’as affligé d’une bien triste fatalité.

«Oooooh! Arrête de penser ça Gummy!», Pinkie surgit derrière moi en me frottant le crâne avec douceur. «T’es peut-être un petit crocodile parmi tant d’autre pour la Nature mais pour moi t’es le plus unique de tous les crocodiles. Ce n’est pas n’importe quel reptile qui aimerait faire la fête entouré d’amis. D’ailleurs, comme Spike t’as la chance de connaître l’amitié et en priorité moi.»

Elle me prend tendrement dans ses sabots pour plaquer mon corps calleux contre son pelage si doux avant d’ajouter, nerveusement.

«Pardonne-moi Gummy. Je n’étais pas consciente que ce genre de questionnement t’harcelait aussi tant. Je pensais que c’était juste des questions que tous se posent pour ensuite les abandonner quelques minutes après mais… je ne m’attendais pas à ce que tu recherches désespérément une réponse à ça.»

Elle me fait un petit sourire rassurant. «Ce n’est pas grave. Mais si tu insistes je veux bien répondre à ta question.»

Elle me pose gentiment au sol face à elle. Je ne comprends pas. Je suis d’accords de dire que je suis insignifiant face à la Nature mais… venait-elle de se déclarer ma mère spirituelle en disant que j’étais unique à ses yeux? Je la vois se racler la gorge pour ensuite me parler posément.

«Ce n’est pas en cherchant le bonheur que tu le trouveras Gummy. Car il est là… en ce moment même. Le bonheur est au présent. Et c’est justement pour le montrer aux autres poneys que j’organise des fêtes toutes les semaines voir tous les jours. Car la fête occupe nos esprits pendant que nos cœurs s’imprègnent du bonheur que nous récoltons grâce aux amis qui nous entourent. Ne vas pas croire que le monde est compliqué. La vie est simple, le bonheur est simple… »

Elle me regarde avec un visage presque amoureux. Sa voie est de plus en plus relaxée. Sa tête de plus en plus rapprochée de la mienne. À un point que Pinkie s’est allongée sur le sol.

«…ce n’est pas en se cassant la tête comme Twilight qu’on devient heureux Gummy. Fais comme moi.»

Vraiment Pinkie tu me surprendras toujours. Tu es heureuse et pourtant… en effet… on pourrait dire que tu ne t’es jamais cassée la tête de toute ta vie. Je me suis toujours demandé à quoi tu pouvais bien penser pour arriver à ce résultat éclatant de joie. Mais peu importe à quoi tu penses, je te fais confiance. Après tout, t’es comme une mère pour moi et… toutes les mères même celles de substitution veulent le bonheur de leurs protégés… n’est-ce pas?

Je lui lèche le museau de ma langue fourchue pour lui dire que j’approuve la réponse qu’elle m’a donnée. Sans rien me dire, elle se lève et sautille jusqu’à un sac que je n’avais pas vu auparavant. Elle l’a probablement laissé là avant de se diriger vers moi. Je vois Pinkie en sortir un muffin et me rejoint de nouveau. Elle se rallonge, un peu plus à l’écart cette fois-ci pour poser la pâtisserie entre nous deux. Elle sort une bougie et une boîte d’allumettes de sa crinière, allume la bougie, et la plante dans le muffin juste en face de moi.

«Excuse-moi d’avoir été un peu en retard. Les Cake m’ont demandée de l’aide pour la cuisson de certains gâteaux. Mais je suppose que tu me pardonneras. C’est Derpy qui a fait le muffin. C’est aux fèves d’amendes et à la pistache. Joyeux anniversaire Gummy!»

Elle souffle la bougie pour moi avant de la retirer et me dit avec sourire.

«Je t’en prie, goûte. Je suis sûre que tu vas adorer.»

J’ouvre ma bouche pour essayer d’en croquer un morceau mais malheureusement pour moi, je n’ai pas encore de dent. J’arrive cependant à en gratter quelques miettes que j’avale aussitôt. Il est vrai que ça a bon goût, surtout le côté sucré. Je me lèche les babines et, Pinkie voyant ma satisfaction du repas se relève et me dit avec extase.

«Je sais que t’aurais sûrement aimé avoir une vrai fête d’anniversaire. Mais comme t’étais sortis de ton œuf vers midi, je tenais donc à te le fêter au moment précis. Mais ne t’inquiètes pas. On rattrapera ça ce soir. Tu verras Gummy! J’inviterai toutes mes amies: Twilight, Dashie, Rarity, Fluttershy et Apple Jack. Ce sera ta meilleure fête de tout les temps!!!»

J’ai déjà bien entamé mon cadeau quand je vois Pinkie redescendre tout en chantonnant gaiement au rez-de-chaussée. Vraiment, comment aurai-je pu deviner que le bonheur se trouve juste là? Oui. Il suffit que l’élément du Rire actionne son aura de bonne humeur pour qu’on ressente cette chose qui finalement, m’est bien plus agréable que de lézarder sous cette boule jaune et chaude. Comment cela a-t-il pu m’échapper? Comment ai-je pu me montrer aussi insensible à son charme? Je ne le sais pas mais je ne m’en soucie guère. Le plus important est là. Là où se trouve cette maman si attentionnée. Finalement… rien de plus simple dans un monde si simple.

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Note de l'auteur

Comme vous pouvez le constater, le thème choisi pour la fiction est très particulier. Et je suis vraiment curieux de savoir ce que vous en pensez.

PS: Et ne venez pas me dire en commentaire que Gummy est un alligator et non un crocodile! De toute façon les deux sont caïman pareils!

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Acylius
Acylius : #46046
Un peu anecdotique mais ça reste sympa.
Il y a 11 mois · Répondre
Enis
Enis : #45970
Aw c'est krognon!
Super fic. Juste domma qu'a certains moment Gummy parle de manière plus familial. J'aurez aimé qu'il garde un langage soutenu tout le long.

Sinon, excellent.
Il y a 11 mois · Répondre
Rosycoeur
Rosycoeur : #45943
Hakuna matata.

Oui.

J'ai bien aimé.

Même s'il y avait des moments répétitifs.

D'ailleurs ça veut dire quoi aimer une fiction ? C'est-à-dire que tu n'as pas eu envie de la quitter ? Oui, mais il y a autre chose. Et répétitif ? C'est-à-dire ? Ça répète tout le temps quelque chose, mais quoi donc ? Les phrases ? Les idées ?
Il y a 11 mois · Répondre

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